• Pour en finir avec le lesquenisme (partie 2 & échanges) — Pierre Joly



    Réfutation catholique des accusations de M. de Lesquen : sur l’Ancien Testament, l’esclavage, l’Islam et ladite dissidence

  • Voici ce que Monsieur écrivait…

    Réponse aux calomnies de Pierre Joly

    J’ai mis fin à la discussion que nous avions eue avec Pierre Joly du 12 au 15 décembre 2025 sur notre canal de Telegram au sujet de la prétendue omniscience de Jésus parce que mon interlocuteur ne faisait plus que radoter, mais je dois réagir à un article calomnieux de celui-ci, intitulé « Pour en finir avec le lesquenisme » et publié le 24 septembre 2025 sur un site sédévacantiste. Il serait oiseux de répondre en détail à ses élucubrations, mais je tiens à rétablir la vérité pour réfuter ses calomnies.

    • 1. Non, je n’ai jamais excommunié les sédévacantistes ! Tout au contraire, je rends hommage à l’ardeur de leur foi et je les félicite de dénoncer les hérésies de certains papes récents, sans en conclure pour ma part qu’un pape hérétique ne puisse pas être vraiment pape. Cela dit, il est de fait qu’ils sont objectivement schismatiques puisqu’ils ne reconnaissent pas le pape. Ils ont à cet égard les plus grandes circonstances atténuantes, tant l’hérésie qui se déploie sur le trône de saint Pierre est scandaleuse. Donc, en dépit de ce schisme apparent, on peut considérer qu’ils demeurent spirituellement fidèles à l’Église.
      Si je suis persuadé que les sédévacantistes sont en général tout à fait orthodoxes en matière de foi et de morale, et qu’ils sont même à cet égard un modèle pour tous les catholiques, force est d’admettre qu’il y a des exceptions : comme je l’ai démontré, Pierre Joly lui-même est un monophysite qui s’ignore, donc un hérétique. Il était le dernier à pouvoir me faire la leçon.
    • 2. Non, je ne suis pas marcionite ! Il est impossible de rejeter l’Ancien Testament puisqu’il y a des centaines de références à celui-ci dans le Nouveau Testament. Pour autant, je rappelle les paroles de l’apôtre saint Paul dans la seconde épître aux Corinthiens, au chapitre III, qui qualifie l’Ancienne Alliance ou l’Ancien Testament, les deux mots étant ici équivalents, de « ministère de la lettre », de « ministère de la mort » et de « ministère de la condamnation ». La Nouvelle Alliance a remplacé l’Ancienne. Il est de fait que l’Ancien Testament est truffé d’horreurs. Il est donc fortement conseillé de ne pas en faire une lecture littérale.
    • 3. Non, je ne crois pas que toutes les religions se valent ! Je proclame au contraire que seule la sainte Église catholique, apostolique et romaine détient toute la vérité en matière de foi et de morale, et je réprouve le relativisme qui a suivi le concile Vatican II (1965), sous le nom d’œcuménisme et de dialogue des religions, erreurs qui relèvent de cet « indifférentisme » dénoncé par Grégoire XVI. Pour autant, il peut y avoir dans les trois autres grandes religions de l’humanité, à savoir l’hindouisme, le bouddhisme et l’islamisme, une part de vérité. Elles sont susceptibles d’aider leurs adeptes à obtenir le salut s’ils n’ont pas eu connaissance du Christ et qu’ils ne l’ont pas rejeté.
