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Publié le par Aryan France
La « Loi de l’Attraction », dont le mythe fait plus que jamais rage avec l’expansion du numérique — parallèlement au matérialisme ambiant qui asphyxie nos sociétés occidentales — , est l’un de ces concepts new age qui saturent la sphère du développement personnel. Partant du postulat que l’univers serait la manifestation d’une substance divine imprégnant tout ce qui existe, ses adeptes plaquent à chaque individu une supposée fréquence vibratoire où seraient alignés les pensées, les désirs, les émotions de manière à pouvoir moduler le réel sous le poids de l’énergie que l’on émane.
Pour accréditer cette croyance sur la base d’arguments scientifiques, les chantres de ladite Loi dépouillent des principes de la physique atomique, de la mécanique quantique et de l’alchimie pour les transposer au conditionnement de la pensée humaine : De même que l’orientation cristallographique d’un métal peut influencer certaines propriétés mécaniques ou électriques, et que les moments magnétiques de l’objet peuvent générer une force motrice tendant vers la même direction, de même l’atome d’un corps humain, qui, composé d’un noyau autour duquel graviteraient des électrons selon des niveaux d’énergie censés le stabiliser, peut voir ces derniers graviter à une vitesse orbitale supérieure suite à un apport d’énergie, ou libérer de l’énergie en cas de vitesse inférieure.
Cependant, la pensée new age vient arguer que, compte-tenu de la mise en mouvement des électrons, ce schéma sous-tendrait une vibration des atomes, et par extension, celle des molécules, des cellules, puis du corps humain dans sa totalité. Ils en concluent que la pensée impacte la vibration, et qu’elle attire la réalité. Les émotions, perçues comme « vibrations », augmenteraient la fréquence d’une personne si elles sont positives (+) et les diminueraient si elles sont négatives (-).
On retrouve même dans certains discours une perception de l’univers comme forme de réalité informationnelle comparable à un « champ d’information » auquel l’esprit humain pourrait contribuer par le biais de la « Loi de l’Attraction ».
Bien que cette thèse recèle des vérités partielles — tout comme l’on en trouve dans toute erreur —, et c’est aussi pourquoi elle se révèle aussi séduisante, et par trop insidieuse, je vais démontrer comment une interprétation galvaudée couplée à une mégalomanie consommée peut transformer un phénomène strictement psychique en dogme mystique intangible interagissant avec le cosmos.
I. Discernement méthodique
Je fais mien l’axiome selon lequel on ne dépasse une chose qu’en l’assumant. Cela ne consiste pas tant à concéder la moindre véracité à la « Loi de l’Attraction » — qu’il s’agit justement de réfuter —, que d’en dégager les bons fruits, car si cette idée n’a rien de concret, il n’en demeure pas moins qu’elle s’empare à son compte de principes éprouvés, et par-là même préexistants, qu’il nous faut identifier pour mieux les réhabiliter en les arrachant des oripeaux de l’imposture ésotérique.
S’il est un mécanisme réel, c’est que notre psyché cherche fréquemment à aligner le monde extérieur avec ce que nous projetons dans la pensée. Cela vient du fait que nous sommes submergés d’informations sensorielles en permanence de sorte que, pour ne pas sombrer dans la folie, le cerveau agit comme un filtre attentif, sélectionnant ce sur quoi nous focalisons notre attention et faisant abstraction du reste. Par exemple, si vous vous concentrez sur une opportunité commerciale, et qu’elle apparait soudain dans votre vie, ce n’est pas le fruit d’un miracle, mais d’une conscience plus fine des indices, des contacts et des solutions déjà présents depuis le départ. Ce phénomène est parfois appelé « effet Baader-Meinhof » : Sitôt qu’une chose est l’objet de notre attention, elle occupe toute notre réalité.
En s’égarant dans les mirages brumeux de la pensée magique, on serait tenté d’imaginer que l’esprit tendrait non pas à sélectionner ce qui devient sa réalité, mais à la créer physiquement à partir de sa seule force « divine ». C’est ainsi que s’opère le biais de confirmation où chaque exposition matérielle de nos pensées ou de nos désirs conforte notre capacité à les « manifester ». Afin de prêter un gage de crédibilité à ce qui n’est que trompe-l’œil, on agite souvent de manière spécieuse la citation suivante :
« La réalité est créée par l’esprit. Nous pouvons changer notre réalité en changeant notre façon de penser. »
— Platon (sic)Outre le fait que cette déclaration hautement fantaisiste soit une grossière distorsion de la théorie de la Réminiscence, typique des récupérations gnostiques ultérieures, c’est surtout une profession de subjectivisme auquel s’opposait radicalement la philosophie platonicienne. Il faut inverser la proposition pour comprendre ce qu’enseignait véritablement Platon, à savoir que c’est la Réalité qui forme et éclaire l’esprit.
