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Publié le par Florian Rouanet
Définitions, accomplissement, finalité des vertus et Bien commun
Pour alimenter, voire compléter, nos dossiers sur l’amitié virile, nous ne pouvions faire l’impasse sur cette œuvre aristotélicienne.
Cela donne en quelque sorte le couronnement de nos articles sur le thème, et, après les contributions de Cicéron et de Blüher, quoi de mieux que d’invoquer le grand Stagirite !Titre allemand: Die Rolle der Erotik in der männlichen Gesellschaft
Hans Blüher, écrivain et philosophe allemand, a exploré en profondeur les concepts d’amitié masculine et de virilité dans diverses œuvres. L’ouvrage de référence essentiel sur ce sujet reste celui susnommé, dans le contexte, de ce que l’on nommera, après coup, la révolution conservatrice.
Publié en deux volumes entre 1917 et 1919.
Titre latin : De Amicitia
Rédigé en 44 av. J.-C., cet ouvrage de Cicéron explore la nature, la valeur et les exigences de l’amitié. Dans un dialogue entre Laelius et ses interlocuteurs, Cicéron affirme que l’amitié véritable repose sur la vertu et l’amour mutuel du Bien. Loin d’être un simple lien utilitaire, cela constitue une des plus hautes expressions de la vie humaine, un lien spirituel qui transcende les aléas de la fortune. Il s’agit d’un plaidoyer pour une amitié noble, fondée sur le respect mutuel et la quête partagée de la vertu.
- Éthique à Nicomaque d’Aristote
Titre grec : Ἠθικὰ Νικομάχεια
Dans cet ouvrage fondamental de la philosophie antique, le grand Aristote consacre plusieurs chapitres à l’amitié (philia). Il distingue trois types d’amitié : celle basée sur l’utilité, celle fondée sur le plaisir, et celle qui repose sur la vertu. Cette dernière, rare et précieuse, est pour Aristote l’amitié idéale : elle naît entre deux êtres vertueux qui se souhaitent mutuellement le bien et partagent une vie conforme à l’excellence morale
Plus qu’un simple lien affectif, l’amitié est ainsi un pilier essentiel de la vie éthique et politique, un bien sans lequel la vie humaine demeurerait incomplète.-*-
En effet, pour orienter notre analyse aristotélicienne de l’amitié virile dans L’Éthique à Nicomaque, en tenant compte des thématiques de développement personnel, de vie en société, des vertus et du Bien commun, voyez cette proposition que nous faisons, organisée en chapitrage et avec quelques extraits parlants, en 5 volets.
Ce traitement structuré s’appuie sur les passages consacrés à la philia (amitié) dans les Livres VIII et IX, tout en intégrant les liens avec la vertu (Livre II) et le bonheur (Livre I).
I. Amitié, pilier de vie morale et sociale
- Développement : L’amitié est une condition essentielle de la vie bonne selon Aristote. Elle transcende les besoins individuels pour contribuer au bien commun et à la cohésion sociale.
- Citations clefs (Livre VIII, chap. 1) :
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« Personne ne voudrait vivre sans amis, même avec tous les autres biens. »
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« L’amitié est une vertu ou s’accompagne de la vertu. »
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- Lien avec le Livre I : Le bonheur comme fin ultime de la vie humaine repose sur une vie en communauté vertueuse (Chapitre 6 : « Le bonheur défini par la fonction propre de l’homme »).
II. Typologie des amitiés : Utilité, Plaisir et Vertu
- Développement : Le Stagirite distingue trois formes d’amitié, mais seule celle fondée sur la vertu est durable et idéale, car elle s’inscrit dans un désir mutuel du bien moral.
- Citations clefs (Livre VIII, chap. 3) :
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« Ceux qui s’aiment à cause de la vertu s’aiment à cause d’eux-mêmes. »
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« L’amitié fondée sur l’utilité ou le plaisir est éphémère, car elle ne dépend pas de ce que sont réellement les amis. »
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- Lien avec la société : La supériorité de l’amitié vertueuse pour l’homme en tant qu’animal social.
III. Amitié virile et développement des vertus
- Développement : L’amitié vertueuse agit comme un miroir moral où chaque ami devient un modèle pour l’autre, stimulant une progression dans la vertu.
- Citations clefs (Livre IX, chap. 9) :
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« En se comportant comme il convient envers un ami, on exerce la vertu. »
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« L’ami est un autre soi-même. »
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- Lien avec le Livre II : La vertu comme juste milieu est renforcée par les interactions amicales (Chapitre 6 : « Définition complète de la vertu morale »). Nous retrouverons ici la dialectique du prochain devant Dieu avec le christianisme et en particulier le thomisme.
IV. Amitié au service du Bien commun
- Développement : L’amitié vertueuse, en dépassant les intérêts individuels, s’inscrit dans la quête du bien commun et contribue à l’harmonie dans la Cité.
