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Publié le par Florian Rouanet
🛡️ Jeu d'esprit, enjeu de puissance : trouvons la clef de voûte verbale ! ⚔️
⁂ Arène arthurienne
Ô lecteur prompt à l’envolée tant lyrique que spartiate,
Voici une de ces querelles fécondes où le mot — drapeau des idées — fait monde. Car de nommer, c’est dominer ; et si l’Europe veut renaître autrement que sous les oripeaux libéralo-communistes, bureaucratiques et technocratiques de l’Union Européenne de Bruxelles, il lui faut un Verbe.Non une fade siglaison, mais un mot plein, souple, noble, fort, qui résume l’essentiel d’un dessein, suscite un mythe, scelle une alliance. Telle est notre Table : un Forum moiré de sarcasmes, d’acronymes, d’inspirations civilisationnelles et d’intuitions politiques.
L’Europe fut jadis Respublica Christiana, puis Confédération carolingienne, rêve hugolien ou empire à la Otton. À présent, en ces ruelles numériques, l’on débat, on propose, on raille : USE, EUE, URSE, SEFCGL, etc… Pour bâtir, fût-ce par dérision relative, le nom d’un continent politique rénové.
Une plus grande difficulté concernant l’Europe est que l’on a une vieille histoire, avec des identités marquées, à laquelle s’ajoute une « barrière des langues », en comparaison de la « jeunesse américaine » essentiellement WASP à l’origine — quoi que les Nord-Américains ne soient pas exempts de cosmopolitisme, européen à l’origine.
Quelques socles logiques, charnels et supérieurs :
Ethnie :
De souche blanche, gréco-romaine et chrétienne, mais aussi germanique. Notre culture européenne s’adosse aux arts classiques, à la chevalerie médiévale, aux lettres humanistes et aux patries enracinées. Elle honore l’ordre, la beauté, la hiérarchie et la transmission. Nous pouvons également penser au-delà de l’Europe occidentale.Locution :
En nos contrées, le latin — idéalement antique & ecclésiastique —, doivent revenir en tant que langue européenne commune, au-delà de l’anglais, du français, de l’italien ou de l’allemand.Religion :
Chrétienté une et intégrale — fondée sur la Révélation, nourrie de la Tradition, incarnée dans le catholicisme apostolique. Elle sanctifie les peuples, rythme les saisons, façonne les lois et oriente l’homme vers sa fin surnaturelle.C'était la Table ronde Dante Alighieri de la Straße, en attendant le congrès des spécialistes !

☧ Sémantique qui cogne
ACRONYME, subst. masc. – Mot formé des lettres initiales d’une suite de mots (ex. : ONU pour Organisation des Nations Unies). L’usage en décide la forme et la légitimité.
BANNIÈRE, subst. fém. — Symbole mobile d’un groupe, d’un peuple ou d’une cause, portée en procession ou en combat ; souvent tissu orné d’armoiries, de signes ou de devises. Par métonymie : désigne l’idée ou la doctrine que l’on arbore fièrement.
CONTINENT, subst. masc. — Terre vaste, d’un seul tenant, bordée par les mers, qui sert souvent de matrice géographique, historique ou mythique à une civilisation. Par extension : ensemble culturel et symbolique cohérent.
CIVILISATION, subst. fém. — Ensemble structuré de réalités spirituelles, sociales, techniques et esthétiques porté par un peuple ou un ensemble de peuples. Processus de raffinement, d’héritage et de transmission.
À noter que l’acronyme ne respecte point de loi intangible : la FIDE (Fédération Internationale des Échecs) en est la preuve. Contre l’anglais dominant et la logique grammaticale, le latin médiévale triompha : fide, la foi. Ainsi, tout est possible à qui persuade.
☩ Ancienne leçon létale
« …le peuple français a taillé dans un granit indestructible et posé, au milieu même du vieux continent monarchique, la première assise de cet immense édifice de l’avenir, qui s’appellera un jour les États-Unis d’Europe ! »
— Victor Hugo, Intervention à l’Assemblée législative, séance du 14 janvier 1850 (débat sur la liberté de l’enseignement)
« Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi !
Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, entre Pétersbourg et Berlin, entre Vienne et Turin, qu’elle serait impossible et qu’elle paraîtrait absurde aujourd’hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie.
Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne…
…Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d’Amérique, les États-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies… »— Victor Hugo, Discours d’ouverture du Congrès international de la Paix, Paris, 21 août 1849
Σ Plan par manche
📌 I. USE, URSE, EUE… De la tentation à la confusion
📌 II. Règles implicites et légèretés fécondes : la fabrique d’un sigle
📌 III. Héritages invoqués : Carolingiens, Chrétienté et République des Peuples
📌 IV. Choisir une voie : impériale, fédérale et/ou spirituelle ?
Nous espérons que Thomas Ferrier va nous financer pour ce labeur dûment effectué. Car nous pensons plutôt comme lui sur ces sujets, le christianisme en plus… Car nous ne voulons simplement pas d’une importation-immigration massive de sangliers et de loups, afin de faire des rites païens zoophiles (?) en forêt !
📌 I. USE, URSE, EUE… De la tentation à la confusion
Tout commence par un sigle, et tout finit en Schlachtordnung — Ordre de bataille. Dans la mêlée des initiales, le calque anglo-saxon USE tenta de vite s’impatroniser en favori : United States of Europe, variation directe de son aîné américain. Il est court, il sonne bien, il il est simple et efficace, il évoque l’unité. En outre, en anglais il signifie « utiliser » — use — ce qui n’est point sans ironie lorsque l’on sait combien l’atlantisme actuel aspirent plus à user des autres qu’à fusionner.
Mais, comme souvent, la clarté apparente cache une forêt d’ambiguïtés. USE, par son anglicité, trahit notre propre terrain. Elle parle la langue de l’Empire d’hier ; elle impose une grammaire d’outre-mer à des peuples de vieille mémoire. C’est surtout un joli mot d’agence de communication. La critique fuse : « pu** à libéraux », moque-t-on dans les recoins virtuels. Il y a là une vérité de bistrot et de plèbe qui perce juste :
En effet, le choix de ce nom ne devrait pas nous confondre avec une validation d’un libéralisme américain aussi exécrable que faux, ruinant pour la foi et les hommes.
Viennent alors les autres tentatives : EUE (États-Unis d’Europe, rappelant encore le EUA français pour les États-Unis d’Amérique), URSE (Union des Républiques Sociales Européennes), faisant écho, à la fois et paradoxalement, au bloc soviétique de l’URSS et au régime mussolinien), voire le complotiste CSLTP (Complot de la Charia Lunaire de la Terre Plate) ou l’irrévérencieux et très actuel PUTE (Peuples Unifiés des Tarlouzes Européennes) — entre satire potache et acronyme sérieux, chez nous, la frontière est certes ténue.
Et que dire du long et très ethnique SEFCGL — Saint Empire Français Celtico-Germano-Latin — si ce n’est qu’il embrasse la grandiloquence impériale médiévale et ses tribus d’Europe de l’Ouest avec une telle emphase qu’il en devient plausible ?
Au fond, cette cacophonie n’est point stérile. Elle provoque une émulation de pensée plus large et montre que l’âme européenne vit, résiste, incarne. Qu’elle refuse l’alignement sur les sigles creux, qu’elle cherche à dire ce qu’elle est, non à singer l’autre. Or, ce que l’on nomme, on le pense. Ce que l’on pense, on peut l’édifier.
📌 II. Règles implicites et légèretés fécondes : la fabrique d’un sigle
L’acronyme est un art mineur, dit-on. Peut-être. Mais c’est un art décisif. Qui décide du sigle, forge l’horizon du projet. Les Américains ont leur fédéral USA, compact, martial, impératif. Les Soviétiques eurent leur URSS, symphonie de consonnes sévères. Et nous, que voulons-nous ? Un mot qui claque ou qui psalmodie ? Un doux songe ou un ordre véritable ?
En théorie, les règles sont simples : on ignore les articles, on garde les substantifs, on respecte l’ordre des mots. En pratique, tout cela vole en éclats.
