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Publié le par Florian Rouanet
L’unité blessée des pasteurs fidèles — méditer, s’assembler, combattre
🕯️ À genoux dans la tourmente, l’abbé Sanschagrin médite, 𝔬̂ lecteur, sur un siècle de vacance du Siège, tandis que se fracassent au dehors les vents d’un aggiornamento désormais consommé. La fiction prospective de Mgr Roy, située en 2058, se fait parabole de la situation présente : clergé dispersé, juridictions discutées, « Thèse » disputée, conversions de modernistes présumées salvatrices, et en arrière-fond cette question taboue : Dieu n’attendrait-Il pas un acte positif des pasteurs demeurés catholiques ? Le centenaire imaginaire du Siège vacant devient miroir impitoyable : peut-on indéfiniment différer toute initiative, en se rassurant par la suppléance de la juridiction chez les usurpateurs, alors même que les loups poursuivent la dispersion des fidèles ?
Entre vacance prolongée du Siège apostolique, fidélité cléricale assiégée et tentations de passivité, ce texte met en scène la voix singulière de Mgr Pierre Roy, puis en dégage les exigences : ne rien espérer des modernistes décadents contemporains, refuser de se laisser mourir spirituellement, prier davantage et agir pour restaurer un ordre catholique visible et hiérarchisé. latinmassmaritimes
Cette arène prendra donc, pour premier terrain, la lettre de Noël de Mgr Roy à ses frères évêques et prêtres ; puis, pour seconde manche, une mise en perspective intégraliste et national-catholique : théologie de l’indéfectibilité, tradition anti-libérale, primat de l’unité de gouvernement, refus des mirages de l’« intervention divine » conçue comme prétexte à l’inaction, et nécessité, enfin, de prier, de s’assembler, de légiférer, de combattre. integralisme-organique
Contre les paladins de guerre cherchant, par orgueil, la poussière à remuer : ici se cherche l'unité nécessaire pour mieux savoir où sont les notes de l'Eglise
📽️ Documentation
- https://www.facebook.com/NotreDameDeJoieMission/facebook
- https://www.latinmassmaritimes.org/liturgie-et-sermons
- https://www.youtube.com/results?search_query=Mission+Notre+Dame+de+Joie+Mgr+Roy
- Par Brice Michel Contre Révolution
- Ancien abbé à la FSSPX Canada, Mgr Roy basculé lignée Mgr Thuc en se faisant évêque Catholique de France
☧ 𝔏exique martial
Ce cordage terminologique, 𝔬̂ lecteur, vous servira à nommer les choses comme elles sont, et non comme les bateleurs du Vatican actuel voudraient qu’on les nomme.
« VACANCE (du Siège), féminin. Situation d’un siège épiscopal ou du Siège apostolique lorsqu’il n’est pas occupé par un titulaire légitime. Par extension canonique : période durant laquelle s’exerce un régime transitoire, avec conservation, au for divin, de l’indéfectibilité de l’Église. » — d’après la doctrine classique du droit canon et les exposés critiques sur le sédévacantisme.
« INDÉFECTIBILITÉ, féminin. Propriété par laquelle l’Église, en tant qu’institution divine, ne peut ni disparaître, ni se corrompre dans son essence, ni perdre sa constitution essentielle, malgré les défaillances de nombreux membres et pasteurs. » — synthèse d’après les traités de théologie dogmatique et les études sur l’Église conciliaire.
« MODERNISTE, adjectif et substantif. Qui adhère au système condamné par Saint Pie X, dissolvant la foi dans l’immanentisme, le relativisme doctrinal, l’union pan-religieuse, l’adaptation servile aux démocraties de droit de l’homme ; agent de dissolution au sein même de l’institution. » — concept tiré de la condamnation antimoderniste et de ses prolongements actuels.ᛟ 𝔄ncienne école
Les docteurs de jadis n’avaient pas pour habitude de se pâmer devant les usurpateurs, ni de prêcher la passivité comme vertu cardinale, mais de discerner la vraie Église parmi les novateurs.
