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Publié le par Florian Rouanet
Homélie de combat et angle mort : « anti-sacrémentalisme », contexte "extraordinaire", vacance et sacerdoce de crise
⁂ 𝔄rène du scandale sacramentel
Scandale, 𝔬̂ lecteur, et sainte colère : tel fut le mélange dense qui transparaissait dans l’homélie de M. l’abbé Lafitte, dressant le portrait de ces fidèles qui, sous couleur de rigueur, désertent confessionnaux et autels pour se rêver « Japonais » sans prêtres, alors même qu’ils vivent en France, patrie encore sillonnée de chapelles traditionnelles. Il y a là une mise au point salutaire : conseiller à une âme en état de péché mortel de se priver volontairement d’une absolution valide, sous prétexte de pureté supposée, relève bel et bien du péché de scandale et d’un jansénisme réchauffé, que le magistère d’avant la débâcle dites conciliaire avait déjà refoulé aux marges de l’orthodoxie.
Toutefois, en même temps qu’il pourfend ce rigorisme suicidaire, l’abbé affirme qu’« il n’y a plus d’autorité officielle dans l’Église », tout en recommandant de se confesser à des prêtres issus de structures telles que la Fraternité Saint-Pie X. Il laisse planer une aporie embarrassante : si l’Église serait privée de toute autorité actuelle, sur quelle base juridique ces prêtres exercent-ils une mission ? En voulant sauver à tout prix l’accès aux sacrements, ne finit-on pas par affaiblir l’intellection catholiquen, laquelle procède, de droit divin, des évêques légitimes, gardiens du dépôt et non simples distributeurs de « grâces en kit »…
Autrement, oui, il faut préciser que l’abbé Vincent-Marie Zins est, en théorie et davantage en pratique, quasiment « home aloner » : l’Église visible se réduirait pour l’essentiel à lui, son ministère et son forum. On ne sait pas où se trouve, concrètement, une succession apostolique sûre dans cette perspective ; s’il admet qu’il y en aurait peut‑être une, il tient un discours qui, de fait, laisse les fidèles sans hiérarchie ni sacrements publics aucuns. Il « sauve » cette construction en situant déjà notre époque dans une phase avancée de la Parousie et d’un obscurcissement total ou quasi-total de l’Église enseignante, ce qui lui permet de justifier doctrinalement cet isolement.
➖ Ligne directrice : ne point céder au confort d’une indignation sans sacrements, ni à la facilité d’un sacramentalisme sans colonnes ; s’en tenir, coûte que coûte, à l’Église visible, hiérarchique, une, sainte, apostolique, fût-elle « éclipsée » en apparence, plutôt qu’à des échappatoires subjectives où chacun s’érige en mini-Pape de cuisine.

🎙️ 𝔄ntenna I.O. Vox Frequencia (capsule auditive)
📽️ documentation audiovisuelle
Jean-Guérardos envoie quelques balles perdus, mais marche sur des œufs !
☧ 𝔏exique martial
Un cordage serré de termes, afin de nommer justement les écueils doctrinaux et les postures de crise.
« SCANDALE, masculin, Action, comportement, doctrine, discours qui entraîne autrui au péché ou à la chute morale ; cause de trouble grave pour la foi ou la morale, en particulier lorsque le fautif occupe une position d’autorité ou d’exemplarité. » — CNRTL
« JURIDICTION, féminin, En droit canonique : pouvoir de gouvernement et de jugement, distinct du pouvoir d’ordre, conféré par l’autorité légitime (Pape, évêque diocésain) afin d’enseigner, de sanctifier et de régir les fidèles ; participation à la potestas regiminis du Christ Tête. » — d’après le Code de droit canonique de 1917, can. 196 et suiv.