- Citations clés (Livre VIII, chap. 12) :
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« Les amitiés entre citoyens, lorsqu’elles reposent sur la vertu, maintiennent la justice dans la Cité. »
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« L’amitié paraît être le lien de la société, et les lois ne sont que des amitiés codifiées. »
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- Lien avec le Livre I : Le bonheur individuel est indissociable de la justice et de la participation à la vie collective (Chapitre 5 : « Nature du bien : fin parfaite, qui se suffit à elle-même »).
V. Amitié et bonheur : plénitude de la vie
- Développement : L’amitié parfaite est inséparable de la quête du bonheur, car elle permet de partager les plus hautes aspirations de l’âme.
- Citations clés (Livre IX, chap. 9) :
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« L’amitié est la chose la plus nécessaire pour vivre heureux. »
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« Le bonheur consiste surtout dans l’activité selon la vertu, mais cela est amplifié par l’amitié. »
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- Lien avec le Livre III : L’importance des choix volontaires dans la construction de la vie vertueuse, renforcée par l’influence des amis (Chapitre 2 : « Analyse du choix préférentiel »).
Synthèse
Aristote place l’amitié vertueuse au cœur du développement moral et social. Loin d’être un simple lien affectif ou abstrait, elle est une force qui forme l’homme, oriente ses vertus, et renforce la société dans sa quête du bien commun.
Par l’Aquinate, saint Thomas d’Aquin, cet enseignement sera surélevé, sans être nié, au Bien commun surnaturel, grâce aux lumières de la Révélation.
Ce cadre enfin, nous permet de résumer le sujet, tout en le reliant à des thématiques universelles de vertu, de société et de bonheur humain et divin.

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MORALE D’ARISTOTE, TRADUITE PAR J. BARTHÉLEMY-SAINT HILAIRE, MEMBRE DE L’INSTITUT (ACADEMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES), TOME III GRANDE MORALE ET MORALE A EUDEME PARIS, A. DURAND, LIBRAIRE, RUE DES GRES, 50, LIBRAIRIE PHILOSOPHIQUE DE LADRANGE, RUE ST-ANDRE-DES-ARTS, 41, 1856.
M. THUROT:
DISCOURS PRÉLIMINAIRE, ou INTRODUCTION A LA MORALE D’ARISTOTE.
Garnier : traduction par J. Voilquin
Livre I
CHAPITRE 1 : Le bien et l’activité humaine La hiérarchie des biens
CHAPITRE 2: Le bonheur; diverses opinions sur sa nature — Méthode à employer
CHAPITRE 3: Les théories courantes sur la nature du bonheur: le plaisir, l’honneur, la richesse
CHAPITRE 4: Critique de la théorie platonicienne de l’Idée du Bien.
CHAPITRE 5: Nature du bien: fin parfaite, qui se suffit à elle-même
CHAPITRE 6: Le bonheur défini par la fonction propre de l’homme.
CHAPITRE 7: Questions de méthode — La connaissance des principes
CHAPITRE 8: La définition aristotélicienne du bonheur confirmée par les opinions courantes
CHAPITRE 9: Suite du chapitre précédent: accord de la définition du bonheur avec les doctrines qui identifient le bonheur à la vertu, ou au plaisir, ou aux biens extérieurs
CHAPITRE 10: Mode d’acquisition du bonheur il n’est pas l’oeuvre de la fortune, mais le résultat d’une perfection.
CHAPITRE 11: Le bonheur et la vie présente Le bonheur après la mort
CHAPITRE 12: Le bonheur est-il un bien digne d’éloge ou digne d’honneur?
CHAPITRE 13: Les facultés de l’âme Vertus intellectuelles et vertus moralesLivre II
LA VERTU
CHAPITRE 1: La vertu, résultat de l’habitude s’ajoutant à la nature.
CHAPITRE 2: Théorie et pratique dans la morale — Rapports du plaisir et de la peine avec la vertu.
CHAPITRE 3: Vertus et arts — Conditions de l’acte moral
CHAPITRE 4: Définition générique de la vertu: la vertu est un « habitus ».
CHAPITRE 5: Définition spécifique de la vertu: la vertu est un juste milieu.
CHAPITRE 6: Définition complète de la vertu morale, et précisions nouvelles.
CHAPITRE 7: Élude des vertus particulières.
CHAPITRE 8: Les oppositions entre les vices et la vertu.
CHAPITRE 9: Règles pratiques pour atteindre la vertuLIVRE III :
Suite de la vertu, le Courage, la Tempérance.CHAPITRE 1: Actes volontaires et actes involontaires – De la contrainte. – Actes involontaires résultant de l’ignorance. – Acte volontaire.
CHAPITRE 2: Analyse du choix préférentiel
CHAPITRE 3: Analyse de la délibération Son objet
CHAPITRE 4: Analyse du souhait raisonné.
CHAPITRE 5: La vertu et le vice sont volontaires.
CHAPITRE 6: Examen des vertus spéciales Le courage.
CHAPITRE 7. : le courage (suite)
CHAPITRE 8. : le courage (suite)
CHAPITRE 9. : le courage (fin)
CHAPITRE 10: La modération.
CHAPITRE 11: La modération, suite.
CHAPITRE 12: Dérèglement et lâcheté – Comparaison avec l’enfance

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