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Publié le par Florian Rouanet
🇮🇹 Une plume au service de la patrie, entre verbe et action ⚔️
⁂ Arène de combat
Ô fidèle militant,
En ces temps où l’Italie cherchait sa place au soleil, un homme s’éleva, tel un héraut de la nation, pour proclamer la nécessité d’un nationalisme nouveau, rénovant, enraciné dans la force, l’héroïsme et le sublime.
Enrico Corradini, écrivain, journaliste et homme politique, socialiste-national, fut ce visionnaire qui, au tournant du XXᵉ siècle, forgea le concept de « nation prolétarienne » — non en un sens marxien —, appelant à une régénération nationale par l’impérialisme romanisant et la cohésion sociale.
À travers ses écrits et ses engagements, Corradini formula une synthèse audacieuse entre les idéaux du syndicalisme révolutionnaire et les aspirations nationalistes, posant les jalons d’une pensée qui influencera durablement le paysage politique italien.
Au cinquième chapitre, nous vous livrons un document complet sur le thème énoncé dans le titre.
Contre la droite molle et la gauche folle
☧ Bandage lexical
NATION PROLÉTARIENNE : Terme désignant une nation axée sur la productivité, moralement vigoureuse et encline à l’action virile, caractéristiques associées au prolétariat. Corradini utilisait ce concept pour qualifier l’Italie face aux nations ploutocratiques.
SYNDICALISME RÉVOLUTIONNAIRE : Mouvement prônant l’action directe des travailleurs pour renverser le capitalisme, influençant Corradini dans sa valorisation de la force et de la discipline.
IMPÉRIALISME : Politique d’expansion et de domination d’une nation sur d’autres territoires, justifiée notamment par une démonstration de vitalité.
☩ Vielle leçon érudite
« Le syndicalisme remet en honneur une morale de la force et du combat, une morale de l’héroïsme et du sublime. »
Enrico Corradini, 1909« Le socialisme doit servir non pas une classe, mais la nation ; une nation plus pauvre contre une nation plus riche. »
Enrico Corradini, 1910
Σ Plan d’attaque par manche
- 🖋️ I. Parcours d’auteur engagé
- 🧠 II. Élaboration d’une doctrine nationaliste
- ⚔️ III. Synthèse idéologique : nation prolétarienne, impérialisme 🌍
- 🏛️ IV. Document complet : nation prolétarienne
🖋️ I. Parcours d’auteur engagé
Né en 1865 à Montelupo Fiorentino, Enrico Corradini s’imposa rapidement dans le paysage politique italien. Après des études de lettres, il fonda en 1896 le journal littéraire Il Marzocco, puis en 1903 la revue Il Regno, aux côtés de figures telles que Giovanni Papini et Giuseppe Prezzolini. Ces publications furent le terreau de ses réflexions sur la nation, l’héroïsme et la nécessité d’une politique d’expansion impériale et coloniale.
Son engagement politique se concrétisa en 1910 avec la création de l’Associazione Nazionalista Italiana, visant à unifier les forces nationalistes italiennes autour d’un projet commun. Corradini y défendit une vision de l’Italie comme nation en quête de grandeur, devant s’affirmer face aux puissances établies.
🧠 II. Élaboration d’une doctrine nationaliste
La mère patrie se défend contre l’envahisseur barbare !
Corradini établit une pensée nationaliste à la fois classique — romanité, catholicisme, antimaçonnisme — et originale, s’inspirant du syndicalisme révolutionnaire de Georges Sorel — À l’instar de Mussolini. Il valorisait la force, la discipline et l’héroïsme, considérant que la lutte des classes devait être transposée au niveau des nations.
L’Italie d’alors, nation « jeune et dynamique » sur son CV, devait s’opposer aux ploutocraties transnationales établies comme en France et en Angleterre.
Il critiquait la bourgeoisie libéralisante italienne pour son manque de courage et d’initiative, estimant qu’elle avait failli à sa mission de diriger la nation vers la grandeur, en ralliant les puissances d’argent. Il appelait à une régénération nationale, portée par une élite morale et spirituelle, capable de guider le peuple vers un avenir impérial.
