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Publié le par Florian Rouanet
Chers lecteurs,
Nous retraçons ici les citations présentes dans notre dernière conférence sur le squadrisme, ainsi que celles complétant et appuyant ce sujet passionnant à titre tant historique que politique.
Ces extraits vous permettront de mieux saisir le contexte social de cette éclosion nationaliste italienne et européenne.
Le prochain lot de citations relatera les faits de terrain du squadriste toscan Mario Piazzesi.
Bonne lecture et bonne écoute à tous !
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Terme même de « fascisme » et quelques définitions :
« Il est vrai que la définition du fascisme n’apparaît officiellement qu’en 1932 seulement, sous les plumes de Mussolini et du philosophe Giovanni Gentile, tout d’abord dans l’Enciclopedia Italiana, puis dans la brochure Dottrina del fascismo diffusée dans la péninsule en 1935.
Ce décalage plutôt probant entre l’officialisation de l’idéologie fasciste et la prise du pouvoir par Mussolini en 1922 est assez significatif du temps qu’il a fallu au fascisme pour se définir et finalement se découvrir comme modèle politique pour les pays voisins. »
Istrán Leszno, Prolégomènes à une étude de la culture politique du squadrisme, éditions Ars Magna.
« Le fascisme est une forme d’ultra-nationalisme révolutionnaire, en faveur d’une renaissance nationale basée sur une philosophie vitaliste, structurée par un élitisme fort, une mobilisation des masses et un Führerprinzip. Le fascisme accorde une grande place à la violence comme moyen et fin et à l’appropriation par chaque individu des valeurs militaires. »
Stanley G Payne., Fascism: Comparison and Definition, Madison, University of Wisconsin Press, 1988.
Interventionnisme nationaliste durant la Grande guerre :
« Le pape idéologique de l’interventionnisme à tout crin est Enrico Corradini (1865-1931). Bien que son nom soit généralement associé à l’année 1915, donc à l’acmé du militantisme en faveur de la participation de l’Italie à la Grande Guerre, il est également, selon nous, un inspirateur du fascisme puisque sa théorie des « nations prolétaires » confrontées aux « nations ploutocratiques » se retrouvera dans la déclaration de guerre de Mussolini à la France et à l’Angleterre en juin 1940. »
Istrán Leszno, Prolégomènes à une étude de la culture politique du squadrisme, éditions Ars Magna.
Éloge de la force « nietzschéenne » :
« Nous entrons en guerre contre les démocraties ploutocratiques et réactionnaires de l’Occident qui, de tous temps, ont fait obstacle à la marche en avant et ont souvent mis en danger l’existence même du peuple italien ».
« Il y a la lutte entre les peuples, que nul ne peut supprimer; mais il y a encore quelque chose de plus, que nous ne pouvons pas nous dissimuler, c’est que l’homme est un animal belliqueux, et peut-être le plus belliqueux de toute la zoologie »
Benito Mussolini, cité de NOLTE, Ernst, Fascisme et totalitarisme, « Le fascisme italien », Paris, Robert Laffont, 2008, p. 292.
Officialisation du communisme en Italie :
« Bien que le Parti communiste italien voit véritablement le jour en janvier 1921, suite au Congrès de Livourne, justement pour répondre aux hésitations, quant à elles réelles, des dirigeants socialistes. Ses principaux initiateurs sont Angelo Tasca, Antonio Gramsci et Palmiro logliatti. »
Istrán Leszno, Prolégomènes à une étude de la culture politique du squadrisme, éditions Ars Magna.
Paysage électoral et démocrates chrétiens :
« Le mouvement dit des « populaires » (popolari) est quant à lui né en janvier 1919 sous la houlette du prêtre Luigi Sturzo. Ce dernier mise sur un catholicisme social réel et non plus seulement verbal, afin de conjurer les difficultés quotidiennes des classes ouvrières et paysannes. Sturzo bénéficie du soutien du pape Benoît XV car le souverain pontife voit en lui un moyen de lutter contre l’athéisme et de détourner les classes populaires du marxisme.
Néanmoins, Sturzo sera toujours combattu par Mussolini et les squadristes l’assimileront à la gauche radicale et révolutionnaire. »
Istrán Leszno, Prolégomènes à une étude de la culture politique du squadrisme, éditions Ars Magna.
