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Publié le par Florian Rouanet
Suite à la diffusion de notre conférence et au premier jet de citations l’appuyant, nous y ajoutons la contribution littéraire et historique principale du squadrisme, à travers le témoignage écrit direct de l’un d’entre ses membres actifs.
En effet, Mario Piazzesi fut un jeune de 17 ans, qui s’engagea dans la tourmente de cette époque, malgré le fait qu’il fût de bonne famille ! Il tenait quotidiennement son journal qu’il commença un peu avant son arrivée, ainsi que l’évènement de la Marche sur Rome.
Cela nous fait revivre, non sans émotions, cette époque avec ses guerres, ses violences, mais aussi ses combats et ses espoirsNous allons donc observer, en outre, la démarche patriotique et anticommuniste qu’était le squadrisme, garde prétorienne du fascisme, à travers des propos de terrain de notre protagoniste.
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L’expérience du squadrisme en quelques extraits :
« L’Italie tombera dans l’abîme, dans les grèves, les sabotages et nous deviendrons les inféodés de Moscou. (…] Et supposons que s’instaure en Italie la République Rouge, que pourrions-nous faire nous, seuls, déprimés dans cette Europe qui démontre par le travail et l’ordre qu’elle rejette les utopies moscovites? »
« L’objectif des rouges semblait être désormais être le désordre en lui-même. La haine par goût de haïr, le meurtre par jeu sadique de s’égorger. »
« Piazzesi développe alors, en plus de son anticommunisme en formation, des sentiments de méfiance voire de mépris à l’égard de la bourgeoisie qui ne veut pas combattre et préfère rester chez elle. Il désigne ses membres inactifs avec l’appellation bien-pensants (benpensanti). »
« La même assimilation entre le drapeau tricolore et la bienveillance paysanne est manifestée dans les écrits de Piazzesi à la date du 27 avril 1921, avec l’ajout d’une bénédiction catholique pour le fanion que les femmes de Florence ont cousu pour les squadristes : « Jamais autant de drapeaux qui exhibent les trois couleurs (pas toujours dans le bon ordre). Ne soyons pas tatillons, ces deux couvertures rouge et verte, avec un drap blanc au milieu, ne sont pas orthodoxes mais sincères. (…) Sur le parvis de l’église, discours des Locaux, louanges pour les libérateurs (…) Puis le discours des nôtres et enfin on inaugure le fanion, fabriqué par les femmes du village qui, en échange, ont réclamé qu’il soit béni. »
« Devant le refus du personnel, les squadristes entourent le bâtiment et usent de coups de feu et d’insultes pour les forcer à changer d’avis et obtiennent finalement gain de cause : « « Hissez le drapeau, fils de pute, ou ce soir on fera des côtelettes de vous ». »
« les fascistes sont victimes de la guerre qui a inoculé dans les jeunes le poison hyper patriotique ». Piazzesi répond : « Non, ce n’est pas vrai : oui nous sommes pris dans un vortex, mais notre passion ne brule pas du désir de pouvoir ou d’honneurs.