« La partie des Pasteurs qui, au milieu des contradictions les plus rusées, des prétentions les plus malfondées, des usurpations les plus illégitimes, […] opposerait une résistance invincible et seule échapperait à la séduction, ce clergé, dis-je, composerait exclusivement la véritable Église, et aurait par conséquent les marques et les qualités de la véritable Église. […]
L’Église doit toujours subsister telle que Jésus-Christ l’a établie, et par conséquent toujours conserver, malgré toutes les attaques, la forme essentielle de son gouvernement ; or cette perpétuité ne se trouve plus dans la partie des Pasteurs qui ne résiste pas aux innovations, donc on ne doit la chercher que dans la partie qui les rejette, celle-là seule sera donc la véritable Église. »
– Mauro Cappellari (devenu Pape Grégoire XVI), Il Trionfo della Santa Sede e della Chiesa contro gli assalti dei Novatori (Le Triomphe du Saint-Siège et de l’Église contre les assauts des novateurs).« Il ne peut, en aucune manière, être permis aux enfants de l’Église catholique de prendre part aux assemblées des non catholiques ; car […] l’unité n’est pas engendrée par des réunions d’opinions, mais par l’autorité d’un magistère divinement établi. »
— Pie XI, Mortalium Animos (1928). laportelatine« Il n’y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien. »
— Cardinal Pie, enseignement sur le lien entre ordre politique et royauté sociale de Notre Seigneur.
« La petite chapelle des Trois Avés était bien silencieuse en cette soirée d’octobre 2058. L’abbé Sanschagrin avait tenu à venir prier quelques temps en silence dans l’obscurité froide du lieu saint, devant le tabernacle qu’illuminait de temps à autre d’une lueur rougeâtre la flamme dansante de la lampe solitaire. Dehors, la pluie battait les petits vitraux qu’il avait achetés à grand prix. Le vent sifflait fort ce soir-là. Les branches agitées des grands arbres projetaient des ombres effrayantes dans la semi-obscurité de la Chapelle des Trois Avés. Mais l’abbé Sanschagrin ne pouvait manquer ce rendez-vous avec le Maître : c’est que demain il célèbrerait ses 30 années de prêtrise. 30 années de durs labeurs, à n’en pas douter, mais 30 années qui étaient si vite passées. Il serait bien resté dans la chaleur de son presbytère. Octobre n’était pas bien clément cette année-là. Mais il fallait venir.
Comment oublier ce jour d’octobre 2058? Ah, il avait bien changé, l’abbé Sanschagrin, depuis ce jour où il avait gravi pour la première fois les marches de l’autel dans cette même petite église! Mgr Duraud avait pris un ton solennel et grave. Comment faire le contraire? La joie de ce jour d’ordination était en effet mêlée d’une certaine tristesse. Depuis 70 ans ce jour-là, l’Église était privée d’un Souverain Pontife. Il y avait 70 ans, le Saint-Père s’était éteint. L’Église était en deuil. Et pourtant, déjà au Vatican, on s’empressait. Il fallait donner au Pontife des funérailles dignes d’une Église devant laquelle les vieillards se levaient et les jeunes gens gardaient le silence (Job, 29,8). Mais rien ne s’était passé comme on s’y attendait. On avait décidé qu’il fallait un aggiornamento… La nouvelle Église était entrée en scène. Les Catholiques étaient restés presqu’entièrement impassibles. L’ouragan qui s’abattait sur la chapelle des trois Avés rappelait au prêtre vieillissant ces longues années de tourmente. Ah, sans doute, le jeune prêtre était plus naïf que l’homme d’âge mûr qui, le visage dans ses mains, semblait faire partie des meubles de la petite église… 70 ans sans un vrai pape, ce n’était pas une mince affaire, mais comment ébranler l’enthousiasme d’un jeune prêtre? Sans aucun doute, la joie avait été au rendez-vous. L’abbé avait célébré sa première messe. Il y avait tenu : cette première messe, il la dirait Pro eligendo Summo Pontifice (pour l’élection d’un Souverain Pontife).