« HOME ALONER, substantif familier, Dans les milieux constats sédé‑vacants, fidèle refusant toute assistance aux messes et sacrements, même lorsque des prêtres tenus pour catholiques sont accessibles, préférant demeurer chez lui avec la seule contrition parfaite et la prière, situation assimilée, à tort, à celle des Japonais privés de clergé. » — usage polémique contemporain
ᛟ 𝔄ncienne école
« Alors, je voudrais, pour vous expliquer la gravité de ce péché de scandale, je voudrais vous parler d’une chose un peu nouvelle qui commence à apparaître dans les milieux de la tradition et qu’on trouve dans les milieux de la tradition, chez les sédévacantistes. Ah, m’en voulez pas, je sais qu’il y a certaines personnes qui ne sont pas très contents parce que j’en parle. Je vais faire grincer quelques dents comme on dit. Mais encore une fois, à ce moment ci, il faut que je fasse attention un peu sur le scandale. Et donc, je dois rappeler certaines choses, même si ça ne plaît pas aux gens. Je ne suis pas là pour vous plaire. (…)
Et il existe maintenant depuis déjà plusieurs mois une certaine tendance qui est bien inquiétante, qui consiste à pousser les gens — il y a des prêtres qui font ça maintenant, des laïcs aussi qui se sont lancés là-dedans, perdus sur internet — à pousser les gens, les catholiques à se couper des sacrements. Plus communier, plus assister la sainte messe, plus rien. En fait, c’est une tentation sous apparence de bien. Et les prêtres, et parfois les évêques et l’un qui, même dans la tradition, poussent un petit peu dans cette erreur énorme, ont une responsabilité énorme. Parce que dans la pratique, si je pousse les fidèles, on ne puisse qu’on n’ose, on ne peut plus communier, on ne peut plus assister la sainte messe. Je les pousse à rester dans le péché. Donc c’est un péché de scandale. Et rester dans le péché, rester dans le péché, il risque de perdre complètement la foi. Et c’est quelque chose, malheureusement, de plus en plus fréquent. Et c’est une tentation sous apparence de bien parce que les gens qui commencent à raconter ça sur internet, parfois des religieux, des prêtres, et là, parfois certains évêques, des gens qui racontent ces bêtises-là donnent des conséquences énormes.
Ils partent d’un élément qui est vrai. Ils vont dire : « Mais il n’y a plus d’autorité dans l’église, ce qui est exact. » (matériellement hérétique ?). Et donc, puisqu’il n’y a plus d’autorité dans l’église, il n’est plus possible pour les prêtres qui gardent la foi d’exercer leur apostolat avec une juridiction ordinaire. C’est qui est vrai. Ils oublient de préciser que le Code de droit canonique justement protège les fidèles par des lois concernant la juridiction extraordinaire. C’est vrai qu’en principe, pour pouvoir ouvrir une chapelle ici, à Pades, il faudrait que j’aie l’autorisation de l’évêque d’Albi. J’ai complètement omis de lui demander cette autorisation. Je m’excuse. Je suis sûr que le bon Dieu m’a pardonné. Je pense que si j’étais allé demander l’autorisation de l’évêque d’Albi, j’aurais commis une faute grave. Parce que c’est sûr qu’un évêque d’Albi m’aurait dit non, pas question. Vous voyez ? Donc, il faut faire attention à ces choses-là. Et donc, ces gens qui disent qu’il n’y a plus d’autorité officielle dans l’Église, puisqu’il n’est plus possible pour les prêtres d’exercer leur ministère avec une juridiction ordinaire, eh bien donc il ne faut plus aller à la messe. Il ne faut plus se confesser. Il ne faut plus communier, il ne faut plus rien faire, vous priez, c’est tout. Et ils vont jusqu’à dire que Dieu donne les grâces. La preuve, disent-ils, c’est que pendant trois siècles, après la prédication de Saint-François Xavier au Japon, les Japonais sont restés trois siècles sans prêtre. Vous voyez ? Donc, disent-ils, puisque les Japonais sont restés trois siècles sans prêtre, eh bien nous sommes dans la même situation. Dieu nous donnera les grâces aujourd’hui. Je suis désolé, mais nous ne sommes pas dans la même situation. Peut-être qu’un jour, cette situation, eh bien, c’est possible. On n’y est pas encore. Et de dire que je m’abstiens des sacrements parce que je suis dans l’impossibilité de trouver un prêtre, c’est une énorme bêtise. On peut encore trouver des prêtres. Il n’y a plus beaucoup, je suis d’accord avec vous. Il ne faut pas refaire des centaines de kilomètres pour en avoir, mais il y en a encore. Alors, Saint-François