• La mystique du corps comme temple, tremplin ou fardeau ? Corps, race, aristocratie, esthétique, chair souffrante, corps-architecture et biomédical



    Drieu La Rochelle à Carrel, en passant par Bernanos, Péguy, Sorel, Valéry, Barrès, Maurras, Nietzsche, d’Annunzio et Marinetti

  • 🔥 Entre ascèse virile et corps souffrant,
    l’Europe du tournant du siècle forgea une sorte de "liturgie musculaire"

    ⁂ Arène du carrefour charnel

    Ô lecteur studieux, voici que nous pénétrons, d’un pas ferme et mesuré, dans l’antre où la chair et l’esprit se conjuguent.

    À l’aube du XXᵉ siècle, des auteurs comme Pierre Drieu La Rochelle à Alexis Carrel, de Georges Bernanos à Gabriele d’Annunzio, maints d’entre eux hissèrent le corps presque au rang de mystique. De Barrès le patriote à Nietzsche le dionysiaque, de Péguy le mystique à Daudet le polémiste, chaque témoin nous convie à une chorégraphie où la chair, temple et tremplin (?), pèse sur la société et sur l’âme.

    Tantôt exalté comme un marbre viril qu’il faudrait polir, tantôt offert souffrant au mystère rédempteur, il devint théâtre d’ambitions prométhéennes et de l’humilité chrétienne.

    🏟 Entrée pugilistique lettrée : aiguisez votre Verbe, car il s’agit d’une lutte où muscles et prières se côtoient, où les nerfs de Marinetti répondent aux stigmates de Bloy. Oui, l’ordre naturel s’y écrit en baston et en prosternations mêlées ; c’est la mêlée des athlètes et des moines.


    ANTENNA I.O. VOX FREQUENCIA


    ☧ Lexique de cogneur

    MYSTIQUE : Doctrine ou pratique religieuse visant l’union intime de l’âme à Dieu par des voies extra-rationnelles (https://www.cnrtl.fr/lexicographie/mystique)

    ASCÈSE : Discipline volontaire, mortification du corps en vue d’un progrès spirituel (https://www.cnrtl.fr/lexicographie/ascèse)

    EUGÉNIQUE : Relatif à l’amélioration héréditaire de l’espèce humaine par sélection (https://www.cnrtl.fr/lexicographie/eugénique)

    CORPS : Ensemble des parties matérielles constituant l’organisme, siège des fonctions physiologiques et, chez les êtres animés, siège de la vie animale : (https://www.cnrtl.fr/definition/corps)


    ☩ Ancienne école

    NDLR : Cette étude procède par éclats et citations in extenso, afin que résonne sans fard la voix de ces maîtres, en voici les premiers cités :

    « Les végétaux sont des corps vivants organisés. »
    — Lamarck, Philos. zool.,t. 1, 1809, p. 387)

    « Mon corps avec ses diverses parties et ses divers organes est un, quoique composé. »
    — Senancour, Rêveries,1799, p. 174

    « […] la race aux yeux bridés, au nez plat, à la taille obèse et ramassée, se serait-elle jamais établie pour former une nation permanente ? »
    — Joseph-Arthur de Gobineau, Essai sur l’inégalité des races humaines, Livre V, chap. I, Didot & Cie, 2ᵉ éd., 1884. (Wikisource)

    « Le démon a rallumé au fond de mon œil tous les feux… La brûlure réduit tout mon corps misérable à un fastello di stipa au bord du vampire. »
    — Gabriele d’Annunzio, Notturno, p. 323, Mondadori, 1921. (it.wikisource.org)

    « Tout ce qui rompt les digues sacrées du corps est œuvre infernale ! … Méconnaître cette loi, c’est déchaîner la cruauté, le meurtre, disperser sur le sol une sève qui appartient à l’Être. »
    — Léon Daudet, Les Morticoles, Charpentier, 1894, p. 85. (Wikisource)

    « … Car sentir est pour nous, hélas, s’évanouir ; nous exhalons notre être ; … Nous nous évaporons… Cependant nous seuls, nous passons, échange aérien, auprès de tout. »
    — Rainer Maria Rilke, Élégies de Duino, Deuxième élégie, v. 21-30, trad. Maurice Betz, Émile-Paul, 1941. (Wikisource)


    La chair par cinq voix majeures et cinq résonances charnelles

    Σ Plan d’attaque par manche

    💪 I. Corps et race chez Drieu, Sorel et Marinetti
    ✝️ II. Chair souffrante et mystique chez Bernanos et Péguy
    🧬 III. L’utopie biomédicale d’Alexis Carrel
    🖌 IV. Corps-architecture chez Valéry et Nietzsche
    🏺 V. Barrès, Maurras et le culte esthétique de la forme


    💪 I. Corps et race : Drieu, Sorel, Marinetti

    Chez Drieu La Rochelle, le corps n’est point simple enveloppe : il devient sceau de race. La taille élancée, la blondeur et les yeux clairs qu’il revendique signalent la vocation impériale d’une Europe qu’il songe, aryenne, nordique et conquérante. La chair virile est, pour lui, prémisse d’une Grande Reconquête, où discipline physique et élan martial se confondent.