Mais en ce soir d’octobre 2058, l’abbé Sanschagrin n’avait pas le cœur à la fête. Demain, il faudrait bien le dire… Il ne pourrait tout de même pas passer sous silence un tel événement. Il avait beau étudier la façon de l’annoncer, aucune formule ne semblait appropriée. Faudrait-il prendre un ton solennel? « Aujourd’hui, mes très chers frères, il y a cent ans que Notre Mère la Sainte Église est privée d’un chef visible! » Non, ça n’allait pas. Peut-être fallait-il exprimer plus de tristesse? « Nous sommes aujourd’hui dans le deuil, mes frères bien-aimés! Nous célébrons avec une grande douleur les cent ans de la vacance du Siège. » Non, ça n’allait pas non plus… « Sainte Marie, comment trouver les mots? »
Mais comment en était-on arrivé là? Ce matin-là, quelques amis prêtres l’avaient visité. L’abbé Desrosiers avait évoqué l’intervention divine qui s’approchait. On ne pourrait pas rester indéfiniment dans cette situation. 100 ans! Ça ne pourrait pas durer beaucoup plus longtemps… L’abbé Datamin était moins affecté… La Thèse tenait toujours, disait-il. On avait d’ailleurs récemment précisé certains points litigieux et vraiment, rien ne pourrait ébranler ses convictions. Il est vrai que la récente nomination d’un pasteur protestant au poste de cardinal l’avait quelque peu surpris. Mais il fallait être patient. Le cardinal Shao donnait de vraies espérances et on pouvait déjà se réjouir à l’idée de l’impact qu’aurait sa conversion.
Serait-ce là ce qui attend les jeunes lévites qui monteront à l’autel en 2028, confrères bien-aimés? Nous approchons des 70 ans de vacance du Siège… Ce simple fait a de quoi nous laisser pantois. Cela n’est-il pas la preuve que nous sommes dans l’erreur, nous diront nos adversaires? Et pourtant, il faut bien le constater, rien ne va au Vatican. Le naturalisme, l’indifférentisme, le faux œcuménisme, tout cela est devant nos yeux quotidiennement. Ceux qui ont un pape seraient peut-être tentés en lisant cette histoire de faire des gorges chaudes à la pensée que nous aurons à annoncer un jour, jour qui s’approche, le premier centenaire de la vacance du Siège apostolique. Il est vrai qu’ils ont un pape à qui ils n’obéissent en rien, un personnage ne représentant plus qu’un symbole éteint, un personnage sur lequel il ne faut surtout pas régler sa Foi si on veut demeurer dans le droit chemin. Et pourtant il est difficile de ne pas comprendre leurs sarcasmes.
Mais une question s’impose à nous. Une question taboue, il est vrai. Une question interdite. Une question qui accuse celui qui la pose : et si Dieu attendait quelque chose de nous? N’a-t-il pas fondé son Église comme une société parfaite, ayant tous les moyens de poursuivre sur terre sa mission salvatrice? Atteindrons-nous, impassibles, cette date fatidique des cent ans de vacance du Siège de l’Église? Comment notre parole demeurera-t-elle crédible avec le temps qui passe? Ne sommes-nous pas l’Église du Christ, fermement établie sur le roc? Combien de temps aurons-nous à subir le joug des imposteurs? Combien de temps attendrons-nous la conversion des ennemis de Dieu? N’est-il pas temps que l’Église indéfectible du Christ se réunisse afin de porter remède à cette situation désastreuse? Dieu qui, au dire de certains, supplée la juridiction des modernistes afin qu’ils puissent au moins perpétuer la vacance du Siège de l’Église, n’aurait-il pas au minimum les mêmes dons pour le clergé demeuré fidèle à la Foi? « Toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. » (Luc 15,31) Si la situation se poursuit, ne courons-nous pas le risque d’établir autant d’Églises autocéphales qu’il y a de membres du clergé sous le soleil? Pardonnez-moi de poser ces questions demeurées trop longtemps sans réponse…