Marche sur Rome d’octobre :
« Tandis que Mussolini reste à Milan, les autorités romaines s’inquiètent de l’afflux de squadristes dans la capitale mais refusent pourtant d’utiliser la force pour contrer les colonnes de militants fascistes. À tel point que Mussolini est contacté par le premier ministre Salandra le 28 octobre qui lui propose un portefeuille de ministre à l’Intérieur, refusé par le Duce du fascisme. Le 29 octobre, la question est réglée par le roi Victor-Emmanuel III et Mussolini reçoit un télégramme lui annonçant l’autorisation de former un gouvernement. Le 30 au matin, il se présente au roi habillé d’une chemise noire, certainement pour ne pas froisser les ras et montrer sa fidélité au fascisme originel, mais revêt les habits protocolaires lorsqu’il retourne au Quirinal présenter la liste des membres de son gouvernement. La marche sur Rome prend les allures d’un coup d’État d’un genre nouveau, puisqu’il ne s’agit pas d’un renversement violent de l’ordre établi, mais bien plutôt d’une intimidation politique provoquée par les militants d’un parti-milice. »
Istrán Leszno, Prolégomènes à une étude de la culture politique du squadrisme, éditions Ars Magna.
Arditisme :
« La sueur et le sang d’aujourd’hui peuvent, demain, te sauver la vie ».
Devise favorite de « l’école » des Arditi.
« Les chansons deviennent un moyen de diffusion rapide et persuasif, elles réutilisent en permanence les mêmes thématiques : flammes noires, grenade, poignard, mort et tête de mort, bannières noires, enter, le tonnerre, la foudre. »
Istrán Leszno, Prolégomènes à une étude de la culture politique du squadrisme, éditions Ars Magna.Guerre permanente :
« La guerre est finie, les guerriers marchent toujours ».
Ernst Von Salomon, Les Réprouvés, Paris, Bartillat, 2011 (première édition 1930), p. 16
Marinetti : « L’ennemi est déjà vaincu, ou presque ! Il n’y a donc plus rien à faire ! Elles sont donc terminées les belles vacances de l’héroïsme et du danger! »
Préface de Marinetti à SVANONI, Gino., p. 13
Saisies contre le mouvement fasciste :
« C’est pourquoi une perquisition de la police au local de Mussolini a pu révéler combien l’organisation structurée militairement avec de nombreuses armes stockées dans les fondements du bâtiment. Mais bien plus que politique et esthétique, la collaboration entre Mussolini et les troupes d’assaut donne naissance à une pratique : la violence contre les adversaires socialistes apparentés aux bolcheviques de Russie. L’exemple le plus emblématique de ce phénomène est l’incendie du siège milanais de l’Avanti ! du 15 avril 191927, qui reprend les techniques de combat rapides et destructrices typiques des Fiamme nere: usage de grenades, saccage et finalement incendie.Cet acte est la première manifestation de la violence fasciste, menée par des arditi portant l’uniforme régulier, l’incendie de l’Avanti ! cristallise la volonté du fascisme militant : détruire par la violence les éléments considérés comme antinationaux et inféodés au « bolchevisme »
Emilio Gentile, Storia del partito fascista, 1919-1922, movimento e milizia, Roma, Laterza, 1989, p. 477.
Éthique du militant soldat :
« Une aristocratie, donc, de caractère, de muscles, de foi, de courage, de sang, de cervelle (…) Et la jeunesse, la jeunesse, qui veut tout conquérir ou tout perdre, qui veut donner, totalement consciente d’elle-même, avec salut et énergie, ses dix-neuf ans si généreux pour l’amour de l’Italie, pour toutes les belles choses de l’Italie, la belle terre, les belles femmes ».
Article « Laristocrazia degli Arditi », publié dans Roma Futurista le 5 janvier 1919, cité de Mario Carli, p. 33-34.
L’utilisation de l’huile de Ricin :
« Gabriel nous parla ensuite des méthodes de combat des fascistes (…) On (les adversaires du fascisme] les ligotait à un poteau sur une place publique de la localité d’où ils étaient originaires, on ficelait toutes les ouvertures de leur pantalon et on leur faisait absorber une forte dose d’huile de ricin. Nous trowvâmes que cette méthode avait du bon, car elle enlevait radicalement aux gens ainsi punis toute possibilité de passer pour des martyrs héroiques ».