C’est ici que le jeu devient sérieux. Car l’usage forge la norme. L’acronyme ne doit pas seulement être lisible, il doit vivre, se prononcer sans douleur, s’imposer dans les conversations. S’il est trop lourd (EEUUE ? à l’agonie !), s’il évoque un passé trouble (URSE ? on songe aux goulags), ou s’il sonne comme un médicament chimique de pharmacie moderne (SEFCGL ? au secours !), il s’éteindra, idem s’il résonne comme une émission de NBA américaine EABCN — pour European Alliance of Brotherly and Catholic Nations. Il faut du nerf, mais aussi de la chair.
Plus encore, il doit résonner avec l’histoire et l’identité collective. Par la forme et/ou le fond, il convoque ses ancêtres : le Saint-Empire, la Respublica Christiana, les ligues d’Italie, la République Sociale de 1943, ou encore l’horizon hugolien. Et parfois, l’on sent que le sigle doit céder la place à un nom plein, une expression totem : Europa, Fraternité des Nations, Maison Commune…
Mais cessons de rêvasser sans choisir : il faut trancher dans la forêt des sigles, comme l’épée d’Arthur dans le chêne !
📌 III. Héritages invoqués : Carolingiens, Chrétienté et République des Peuples
Respublica Christiana désignait autrefois l’ensemble des royaumes chrétiens d’Occident, unis spirituellement par l’Église romaine
Surgissent des racines du passé, des figures tutélaires et des constructions mythiques qu’on croyait disparues. Le nom seul les convoque. À cet égard, l’Europe n’est point vierge de fédéralisme avant le XXᵉ siècle. Bien au contraire : seule la France demeure jacobine !
La Confédération carolingienne fait ressurgir le rêve d’un Charlemagne continental — ruinant les saxons, défenseur face à l’Islam —, unifié sous l’égide du glaive sacré, couronné par le Pape, frappant l’écu, réunissant Francs, Lombards, Burgondes, et Aquitains. Voilà une racine médiévale, authentiquement européenne, catholique, impériale. Le mot « confédération » y sied mieux que « fédération », car il respecte mais subordonne la pluralité des royaumes tout en les arrimant à une même source.
La Respublica Christiana, plus ancienne encore, est d’un aloi spirituel et théologico-politique. L’Europe s’y pense comme une communauté morale, unie non d’abord par la monnaie, mais par l’Autel. Dès le XIIIᵉ siècle, cette expression désigne le corps mystique de l’Occident chrétien, voire de tous les chrétiens dans le monde. Que cette résonance latine survive dans un acronyme ou dans une devise serait un acte de haute mémoire, un signe de fidélité au socle civilisationnel et religieux : ce qui donnerait un RCE en langue française « Républiques Chrétiennes Européennes ».
À l’opposé — mais sans contradiction —, des modernes populistes invoquent la REP : République Européenne des Peuples. Formule hybride, où la république n’est point celle des jacobins mais celle du bien commun. Les peuples n’y sont pas des masses, mais des sujets politiques enracinés, dotés de leurs langues et de leurs lois.
Ce chapitre dévoile donc le vrai enjeu : le mot choisi portera un héritage, mais aussi l’application organique, subsidiaire, totalisante. Il ne sera point neutre. Il proclamera un camp, une vision, une fidélité. Ce que nous appelons Europa, d’autres appelleront forteresse, foyer, fulgurance. Tout dépend de l’âme qu’on y met.
Assises historiques :
« … Puisque, aujourd’hui, nous devons encourager une guerre contre l’impie nation turque pour l’honneur de Dieu et pour le salut de la République chrétienne, il convient, vénérables frères dans le Christ et très chers fils, qu’avant de vous haranguer, nous nous adressions à la divinité elle-même…
… Enflamme nos cœurs et nos reins, afin que, brûlant du seul feu divin, nous ne méditions que ce qui te plaît, et que nous chassions la honteuse et pécheresse nation des Turcs des confins des chrétiens, si telle est ta volonté.
… Nos paroles sont celles de Dieu ; bien que nous soyons indignes, nous tenons sur terre la place de son Fils Jésus-Christ ; c’est Lui qui nous ordonne de conseiller la guerre contre les Turcs. Aujourd’hui, nous ne vous parlerons pas pour d’autres motifs, sinon pour que vous défendiez l’Église, la religion, la foi chrétienne contre les assauts des barbares… »— Pie II – Oratio « Cum bellum hodie », Mantoue, 26 septembre 1459
« Réfléchissant et repassant en notre esprit le récent concile général du Latran, et désirant que la République chrétienne puisse reprendre souffle, nous voulons — et ordonnons — que les princes chrétiens, quittant leurs dissensions et leurs guerres civiles, tournent d’un même accord leurs armes contre les Turcs et les autres infidèles.