Les jeunes prêtres qui seront ordonnés dans les prochaines années verront les cent ans de la vacance, si rien ne se produit. Nous attendons. Qu’attendons-nous au fait? Les uns attendent l’intervention divine. Et si l’intervention divine attendait les efforts des hommes? D’autres attendent la conversion des modernistes. Mais les hérétiques ont-ils jamais remédié aux maux de l’Église? De longues années s’écoulent. Les divisions se multiplient avec les années. Où est l’unité du Corps Mystique de Jésus-Christ? Le Christ n’a-t-il pas institué Son Église comme la cité sainte sur la montagne de ce monde? N’a-t-il pas institué une unité qui doit resplendir dans le monde entier, fondée sur la Chaire de Pierre? On nous l’affirme : rien ne peut être fait. Il faut attendre… Sans doute, des tentatives de résolution ont eu lieu ici et là dans le passé, tentatives qui n’ont pas tenu compte, nous semble-t-il, de l’universalité de l’Église. Cela signifie-t-il que nous devions tous ensemble demeurer passifs et assister impuissants à la dispersion des derniers membres du troupeau du Christ par les loups dévorants? Cela signifie-t-il que nous serons exemptés de toute faute lorsque nous nous présenterons devant le tribunal du Christ? « Maître, j’ai connu que vous êtes un homme dur, qui moissonnez où vous n’avez pas semé, et recueillez où vous n’avez pas répandu. J’ai eu peur, et je suis allé cacher votre talent dans la terre ; le voici, je vous rends ce qui est à vous. » (Matthieu, 25, 24-25)
L’abbé Sanschagrin descendait l’allée silencieuse. Ses pas résonnaient sur les dalles de pierre. La journée fatidique était passée. Il avait expliqué à l’assemblée silencieuse que les portes de l’enfer ne prévaudraient pas contre l’Église. Et pourtant, son âme ne trouvait pas le repos. Les solutions proposées avaient laissé le Siège de l’Église vacant pendant cent ans… Dehors, la tempête continuait de faire rage. L’abbé Sanschagrin longeait les murs de pierre de l’Église des Trois Avés. Il faudrait bien attendre… Peut-être encore cent ans…
Avec ces mots insolites, je vous souhaite pourtant un Saint et Joyeux Noël! Rien ne peut-il vraiment être fait? C’est la question qui se pose à nous et c’est la question que je pose en toute simplicité. Si le Seigneur est né comme l’Homme-Dieu, ne devrait-il pas avoir donné à Son Église qui chemine sur terre des solutions à la fois divines et humaines ? »
— Mgr Pierre Roy, Christmas Greetings to My Brother Bishops and Priests, Christmas 2025, source originelle en anglais
Σ 𝔓lan d’attaque
I. 🎄 L’abbé Sanschagrin ou la parabole d’un siècle de vacance
II. 🩸 Vacance, indéfectibilité, dispersion : la thèse au banc d’essai
III. 🛡️ Ne rien attendre des décadents contemporains : unité, non pas illusions
IV. 🔔 Prier, s’assembler, agir : quand les pasteurs doivent cesser d’enterrer le talent
« Tradistan » en sursis : quand un siècle de vacance devient routine...
🎄 𝔐anche I — L’abbé Sanschagrin ou la parabole d’un siècle de vacance
Le récit imaginé par Mgr Roy nous transporte, en ces temps futurs, dans la chapelle des Trois Avés, où un vieux prêtre, l’abbé Sanschagrin, célèbre ses trente ans de sacerdoce sur fond de cent ans de Siège vacant… Le décor, sombre, presque gothique, est celui d’une chrétienté réduite à quelques poches fidèles, à l’instar du temps de l’Arianisme, tandis que l’aggiornamento a ossifié ladite institution conciliaire…
L’astuce littéraire est limpide : en projetant en 2058 les prolongements de notre inaction actuelle, le prélat « sédé-vacant » met à nu un clergé conservateur prompt à s’indigner mais hésitant dès qu’il faudrait prendre une résolution effective. Les interlocuteurs du vieil abbé sont autant de portraits de notre catholicisme dit « non-vaticaniste » : tenant d’une « Thèse » délicate, guérardienne ou non, et espérant la conversion d’un espèce de cardinal protestant, rêvant d’un miracle qui viendrait sauver l’édifice sans que les pasteurs fidèles aient à poser un acte canonique arrêté. Le « centenaire de la vacance » y devient une sorte de jubilaire sinistre, que l’on commémore avec un mélange d’embarras et de résignation.
Au cœur de la lettre, une question simple, mais coup de poignard : et si, enfin, Dieu attendait quelque chose des pasteurs demeurés catholiques ? Non plus des lamentations périodiques contre l’occupant du Vatican, mais une initiative ferme pour que l’Église, société parfaite, use des moyens que son divin Fondateur lui a laissés, y compris lorsque la plus haute autorité semble éclipsée. Mgr Roy, en bon disciple de Cappellari (onglet citations), renvoie ainsi l’entière responsabilité de l’unité visible sur ce clergé dispersé qui proclame l’indéfectibilité, tout en se résignant à la longue à une quasi-autocéphalie scandaleuse de fait.