La confusion moderne vient du fait que Platon accordait une immense importance à la dimension spirituelle par rapport au corps matériel, comme dans sa fameuse Allégorie de la Caverne où il distinguait le monde sensible (celui que nous voyons et touchons, qui est changeant, imparfait et illusoire) du monde intelligible (celui des réalités absolues, immuables, éternelles parmi lesquelles les idéaux les plus élevés).
Pour Platon, les Idées ne sont pas des constructions de l’esprit, mais la manière d’exister, dans la pensée, de la raison intelligible des choses, possédant de ce fait un poids, une force, et une logique propres. Ce n’est pas l’esprit humain qui est le projecteur du reflet constitué par le monde matériel, mais le Bien (ou l’artisan divin), une force transcendante bien supérieure à nous, et non consubstantielle à Sa création. Puisque la réalité objective existe déjà dans le monde des Idées, le rôle de l’esprit humain n’est pas de la fabriquer par la pensée ou la visualisation, mais de la contempler ou la découvrir.
Contre le new age, la réalité physique existe, mais notre esprit structure notre expérience et nos interprétations. L’esprit ne crée pas la réalité mais donne forme à ce que nous percevons. Si l’on pense en et par une Idée, c’est l’Idée qui pense en nous et nous fait ployer sous le poids de sa réalité. C’est pourquoi tout ce qui n’apparaissait initialement que comme attente surréaliste devient ultérieurement possible — pourvu qu’une foi inébranlable en l’Idée soit effective et que la volonté entre en jeu —, puisque l’âme, l’esprit et le corps sont interconnectés.
II. Le pouvoir de la visualisation : Nuances contre masturbation ésotérique
En psychologie, on appelle cela « l’effet Pygmalion » : Si l’on croit réussir, on sera plus persévérant et confiant, on agira en conséquence avec de fortes chances d’en récolter les fruits, tandis qu’inversement, la peur ou la négativité freinent nos initiatives et nous conduisent au renoncement (et pas seulement à l’échec qui, accueilli positivement, peut en fait constituer la condition du succès).
Par conséquent, la visualisation, pragmatiquement comprise, ne sert pas à « manifester » mais à programmer l’attention et la perception, ce qui augmente la probabilité de reconnaître des opportunités, et dirige l’énergie et la motivation vers des actions concrètes.
Étant donné que notre subconscient ne peut distinguer l’imaginaire du réel, au plus nous pouvons pleinement imaginer la réalisation de notre but, au plus nous croyons que nous pouvons y parvenir, et la croyance en celui-ci alimente notre motivation à l’atteindre.
« On peut parce que l’on croit pouvoir. »
— Virgile, L’énéideLa pertinence de cette méthode, quand elle est sarclée de toute lubie à prétention pseudo-mystique, est confirmée à travers l’Histoire par les plus ambitieux individus à avoir révolutionné le monde moderne.
Léonard de Vinci concevait et esquissait mentalement des machines volantes, des ponts, des chars de combat et des systèmes d’irrigation des siècles avant que la technologie ne permette de les construire : Son esprit traduisait instantanément les lois de la nature en images géométriques.
L’épopée napoléonienne n’a été possible que parce que son instigateur de génie, rompant brutalement avec le séparatisme corse, déplaça, pour survivre, le fanatisme par lequel il était mu vis-à-vis de la cause libératrice de sa patrie insulaire vers celle de la funeste Révolution française, où il sut discipliner son imagination pour la transformer en un instrument de raison pure capable de devancer le cours du temps.
Les inventions de Nikola Tesla découlent entièrement de sa capacité de visualisation hors du commun, ajustant les plans et prévoyant les défaillances avant d’en construire le moindre prototype physique qui jeta les bases des moyens de communication que nous employons désormais.
Nous ne devons à Henry Ford l’élaboration du système automobile complet qui permit de transformer un objet de luxe en un produit de masse accessible à tous que parce qu’il modela dans son esprit aussi bien la standardisation de son propre modèle que la chaîne de montage, faisant de l’usine un immense organisme rationnel où rien ne se perdit mais dont l’intérêt était subordonné aux classes populaires.