Xavier, XVIe siècle, il n’y avait plus un seul prêtre. Là, Dieu donne les grâces. Et là, dans un cas comme ça, si un catholique avait le malheur de commettre une faute grave, il n’y a plus qu’une seule solution : c’est d’obtenir du bon Dieu un acte de contrition parfaite, de regretter ses péchés par pur amour du bon Dieu pour obtenir le pardon de ses péchés. Mais de dire que nous sommes dans la même situation, donc Dieu nous donne les grâces pour obtenir un acte de contrition parfaite, c’est une bêtise énorme, parce que nous ne sommes pas dans la même situation. Nous ne sommes pas dans la même situation. Et j’ai des gens qui m’envoient des messages maintenant comme ça : « Monsieur l’abbé, je suis devenu japonais. Voilà, plus de sacrement, plus de confession, plus de communion. » Et je réponds : « Vous êtes le roi des imbéciles. Vous êtes le roi des imbéciles parce que vous vous êtes fait rouler par le démon. Vous avez besoin — moi aussi, on a tous besoin de sacrement — et tant qu’on peut les avoir, même s’il faut faire de gros efforts pour les obtenir, nous avons le devoir d’essayer de les obtenir. C’est quoi, ça ? C’est un péché de scandale, mes biens chers frères.
Autre péché de scandale. Je sais bien que c’est délicat de parler de ces choses-là. J’ai un peu hésité à le faire parce que malheureusement, surtout aux États-Unis, avec la tradition, ce sont même des sédévacantistes qui poussent à ces choses de plus en plus. Avec des conséquences énormes. Je connais des anciens compagnons de séminaires qui sont prêtres, et ce sont les sédévacantistes qui disent aux gens, même aux jeunes, qui conseillent aux jeunes : « Vous êtes en état de péché mortel, vous n’avez pas un seul prêtre qui soit sédévacantistes autour de vous. N’allez pas vous confesser aux prêtres de la fraternité Saint-Pie X, restez dans le péché et demandez la grâce en acte de contrition pur. » C’est la folie. Le prêtre qui donne un conseil pareil ne sait pas ce que c’est un péché mortel. C’est la folie. Mais le prêtre de la fraternité Saint-Pie X est en union avec une Église complètement conciliaire. Je suis d’accord avec vous : est-ce qu’il est prêtre ? Est-ce qu’il a le pouvoir d’ordre ? Bien sûr qu’il a. Vous allez me dire : « Avec les prêtres modernes, c’est notre père qui manque » parce qu’ils ont été ordonnés avec l’Novus Ordo de 68 et toute une série de théologiens qui ne sont pas forcément des imbéciles, précisent que l’Ordo d’ordination des prêtres de 68 ou de consécration des évêques de 68 rend ces ordinations extrêmement douteuses. Je suis entièrement d’accord, vous êtes même invalides. Ce n’est pas le cas avec les prêtres de laFraternité Saint-Pie X, qui ont des énormes défauts parce qu’ils acceptent justement d’être en union avec une Église qui n’est une Église complètement non-conciliaire. Mais ils sont prêtres. Et donc si vous êtes en état de péché mortel, vous n’avez pas de prêtre — s’il n’y a pas de sédévacantistes autour de vous — et vous allez vous confesser après de la fraternité Saint-Pie X parce que vous ne voulez pas rester en état de péché mortel, vous n’avez pas vraiment raison de le faire. Et si vous poussez ces jeunes à ne pas aller se confesser auprès de la fraternité Saint-Pie X, dans la pratique vous les poussez à rester dans le péché mortel. Ça s’appelle un péché de scandale. Vous voyez, faites attention à ça parce que c’est vraiment des tentations sous apparence de bien. Ce sont des sujets délicats, je vous l’accorde. Mais le devoir du prêtre, c’est d’aider les gens à aller au ciel. Parex, si c’est dans le péché. Alors si vous attendez d’avoir un prêtre parfait pour aller vous confesser après, vous pouvez attendre longtemps, en tout cas ici. En fait, attention, mais bien cher frère, à ces énormes erreurs qui sentent le jansénisme à plein nez. Ça sent le rigorisme, le jansénisme et le protestantisme. Qu’est-ce qu’il a dit ? « Vous êtes de vous confesser ? Plus d’assistance de la messe ? Parlez directement à bon Dieu. » Qu’est-ce qu’il a dit, ça ? C’est Martin Luther qui l’a dit. C’est le protestantisme. Alors c’est la raison pour laquelle je pense que le prêtre doit pratiquer cette vertu de charité pour prendre les gens là où ils sont. Les gens qui viennent nous voir ici, que ce soit moi ou autre personne, qui viennent nous voir ici, qui n’ont peut-être pas encore tout compris, on les prend là où ils sont et on les monte lentement.