    Sorel, quant à lui, arrime la vigueur corporelle à la lutte syndicale. Dans Réflexions sur la violence, il fait l’éloge de ces producteurs audacieux dont les muscles tendus et la vigueur frugale forment la chair d’un prolétariat insurgé. Le corps y devient arme de grève et signe de dignité.

    Enfin, Marinetti, prophète du futurisme, enfièvre la chair en moteur : poings, nerfs et artères se fondent dans la mécanique, tandis que vitesse et guerre tiennent lieu d’enseignement. Ici, l’homme ne vit qu’en état de combustion, son corps réduit à une cinétique flamboyante.

    « J’étais grand, blond. Les yeux bleus, la peau blanche. J’étais de la race nordique, maîtresse du monde… Naïf, plein d’un égoïsme généreux. Une secrète mystique, au fond du goût de la puissance. »
    — Pierre Drieu La Rochelle, État civil, NRF, 1921, p. 73-74. (Aura)

    « Cette audace des races nobles… leur indifférence et leur mépris pour toutes les sécurités du corps, pour la vie, le bien-être. »
    — Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Marcel Rivière, 1910, chap. VII. (Wikisource)

    « Nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing. »
    — F. T. Marinetti, « Manifeste du Futurisme », Le Figaro, 20 février 1909. pierre-lamble2pdf


    ✝️ II. Chair souffrante : Bernanos et Péguy

    Chez Bernanos, le corps est moins force que pauvreté. Il y voit le Corps mystique du Christ, où chaque plaie humaine participe à la Passion. La chair malade, non rejetée pour autant, se fait offrande et intercession pour les âmes. Ainsi s’inscrit une ascèse où le corps, abaissé, se sanctifie.

    Péguy, quant à lui, médite la glaise originelle : « Dieu n’a pas créé seulement l’âme et le corps », écrit-il, mais « ce lien mystérieux » qui les noue. Le corps devient, chez lui, reliquaire vivant, point de jonction entre ciel et terre, rappelant l’humilité baptismale de l’homme pétri de « poussière créatrice ».

    « L’Église possède un corps et une âme : il lui faut pourvoir aux besoins de son corps. »
    — Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne, Plon, 1936, chap. III. (ebooksgratuits.com)

    « Ils ne savent point ce que c’est que d’avoir un corps, que d’être un corps…
    Un corps pétri du limon de cette terre ;
    … Dieu n’a pas créé seulement l’âme et le corps,
    … mais il a créé aussi ce lien mystérieux, cet attachement du corps et de l’âme… »
    — Charles Péguy, Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, Œuvres complètes, NRF, t. V, p. 100 (texte repris dans Le Porche du mystère de la deuxième vertu). (Wikisource)


    🧬 III. Alexis Carrel : la sculpture intérieure

    Le prix Nobel Alexis Carrel appelle à « refaire l’homme ». Dans L’Homme, cet inconnu, il voit en chacun à la fois « le marbre et le sculpteur » : corps et âme doivent être taillés à coups d’ascèse hygiénique et d’éducation biologique.

    Et cette mystique rationnelle tend vers une doctrine eugénique où les plus aptes mériteraient de parfaire leur temple charnel, tandis que les faibles se laissent eux-mêmes en déshérence. Carrel conjugue l’admiration du corps sain et l’idéal juridico-politique, pas forcément au risque d’un « césarisme médical ».

    « Pour grandir de nouveau, l’homme est obligé de se refaire… Il est à la fois le marbre et le sculpteur. C’est de sa propre substance qu’il doit, à grands coups de marteau, faire voler les éclats afin de reprendre son vrai visage. »
    — Alexis Carrel, L’Homme, cet inconnu, Plon, 1935, p. 25. normalesup.org/Reflexions/Vie/pdf


    🖌 IV. Corps-architecture : Valéry et Nietzsche

    Pour Valéry, le corps est « maison et abeille », demeure et artisan. Dans Eupalinos, il y voit une architecture intime dont les formes successives reflètent les actes.

