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Publié le par Augustin J
Les poilus, des pères et des hommes avant d’être des soldats.
I) Les pères :
Ces lettres-là sont toujours particulières, touchantes. Les pères demandent les derniers résultats scolaires, ils s’assurent du respect que leurs enfants doivent porter à leur mère et cherchent à combler la plaie de leur absence et du temps meurtrier qui n’en finit pas d’éclaircir leur rang. Dans les tranchées, l’espérance de vie est courte et ces pères de familles le savent bien. C’est pour cela que chaque poilu écrit toujours à ses enfants comme si sa lettre était la dernière, comme un testament. Et ce fut hélas »trop » souvent le cas…
Derrière ces lettres, se cachent des pères brisés par la guerre, la peur et le chagrin.
Nous suivrons ici la correspondance d’un soldat comme tant d’autres. Un soldat que tout le monde à oublié aujourd’hui. Il s’agit de Martin Vaillagou.
Martin Vaillagou est né le 28 juillet 1875 dans le Quercy. En 1900, il épouse Eugénie et vient vivre avec elle à Malakoff, rue du Clos Montholon, près de Paris. Là-bas, à force de travail, il fonde une entreprise de maçonnerie qui devient prospère. L’union de Martin et Eugénie est bénie de deux enfants. Maurice en 1904 et Raymond en 1909.
Le soldat Vaillagou, poète à ses heures perdues, est mobilisé en 1914, comme ses quatre autres frères.
Correspondance à son fils Maurice qui lui demandait de lui rapporter un casque de »Boche » :
« (…) Pour le casque de Prussien cela n’est pas sur. Ce n’est pas maintenant le moment d’aller les décoiffer. Il fait trop froid, ils pourraient attraper la grippe. Et puis, mon pauvre Maurice, il faut réfléchir à ce que les Prussiens sont comme nous, il y a des papas qui sont à la guerre et des petits enfants comme toi qui sont avec leur maman. Vois-tu, qu’un garçon prussien écrive à son père la même chose que toi et qu’il lui demande un képi de français, et si ce papa prussien rapportait un képi de français à son petit garçon et que ce képi fut celui de ton papa ? Qu’est-ce que tu en penses ? Tu conserveras ma lettre et tu la liras plus tard quand tu seras grand. Tu comprendras mieux. »
Date inconnue
Martin Vaillagou sera tué avec seize autres soldats dans une embuscade au cœur du petit bois, dans la région de Mourmelon, le 25 aout 1915. Un mois plus tard, deux de ses frères tombent au combat le même jour.
Grand-père et grand-mère Vaillagou auront sacrifiés 3 de leurs 5 fils à la France…
Le petit Maurice, quant à lui, mourra d’une leucémie peu après la mort de son père…
C’est aussi cela la guerre. Des pères qui essayent tant bien que mal de rassurer et apporter de sages conseils à leurs enfants… sous les feux de la mitraille… Héroïques…
II) Les hommes :
Voici à présent Gervais Morillon, jeune homme plein de vie, tendre et joyeux, de 21 ans. Avant la guerre, Gervais travaille avec son père comme contremaitre à la pépinière de Breuil-Mingot, près de Poitiers. La correspondance qui va suivre est tout à fait surprenante par son caractère absolument interdit. Mais il faut croire que Gervais, jeune et fougueux, était pétris d’audace !
Après les sages explications de Martin Vaillagou à son fils, découvrons maintenant, à travers les mots du jeune Gervais Morillon en quoi ces soldats, ces poilus, étaient des hommes avant d’être des soldats :
« Chers parents,
Il se passe des faits à la guerre que vous ne croiriez pas ; moi-même, je ne l’aurais pas cru si je ne l’avais pas vu ; la guerre semble autre chose, eh bien, elle est sabotée. Avant hier (et cela a duré deux jours dans la tranchée), Français et Allemands se sont serré la main ! Incroyable, je vous dis ! Pas moi, j’en aurais eu regret. Voilà comment cela est arrivé : le 12 au matin, les Boches arborent un drapeau blanc et gueulent : » Camarades, camarades, rendez-vous ! ». Ils nous demandent de nous rendre »pour la frime ».
Nous, de notre côté, on leur en dit autant ; personne n’accepte. Ils sortent de leur tranchée, sans armes, rien du tout, officier en tête. Nous en faisons autant et cela a été une visite d’une tranchée à l’autre, échange de cigares, cigarettes, et à cent mètre d’autres se tiraient dessus. Je vous assure, si nous ne sommes pas propres, eux sont rudement sales, dégoûtants ils sont, et je crois qu’ils en ont marre eux aussi.
Mais depuis, cela a changé ; on ne communique plus. Je vous relate ce petit fait, mais n’en dites rien à personne, nous ne devons même pas en parler à d’autres soldats.
Je vous embrasse bien fort tous les trois. (Gervais a un petit frère)
Votre fils, Gervais. »
Tranchées-Palace, le 14 décembre 1914.
Quelques mois plus tard, le soldat Gervais Morillon disparaitra quelque part dans la boue du Pas-de-Calais, son corps ne sera jamais retrouvé.
Pour rappel, ces faits-là ne sont pas les mêmes que ceux si connus qui se déroulèrent pour les fêtes de Noël.
Gervais a risqué sa vie pour nous raconter un tel fait.
« Il est absolument interdit d’engager des conversations et des correspondances quelconques avec les Allemands. À toutes invitation de l’ennemi, on ne doit répondre que par des coups de fusil. La punition la plus sévère sera infligée à tout militaire qui contreviendra à cet ordre. »
Général Caré, 125e division d’infanterie, le 28 juin 1915.
Malgré tout, rien ne pouvait empêcher de faire ressortir ce lien fraternel qui unit ces deux peuples. Aujourd’hui, prenons note des erreurs de nos anciens. Nous devons avoir conscience que les Allemands sont nos frères, pas nos ennemis.
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