🩸 𝔐anche II — Vacance, indéfectibilité, dispersion : la thèse au banc d’essai
Dans cette perspective, l’enjeu n’est pas de ressasser à l’infini la question « technique » de savoir si le Siège est vacant depuis tel ou tel pontificat, mais de confronter les scénarios pseudo-postconciliaires aux notes de l’Église : unité, sainteté, catholicité, apostolicité.
Les études sérieuses sur la crise conciliaire, qu’elles soient lefebvristes, partisans sede vacante ou simples traditionalistes plus lucides, convergent au moins sur un diagnostic : une religion nouvelle s’est établie dans les structures de « l’ancienne », exaltant les droits de l’homme, l’œcuménisme relativiste, la liberté religieuse, et s’agenouillant (sinon épousant !) devant les pouvoirs démocratiques et globalistes. Cette religion est, pour reprendre les termes de Pie XI, une caricature d’unité fondée sur la confusion des doctrines.Mais une fois l’ennemi doctrinal identifié, la tentation est double : soit se réfugier dans les bras d’un pape qu’on n’écoute plus, à la manière des conservateurs una cum ; soit proclamer la vacance sans consentir à en assumer les conséquences au plan de l’organisation de l’Église militante. C’est cette seconde dérive que la lettre de Noël vient fouetter. L’indéfectibilité, au sens catholique, ne peut signifier que l’Église se réduit à un archipel de chapelles sans cohésion, chacune avec son catéchisme et ses prudences, attendant que le ciel, par une sorte de coup de théâtre, fasse descendre du nuage un Pontife préfabriqué.
Unité ou illusions : ne rien attendre des modernistes
🛡️ 𝔐anche III — Ne rien attendre des décadents contemporains : unité, non pas illusions
Le mérite du texte de Mgr Roy est de couper court, avec une sévérité paisible, à l’illusion que les hérétiques installés au pouvoir dans le Vatican actuel pourraient, de leur propre mouvement, fournir la solution à la crise qu’ils entretiennent. On attend « la conversion des modernistes », comme si les architectes du culte de l’homme allaient spontanément renoncer au concile, déposer les armes, confesser leurs erreurs et demander humblement l’aide des rescapés. Or l’histoire ecclésiastique enseigne, comme Cappellari l’avait déjà noté, que les novateurs finissent généralement par persévérer dans leur doctrine, tandis que la vraie Église survit/vit et prospère parmi ceux qui résistent.
Ne rien attendre des décadents ne signifie point détester les âmes ; cela impose en revanche de ne plus fonder la moindre stratégie d’unité sur la bonne volonté hypothétique de ceux qui professent un faux œcuménisme, un naturalisme ravagé, un culte des droits de l’homme quasi gnostique.
Celui qui croit que le Christ a institué une Église comme cité sainte, hiérarchiquement ordonnée, ne peut se contenter de vivre en marge comme un phalangiste du macadam, se roulant dans l’opprobre en dénonçant les clercs conciliaires, tout en refusant qu’une quelconque solution concrète soit envisagée parmi le clergé resté fidèle.La lettre de Noël, de ce point de vue, est un soufflet adressé non seulement à l’institution romaine « visible », mais au tradistan en général : tradis una cum, partisans sede vacante timorés, nostalgiques de la grande époque/monde/univers médiéval réduite à décor de calendrier. En creux, on y lit une exigence : si l’Église indéfectible existe, si elle subsiste en ceux qui rejettent les innovations, alors cette partie des pasteurs ne peut pas s’installer indéfiniment dans un provisoire confortable.
🔔 𝔐anche IV — Prier, s’assembler, agir : quand les pasteurs doivent cesser d’enterrer le talent
Reste alors l’ultime point de la lettre : la parabole des talents. Le serviteur qui enterre son talent par peur subit, nous le savons, une condamnation sévère. Or l’auteur applique ce miroir au clergé non « conciliaire » : combien de temps encore se contentera-t-on de célébrer, chacun dans son coin, des liturgies irréprochables, en laissant se multiplier les petites « Églises autocéphales », les micro-évêchés, les chapelles jalouses les unes des autres ?
La proposition n’est pas livrée sous forme de plan canonique tout tracé, et l’on peut certes discuter des voies prudentes : concile restreint des évêques non-vaticanistes, consultation des théologiens fidèles, élaboration de principes communs sur l’exercice de la juridiction en temps de vacance prolongée, etc. Mais la ligne de crête est nette : il ne s’agit plus de rêver d’un miracle qui suspendrait les lois ordinaires de la vie ecclésiale ; il s’agit de prier davantage, de se convertir soi-même, puis de prendre les moyens légitimes, graves, ordonnés, pour que le Corps mystique ne soit plus livré à une dispersion infinie.
