• Le terme en logique aristotélicienne (I) — Thibault Le Malouin



    Concept, extension, quantité, prédicables, prédicaments, etc.

  • Si il est une faculté qui sépare l’homme des autres créatures du monde physique, c’est bien la faculté de penser, de raisonner, « d’intelliger ». Chez lui, tout les sens, qu’ils soient externes ou internes ont pour fin la pensée. Comme le montre Aristote, tout homme désir naturellement savoir, et, si certains en acceptent l’exercice difficile, ils tenteront de remonter aux principes même de l’existence. Mais l’acquisition de la connaissance demeure inséparable d’une raison qui fonctionne droitement. La maîtrise des notions de base de la logique n’est pas absolument nécessaire, mais il est malheureusement aujourd’hui difficile de trouver des individus qui raisonnent correctement, ce que l’on pourrait appeler le bon sens naturel ayant presque totalement disparu.

    Cordage sémantique

    TERME / CONCEPT : fondement de toute pensée rationnelle.
    GENRE / ESPÈCE / DIFFÉRENCE SPÉCIFIQUE : instruments de définition logique et de classification ontologique.
    SUBSTANCE / ACCIDENT : distinction ontologique majeure de la métaphysique.
    RAISONNEMENT : exercice proprement humain, enraciné dans la quête du vrai.
    UNIVERSALITÉ / PARTICULARITÉ : ordonnancement des êtres selon leur nature intelligible.
    UNIVOQUE / ANALOGUE / ÉQUIVOQUE : distinctions fondamentales en sémantique logique.
    INTELLIGENCE / ABSTRACTION / ESSENCE : puissances intellectuelles de l’âme rationnelle.
    ORDRE NATUREL / IDENTITÉ / DIFFÉRENCE : ancrages conceptuels dans la pensée de l’être.


    I – Le terme

    Nous commençons notre étude de la logique aristotélicienne par le plus petit composé de celle ci : le terme.

    Le terme aussi appelé concept est l’essence abstraite du réel par l’intelligence. Précisons : Dans le monde réel qui entoure l’homme, il n’existe que des individualités : cette pierre ci, cet arbre là. Mais l’homme, grâce à son intellect, peut passer outre ces individualités et ainsi les regrouper universellement sous le concept de pierre ou d’oiseau en faisant abstraction de tel ou tel individu. L’utilisation du concept permet de parvenir à des raisonnements plus généraux, plus universels, de remonter de cause en cause. Plus l’intelligence abstraie un être, plus elle remonte aux principes et causes premières.

    Retenons d’abord qu’un terme peut être simple ou complexe : Un navire est un terme simple, un navire blanc est un terme complexe puisqu’il contient deux essence : celle d’un navire, et le fait d’être blanc. Le fait qu’un terme soit signifié par plusieurs mots ne veut pas dire qu’il est nécessairement complexe. Le terme musicien, bien que ne contenant qu’un seul mot, est un terme complexe, car il contracte le fait d’être homme et d’être musicien, c’est ce qu’on appelle parler « per accidens »


    Compréhension et extension du terme

    Le terme peut s’interpréter de deux manières différentes qui vont particulièrement nous intéresser dans le cadre du raisonnement :

    • Selon son extension : c’est l’ensemble des autres concepts auxquels un terme peut être étendu : exemple : le concept d’animal peut être étendu à l’homme, au chien, à l’oiseau
    • Selon sa compréhension : c’est l’ensemble des caractères/propriétés d’un concept : le chien est : sensible, quadrupède, …

    L’extension et la compréhension varient inversement l’un de l’autre : Si je réduis la compréhension du concept d’animal en y ajoutant le caractère d’intelligent, j’obtiens le concept d’homme, et son extension ne s’étend plus au chien ou à l’oiseau. Plus l’extension d’un concept est large, plus sa compréhension sera réduite : si je passe du concept de voiture à celui de véhicule, qui est plus large, le fait de rouler, qui est compris dans la compréhension du concept de voiture, sera ôté.