    • 4. Non, je ne suis pas partisan de l’esclavage ! Étant ardemment attaché à la liberté individuelle, je suis évidemment opposé à l’esclavage. Cependant, j’ai une qualité qui manque cruellement à mon contradicteur : l’objectivité. Je suis donc bien obligé de constater que l’abolition de l’esclavage a représenté un coût économique et qu’elle n’a été envisageable qu’à un degré avancé de développement. Il est de fait que le Christ n’a pas eu un mot pour dénoncer l’esclavage ni pour demander son abolition. Quant à lui, l’apôtre saint Paul a prescrit aux esclaves d’obéir à leurs maîtres. « Esclaves, obéissez à vos maîtres selon la chair avec crainte et tremblement, dans la simplicité de votre cœur, comme au Christ… » (Ephésiens, VI 5). « Esclaves, obéissez en toutes choses à vos maîtres selon la chair… » (Colossiens, III 22). Voir aussi I Timothée, VI 1-2 et Tite, II 9-10.
      L’Église ne s’est pas opposée à la traite des nègres et n’a pas condamné l’esclavage avant le XIXe siècle. Lorsque Léon XIII a invoqué de lointains prédécesseurs pour prononcer une condamnation intemporelle de cette institution, le moins que l’on puisse dire, pour rester poli, est qu’il a pris des arrangements avec la vérité historique, car ceux-ci ont tout au plus demandé que l’on traitât les esclaves avec humanité, et c’est comme si ce pape avait fait la leçon à saint Paul et au Christ lui-même…
      Pierre Joly ne raisonne pas, il cite, il multiplie les citations à tort et à travers sans toujours bien les comprendre. Ainsi, pour soutenir que saint Paul était contre l’esclavage, il croit intelligent de reproduire ce verset : « Maîtres, rendez à vos serviteurs ce qui est juste et équitable, sachant que vous aussi vous avez un maître dans le ciel. » (Colossiens, IV 1). Joly ignore apparemment qu’un « maître » n’est pas un employeur et surtout que la traduction du grec ou de l’hébreu qui donne « serviteur » est, ici comme ailleurs, un euphémisme pour « esclave », « doulos » en grec. La bonne traduction est donc : « Maîtres, rendez à vos esclaves [doulois] ce qui est juste et équitable, sachant que vous aussi vous avez un Maître dans le ciel. » Pierre Joly nous fait découvrir le degré zéro de l’exégèse, ne sachant même pas qu’il vaut mieux se reporter au texte original quand on veut faire la leçon…
      Pierre Joly est comme un joueur de balle au pied qui marque contre son camp. Pour soutenir que l’Église aurait toujours condamné l’esclavage, thèse absurde comme nous venons de le voir, il reproduit un long passage de saint Augustin qui a justement pour objet de justifier cette institution…
    • 5. Non, je ne soutiens pas un droit inconditionnel au blasphème ! Dans une société idéale, qui serait purement catholique, l’hérésie n’aurait pas sa place puisqu’elle conduit les âmes à la perdition et le blasphème devrait être puni. Il va de soi que le blasphème qui offense la religion catholique est un péché grave. Mais on ne doit pas confondre la morale et le droit. En politique, il y a lieu d’appliquer le principe du moindre mal. Par conséquent, dans la société actuelle, qui n’a plus d’unité religieuse, il faut admettre la liberté d’opinion et le droit pour un individu de critiquer notre religion, aussi détestable que cela soit. En fait, le blasphème ne peut pas être une catégorie juridique dans une société laïque. Il peut seulement être poursuivi en justice au titre de l’outrage aux bonnes mœurs.
    • 6. Non, je ne soutiens pas l’hérésie calviniste ! Le Français Jean Calvin était un abominable hérésiarque. Je n’ai évidemment jamais dit le contraire. Il n’empêche que c’était aussi un grand homme. Remarquable écrivain, il a été l’un des fondateurs de notre langue classique. Puissant penseur, il a exercé une immense influence dans le monde. Cela n’excuse en rien son hérésie, mais ce sont des faits qu’il faut avoir l’honnêteté de reconnaître.