Adolf Hitler, peintre autrichien déclassé, prit les commandes — suite à 14 années de lutte intrépide, et ce en dépit des embûches qui se sont dressées sur le chemin de son ascension (précarité initiale, emprisonnement, tentatives d’assassinat, coalition républicaine contre lui, suicide de sa nièce) —, d’un pays défait, ravagé par la guerre de 1914 et les spoliations du Traité de Versailles, comptant 6,5 millions de chômeurs, et qu’il redressa pour l’ériger en seconde puissance mondiale : Grâce à une foi passionnelle en sa vision d’avenir conjuguée à une résilience phénoménale, il sut reconnaître le kairos (moment opportun) ordonné par les circonstances historiques (ou la Providence) et y adapter son action.
Saint Thomas d’Aquin disait à ce sujet que l’action historique naît toujours d’une forme de contemplation : il faut d’abord concevoir l’Ordre dans son esprit avant de pouvoir l’instaurer matériellement.
Ce n’est qu’en ce sens que l’on peut attirer dans notre vie ce à quoi nous pensons intensément et avec émotion, la visualisation ne fait pas apparaître un objet ou une situation par la seule pensée, ni n’influence les lois physiques ou les évènements extérieurs de manière magique.
« Il ne faut pas perdre son temps à concevoir des doutes : pour accomplir une grande œuvre, il faut une foi robuste. »
— Anatole France, BalthasarIII. Vibrations cosmiques : Une confusion des genres commise par des hippies en blouse blanche
La physique moderne sait que les électrons ne « gravitent » pas comme des planètes autour du noyau, pas plus qu’ils n’auraient pour rôle d’assurer la stabilité de l’énergie selon une vitesse orbitale. De plus, une molécule ne change pas de dimension ou d’alignement spirituel en changeant de niveau d’énergie.
La « Loi de l’Attraction » prend la formule alchimique et hermétique « tout ce qui se rassemble s’assemble » et prétend que puisque l’atome est notre énergie, nos pensées sont aussi des énergies magnétiques d’une certaine « vitesse » ou « fréquence ». Si vous pensez positivement, vous vibreriez à une « vitesse supérieure », attirant à vous des évènements (identifiés à des molécules) alignés sur cette même fréquence.
Or la physique n’a jamais soutenu l’idée que penser positivement comme négativement produirait un champ qui attire des évènements. Il y a une distinction fondamentale entre le monde matériel (le corps, les atomes) et le monde spirituel (l’intellect, la pensée). La pensée est un acte de l’âme intellective, qui est une faculté immatérielle, tandis que les atomes, les électrons, l’énergie physique appartiennent à l’ordre matériel. Par définition, une réalité immatérielle ne possède pas de propriétés physiques comme le magnétisme, la masse ou la fréquence d’onde.
Chaque effet dans le monde doit avoir une cause proportionnée à sa nature. Une cause immatérielle (la pensée) ne peut mouvoir directement la matière physique externe sans médiation corporelle (l’action de nos mains, de nos paroles, de nos choix). La volonté meut les muscles, qui posent les actes concrets. En réduisant l’esprit à un aimant passif, la « Loi de l’Attraction » nie formellement le libre arbitre. L’Homme choisit le Vrai ou le Bien par sa volonté, non par une force de gravitation occulte.
En confondant la qualité avec la quantité, la « Loi de l’Attraction » traite la moralité et la spiritualité comme des grandeurs quantitatives : Il faudrait « monter » son curseur vibratoire comme on monte le volume d’une radio. Le perfectionnement de l’homme relève purement de la qualité, et plus précisément des vertus. Remplacer la recherche de la vertu par celle d’une « haute fréquence » est une illusion paresseuse : Cela dispense forcément du travail moral et de l’effort de la volonté au profit d’une simple technique d’auto-suggestion ou de bien-être physique au rabais flattant le nombril de moult trapézistes véganisants sous attirail psychédélique et autres hommes-sojas en carence de testostérone qui, faute d’avoir prise dans le monde tangible, souhaitent s’acheter une surcompensation à bon compte pour fuir la médiocrité infernale de leur quotidien.