    Nietzsche, lui, brise l’illusion dualiste : le corps est la pensée elle-même, matière et esprit confondus en un bloc. Refuser la chair, c’est mutiler la volonté. Sa mystique est celle d’un corps-pensée, d’un organisme créateur où pulsion et idée se soudent en « puissance dionysiaque ».

    « Nous ne sommes pas libres, nous autres philosophes, de séparer le corps de l’âme, comme fait le peuple ; et nous sommes moins libres encore de séparer l’âme de l’esprit. »
    — Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, livre III, trad. Henri Albert, Mercure de France, 1901. (Wikisource)

    « Les vivants ont un corps qui leur permet de sortir de la connaissance et d’y rentrer. Ils sont faits d’une maison et d’une abeille…
    Chaque homme traîne après soi un enchaînement de monstres qui est fait inextricablement de ses actes et des formes successives de son corps. »
    — Paul Valéry, Eupalinos ou l’Architecte, Éditions du Sagittaire, 1931, pp. 70-71 (éd. orig. 1923).
    (Wikisource)


    🏺 V. Barrès, Maurras et le culte esthétique

    Chez Barrès, les « jeunes corps sveltes » forment une forêt de lances : l’esthétique charnelle fonde l’identité nationale : cela sera repris des fascismes italien et allemand. Leurs silhouettes, semblables à un bois sacré, incarnent la gloire latine.

    Maurras, dans Anthinéa, peint un corps solaire « étendu sur un rocher », image grecque et méditerranéenne d’une civilisation qui allie vigueur plastique et contemplation lumineuse. Ici, le corps est statue vivante, apothéose esthétique d’une Europe classique revivifiée à la française.

    « Ordre, calme et beauté : une beauté apaisante que Puvis de Chavannes a mise dans son Bois sacré. Parfois ces jeunes corps sveltes et durs évoquent, pour l’imagination que leur senteur fortifie, une forêt de lances fichées en terre ; et, sur la hauteur atteinte, sur le chaume, ce moutonnement des têtes, agitées par le vent, est pathétique comme la rumeur d’un camp. »
    Maurice Barrès, L’Appel au Soldat, chap. XI, Félix Juven, 1900. (Wikisource)


    « Étendu à demi sur un rocher couvert d’une peau de lion, un puissant personnage, corps magnifique, presque entier, faisant face à la mer, considère ce Jour éclatant qui sort de l’écume. On dirait que, pour le saluer, il se lève, entrouvre ses beaux membres encore liés de sommeil ; son geste est celui du plaisir et de l’étonnement. »
    Charles Maurras, Anthinéa, p. 97, Perrin, 1901. (Wikisource)


    🛎 Sentence par KO

    Ainsi se dessine la charpente d’une Europe écartelée, sinon édifiée, entre Prométhée et le Crucifié : muscles virils, chairs souffrantes, élans eugéniques ou prières charnelles. À l’horizon, deux voies :

    • l’orgueil somatique, forge des élites et des révolutions,
    • l’humilité baptismale, où la chair n’est qu’autel.

    Ô lecteur, souvenez-vous : que l’on sacralise la vigueur ou la plaie, c’est ici à la chair qu’il incombe d’être seuil du mystère, de la création.

    En cela, la mystique du corps ne s’achève point dans un gymnase ni dans un cloître : elle demeure l’éternel combat où l’homme, glaise animée, s’éprouve en statue vivante devant Dieu, voire devant la Cité, ou lui-même.

    Alors, le corps, selon la doctrine fasciste ancrée dans le réel, n’est-il pas souvent temple, tremplin et fardeau ? Cela dépend de l’angle d’attaque du sujet, mais il reste que la nature reste un bon socle pour accueillir la Grâce selon le bon mot de saint Thomas d’Aquin.

    L'idéal d'être sain et saint !

    « L’amour de la femme s’attache de préférence aux qualités les plus fondamentales et les plus durables, soit du corps, soit de l’esprit ; … elle se laisse moins séduire par la seule beauté physique que par la puissance corporelle ou intellectuelle… »
    — Alfred Fouillée, « La Psychologie des sexes et ses fondements physiologiques », Revue des Deux Mondes, t. 119, 1893, p. 115-116. (Wikisource)


    📚 Pour approfondir

    • Pierre Drieu La Rochelle, État civil (1921) – Wikisource
    • Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne (1936) – ebooksgratuits
    • Alexis Carrel, L’Homme, cet inconnu (1935) – PDF ENS
    • Charles Péguy, Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc (1909) – Wikisource
    • Paul Valéry, Eupalinos ou l’Architecte (1923) – Wikisource
    • Intégralisme organique Telegram : https://t.me/francenatio

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