    La comparaison que fait Pierre Joly in fine entre moi, qu’il accable, et Soral, qu’il épargne, est aussi absurde que ridicule, sachant que ce dernier est à la fois marxiste et islamo-servile. Il faut être le dernier des imbéciles pour diriger ses flèches contre quelqu’un que l’on devrait tenir pour un ami, en dépit des différences, plutôt que contre un ennemi avéré de la civilisation chrétienne.

    — Henry de Lesquen

    NDLR : Le dernier propos critique concerne notre mot, mais la phrase restait hostile en réalité, non élogieuse ou défensive : Henry de Lesquen était décrit comme matériellement hérétique, tandis qu’Alain Bonnet de Soral était décrété ponctuellement outrancier/blasphémateur.

    LA PARTIE 1

    RÉPONSE À HENRY DE LESQUEN — par Pierre Joly

     

    En septembre 2025, j’avais décidé d’écrire un article sur Monsieur de Lesquen. Or, sur le réseau social Telegram, dans une publication datée du 30 décembre 2025, ce dernier a tenté de réfuter ce texte en me reprochant d’avoir formulé des calomnies contre lui. Dans ce nouvel article, je vais donc tâcher de répondre à cette accusation.

    Dans un premier temps, Monsieur de Lesquen se défend d’avoir excommunié les sédévacantistes en écrivant ceci :

    « Non, je n’ai jamais excommunié les sédévacantistes ! Tout au contraire, je rends hommage à l’ardeur de leur foi et je les félicite de dénoncer les hérésies de certains papes récents, sans en conclure pour ma part qu’un pape hérétique ne puisse pas être vraiment pape. Cela dit, il est de fait qu’ils sont objectivement schismatiques puisqu’ils ne reconnaissent pas le pape. Ils ont à cet égard les plus grandes circonstances atténuantes, tant l’hérésie qui se déploie sur le trône de saint Pierre est scandaleuse. Donc, en dépit de ce schisme apparent, on peut considérer qu’ils demeurent spirituellement fidèles à l’Église. Si je suis persuadé que les sédévacantistes sont en général tout à fait orthodoxes en matière de foi et de morale, et qu’ils sont même à cet égard un modèle pour tous les catholiques, force est d’admettre qu’il y a des exceptions : comme je l’ai démontré, Pierre Joly lui-même est un monophysite qui s’ignore, donc un hérétique. Il était le dernier à pouvoir me faire la leçon. »

    Pour rappel, sur sa chaîne YouTube, Monsieur de Lesquen avait explicitement déclaré que le sédévacantiste se mettait en dehors de l’Église et qu’il n’était pas vraiment catholique :

    « Donc il est sédévacantiste, il se met en dehors de l’Église, et donc il n’est pas non plus vraiment catholique. » [1]

    En conséquence, le moins que l’on puisse dire, c’est que Monsieur de Lesquen se contredit complètement. D’un côté, il n’assume plus d’avoir voulu exclure les sédévacantistes de l’Église, et de l’autre, il décrète arbitrairement que ces derniers seraient « objectivement schismatiques », sous prétexte qu’ils refusent de considérer Léon XIV comme un vrai pape.

    Or, par définition (selon le catéchisme de saint Pie X) : « Les schismatiques sont les baptisés qui refusent obstinément de se soumettre aux pasteurs légitimes, et sont donc séparés de l’Église, même s’ils ne nient aucune vérité de foi. » [2]

    De ce point de vue, les sédévacantistes ne peuvent donc pas être considérés comme des schismatiques, pour la simple et bonne raison que les modernistes auxquels ils refusent de se soumettre ne sont ni « pasteurs » (puisque leur rite d’ordination est invalide), ni « légitimes » (puisqu’ils ne professent pas la foi catholique).

    Monsieur de Lesquen tente ensuite de minimiser la gravité de son accusation de schisme à l’égard des sédévacantistes en écrivant qu’ils « demeurent spirituellement fidèles à l’Église » (sic).

    Le problème, c’est que – selon l’enseignement de l’Église – les schismatiques ne sont pas « spirituellement fidèles à l’Église » puisqu’ils en sont exclus.

    Sur ce point, le Catéchisme Romain précise ce qui suit : « De ce que nous venons de dire il résulte que trois sortes de personnes seulement sont exclues de l’Église : premièrement les infidèles, ensuite les hérétiques et les schismatiques, et enfin les excommuniés. Les infidèles, parce que jamais ils n’ont été dans son sein, qu’ils ne l’ont point connue, et qu’ils n’ont participé à aucun Sacrement dans la société des Chrétiens. Les hérétiques et les schismatiques, parce qu’ils l’ont abandonnée, et que dès lors ils ne peuvent pas plus lui appartenir qu’un déserteur n’appartient à l’armée qu’il a quittée. Cependant, on ne saurait nier qu’ils ne restent sous sa puissance. Elle a le droit de les juger, de les punir, de les frapper d’anathème. Enfin, les excommuniés, parce qu’elle les a chassés de son sein par sa Communion, tant qu’ils ne se convertissent pas. » [3]

    D’où cette formule de saint Ignace d’Antioche : « Ne vous y trompez pas, mon frère ; si quelqu’un suit un schismatique, il n’atteindra pas l’héritage du royaume de Dieu. » [4]

    Monsieur de Lesquen affirme ensuite que je serais « un monophysite qui s’ignore, donc un hérétique » (sic) sous prétexte que je crois que le Christ est omniscient.

    Mais croire en l’omniscience du Christ n’est pas du Monophysisme. Sur ce sujet, saint Thomas d’Aquin (Cf. Somme théologique, IIIa Pars, Question 9, Article 1) expliquait non seulement que le Christ a connu toutes choses par la science divine, mais encore que, dans la nature humaine du Christ (qui n’a été ni supprimée, ni absorbée), la lumière de la science n’était pas effacée, mais plutôt renforcée par la lumière de la science divine. Ainsi, c’est donc en vertu de l’union hypostatique entre la nature humaine du Christ et sa nature divine que l’on attribue au Christ ce qui est à Dieu (en l’occurrence ici l’omniscience), conformément à l’enseignement de l’Apôtre saint Paul qui écrivait que le Christ cache en lui tous les trésors de la science et de la sagesse (Cf. Colossiens 2 ; 2-3).