En plus, ce mythe est cruel : Il suggère que les personnes frappées par la tragédie (maladie, pauvreté, accidents) l’ont « attiré » par leurs « mauvaises vibrations ». Or le monde physique est soumis à la contingence et aux lois de la nature, et l’épreuve fait partie de la condition humaine, non comme une punition magnétique, mais comme une occasion d’exercer les vertus de force et d’espérance.
L’amour n’est pas une vibration haute, mais un acte de la volonté qui veut le bien d’autrui ; la maladie n’est pas une mauvaise vibration, mais une privation de la santé dans le corps ; la haine n’est pas une fréquence basse, mais une privation de la charité dans la volonté. En faisant du mal et du bien deux types de fréquences qui s’opposent (comme le pôle nord et le pôle sud d’un aimant), le new age fait montre d’un manichéisme rampant. Mais le mal n’a pas d’existence en soi, c’est une privation du bien, tout comme l’obscurité n’est qu’absence de lumière.
Malgré ce dualisme, la vision new age demeure profondément moniste : Dieu et l’univers seraient deux notions interchangeables (panthéisme), mais concomitamment, l’univers serait contenu en Dieu qui dépasse aussi le monde matériel (panenthéisme). Si tout est divin, l’Homme l’est également, et le but de « l’éveil spirituel » n’est jamais que l’expression la plus vile de l’orgueil luciférien : vouloir se faire l’égal de Dieu ou s’y substituer. L’ordre naturel des causes se voit dès lors remplacé par son propre ego magnétique.
Toute la création du monde matériel ou spirituel est composée de matière et de forme, ou de puissance et d’acte, et surtout, son essence est distincte de son existence. Dieu, en tant que Cause Première, ne peut pas être composé, car tout ce qui est composé nécessite un esprit ou une cause supérieure pour assembler ses parties. Dieu est donc l’Acte Pur d’Être, d’une simplicité absolue. Si l’univers est un ensemble de réalités composées et variantes, et que Dieu est absolument simple et immuable, Dieu ne peut être confondu avec l’univers. Il lui est forcément extérieur par Sa nature même.
Le monde qui nous entoure est contingent : les étoiles naissent et meurent, les êtres vivants apparaissent et disparaissent. Cela signifie qu’ils ont le potentiel de ne pas exister. Si tout ce qui existe avait le potentiel de ne pas exister, alors à un moment donné, rien n’aurait existé. Or, si rien n’existait, rien n’aurait pu commencer à exister, car le néant ne produit rien. Il faut donc un Être qui existe par une nécessité absolue, qui ne tient son existence de personne et qui donne l’existence aux autres. Cet Être est Dieu. La création dépend ainsi entièrement de Dieu pour continuer à exister à chaque seconde, tandis que Dieu n’a nullement besoin de la création pour être. S’Il peut exister sans elle, Il lui est donc extérieur et indépendant.
Enfin, l’effet ne peut contenir plus de perfection que sa cause. Une cause produit un effet selon ce qu’elle possède en acte. L’univers créé contient des perfections limitées et dispersées : Il y a de la bonté, de la beauté, de la vie, de l’intelligence. Si Dieu est la Cause Première de toutes ces perfections, Il doit les posséder en Lui de manière infinie, unifiée et absolue. L’univers est limité (fini dans l’espace et le temps), alors que Dieu est illimité (infini). Le fini ne peut pas contenir l’infini, et l’infini ne peut pas être la somme de parties finies. Dieu dépasse donc infiniment Sa création et Lui est extérieur .
Dieu est extérieur par Sa nature et Son essence (transcendante), mais Il est en même temps intimement présent au cœur de chaque créature pour la maintenir dans l’existence à chaque instant, comme la voix du chanteur est présente dans le chant sans que le chanteur soit le chant lui-même.
Le new age croit s’élever au-dessus de la matière en professant une conception ultra-matérialiste de l’esprit : Il prétend spiritualiser la matière en décrétant tout comme « énergie » et » vibration », mais en vérité, il matérialise l’esprit en circonscrivant un acte de l’esprit (pensée ou émotion) à une « fréquence vibratoire ».