Cette idée visait à mobiliser les masses populaires autour d’un idéal nationaliste, en détournant les revendications « gauchistes » vers un objectif commun : l’expansion et la grandeur de la patrie. Ainsi, Corradini proposait une articulation entre aspirations révolutionnaires du prolétariat et ambitions impérialistes de la nation.
⚔️ III. Synthèse idéologique : nation prolétarienne, impérialisme 🌍
Le concept de « nation prolétarienne », forgé par Corradini en 1910, constitue le cœur de sa doctrine. Dans sa considération, l’Italie, bien que pauvre économiquement, dans ses classes populaires, possédait une vitalité, une force morale et une capacité de production qui la rendaient apte à revendiquer une place prépondérante sur la scène européenne et internationale.
L’impérialisme n’était pas une « dérive du capitalisme », mais une manifestation naturelle de la vitalité des nations. Il estimait que certaines nations avaient la volonté/possibilité d’expansion, tandis que d’autres non, et que cette volonté devait être encouragée, « démocratisée ».
Il soutenait que l’Italie devait s’engager dans une politique guerrière oui, mais impérialiste, et non pas pour le profit de quelques-uns, mais pour l’ensemble de la nation, voire du Bien commun. Cette expansion devait permettre à l’Italie de s’affirmer face aux puissances établies et de revendiquer sa place légitime dans le concert des nations.
🏛️ IV. Document complet : nation prolétaire
Enrico Corradini, autour du nationalisme italien (1909-1910-1916)
Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 41/42 (janvier-juin 1996), pp. 35-36 — Robert Paris
Présentation biographique et doctrinale
Enrico Corradini,
Autour du nationalisme italien (1909-1910-1916)Écrivain de formation positiviste, mais se réclamant de D’Annunzio, Enrico Corradini (1865-1931) fonda à Rome en 1896 un journal littéraire, Il Marzocco. S’essayant au théâtre (Giulio Cesare, 1902 ; Carlotta Corday, 1908, etc.), il collabora à divers journaux et revues et lança en 1903 la revue Il Regno. Mettant la « nation » au cœur de sa réflexion et prônant une politique d’expansion coloniale, Il Regno s’efforce de réhabiliter les « valeurs de l’héroïsme et du sublime ». Entré en contact avec des syndicalistes et avec l’œuvre de Sorel, Corradini découvre alors ce qu’il sera désormais sa pensée : il interprète l’histoire en termes de nation et de lutte des classes à travers la nation, thèse qu’il étend en s’intéressant à la situation des émigrés et des Italiens en Amérique du Sud (un autre roman, publié en 1911, La Guerra lontana, dont l’action se situe à l’époque d’Adou, « démontrera » la nécessité vitale de la colonisation). Il fonde à Florence en 1910, avec Papini et Prezzolini (fondateur de La Voce), l’Associazione Nazionalista Italiana, lancée en 1911 à l’Hôtel de Florence en présence de nombreux représentants du courant nationaliste (L’Ora di Tripoli, 1911). Quoique rapidement supplanté à la tête de l’Association par des hommes comme Federzoni ou les jeunes, Alfredo Rocco notamment, il reste la figure de proue du nationalisme radical italien. Après la défaite de la guerre, de l’Italie aussi qui doit se « régénérer ». Rallié au fascisme, il sera successivement membre du Grand Conseil fasciste, sénateur, ministre d’État, coapté et honoré membre de la Milice fasciste. Cette exaltation de la force virile et complète traduit bien la traduction littérale du titre d’un de ses livres, La nostra Patria (« Notre Patrie »). Il s’intéresse même au syndicalisme italien émergent en Argentine, où une cette expérience corporatiste – à la façon de Sorel – entre en résonance avec ses analyses de la « classe dominante » ; où, un petit groupe comprend Corradini à travers la formation de l’Idea di Firenze (…). En 1916, la présentation du nationalisme italien comme outil habile et donné un sens à la « guerre italienne » (…).