    Et pour cause, puisque le Nouveau Testament rapporte que même les Apôtres confessaient l’omniscience du Christ (Cf. Jean 16 ; 30).

    Saint Augustin commentera d’ailleurs ce verset de la manière suivante : « Il [le Christ] n’interrogeait personne pour apprendre, mais pour communiquer sa science. Et ceux qui l’interrogeaient par le désir d’apprendre quelque chose de lui, cela leur était nécessaire d’apprendre quelque chose de lui qui savait toutes choses. Quant à lui, il n’avait pas besoin que celui qui voulait être instruit par lui, lui exprimât le désir par une question, car, avant d’être interrogé, il connaissait le désir qui allait dicter cette interrogation. Ce n’était pas grand-chose pour le Seigneur de voir par avance les pensées des hommes, mais c’était grand-chose pour ces enfants, qui ajoutent : « En cela nous croyons que vous sortez de Dieu. » [Jean 16 ; 30]. » [5]

    Malheureusement, pour les besoins de sa cause, Monsieur de Lesquen se sent obligé de nier l’omniscience du Christ, car ses paroles sur l’existence de Moïse et d’Abraham le gênent beaucoup (Cf. Jean 5 ; 46-47 & Jean 8 ; 56-58). Mais comme il estime que le Christ n’avait pas suffisamment de connaissances historiques, il n’est guère étonnant qu’il cherche obstinément à avoir raison contre lui…

    Monsieur de Lesquen se défend ensuite d’être Marcionite en écrivant la chose suivante :

    « Non, je ne suis pas marcionite ! Il est impossible de rejeter l’Ancien Testament puisqu’il y a des centaines de références à celui-ci dans le Nouveau Testament. Pour autant, je rappelle les paroles de l’apôtre saint Paul dans la seconde épître aux Corinthiens, au chapitre III, qui qualifie l’Ancienne Alliance ou l’Ancien Testament, les deux mots étant ici équivalents, de « ministère de la lettre », de « ministère de la mort » et de « ministère de la condamnation ». La Nouvelle Alliance a remplacé l’Ancienne. Il est de fait que l’Ancien Testament est truffé d’horreurs. Il est donc fortement conseillé de ne pas en faire une lecture littérale. »

    Pourtant, dans une vidéo publié le 11 septembre 2019, Monsieur de Lesquen admettait lui-même son Marcionisme en déclarant ceci :

    « Pour un chrétien comme moi, qui suis quand même légèrement Marcionite sur les bords, parce que l’Ancien Testament contient beaucoup de propos très choquants… » [6]

    Là encore, il est indéniable que Monsieur de Lesquen se contredit. D’un côté, il nie être Marcionite, et de l’autre, il admet être « légèrement Marcionite sur les bords » (sic). Il faudrait savoir…

    Quoi qu’il en soit, Monsieur de Lesquen n’accepte pas réellement l’Ancien Testament, puisqu’il considère que celui-ci n’a aucune valeur historique, alors que l’Église dit au contraire que « Les livres sacrés de l’Ancien Testament » sont « des livres historiques et didactiques » [7].

    Quant aux paroles de saint Paul dans son épitre aux Corinthiens, celles-ci ne vont pas vraiment dans le sens du Marcionisme de Monsieur de Lesquen, car dans le passage auquel il se réfère, l’Apôtre des Gentils explique que le ministère de la mort et de la condamnation a été « glorieux ».

    Monsieur de Lesquen se défend ensuite de croire que toutes les religions sa valent :

    « Non, je ne crois pas que toutes les religions se valent ! Je proclame au contraire que seule la sainte Église catholique, apostolique et romaine détient toute la vérité en matière de foi et de morale, et je réprouve le relativisme qui a suivi le concile Vatican II (1965), sous le nom d’œcuménisme et de dialogue des religions, erreurs qui relèvent de cet « indifférentisme » dénoncé par Grégoire XVI. Pour autant, il peut y avoir dans les trois autres grandes religions de l’humanité, à savoir l’hindouisme, le bouddhisme et l’islamisme, une part de vérité. Elles sont susceptibles d’aider leurs adeptes à obtenir le salut s’ils n’ont pas eu connaissance du Christ et qu’ils ne l’ont pas rejeté. »