Ernst von Salomon, Les réprouvés, Paris, Bartillat, 2011.
Squadriste d’idées plus « réactionnaires », catholiques anti-modernistes :
« La destruction des loges maçonniques correspond, dans l’imaginaire de ces squadristes de la « seconde vague »’, favorables au catholicisme et acquis aux idées les plus réactionnaires, à une nouvelle nuit de la Saint-Barthélémy. * (…) * Les paroles rapportées par le journaliste Raoul de Nolva dans son livre Le mysticisme et l’esprit révolutionnaire du fascisme (dans Mercure de France ler novembre 1924, 650 et s.).
Prolégomènes a une étude de la culture politique du squadrisme, István Leszno.
«Nous aimons le catholicisme déclare un d’entre eux précisément pour ce qu’il a de plus contraire à l’esprit moderniste. Nous adorons donc le dogme, l’intolérance, le Syllabus, l’Index, l’Inquisition, le bras séculier, saint Dominique, Philippe II, le duc Albe, Ignace de Logola, Torquemada, le Sonderbund, la révocation de l’Édit de Nantes et la nuit de la Saint Barthélémy. »
Cité de OSTENC, Michel, « La mystique du chef et la jeunesse fasciste de 1919 à 1926 », in Mélanges de l’Ecole française de Rome, Moyen- Age, Temps modernes T. 90, N°1. 1978, p. 281. »
Adaptations et utilisations du Squadrisme fasciste, en route vers la dictature :
« La nouveauté des années allant de 1922 à 1926 réside dans un squadrisme désormais appuyé par un gouvernement soucieux de conjurer ses propres difficultés politiques, en particulier la présence d’un antifascisme parlementaire et actif qui freine les objectifs du Duce, s’aidant sans scrupules de l’action des chemises noires pour soumettre le pays à un totalitarisme politique de moins en moins voilé. Toutefois, la tolérance du pouvoir à l’égard des déchaînements de brutalité squadriste ne correspond pas à un ajustement de l’État sur les positions radicales du squadrisme des origines, puisque c’est au contraire un squadrisme unanimement réactionnaire qui s’aligne sur les positions de Benito Mussolini, c’est-à-dire sur sa volonté de pousser ses troupes paramilitaires à ramener l’ordre et l’autorité de l’État à travers un projet dictatorial de moins en moins caché. Le squadrisme, autrefois chasse gardée des ras issus de la Première Guerre mondiale et jaloux de leur souveraineté locale propre et de leur indépendance culturelle, se laisse de plus en plus guider par les hautes instances du pouvoir politique et d’un fascisme davantage mussolinien que révolutionnaire. La mutation officielle du squadrisme s’opère alors grâce à un contexte politique dans lequel les forces traditionnelles somment Mussolini d’apporter à la péninsule une stabilité que le révolutionnarisme squadriste des origines ne permettait pas d’établir. »
« La période allant de 1922 à 1926 correspond à des années de doute et d’angoisse pour les squadristes les plus radicaux, inquiets de se voir retirer des privilèges acquis lors de la guerre civile et prêts par la même occasion à réaffirmer leur rôle. Lancien squadriste et consul de la légion milanaise Carlo Carini exprime ainsi son désarroi face aux tractations politiciennes de la direction centrale du Parti national fasciste : « Et si, au lieu de déverser des litres d’encre, nous pouvions reprendre en main le manganello…
Combien de bonnes choses pourraient apparaître. Avec des adversaires de cette trempe, l’argumentation la plus valide, la plus calme, la plus noble, la plus convaincante, vaut tout autant qu’une figue sèche »».
Lyttleton, Adrian, « Fascism in Italy : the second wave », Journal of Contemporary History, Vol. 1, No. 1, 1966.