    L’extension et la compréhension sont ceux qui vont par ailleurs, permettre le raisonnement notamment dans le cas de l’extension qu’on utilisera particulièrement : passer d’une vérité à une autre en faisant rentrer un concept dans l’extension du premier parce qu’il est dans l’extension de celui intermédiaire, l’intermédiaire étant dans l’extension du premier.


    La quantité dans le concept

    Le concept peut être, selon sa quantité :

    • Singulier : cet animal (le concept reste toujours universel car il est abstrait, mais il est ici pris dans une partie restreinte de son extension : cet individu là)
    • Particulier : quelque animal (on ne détermine pas spécialement tel individu)
    • Universel : tout animal, ou même nul animal. Le pluriel ne sera pas utilisé, car nous restons dans le cadre du concept, de l’essence abstraite.

    Les sens du concept

    • Univoque : le concept ne comprend qu’un seul sens : une automobile
    • Équivoque : le concept à des sens complètement différents : le terme d’avocat est utilisé tant pour le fruit que pour le métier
    • Analogue : le concept à un sens qui connaît des ressemblances et des différences : le pied d’un homme et le pied d’une montagne, la ceinture pour serrer la taille et la ceinture d’un bâtiment)

    L’importance est ici primordiale.

    Il est courant que des discussions n’aboutissent à rien, car le sens des termes n’est pas le même pour tous les intervenants. Il est évident d’en déduire qu’en logique et particulièrement dans le cas du raisonnement le concept devra être univoque.


    Les prédicables

    Prédicables (aussi appelé Arbre de Porphyre, car représentable graphiquement par un arbre) : c’est le mode selon lequel un terme est rapporté à un sujet :

    • Le genre ex : animal
    • La différence spécifique ex : raisonnable

    L’alliance du genre et de la différence spécifique constituent la définition du sujet (la définition délimite la compréhension d’un concept). Certaines choses sont cependant difficiles à définir, il n’est par exemple pas toujours aisé de trouver la différence spécifique. En outre, l’individu ne se défini pas, mais seulement l’universel.

    Le genre animal associé à la différence spécifique « raisonnable » donne l’espèce humaine. On trouve ensuite les trois derniers prédicables :

    • L’espèce : l’homme
    • Le propre : l’homme rit
    • L’accident : cet homme est grand

    Les deux derniers sont des accidents, mais l’un est nécessaire à l’espèce sans faire partie de son essence, c’est le propre, l’autre est contingent, c’est l’accident.


    Les prédicaments

    C’est la manière dont un sujet est déterminé, lorsque le concept est un prédicat attribué à celui ci : le sujet est tel. Aussi signifié en logique scolastique par S (sujet) est P (prédicat). Le concept appartiendra nécessairement à une de ces prédicaments.

    Les prédicats abordés dans cette initiation à la logique seront tous univoques comme précisé précédemment, nous laissons volontairement de coté les prédicats analogues aussi appelés transcendantaux c’est à dire attribuables à tout existant.

    Le thème des prédicaments est un pilier de la philosophie aristotélicienne, notamment en métaphysique. La substance est le premier prédicament et diffère des neufs autres qui sont des accidents, c’est à dire qu’ils n’existent pas par eux mêmes mais seulement dans un sujet.
    En effet,
    seul le concept substantiel existe par soi.

    Ils sont donc au nombre de 10 :

    • Substance : Cet être est un homme
    • Quantité : Il est grand
    • Qualité : Il est blanc
    • Action : Il mange
    • Passion : Il est malade
    • Relation : Il est père
    • Temps : Hier
    • Possession : Il est armé
    • Position : Il est assis
    • Lieu : Il est au bureau

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    […] la première partie s’intitulait Logique aristotélicienne. Chose formatrice, notre auteur y explorait la dialectique d’Aristote, haute composante de la […]


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