    Or, dans mon précédent article, je ne reprochais pas vraiment à Monsieur de Lesquen de croire que toutes les religions se valent, mais plutôt de croire que des fausses religions pourraient contribuer au salut des hommes (ce qui n’est pas tout à fait la même chose). En effet, il ne suffit pas de hiérarchiser les fausses religions pour échapper à l’accusation d’indifférence en matière de religion, puisque Pie XI condamne clairement « la théorie erronée que les religions sont toutes plus au moins bonnes et louables ». [8] Le seul moyen d’échapper à ce soupçon d’indifférentisme religieux, c’est de rejeter l’idée selon laquelle les fausses religions seraient des moyens de salut (ce que Monsieur de Lesquen ne fait pas). Il n’est pas question ici de nier que les fausses religions peuvent contenir certaines vérités (puisque c’est toujours le propre du diable de mélanger la vérité avec l’erreur, afin de tromper les gens plus efficacement). Pie XI admettait lui-même que : « toute erreur contient une part de vrai ». [9] Et Pie XII reconnaissait également que : « dans les systèmes erronés peut se cacher quelques lueur de vérité ». [10] Mais l’erreur de ne peut pas conduire au salut. Si des non-catholiques peuvent parfois être victimes d’une ignorance invincible, pour autant, ce n’est pas l’adhésion à une fausse religion qui les aidera à obtenir le salut, mais plutôt l’adhésion à la foi catholique (que Dieu transmet par le moyen de la Révélation à toute personne de bonne volonté).

    Saint Thomas d’Aquin écrivait sur ce point : « Il ne s’ensuit aucune incohérence lorsque l’on postule que tout homme est tenu de croire explicitement quelque chose, même s’il est élevé dans la forêt ou parmi les bêtes : en effet, il revient à la divine providence de procurer à tout homme les choses nécessaires au salut, pourvu qu’il n’y ait pas d’empêchement du côté de cet homme. Car si quelqu’un, élevé de la sorte, suivait la conduite de la raison naturelle dans l’appétit du bien et la fuite du mal, il faut tenir pour très certain que Dieu ou bien lui révélerait par une inspiration intérieure les choses qui sont nécessaires pour croire, ou bien lui enverrait quelque prédicateur de la foi, comme il envoya Pierre à Corneille. Bien qu’il ne soit pas en notre pouvoir de connaître par nous-même les choses qui sont de foi, cependant, si nous faisons en sorte de suivre en nous la conduite de la raison naturelle, Dieu ne nous laissera pas manquer de ce qui nous est nécessaire. Les choses qui sont de foi sont proposées aux simples comme devant être exposés non en détail, mais dans une certaine généralité : car c’est ainsi qu’ils sont tenus de les croire explicitement, comme on l’a dit. » [11]

    Le Père Michaël Müller ajoutait à ce propos : « Que devons-nous penser du salut de ceux qui, sans faute de leur part, sont en dehors du giron de l’Église et qui n’ont jamais eu l’occasion de mieux la connaître ? Il faut penser que leur ignorance invincible ne les sauvera pas ; mais s’ils ont craint Dieu et ont vécu selon leur conscience, Dieu, dans son infinie miséricorde, leur fournira les moyens nécessaires au salut ; au point même, s’il le faut, d’envoyer un ange pour les instruire dans la doctrine catholique, au lieu de les laisser périr par ignorance invincible. Est-il exact de dire que celui qui n’a pas été reçu dans le sein de l’Église avant sa mort est condamné ? Non. Pourquoi ? Parce que personne ne peut savoir ce qui se passe entre Dieu et l’âme au moment terrible de la mort. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que Dieu, dans son infinie miséricorde, peut éclairer, au moment de la mort, quelqu’un qui n’est pas encore catholique, afin qu’il puisse reconnaître la vérité de la foi catholique, se repentir vraiment de ses péchés et désirer sincèrement mourir en bon catholique. Qu’en est-il de ceux qui reçoivent une grâce si extraordinaire et meurent de cette manière ? Nous disons qu’ils sont morts unis, au moins, à l’âme de l’Église catholique, et que, à cause de cela, ils ont été sauvés. » [12]