« L’idéologue « hypersfasciste » Mario Carli (expression de Roberto Farinnaci, un de ses amis de longue date), futuriste et ancien ardito exprime lui aussi et à sa façon un parallèle entre le squadrisme et le sport :
« Il manquait – dans le passé – une seule chose, peut-être deux: le sens politique et l’orgueil de soi. Le fascisme a donné L’un et l’autre. Mais pas seulement, il a aussi encouragé et provoqué depuis sa naissance toutes les affirmations de la vie: le sport, l’industrie, le squadrisme (ce qui revient à dire jeunesse belliqueuse et impérieuse). ». »
CARLI, Mario, Fascismo intransigente, Milan, Società.
« En 1939 apparaît alors un numéro célébrant à la fois les vingt ans de la fondation des faisceaux à Milan et la naissance du squadrisme. Participent à cette revue un grand nombre de ras qui témoignent de leur passé combattant et enjoignent l’esprit squadriste à renaître à mesure que le régime se radicalise. En guise d’introduction, Asvero Gravelli demande à ses compagnons d’arme en chemises noires de « nous envoyer des documents, des histoires, des épisodes du squadrisme et des détails sur les protagonistes des origines. Tout sera publié dans les prochains numéros d’Antieuropa, revue dans laquelle nous dédions aujourd’hui un grand secteur à cette réalité héroïque et spirituelle que nous nommons « squadrisme »»? Parmi les hiérarques fascistes ayant participé à l’élaboration de la revue, on retrouve Achille Starace, Roberto Farinacci, Italo Balbo, Giuseppe Bottai, Cesare Maria De Vecchi, etc. C’est-à-dire le gotha du squadrisme sévèrement malmené par Mussolini et sa quête de normalisation ».
GRAVELLI, Asvero (dir.), Antieuropa, rassegna universale del fascismo, « Numero del Ventennale dedicato allo squadrismo.Bien entendu, chaque protagoniste possède sa vision propre des années 1919-1922, parfois motivée par des convictions très personnelles, à l’instar d’un Marinetti qui voit avant tout dans le squadriste un « artiste » qui descend dans la rue sans hésitations pour « foutre une raclée aux branleurs » et « flinguer à tour de bras pour la défense et l’exaltation de la patrie ».
Un portrait futuriste du squadriste inspiré du manifeste publié dans le Figaro et écrit par le même Marinetti trente ans plus tôt, à l’époque où le chef de hile du futurisme littéraire proclamait déjà que « la guerre était la seule hygiène du monde ».
Prolégomènes a une étude de la culture politique du squadrisme, István Leszno.
Squadrisme et guerre civile d’Espagne :
« Il est tellement vrai que l’œuvre pratique du squadrisme continue, avec les mêmes moyens et les mêmes cadavres, les mêmes squadristes révolutionnaires […) la même mort a été trouvée dans les contrées et les campagnes d’Espagne (…) le même cri révolutionnaire surgit des bouches couvertes de sang; nos fanions et nos flammes, celles des sections, se lèvent encore une fois; Guadalajara fut une Marche sur Rome remportée haut la main. […] Les ennemis pour la vie et pour la mort, toujours les mêmes, squadristes et communistes, se retrouvent face à face encore une fois. »
Asvero Gravelli (dir.), citant Guglielmotti in. « Squadristi in Spagna », P.193
Antagonisme fascisme/communisme :
« L’antagonisme systématique entre l’Italie fasciste et le communisme est remis en avant, notamment par la signature en novembre 1937 du pacte Antikomintern, dont l’Allemagne nazie et l’Empire du Japon sont déjà membres. Ce que nous avons pu voir, cest le maintien et la réactivation du squadrisme dans une période clef de l’Italie fasciste, sa svolta totalitaire et pronazie. L’action des chemises noires acquiert de nouveau une importance cruciale dans la mythologie fasciste en redevenant la cellule originelle des Faisceaux de combat, avec sa culture et ses croyances propres. La culture de guerre… »
Prolégomènes a une étude de la culture politique du squadrisme, István Leszno.
Revendication squadriste à la fin de la Seconde Guerre mondiale :
« Le squadrisme sera de nouveau invoqué au cours des « années de plomb », quand certains groupuscules d’extrême droite réactiveront le mythe de la guerre civile pour entretenir l’anticommuniste et le climat de terreur contre une nouvelle subversion de gauche. »
Prolégomènes a une étude de la culture politique du squadrisme, István Leszno.
Pièce incontournable avec le Journal d’un squadriste toscan de Mario Piazzesi !


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