[…] Parfois il me semble qu’une force qui nous dépasse nous conduit, ce sont peut-être les soldats tombés. […] Je sens que les brutalités d’Empoli et de Palazzo d’Accursio doivent être éliminées pour toujours de cette terre, que notre Italie ne doit pas devenir une colonie asiatique. »
« « Ecoutez-moi bien, on peut former des escadrons de huit ou dix hommes, mais qu’ils aient des couilles… On place comme chef un ardito qui enseignera aux jeunes. Comment on Jait ? C’est vite dit : quand un cortège rouge déboule, on bi jette dedans deux ou trois grenades et ensuite on travaille au poignard. Est-ce quion ne l’a pas fait sur le Piave ? Et qui nous empêche de le faire ici ? » »
Faisons la Constituante, faisons la République, faisons Dieu sait quoi, mais faisons quelque chose de solide qui vivrait du sang de nos morts, qu’ils ne soient pas morts pour rien. (..) Oui, voici le mouvement pour nous les jeunes : sans préjugés, révolutionnaire, vivant. »
« Toute l’infrastructure des rouges fut balayée par quatre cent squadristes, chambre du travail, le journal Risveglio, deux librairies rouges, les deux cafés, trois ou quatre cercles socialistes, trois études d’avocats, tous les sièges furent mis à feu et à sang, tandis que d’autres escouades continuaient d’arriver. […] Dino fit s’agenouiller la population de Grosseto « priée de s’assembler sur la place de la Cathédrale pour expier les méfaits des rouges ». […] Je revis […] Léopold II de Toscane […] avec le talon écrasant le serpent de la malaria. J’ai pensé que cela s’appliquait ausi à nous, qui avions écrasé le serpent rouge. »
Les squadristes rendent hommages à leurs hommes et diabolisent leurs ennemis :
L’exemple de Maserti Antonio, ancien officier « massacré » à Piacenza le 1 janvier 1922, nous donne une idée du ton employé par le martyrologe pour décrire les violences subies par les chemises noires, ainsi que la précision dans les détails des mutilations : « Il présentait une blessure à l’arme à feu sur le sein gauche et une profonde blessure due à un coup d’objet contondant sur la région occipitale, les deux furent mortelles. Le cadavre présentait, en outre, des signes évidents de maltraitances et des contusions à la tête, des cicatrices, des entailles sur chaque partie du corps. Ces entailles ont dû être infligées une fois Maserti décédé et le corps refroidi.
Les mains et les pieds étaient écrasés, probablement à coups de pierre. Le cadavre était nu. Les tueurs l’avaient allégé de tous ses objets de valeurs et de ses vêtements. À côté du corps battu, les assassins avaient cyniquement fait leurs besoins. »
Raconté par Manfredo de Simone (source dans l’ouvrage).
« Un exemple peut être exploité avec la personne d’Amos Maramotti, étudiant fasciste de Turin, mort dans la nuit du 21 avril 1921. Décédé des suites d’une grave blessure à la tête causée par l’explosion d’une grenade, le fascio de Reggio d’Emilie rend hommage à sa jeune personne en finançant une grande stèle de marbre sur laquelle seront gravés les derniers mots laissés à sa mère par lettre. Par ailleurs, son nom est désormais associé à une nouvelle squadra, La Maramotti, et son nom figure cousu sur les fanions tricolores du faisceau de combat local. Sur sa stèle de marbre apparaît une temme tenant un flambeau, allégorie de la victoire, un faisceau de licteur et son portrait, ainsi que la lettre écrite pour sa mère : « Maman, je vais peut-être mourir. Ne pleure pas mais sois fière de son fil. Vive l’Italie ! Vive le fascisme! »
« L’exemple du Milanais Cesare Melloni illustre la récupération nationaliste d’une lettre écrite par une mère endeuillée. Le squadriste Melloni est tué le 3 août 1922, lors des agitations provoquées par la grève légalitaire, l’un des derniers grands soulèvements de la gauche italienne avant l’arrivée des fascistes au pouvoir. Mort à 26 ans, son décès est commémoré par une lettre que sa mère envoie aux compagnons du « mort héroïque » : « Je ne saurais trouver des motifs de réconfort si je navais pas la certitude que sa vie participera désormais à faire grandir une auréole de gloire patriotique, et que son sang versé sera un sévère »
« Parmi les constructions plus récentes mais néanmoins très parlantes, on peut relever la chapelle votive dédiée aux martyrs fascistes de la province de Gênes, construite au sein même de la Casa del Fascio de la ville. Ce lieu, inauguré en 1927 par le secrétaire du Parti national fasciste Achille Starace, est tout à fait représentatif de la religiosité fasciste. (…) La croix qui surgit au-dessus de l’autel est constituée de marbre noir du Col de Lana, tout en étant entourée de trois colonnes stylisées en faisceaux de licteur°. avertissement de reproche à ceux qui mettent en avant leur perit égoisme avant les devoirs que l’on doit à sa patrie. » ».
Mario Piazzesi, Journal d’un squadriste toscan.


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