    Le Père Édouard Hugon précisait enfin sur ce sujet : « Si la foi explicite aux mystères de la Trinité et de l’Incarnation est requise d’une nécessité de moyen, Dieu se doit à lui-même de procurer cette connaissance, et il disposera des évènements de telle sorte que les hommes de bonne volonté seront éclairés, soit par l’arrivée d’un missionnaire, soit par le ministère des anges, soit par une révélation intérieure. […] L’inspiration intérieure est le moyen le plus efficace et qui peut remplacer tous les autres : il n’est pas difficile au premier maître des âmes d’exercer au plus intimes des intelligences un magistère secret, tout-puissant, irrésistible. […] L’illumination intérieure du Saint-Esprit peut se faire si vite et de tant de manières, soit pendant la vie, soit pendant la mort. À ce moment suprême où l’homme est suspendu entre le temps et l’éternité, où l’âme est comme abstraite du corps, la lumière infuse pénètre plus facilement dans les profondeurs les plus cachées ; un éclair d’en haut peut dissiper en un clin d’œil bien des ténèbres : le travail de l’intelligence, le mouvement de la volonté, peuvent s’accomplir en un instant et changer la destinée du mourant. » [13]

    D’où cette sentence infaillible de Pie IX : « Si quelqu’un dit, qu’il est impossible ou inutile que l’homme soit instruit par la révélation divine, sur Dieu et sur le culte qu’il faut lui rendre, qu’il soit anathème. Si quelqu’un dit que l’homme ne peut être élevé par Dieu à une connaissance et à une perfection qui dépassent celles qui lui sont naturelles, mais qu’il peut et doit par lui-même arriver finalement à la possession du vrai et du bien par un progrès continuel, qu’il soit anathème. » [14]

    En d’autres termes, ni l’hindouisme, ni le bouddhisme, ni l’islamisme, ne sont susceptibles d’aider leurs adeptes à obtenir le salut, car comme le proclamait Pie VIII : « Le dogme le plus ferme de notre religion, c’est que, hors de la foi catholique, personne ne peut être sauvé. » [15]

    Monsieur de Lesquen rappelle ensuite que saint Paul a prescrit aux serviteurs les consignes suivantes : « Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la chair, avec crainte et tremblement, dans la simplicité de votre cœur, comme au Christ même, les servant, non à l’œil, comme pour plaire aux hommes, mais comme des serviteurs du Christ, accomplissant de cœur la volonté de Dieu ; faisant votre service de bon gré, comme pour le Seigneur et non pour les hommes, sachant que chacun recevra du Seigneur la récompense de tout le bien qu’il aura fait, qu’il soit esclave ou libre. » [16] (Cf. Ephésiens 6 : 5-8). Néanmoins, cela ne prouve pas que l’Apôtre des gentils approuvait l’esclavage. Dans cette même épitre, saint Paul donnait d’ailleurs aux maîtres le commandement suivant : « Et vous, maîtres, faites de même envers eux, leur épargnant les menaces, sachant que le même Seigneur, le leur et le vôtre, est dans le ciel, et qu’il n’y a pas chez lui acception des personnes. » [17] (Cf. Ephésiens 6 ; 9).

    Du plus, saint Paul a également prescrit aux enfants d’obéir à leurs parents (Cf. Ephésiens 6 ; 1) et aux parents de corriger leurs enfants (Cf. Ephésiens 6 ; 4). Mais cela ne signifie pas pour autant que – dans l’esprit de cet Apôtre – les parents devaient traiter leurs enfants comme des esclaves. Il en va de même pour l’obéissance que les femmes doivent à leurs maris (Cf. Ephésiens 5 ; 22). Cette prescription n’avait pas non plus pour but de justifier la mise esclavage des femmes. La vertu d’obéissance n’a rien à voir avec l’esclavage.

    Monsieur de Lesquen prétend ensuite que l’Église ne se serait pas opposée à la traite des nègres. Mais son magistère enseigne exactement le contraire…

    Grégoire XVI : « Nous avertissons et adjurons sincèrement dans le Seigneur les fidèles chrétiens de toute condition que nul, dans le futur, n’ose blesser qui que ce soit, le dépouiller de ses processions, le réduire en esclavage, ou d’aider ceux qui s’adonnent à ces pratiques, ou exercent ce trafic inhumain par lequel les Noirs, comme s’ils n’étaient pas des hommes mais plutôt des animaux ayant été mis en esclavage d’une quelconque manière, sont sans distinction, au mépris des droits de justice et d’humanité, achetés, vendus, et donnés aux plus durs labeurs. […] Nous interdisons strictement à tout clerc ou laïc de défendre comme admissible ce trafic chez les noirs sous n’importe quel prétexte ou excuse. » [18]