En conséquence, nous établissons et commandons que des trêves de cinq ans soient religieusement observées entre tous les peuples chrétiens, sous peine d’excommunication…
De plus, à tous ceux qui se croiseront pour cette sainte expédition contre les ennemis de la foi, nous accordons, par la teneur des présentes, la rémission plénière de leurs péchés, une fois en vie et à l’heure de la mort… »— Léon X – Bulle « Considerantes ac animo revolventes generale Concilium » (6 mars 1518, publiée solennellement le 14 mars dans la basilique S. Maria sopra Minerva)

📌 IV. Choisir une voie : impériale, fédérale et/ou spirituelle ?
Reste à choisir un acronyme, une direction, une colonne d’air, un axe de foi. C’est ici que notre Table ronde devient conclave politique. Trois voies pures s’ouvrent à nous, sans s’opposer l’une contre l’autre :
- La voie impériale, avec ses sigles à rallonge (SEFCGL, Confédération Carolingienne, Couronnes Unies d’Europe), assume la verticalité, l’histoire, la transcendance du pouvoir. Elle séduit d’un coup diverses niches : les esthètes, les légitimistes, les nostalgiques de Vienne et d’Aix-la-Chapelle.
- La voie fédérale, plus proche de l’acronyme standardisé (EUE, EEU, USE), vise la praticité. Elle rassure les techniciens du droit, les eurocrates réformateurs, les héritiers de Spinelli. Mais, machiniste, elle manque d’âme.
- La voie spirituelle, quant à elle, repose sur des expressions pleines : Respublica Europaea Christiana, Maison Commune, Fraternité des Nations. Elle n’a pas besoin de sigle, car elle parle au cœur. Elle conviendrait à un renouveau moral, plus religieux.
Sous un autre rapport deux voies sont également possible :Le fas
- le titre plus classique, neutre et stable ;
- ou celui plus militant, tranchant et « révolutionnaire ».
Alors, que choisirons-nous ? À chacun son goût. Mais souvenons-nous : le mot élu deviendra mythe, puis réalité.

🛎 Sentence par KO
Ce ne sont ni les dictionnaires, ni l’État, ni l’Académie française qui imposent un acronyme, mais l’usage.
Et qu’un acronyme naisse de cette forge commune ou qu’un nom simple comme Europa en ressort par usage des Aryens eux-mêmes, peu nous en chaut — pourvu qu’il ne soit ni fade, ni infidèle. Car ce qui manque le plus à notre continent, ce n’est pas un sigle vidé de son sens, mais une âme nommable, un désir articulé, une volonté politique susurrée puis criée.
Le reste — fédéralisme, institutions, traités — ne tarderait pas à se faire jour. Mais si l’on parle bien, alors peut-être vivra-t-on mieux. Ou du moins, avec panache.
C’est surtout rassembler ce qui se ressemble, autour d’identités claires et d’un objectif noble commun : peser face aux actuels grands blocs de l’Amérique, de la Chine et de la Russie.
#Blitzkrieg
Les fascismes c'est le courage de l'Europe, et le conclavisme, un sursaut de courage de la Tradition
Post-Scriptum : Que le lecteur rigolard n’oublie point que les plus grandes révolutions commencèrent par un mot. Celui-ci pourrait bien être un acronyme.
📚 Pour approfondir
- William Penn, Quaker anglais, proposait dès 1693 une « European Diet, Parliament or Estates » pour garantir la paix ; il esquissait déjà l’idée d’une union fédérative.
- L’abbé de Saint-Pierre publia en 1713 son Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe, véritable plan d’alliance confédérale doté d’une Diète permanente.
- Le haut maçon Giuseppe Mazzini appela dans une version laïque en 1843 à une « fédération des républiques européennes », préparant le terrain à la vision hugolienne.
La Rédaction
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