Et si ça peut rassurer quelques esprits, des esprits un peu chagrins, j’en ai parlé avec mon frère. Mon frère a passé trois semaines ici, je suis bien content. Mon frère est un prêtre qui n’est pas un libéral, je ne pense pas, qui a été ordonné par Monseigneur Lefebvre. Je lui ai posé la question en privé. Je lui ai dit : « Mais voilà, les difficultés que je suis un petit peu à voir : est-ce que quand je vois des gens qui sont en train de monter mais qui n’ont pas encore tout compris, je leur donne l’absolution, je leur donne la communion, est-ce que je fais bien ? » Et il m’a répondu : « Si j’étais à votre place, à votre place, je fais la même chose. » (…)
Il ne faut pas, mais bien cher frère, se couper de ces grâces des sacrements. Si le bon Dieu nous a donné les sacrements, ce n’est pas pour les quiller. Qu’est-ce que vous feriez si vous étiez le démon ? Moi, je sais très bien ce que je ferais. Si j’étais le démon, je ferais tout pour empêcher les fidèles catholiques d’aller se confesser, pardi. Et je serais de trouver des tas de raisons extraordinaires d’après le droit canon ou du droit canonique le plus strict pour empêcher ces gens d’aller se confesser. (…)
Alors, il y a des gens qui vont me dire : « Monsieur l’abbé Lafitte, vous êtes un peu libéral, oui ou non ? » J’espère que non. Je ne sais pas si je suis un peu libéral, mais ce que je sais de sûr, c’est que ce sont des prêtres catholiques, mais bien cher frère. Encore une fois, ne lâchez pas le bon Dieu. (…)
Mais bien cher frère, attention, mettons notre petit orgueil dans notre poche. (…) Ne tombez pas dans ce panneau qui ouvre la porte aux apostasies, mais bien cher frère. Je vois ça venir pour certaines personnes qui m’écoutent peut-être sur Internet. Attention à ça. Ne méprisez pas les grâces du bon Dieu. Craignez les grâces du bon Dieu qui passent et qui ne repassent pas. Rendons toutes ces grâces, bien cher frère. Pas l’intermédiaire de la Sainte Vierge Marie. La Sainte Vierge Marie, elle sait ce qu’elle fait. Si elle nous a, si le bon Dieu a voulu que toutes ces grâces passent par elle, ce n’est pas pour rien. En demandant à la Sainte Vierge Marie de nous aider, si vous êtes un peu découragé, si vous avez des doutes là-dessus, si vous êtes tenté vous aussi — ça arrive à tout le monde — de vous couper complètement des sacrements, mettez-vous au pied de la Sainte Vierge. Mettez-vous au pied de la Sainte Vierge et ne tombez pas dans le panneau. Il paraît que maintenant, cette espèce de nouvelle hérésie qui sent le jansénisme à plein nez, ça s’appelle l’« anti-sacrémentalisme ». Attention à ça. (…) »
— Abbé Jean-Luc Lafitte, sermon du premier dimanche de Carême, 26 février 2023 — Dame Marie.
Σ 𝔓lan d’attaque
Programme serré, riposte ordonnée, percée décisive contre deux périls conjoints : l’anti‑sacrémentalisme jansénisant et le flou sur l’autorité.