    Pie XII : « On ne peut pas passer non plus sous silence les apôtres de l’Église qui se sont consacrés à assister et à gagner au Christ les esclaves noirs arrachés cruellement à leur terre natale et devenus les objets d’un honteux commerce, dans les différents ports de l’Amérique et de l’Europe. » [19]

    Monsieur de Lesquen affirme ensuite que l’Église n’aurait pas condamné l’esclavage avant le XIXème siècle. Mais cette affirmation est totalement erronée. Bien avant cette période, plusieurs papes s’étaient ouvertement opposés à cette pratique. Je pense notamment à Jean VIII [20], à Eugène IV [21], à Paul III [22], à Urbain VIII [23], à Innocent XI [24], ou encore à Benoît XIV [25].

    Monsieur de Lesquen soutient ensuite que le texte de saint Augustin (que j’ai cité dans mon précédent article) avait pour objet de justifier l’esclavage. Malheureusement, je crains qu’il n’ait pas vraiment compris le sens de cette citation. Dans ce texte, saint Augustin expliquait que, dans l’Ancien Testament, l’esclavage était une peine légale (un comme les travaux d’intérêts généraux). Mais il précisait cependant que « dans l’ordre naturel où Dieu a créé l’homme, nul n’est esclave de l’homme ni du péché ». [26] En d’autres termes, selon l’évêque d’Hippone, l’esclavage n’a plus lieu d’être.

    La parole du Christ est claire : « l’ouvrier mérite son salaire » (Luc 10 ; 7) et saint Paul connaissait parfaitement cette maxime (1 Timothée 5 ; 18). De ce fait, l’esclavage (tel qu’il a été pratiqué durant la traite négrière) est donc contraire à l’enseignement du Christ. C’est pourquoi Léon XIII a eu raison de condamner cette pratique. N’en déplaise à Monsieur de Lesquen qui dénigre ce souverain pontife en lui reprochant d’avoir « pris des arrangements avec la vérité historique » et d’avoir « fait la leçon à saint Paul et au Christ lui-même » (sic).

    Monsieur de Lesquen prétend ensuite qu’il ne soutient pas un droit inconditionnel au blasphème.

    Pourtant, dans une vidéo publiée le 7 décembre 2017, Monsieur de Lesquen affirmait ce qui suit : « Mais moi je suis pour la liberté d’expression totale. On doit avoir le droit de blasphémer aussi. » [27]

    Là encore, il se contredit ouvertement.

    Monsieur de Lesquen écrit ensuite que, dans la société actuelle, il faut admettre la liberté d’opinion et le droit pour un individu de critiquer notre religion. Mais l’Église – par la plume Léon XIII – prêche au contraire que : « La liberté illimitée de penser et d’émettre en public ses pensées ne doit nullement être rangée parmi les droits des citoyens, ni parmi les choses dignes de faveur et de protection. » [28]

    Monsieur de Lesquen me reproche enfin de l’avoir accusé de soutenir l’hérésie Calviniste. Mais, en réalité, je me suis simplement contenté de lui reprocher d’avoir déclaré que Jean Calvin méritait « l’admiration des Français et de tous les hommes » [29].

    Ceci dit, au risque de décevoir Monsieur de Lesquen, je ne vois pas pour quelle raison cet « abominable hérésiarque » mériterait autant d’honneurs. À mes yeux, ce soi-disant « remarquable écrivain » – qui a eu l’audace d’écrire que Notre Seigneur Jésus-Christ aurait subi le même châtiment que les damnés [30] – ne sera jamais « un grand homme » …

    En résumé, au lieu de réfuter mes arguments, Monsieur de Lesquen s’est simplement contenté de se victimiser en me reprochant de l’avoir soi-disant calomnié, alors que je n’ai fait que retranscrire mot pour mot ses propres déclarations. S’il n’assume plus les propos qu’il a tenu auparavant, alors qu’il le dise clairement (au lieu de s’insurger contre des « calomnies » imaginaires). D’autant plus que ce jugement relève de l’inversion accusatoire, puisqu’il a lui-même recours à ce genre de procédé, notamment lorsqu’il m’accuse sans preuve d’être un Monophysite ou qu’il reproche arbitrairement aux sédévacantistes d’être des schismatiques…

    Pour information, la comparaison entre Monsieur Soral et Monsieur de Lesquen – que l’on peut lire à la fin de l’article : « Pour en finir avec le Lesquenisme » – n’a pas été écrite par moi, mais par Florian Rouanet (qui a pris l’initiative de rajouter cette phrase en publiant ce texte sur son site).