Il nous est tous arrivés de vivre des expériences où, après avoir songé à une personne que l’on voit sporadiquement ou que nous n’avions pas vu depuis un certain temps, on se mette un instant plus tard subitement à la croiser, ou à être contacté par elle. Là où la « Loi de l’Attraction » viendrait tout expliquer à coup de fréquences mesurables dans le corps ou l’univers qui correspondraient directement aux évènements extérieurs en vue de les attirer à soi, on peut plaider pour diverses propositions qui ne doivent rien à la spéculation magique :
1) L’homme n’étant pas un pur esprit logique, mais un être composé d’un corps et d’une âme, où les sens, les passions et l’imagination influencent constamment l’intelligence. Quand les passions impactent le jugement, se produit le biais de confirmation, la tendance de notre cerveau à ne retenir que les faits séduisants et à écarter les pistes alternatives ou contradictoires. Ainsi, au cours d’une seule journée, nous pouvons penser à des dizaines de personnes sans qu’il ne se passe rien, et notre cerveau oublie instantanément ces milliers de fausses alertes. En revanche, le jour où l’on pense à une personne et qu’elle nous appelle juste ensuite, le cerveau enregistre cet évènement comme exceptionnel et le mémorise à long terme, retenant la coïncidence mais oubliant la règle générale (toutes les fois où l’on a pensé à quelqu’un en vain). Lorsqu’une passion est forte (par exemple, le désir latent que le monde soit régi par des forces « cosmiques », ou la peur de se sentir seul), notre volonté va pousser notre intellect à se focaliser exclusivement sur les évènements qui nourrissent cette passion, plutôt que d’admettre la totalité du réel.
2) Comme nous l’avions vu précédemment, l’immense majorité de notre activité mentale et sensorielle nous échappe au moment présent. Nos connaissances, nos souvenirs et nos compétences ne sont pas toujours activés dans notre conscience. Ils sont stockés sous forme d’habitus (des dispositions). Vous savez parler français, mais vous ne pensez pas à toutes les règles de grammaire en vous exprimant : elles agissent de manière inconsciente pour guider vos mots. En outre, notre corps enregistre des milliers de stimuli extérieurs sans que notre attention consciente s’y attarde. Ces images pénétrant nos sens internes, elles peuvent ressurgir soudainement dans notre esprit sans que nous en sachions la raison (ce qui explique pourquoi on pense brusquement à une personne juste avant de la croiser : nos sens l’avaient captée avant notre conscience).
3) Le hasard existe bien au niveau humain, mais il a une définition précise : Il s’agit de l’entrecroisement de deux lignes de causalité indépendantes. Si vous vous rendez dans tel marché pour acheter tel produit (cause « A »), et que la personne s’y rend pour vendre un autre produit (cause « B »), la rencontre n’a pas été causée par la pensée (il est impossible de mouvoir le corps de cette personne pour la faire marcher vers vous), mais parce que vos deux chaînes de causalité indépendantes se sont croisées dans un même espace-temps. Toutefois, si le hasard existe du point de vue des créatures (car nous ne connaissons pas toutes les causes), il est inexistant du point de vue de Dieu. La Providence est la Cause Première qui meut toutes les causes secondes (les êtres humains, les événements naturels). Dieu ne supprime pas le hasard ni la liberté humaine, Il les intègre dans Son plan. Ce n’est pas « providentiel » au sens d’un miracle magique qui violerait les lois de la nature. C’est providentiel au sens de la Gouvernance divine : Si une coïncidence survient à un moment charnière de votre vie (par exemple, penser à un ami quand vous aviez besoin d’une aide extérieure pour une raison quelconque, et qu’il vous contacte), Dieu, qui, dans Sa prescience, connaît les pensées et les besoins des cœurs à chaque instant, peut incliner les volontés ou agencer les circonstance extérieures pour favoriser cette opportunité.
C’est le même principe pour les rencontres en apparence fortuites avec des personnes aux côtés desquelles nous nous sentons exactement sur la même longueur d’onde (au sens symbolique ; la métaphore n’est pas identité de nature) et partageant des similitudes criantes avec nous-mêmes (trajectoire, racines, idées politiques). Les semblables sont naturellement attirés par les semblables. Le cerveau repère inconsciemment des signaux de similarité : langage corporel ou para-verbal, style vestimentaire, etc. Cet instinct de résonance peut pousser à aborder quelqu’un, même pouvoir expliquer ce qui nous motiva à le faire. Une fois le contact établi, le cerveau met rapidement rapidement en évidence les similitudes frappantes, cela produit une impression de synchronicité ou de destin, mais c’est le résultat de la perception sélective et du traitement cognitif : nous voyons et mémorisons ce qui confirme une connexion, et ignorons ce qui ne colle pas. Certaines zones peuvent attirer certains profils nourrissant les mêmes affinités de milieu.