🩸 I. le scandale d’un jansénisme d’alcôve
🏚 II. « plus d’autorité » ? anatomie d’une formule
⚖️ III. juridiction extraordinaire et visibilité de l’ordo
🗡 IV. éviter le double gouffre : désert sacramentel et relativisme hiérarchiqueAttaquer les Home Aloner en tenant simultanément le fait qu'il n'y aurait plus d'autorité, c'est donner le bâton pour se faire battre !
🩸 I. le scandale d’un jansénisme d’alcôve
L’abbé Lafitte décrit avec verve ce qu’il nomme, à bon droit, une tendance « anti-sacrémentalisme » : des prêtres, religieux ou laïcs encouragent des fidèles, réputés constats sede vacante, à ne plus se confesser ni communier, alors qu’existent encore des prêtres valides (et licite) dans un rayon raisonnable. En prenant l’exemple des Japonais restés trois siècles sans prêtre après la prédication de saint François‑Xavier, il rappelle que la Providence supplée lorsqu’il n’y a vraiment plus de clergé, mais que transposer cet état d’extrême nécessité à la France actuelle relève d’une grave méprise, qui laisse les âmes en état de péché mortel en les berçant d’un héroïsme illusoire.
Le tableau qu’il brosse de familles brisées, de maris empêchés de se confesser par un entourage enfiévré de soi-disant pureté, montre un jansénisme de salon, plus soucieux de « cohérence » polémique que de salut des âmes, ce qui est le contraire même du droit canonique classique dont la loi suprême demeure le salut des âmes, salus animarum suprema lex. En ce point, nous nous rangeons sans réserve à sa dénonciation : transformer des hypothèses canoniques discutables en verrou mortel, voire défendre qu’il vaut mieux rester en péché mortel que se confesser à un prêtre validement ordonné mais jugé doctrinalement imparfait, constitue une perversion de la morale catholique et un outrage à Notre Seigneur, venu précisément apporter remède par les sacrements.
🏚 II. « plus d’autorité » ? anatomie d’une formule
Le nœud de la difficulté surgit lorsque l’abbé déclare, hélas, en substance, qu’« il n’y a plus d’autorité officielle dans l’Église », quitte à nuancer ensuite en invoquant une « juridiction extraordinaire » qui protégerait les fidèles dans l’actuelle « débâcle hiérarchique ». Une telle affirmation brute, si elle était prise à la lettre et maintenue comme thèse, contredirait directement l’ecclésiologie « ante‑conciliaire », pour laquelle l’Église, jusqu’à la fin des temps, demeure une société visible, hiérarchiquement constituée, gouvernée par des pasteurs tenant leur juridiction, au moins dans son principe, du Saint-Siège et des évêques légitimes.
Certes, des auteurs gravitant dans la sphère traditionaliste ou constats sede vacante ont développé la notion de Pape « matériel » (WTF ?) sans autorité formelle, ou encore des thèses d’« éclipse » totale de la hiérarchie, visant à concilier la visibilité de l’Église avec la corruption doctrinale de ladite Rome occupée. Mais, dans l’homélie étudiée, nul développement de ce genre n’apparaît : on passe d’un constat global de vacance d’autorité à la pratique de recours aux prêtres issus de la FSSPX ou à un vieux prêtre diocésain ordonné avant 1968, sans exposer clairement où se trouve encore, au moins in radice, l’autorité qui fonde la juridiction, ni comment se maintiennent la note d’apostolicité et la continuité/visibilité de la mission. En sorte que l’auditeur ordinaire peut retenir une formule objectivement explosive : « plus d’autorité », mais « des sacrements tout de même », comme si l’ordre hiérarchique n’était plus que décor métaphysique sans effet concret…
⚖️ III. juridiction extraordinaire et visibilité de l’ordo
L’abbé invoque ensuite des mécanismes de juridiction de suppléance (très exceptionnels et limités d’ordinaire), par lesquels le droit de l’Église, tant en 1917 qu’en 1983, pourvoit afin que les fidèles ne soient point privés des sacrements du salut. Le principe général est connu : en cas d’erreur commune ou de doute positif et probable, l’Église supplée la juridiction que le ministre apparent n’a pas ou n’a plus — incarne l’autorité d’urgence —, ou encore suspend l’effet des censures pour secourir les fidèles en danger de mort, voire pour toute juste cause selon certains canons, ainsi l’ancien 209.