Robert PARIS
Textes et extraits
a) Corradini, lecteur de Sorel¹ (1909)
Le syndicalisme est une doctrine essentiellement antibourgeoise non en tant qu’il fait la guerre au capitalisme, mais en tant qu’il est une conception antibourgeoise de la vie toute entière.
Le syndicalisme remet en honneur une morale de la force et du combat, une morale de l’héroïsme et du sublime. […]
Je connais peu de livres plus dignes d’être médités par un bourgeois que ceux de Georges Sorel, et surtout le dernier, Réflexions sur la violence. Peu de livres parviennent comme les Réflexions sur la violence […] à introduire le trouble dans le domaine de la culture […]. Sorel est du petit nombre de ceux qui, aujourd’hui, comprennent les valeurs morales de la guerre […]. C’est en cela que se consiste l’importance du syndicalisme : à nous montrer des rites soudés à la terre, dans l’autre camp, et nous dire : vous êtes des intellectuels ; vous êtes pour l’intelligence, pas pour les émotions, pas pour l’héroïsme. Vous êtes de l’idéologie bourgeoise. Le syndicalisme vous attaque. Il ne veut pas faire de vous des syndiqués : il veut que vous le compreniez.
b) Critique de la bourgeoisie (1910)
La bourgeoisie a une fonction. Une fonction sévère : mener la lutte de classe. Rien d’autre ! Il incombait à la bourgeoisie qui domine la nation de faire une politique en nous résistant et au besoin en nous écrasant. Nous protestons contre les armements ? Elle n’avait qu’à s’armer ! Elle n’en a pas eu le courage. Elle a eu ce demi-courage qui est fils de la nécessité de se la jouer : dépenser la quantité de millions suffisante pour faire protester les socialistes, non pas au point de placer la nation dans un bon état de défense.
C’est-à-dire faire en sorte que ces dépenses improductives deviennent doublement improductives : en sécurité et en finances. Ce n’est pas de notre faute. Une chose en ressort avec certitude : l’Italie a une classe dominante plus courageuse dans ses comparses dominés que dans ses dominateurs ; une classe dominante plus courageuse en dehors que dedans. Et cela, à quoi cela tient-il ? À la force intérieure des classes populaires, classes de guerre, ou à la faiblesse intérieure des classes dominantes ?
c) « Notre socialisme national »²
(3 décembre 1910)
Un socialisme de synthèse. C’est-à-dire un socialisme national. […]
La lutte de classe existe : elle est née avec le monde ; et elle mourra avec lui. Mais la lutte de classe a une raison nationale. Elle aussi, elle existe parce qu’il existe des nations. […]
En effet, il faut qu’il existe une raison plus profonde pour que la lutte de classe existe et ait un sens. Le socialisme doit servir non pas une classe, mais la nation ; une nation plus pauvre contre une nation plus riche, une nation moins bien organisée contre une nation mieux organisée. Les nations sont désavantagées économiquement par d’autres nations, tout comme pour les classes. C’est posé, le nationalisme doit avant tout maternellement et moralement profiter. Elle est prolétarienne dans ses bases économiques et matériellement productive. Elle est exploitée, en tant que nation, par des nations d’un ordre plus élevé dans l’ordre économique. Soumise ou retardée par les barrières douanières, étranglée par des concurrences de peuples mieux pourvus, infériorisée dans sa puissance militaire, nationale ou impériale. Voilà le socialisme que nous défendons. Lutte de classe ? Oui : mais internationale.
d) Nationalisme et impérialisme³ (1916)
Ce n’est pas un phénomène nouveau. D’après moi, ce n’est pas non plus un phénomène répréhensible. Il existe pour une raison : c’est que certaines nations ont la volonté d’expansion et d’action ; et d’autres ne l’ont pas. Cette volonté d’expansion, c’est ce que nous appelons l’impérialisme.
Mais cette volonté d’expansion n’est pas une invention du capitalisme ou une maladie du capitalisme. Elle est quelque chose de bien plus ancien et de bien plus fondamental. Elle est une manifestation naturelle de la vitalité des nations.