    Bien que cette réflexion ne reflète pas vraiment le fond de ma pensée, je trouve que celle-ci a moins le mérite d’exposer les limites du discours de ces deux figures de proue du camp national.

    Du reste, le reproche que Monsieur de Lesquen me fait d’avoir épargné Monsieur Soral est totalement infondé.

    J’en veux notamment pour preuve le fait que, en 2022, j’avais rédigé un article intitulé : « Pour en finir avec le Soralisme. L’anticatholicisme d’Alain Soral. »

    https://www.contre-revolution.fr/soralisme-anti-catholicisme-alain-soral/

    Aussi, en 2025, j’ai également écrit un livre (sur le même sujet) intitulé : « Catholicisme et dissidence. Une alliance impossible ? »

    https://csrb.fr/products/catholicisme-et-dissidence-une-alliance-impossible

    Par ailleurs, Monsieur de Lesquen conclu sa publication en écrivant : « Il faut être le dernier des imbéciles pour diriger ses flèches contre quelqu’un que l’on devrait tenir pour un ami, en dépit des différences, plutôt que contre un ennemi avéré de la civilisation chrétienne. »


    À cela, je répondrais simplement que je n’ai aucune raison de « tenir pour un ami » Monsieur de Lesquen, car au-delà du fait que je ne le connais pas personnellement, je ne suis pas persuadé que nous ayons la même religion.

    [1] https://www.youtube.com/shorts/g1NOky7Yy4g

    [2] Catéchisme de la doctrine chrétienne publié par ordre de S.S le pape Pie X (1912), Partie I, Chapitre VI, p. 35

    [3] Catéchisme du concile de Trente, Partie I, Chapitre X, § III.

    [4] Lettre aux Philadelphiens. Cité dans l’encyclique Summo Iugiter studio de Grégoire XVI.

    [5] Exposition suivie des quatre Évangiles par le docteur Angélique saint Thomas d’Aquin. La chaîne d’Or. Tome VIII. Éd. Louis Vivès (1855), p. 280-281

    [6] Vidéo : « Henry de Lesquen – Yann Moix ou la Révélation » :

    https://www.youtube.com/watch?v=CJDAO48Bw5Q&t

    [7] Encyclique Mit Brennender Sorge (14 mars 1937).

    [8] Encyclique Mortalium animos (6 janvier 1928).

    [9] Encyclique Divini Redemptoris (19 mars 1937).

    [10] Encyclique Humani Generis (12 août 1950).

    [11] De Veritate, Question 14, Article 11.

    [12] Explication familière de la doctrine chrétienne (1876), Partie I, Leçon XII.

    [13] Hors de l’Église point de salut. Éd. Pierre Téqui (1927), Chapitre IV, p. 104-195-127

    [14] 3ème session du concile du Vatican (24 avril 1870), Constitution dogmatique Dei Filius, Chapitre 2, Canons n° 2 et 3.

    [15] Lettre apostolique Litteris alterno (25 mars 1830).

    [16] La Sainte Bible selon la Vulgate, traduite par l’Abbé Jean-Baptiste Glaire, p. 2804

    [17] La Sainte Bible selon la Vulgate, traduite par l’Abbé Jean-Baptiste Glaire, p. 2804

    [18] Bulle In Supremo Apostolatus Fastigio (3 décembre 1839).

    [19] Constitution apostolique Exsul Familia Nazarethana (1er août 1952).

    [20] Lettre Unum est (septembre 873).

    [21] Bulle Sicut Dudum (13 janvier 1435).

    [22] Lettre Veritas Ipsa (2 juin 1537).

    [23] Bulle Commissum Nobis (22 avril 1639).

    [24] Décret du Saint-Office (20 mars 1686). Réponse approuvant les décisions des missionnaires capucins. Instruction n°230.

    [25] Lettre apostolique Immensa Pastorum (20 décembre 1741).

    [26] La Cité de Dieu, Livre XIX, Chapitre XV.

    [27] Vidéo : « Henry de Lesquen face à des musulmans » : https://www.youtube.com/watch?v=oFyfLkHCJak

    [28] Encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885).

    [29] Vidéo : « Jean Calvin, génie français, prophète d’un monde nouveau » :

    https://www.youtube.com/watch?v=UUl0APu0UNY

    [30] Nouvelle traduction française de l’Institution chrétienne de Jean Calvin (1697), Livre II, édité chez Jean Wessel imprimeur de la république, chapitre 16, § 10, p. 532-533

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    — La Rédaction

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