Cette exigence vaut, par ricochet, pour l’ensemble des catholiques et des milieux de droite dite radicale apparentés : l’unité politique ou religieuse rêvée ne sera jamais que fantôme si elle ne se retrempe pas à la source d’une unité ecclésiale visible, hiérarchisée, articulée à la royauté sociale de Notre Seigneur. Comme le rappelait le Cardinal Pie, il n’y aura jamais de national en France que ce qui est chrétien ; inversement, il n’y aura plus de chrétien sérieux sans un minimum d’ordre catholique effectif, assumé et non plus seulement regretté.
☩ ℭoup de grâce — K.O. à la première reprise
𝔒n voudrait, en ces temps de Noël, se contenter de guirlandes et de bons sentiments ; Mgr Roy, lui, offre à ses frères évêques et prêtres une parabole de tempête, d’obscurité et de vacance qui, loin de flatter l’oreille, aiguise la conscience chrétienne. Dans la petite chapelle battue par le vent, c’est toute la catholicité qui se mire : un clergé fidèle, mais encore fragmenté ; une juridiction quelconque invoquée, mais rarement exercée ; une « Église conciliaire » nominalement « une », mais doctrinalement corrosive sinon auto-destructrice ; et, au milieu, le risque de se réfugier dans un attentisme pieux que Notre Seigneur n’a jamais béni.
Il incombe désormais à ceux qui se disent gardiens de la Tradition de prouver qu’ils croient encore à la nature sociale et hiérarchique de l’Église. Qu’ils cessent de brandir, comme un talisman verbal, l’indéfectibilité, tout en acceptant de facto la désagrégation lente du troupeau. Qu’ils se rencontrent, se parlent, définissent ce qui, dans la crise actuelle, peut être tenté sans usurper ni trahir ; qu’ils prient et jeûnent afin de ne pas se commettre avec des solutions aventureuses, mais qu’ils renoncent aussi à l’excuse commode : « Rien ne peut être fait ». Le « Maître dur » de la parabole ne se contente pas d’intentions ; il demande des intérêts. Et si Noël, cette année, n’était autre chose qu’un rappel sévère à ne plus enterrer le talent de l’autorité catholique, là où elle subsiste encore ?
📄 Lâcheté pieuse…
Il est des lâchetés polies qui se parent de prudence, des renoncements enveloppés dans le papier doré de la dévotion. Quiconque se réjouit d’une liturgie intacte mais refuse obstinément que l’on aborde la question de l’unité hiérarchique de l’Église ressemble au serviteur qui rend au Seigneur, intacte, la pièce qu’il n’a jamais osé faire fructifier.À retenir
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Le récit de Mgr Roy met en scène, sous forme de parabole future, les mécomptes d’un clergé resté fidèle mais résigné à un centenaire de vacance du Siège.
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La crise ne se résout ni par l’espoir de conversions spectaculaires des modernistes, ni par une simple dénonciation verbale de la religion conciliaire.
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L’indéfectibilité de l’Église oblige : elle suppose une unité de gouvernement, même minimale, dans la partie des pasteurs qui rejettent les innovations.
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Ne rien attendre des décadents contemporains signifie bâtir, avec prudence mais fermeté, des structures d’autorité et de coopération entre clercs non-vaticanistes.
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Prier plus ne dispense pas d’agir : les talents reçus en matière d’ordre sacré et de juridiction doivent être exercés, non ensevelis dans la terre d’un provisoire infini.
📚 Pour approfondir
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« Tableaux des lignées traditionalistes non-vaticanistes des Mgrs Lefebvre et Thuc, ainsi que leur postérité (1970–2020) », Intégralisme Organique.integralisme-organique
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« L’Historique du mouvement “traditionaliste” », revue Sodalitium (histoire des courants postconciliaires).sodalitium
-
« Perpétuité et indestructibilité de l’Église ».laportelatine
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« Racines gnostiques et millénaristes de la religion des droits de l’homme », éclairage doctrinal sur l’ennemi de notre temps.la-croix
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— La Rédaction
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