• Bien commun aristotélo-thomiste résumé



    Subdivision en quatre éléments fondamentaux

  • Introduction

    Le concept de Bien commun est un pilier de la pensée politique et moral/éthique dans la plus pure tradition aristotélo-thomiste.
    Il ne s’agit pas simplement de l’addition des intérêts individuels (thèse de l’intérêt général, rousseauiste), mais d’un bien supérieur qui englobe et ordonne les individus vers une perfection commune.
    Ce Bien commun n’existe pas indépendamment des personnes et de la Cité, mais il les transcende tout en les élevant, vers le véritable bonheur (but difficile de la vie de tout homme !).

    Pour comprendre ce concept, dans sa profondeur, il convient de le subdiviser en quatre éléments fondamentaux, qui en révèlent les spécificités et les particularités essentielles.

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    1. La finalité commune

    Le premier élément du Bien commun est la finalité commune, c’est-à-dire le but ultime que poursuit la communauté.
    Chez le Stagirite, cette finalité se manifeste par l’atteinte du bonheur et de la vertu pour chaque individu dans la cité. Pour l’Aquinate, ce but est perfectionné par la perspective chrétienne : le Bien commun ultime est Dieu lui-même, finalité surnaturelle, source de tout bien et finalité de la création.

    La particularité de cette finalité est qu’elle unit les membres d’une communauté autour d’un projet supérieur qui les dépasse individuellement (le village, la Cité, les corps intermédiaires, l’État-nation, Dieu…).
    Dans une société humaine, cela signifie rechercher un ordre moral et politique qui permette à chacun d’atteindre sa propre perfection, de se parfaire, tout en contribuant au bien des autres – d’où la nécessité de la charité et de la vérité.

    2. L’ordre et la paix

    Le second élément est l’ordre et la paix, sans lesquels aucun Bien commun ne peut se réaliser.
    La paix n’est pas simplement l’absence de conflits, mais un état d’harmonie entre les membres d’une société, où chacun remplit sa fonction propre pour le bien de tous.

    Cet ordre est à la fois matériel et spirituel : il assure la distribution juste des responsabilités, des ressources et des droits. Un ordre politique qui garantit la justice et la stabilité est donc indispensable au Bien commun.
    Thomas d’Aquin insiste sur le fait que la loi, pour être juste, doit viser cet ordre global et non des intérêts particuliers. La complétion de ce principe se trouve dans la loi naturelle, qui oriente toute société humaine vers un cadre moral stable (la doctrine sociale de l’Eglise est ici essentielle, mais cela n’emêche pas une éthique sociale et politique de s’y surajouter bien sûr).

    Sans être conformiste, on entend bien là qu’il serait judicieux d’avoir un minimum de normes communes pour, comme on dirait aujourd’hui, faire société sans trop d’aspects conflictuels.

    3. Le bien de chaque personne

    Le troisième élément du Bien commun est la prise en compte du bien particulier.
    Aristote et saint Thomas d’Aquin soulignent que le Bien commun ne nie pas le bien individuel ; au contraire, il l’inclut et le protège.
    Chaque personne, par sa dignité et son rôle dans la communauté, participe au Bien commun, tout en poursuivant son propre bien.

    Cette dimension se distingue de l’individualisme moderne en ce qu’elle n’isole pas l’individu, mais l’intègre dans un réseau de relations sociales et politiques.
    L’homme est, par nature, un animal politique (selon Aristote), destiné à vivre en communauté, et donc son bien propre ne peut être séparé du bien collectif (un des premiers points du fascisme : redéfinitions, animalité, croisade homérique, liaisons historiques catholiques).
    Cette complémentarité est essentielle, car elle montre que l’épanouissement personnel s’accomplit dans le cadre du Bien commun, et non en opposition à celui-ci.

    PS. À Intégralisme organique, nous rejetons le personnalisme, ceci arrive lorsque le bien particulier s’immisce au dessus du reste.

    4. La promotion de la vertu

    Enfin, le quatrième élément est la promotion de la vertu.
    Le Bien commun ne se limite pas à la simple satisfaction des besoins matériels ou à la paix sociale. Il vise avant tout l’épanouissement moral et spirituel de chaque membre de la société (la forme et la matière, la forme avant la matière, l’esprit étant au-dessus du corps, le dirigeant, sans le nier, pour son bien : lire la gratuité de la grâce dans l’Ordre politique).
    Aristote insistait sur le rôle de la vertu dans la réalisation du bonheur, et Thomas d’Aquin reprend cette idée en l’insérant dans une perspective chrétienne, singulièrement catholique.

    La société, pour être véritablement ordonnée au Bien commun, doit non seulement maintenir la justice et la paix, mais aussi favoriser les conditions qui permettent à chaque membre de croître en vertu. Cela implique une éducation morale, une vie politique juste et des structures sociales qui promeuvent le bien-être spirituel des citoyens.

    Conclusion

    Le Bien commun, tel que conçu par Aristote et Thomas d’Aquin, est donc une réalité complexe et supérieure qui englobe la finalité de la société, l’ordre et la paix, le bien particulier et la promotion de la vertu – humaine et d’assistance divine.
    Il ne s’agit pas simplement de garantir des conditions matérielles favorables, mais d’orienter la communauté vers une perfection morale et spirituelle.

    Ainsi, le Bien commun exige que chaque membre de la société participe activement à cette quête collective, tout en étant respecté dans son individualité.
    Cette synthèse entre bien personnel et bien collectif est au cœur de la pensée thomiste et aristotélicienne, et elle offre une vision équilibrée d’une société juste, ordonnée et vertueuse.

    Alleluia !


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  • 5 commentaires




    Bonjour, merci pour cet article. Auriez-vous un article sur l'augustinisme politique d'où découle la théocratie et la démocratie chrétienne ? Merci d'avance


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    Bonjour Jean-Mérélien ! Voyez dans ces différentes productions éventuellement : https://integralisme-organique.com/2017/01/laugustinisme-ou-labsence-de-distinction-entre-philosophie-et-theologie/ https://integralisme-organique.com/2020/04/lerreur-de-port-royal-du-jansenisme-et-de-laugustinisme/ https://integralisme-organique.com/2018/05/pour-en-finir-totalement-avec-la-democratie-deus-vult/ https://integralisme-organique.com/2024/05/personnalisme-contre-bien-commun/ https://integralisme-organique.com/2020/12/du-travestissement-de-la-nature-par-le-surnaturalisme/ Bien cordialement,


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    […] la communauté, d’une collaboration harmonieuse, d’une Cité, et c’est avoir le sens du Bien commun et de l’organisation des hommes, qui en font une particularité supérieure aux femmes, plus […]


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    […] de la Rome antique : une Cité qui s’affirme par la force, mais qui sait aussi intégrer et ordonner au Bien commun. Cet épisode mythique célèbre la vision de l’homme masculin, audacieux et conquérant, tout en […]


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