Là où le rationalisme moderne y verrait une coïncidence statistique et le fatalisme un coup du destin, Dieu a disposé l’ordre du monde pour que ces deux trajectoires se croisent, sachant que cette similitude porterait du fruit pour notre enrichissement intellectuel, moral ou spirituel.
IV. La supercherie des mantras
Comme les phrases sont porteuses de pensées ou d’émotions, qui sont-elles mêmes identifiées à des « vibrations », le new age vient prêter une sacralité à la répétition de mots en boucle comme s’ils étaient des outils dotés d’un pouvoir intrinsèque capable de modifier la structure énergétique de l’univers ou d’attirer mécaniquement la richesse et le bonheur.
La parole humaine est un outil de communication et d’expression de la pensée. Les mots sont des signes conventionnels, et ne possèdent pas de force physique ou magique par eux-mêmes. Ainsi, prononcer excessivement le mot « abondance », comme le fait la foire aux illuminés dont regorge le développement personnel, ne génère pas de l’argent. La parole ne peut mouvoir la matière extérieure que si elle meut d’abord la volonté humaine à agir. Répéter une formule sans agir concrètement, c’est croire que l’effet peut exister sans sa cause proportionnée.
Par contraste avec la prière qui est un acte de la raison par lequel l’homme soumet ses demandes à Dieu, en reconnaissant Sa souveraineté et Sa Providence, le mantra fonctionne comme de la magie : Il prétend forcer l’univers (ou Dieu) à s’aligner sur le désir de l’homme par la simple répétition mécanique d’un son ou d’une phrase. Au lieu que l’homme aligne sa volonté sur l’ordre divin, le mantra prétend soumettre l’ordre cosmique à la volonté de l’individu.
Dieu a doté l’homme de l’intellect agent, une lumière spirituelle capable d’analyser, de raisonner, et de comprendre les causes des choses. La répétition hypnotique et obsessionnelle vide l’esprit de sa capacité réflexive. Plutôt que d’analyser rationnellement une situation (« Pourquoi ai-je échoué ? Comment puis-je m’améliorer ? »), le sujet se vautre dans une méthode d’auto-suggestion mécanique, ce qui est une démission de la rationalité humaine, une régression de la faculté la plus noble de l’homme.
Néanmoins, le langage n’est pas neutre, et il faut reconnaître que le dialogue que l’on entretient avec soi affecte dramatiquement la forme que nous donnons à la réalité humaine, non pas pour des raisons « mystiques », mais parce que les mots sont les signes sensibles qui renvoient à des concepts abstraits par l’esprit. Le cerveau a procédé à un « encodage » sensoriel et sémantique à travers des réseaux de sens, où chaque mot va activer des zones liées aux émotions (amygdales), simultanément à celles liées aux souvenirs personnels (cortex), du moment que le mot est associé à des expériences vécues ou apprises, créant donc une connexion autoroutière directe entre les aires du langage et le centre des émotions. Les mots que nous répétons agissent dès lors comme des déclencheurs chimiques, menant à la libération de telle ou telle hormone d’où résultent les émotions.
Puisque la raison est conçue pour se conformer au réel, que nous le souhaitons ou non, si les affirmations positives sonnent faux, nous aurions beau tenter de nous persuader du contraire — comme proclamer que l’on est vertueux alors que l’on baigne objectivement dans la déchéance existentielle —, notre intelligence, consciente comme inconsciente, va se heurter malgré nous à nos désirs, étant donné que nos phrases ne sont pas appuyées par les actes. Non seulement cela ne modifie pas la réalité brute, mais cela va créer de l’illusion dans l’esprit de celui qui parle (comme un sentiment un présomption), empêchant de poser les actes concrets pour incarner ses idéaux, en plus de détériorer l’estime de soi.
Au contraire, émettre des affirmations positives, quand elles s’avèrent réalistes, donc corroborées par des faits, procure un sentiment de fierté et d’accomplissement car il s’agit d’un acte de l’intellect qui rappelle à la volonté une vérité objective pour ordonner le monde. Tout est une question de psyché, non de magie.
Alors que la pensée positive moderne propose des formules incantatoires pour plier vainement le monde à nos désirs, la prudence et la sagesse nous commandent de regarder le réel en face, d’accepter nos limites, d’utiliser notre raison et notre volonté libre pour agir consciencieusement dans le monde, en coopération avec la Providence.