Nous ne voulons pas, pour notre part, condamner l’impérialisme ; ce serait condamner la vie. Mais nous voulons qu’il soit démocratisé. Nous voulons que cette volonté de puissance, au lieu d’être réservée à des castes ou des groupes, soit répandue dans les gens en gros. Autrement dit, côté, il n’y eut pas de « patriote » qui n’estimât avoir les titres requis pour entrer dans un nationalisme tenu pour une « école d’amour de la patrie », et, de l’autre, un nationalisme de ce type fit figure de hors d’œuvre, comme le pensent les connaisseurs libéraux, ces libéraux qui imaginent suffire à tout parce qu’ils n’ont même plus assez de vitalité pour comprendre qu’ils sont finis. Le nationalisme, de toute façon, apparaissait dépourvu de contenu parce qu’il avait cru bon de ne pas trop découvrir son contenu qui était aussi magnifique et aussi neuf qu’était pauvre et vieux celui des autres, de tous les autres. […]
Aujourd’hui, l’action impérialiste du nationalisme impose à notre guerre, non seulement l’énergie et la magnanimité, mais aussi une orientation toute italienne. Car nous savons que c’est seulement grâce à de telles valeurs que notre patrie peut s’ouvrir un chemin dans le monde : c’est donc pour nous un devoir que de leur donner la plus grande impulsion. […] Des premiers jours d’août 1914 au 23 mai 1915, et depuis lors, les nationalistes n’ont cessé de présenter à l’État et à l’opinion publique le programme de la guerre italienne dans la guerre européenne […]. Seuls, parmi tous les hommes et partis qui s’expriment publiquement, ils soutiennent les droits méditerranéens de l’Italie ; chez eux seuls vit l’avenir méditerranéen de l’Italie. […] C’est seulement pour les nationalistes que la guerre antigermanique et profit méditerranéen constituent un tout organique.(traduit de l’italien par Robert Paris)
Notes
- E. Corradini, « La Riforma borghese », Il Marzocco, XIV, 18, 2 mai 1909.
- G. Sorel, Considerazioni sulla violenza, trad. A. Sarno, introd. B. Croce, Bari, Laterza, 1909. L’introduction est constituée par un article de Croce : « Cristianesimo, socialismo e metodo storico », La Critica, 20 juillet 1907, pp. 317-330.
- « Classi proletarie : socialismo : nazioni proletarie : nazionalismo » in Il nazionalismo italiano. Atti del Congresso di Firenze, Florence, A. Quattrini, 1911, pp. 21-35 ; repris in E. Corradini, Scritti e discorsi, 1907-1914, éd. L. Strappini, Turin, Einaudi, 1980, pp. 163-175.
- Enrico Corradini, La Marcia dei produttori. L’Italia nostra, 1916 ; extrait de la « Préface » datée du 25 mars 1916.
🛎 Frappe chirurgicale inflige KO
Enrico Corradini matérialise les prémisses du nationalisme italien traditionnel. Par sa capacité à synthétiser des courants de pensées variées, il proposa une vision originale de la nation, fondée sur la force, l’héroïsme et la cohésion sociale. Son concept forgé de nation prolétarienne, témoigne d’une volonté de mobiliser l’ensemble de la patrie autour de la grandeur et du souverain bien.
Nombre de ses idées furent appliquées par le fascisme — intégrant la notion de nation prolétarienne dans sa rhétorique —, et il convient de les replacer dans leur contexte historique, squadriste notamment, afin de comprendre les aspirations et les tensions qui traversaient l’Italie de son temps. Il était ainsi lié et en même temps un peu à l’écart du régime, se concentrant sur la promotion de ses idées. Corradini demeure un incontournable pour qui s’intéresse à l’histoire du nationalisme et aux enseignements politiques du début du XXᵉ siècle.
📚 Pour approfondir
- Robert Paris, « Enrico Corradini, autour du nationalisme italien (1909-1910-1916) », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 41/42, 1996.
- Enrico Corradini, Il nazionalismo italiano, 1914.
- Georges Sorel, Réflexions sur la violence, 1908.
- Paul Corner, The Fascist Party and Popular Opinion in Mussolini’s Italy, Oxford University Press, 2012.
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