Toutefois, étendre sans bornes la suppléance, comme si elle devenait l’état ordinaire et quasi permanent de la vie sacramentelle, revient à consacrer une « Église d’exception » qui ne sait plus d’où elle tient son gouvernement. La suppléance présuppose une autorité réelle, même gravement entravée, et un ordre juridique encore reconnaissable : l’Ecclesia suppléante n’est pas une entité flottante, détachée de la tête visible, mais le même corps hiérarchique, usant de son pouvoir pour réparer les brèches locales ou passagères, à la limite. Il n’existe pas d’Église sans sujet concret pour suppléer, un ordo sans origine, un gouvernement sans gouvernants, etc.
🗡 IV. éviter le double gouffre : désert sacramentel et relativisme hiérarchique
Entre les home aloners se gavant de leur propre pureté domestique et les partisans d’une suppléance limitée/illimitée, pardonnant à peu près tout du moment qu’un prêtre porte soutane et parle véronique au sermon, se dresse l’exigeante voie catholique, à la fois réaliste et doctrinale. D’un côté, il serait criminel de transformer notre époque de crise en désert sacramentel volontaire, alors que des prêtres validement ordonnés, et encore globalement catholiques dans la doctrine publique, demeurent accessibles ; de l’autre, il serait tout aussi dangereux de faire fi de la question de l’autorité (nous avons encore des évêques traditionalistes éclairés aujourd’hui !), comme si la seule « validité » des sacrements suffisait à régler, par magie, la question de la mission et de la juridiction.
La tradition romaine nous impose une double fidélité : aux sacrements institués par Notre Seigneur pour le salut des âmes, et à l’ordo hiérarchique par lequel Il a voulu que ces sacrements soient dispensés, depuis Pierre jusqu’aux plus modestes curés de campagne. Il est loisible de penser, avec des théologiens sérieux, que la catastrophe « conciliaire » et l’impatronisation d’hommes très actuels, professant des erreurs notoires, posent une difficulté réelle à la reconnaissance de leur « autorité formelle » ; mais il n’est pas permis de parler de « non‑autorité » tout en sollicitant, subrepticement, les bénéfices juridiques d’un ordre que l’on nie par ailleurs. En ce sens, l’homélie de M. l’abbé Lafitte, utile contre le jansénisme des salons vidéos, demeure en retrait quant à la clarté que réclame un véritable constat catholique sede vacante cohérent.
☩ ℭoup de grâce
🛎 gong final, corps-à-corps polémique : la crise actuelle a ceci de cruel qu’elle met en lumière les incohérences que chacun supportait autrefois sans trop y prendre garde. D’un côté, des fidèles se rêvent purs comme des chartreux sans chartreuse, refusant tout contact avec des prêtres pourtant munis du pouvoir d’ordre, au nom de constructions canoniques qui confondent prudence et paralysie, suspicion et vertu théologale. De l’autre, des prêtres, conscients de la vacance pratique de l’autorité ou de son naufrage, continuent de parler comme si l’Église suppléait ad libitum, sans jamais préciser sérieusement qui, dans cette Église, possède encore la potestas de gouverner, nommer, juger et déléguer.
K.O. à la première reprise : il est malséant de laisser en friche le champ de la doctrine sur l’autorité, faisant ainsi de la hiérarchie un décor plutôt qu’un principe vivant. Entre l’apostasie feutrée des salons « conciliaires » et le refuge pusillanime derrière des portes closes, il reste l’auguste et roboratif sérieux de la théologie : celle qui ne sacrifie ni les sacrements ni la notion même d’autorité. Il en va, derechef, du salut des âmes et de l’honneur du divin Crucifié.
— La Rédaction
🥊 𝔑𝔬𝔰 𝔞𝔯𝔱𝔦𝔠𝔩𝔢𝔰 𝔡𝔢 𝔩𝔞 𝔖𝔱𝔯𝔞ß𝔢
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