V. Une spiritualité de bazar confinant au simulacre mental
Si l’on croit que la conscience crée la réalité, alors l’univers ne serait qu’une simulation informatique ou quantique hautement perfectionnée (semblable à une matrice ou un jeu-vidéo codé par une intelligence supérieure). La matière ne serait qu’un ensemble de bits d’information ou de fonctions d’ondes quantiques numériques.
Il y a une confusion entre l’être et l’information (le virtuel n’est pas l’acte). La caractéristique fondamentale du monde réel est l’acte d’être. Les choses existent par elles-mêmes en tant que substances réelles dotées d’une nature propre. Un code informatique, aussi complexe soit-il, n’est qu’une suite de signes. L’information n’a pas d’existence substantielle autonome ; elle a besoin d’un support physique pour exister (les circuits d’un ordinateur). Une simulation de feu ne brûle pas, une simulation d’eau ne mouille pas. Réduire le monde à un code quantique, c’est confondre le concept de la chose (l’information) avec l’existence réelle de la chose (la substance). Pour qu’une simulation existe, il faut d’abord qu’un monde réel abrite la machine qui tourne.
Selon le principe de causalité, tout ce qui passe de la puissance à l’acte est mû par un autre. C’est l’une des voies pour prouver l’existence de Dieu en tant que Cause Première non-causée. La thèse de la simulation déplace simplement le problème sans le résoudre. Si notre monde est une simulation quantique codée par un « super-programmeur » ou une civilisation « extraterrestre », qui a créé ce programmeur ? Vit-il lui-même dans une simulation ? Saint Thomas d’Aquin démontre qu’une régression à l’infini dans les causes secondes est impossible. Il faut nécessairement s’arrêter à une Cause Première qui possède l’existence par essence, et non par participation (Dieu). Faire du monde une simulation ne supprime pas la nécessité d’un Dieu Créateur ; cela crée juste un intermédiaire technologique inutile et absurde.
La thèse de la simulation est une forme de scepticisme radical : elle postule que nos sens nous trompent totalement et que la réalité objective nous échappe. L’intelligence étant faite pour la vérité, si l’univers entier était une illusion programmée, cela signifierait que l’intelligence humaine est structurellement condamnée à l’erreur face au réel. Or, pour s’apercevoir qu’une chose est une simulation ou une copie, il faut nécessairement avoir la notion ou l’expérience de ce qui est vrai et authentique. Le fait même que nous puissions concevoir la vérité prouve que notre esprit est en contact avec un être réel, et non avec un mirage pixelisé.
Conclusion
Les vérités captives à retenir sont qu’une attention dirigée prédispose bel et bien à la concentration de l’esprit sur ses objectifs (ce qui facilite l’exploitation d’opportunités), que la visualisation créatrice clarifie ces mêmes objectifs en établissant concrètement les étapes pour les réaliser et guide notre comportement contre toute dispersion, qu’une exposition à certaines idées influence notre perception et nos décisions futures, et que notre cerveau filtre l’information, en sorte que ce qui est pertinent devienne plus visible et saisi dans notre expérience.
L’univers ne s’ajuste pas à nos prédispositions mentales et émotionnelles mais penser positivement est sain si cela sert l’effort et la vertu ; croire en une influence cosmique pour mesurer ou influencer la réalité est une perversion de la raison mais pratiquer l’optimisme peut accroître la résilience ; rêvasser dans l’espoir que cela suffise à produire la réalité souhaitée — en court-circuitant le domaine de l’action — est une démarche stérile mais visualiser pour conditionner son cerveau à la réussite, non sans anticiper les échecs, n’est pas négligeable.
Pour atteindre un résultat, il faut agir avec planification, effort et constance, cela responsabilise l’individu, plutôt que de tout déléguer au cosmos. Tout le reste n’est que fariboles dignes des flammes inquisitoriales de l’oubli.
N’est-il pas ironique que des athées soient massivement enclins à se raccrocher à du charlatanisme de comptoir qui, les affranchissant des exigences morales des dogmes chrétiens, leur offre une pure béquille narcissique alimentant leur illusion de contrôle pour combler leur vide spirituel ? La nature ayant horreur du vide, ils ont congédié le ciel pour sanctifier leurs fétiches.
Nous avons les sociétés les plus sceptiques/incroyantes et en même temps les plus superstitieuses qui soient, elles ont brisé les autels pour mieux dresser les idoles. Un paradoxe déroutant.

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