• L’État national-socialiste était-il un État totalitaire, en comparaison de l’Italie fasciste mussolinienne ?



    L’État fasciste selon Mussolini : une primauté de l’institution ; ou approche organique « inversée »

  • ⚖️ L’État est-il le but ou le moyen selon les fascismes allemand & italien ? ⚖️ 
    Une mise au point nécessaire sur l’essence du pouvoir dans l’Europe des années 1930

    Énoncé liminaire

    Fidèle lecteur,

    Gageons qu’il n’est de plus noble entreprise que celle de déchiffrer, sous les strates de l’histoire, des philosophies et des propagandes, la vérité des structures doctrinales et des principes qui les animent.

    S’agissant du Troisième Reich, le jugement est souvent lapidaire : « totalitaire » — comme si ce vocable suffisait à tout résumer, ou à jeter l’infamie. Loin de toute complaisance, il est pourtant impératif de distinguer ce qui relève d’un État absolutiste et ce qui obéit à une autre logique, à une autre approche — celle d’une notion raciale, anarchique et/ou polycratique.

    Ce bref essai n’entend point diluer, mais éclairer. À rebours des confusions langagières, proposons une relecture doctrinale, nourrie tant de citations authentiques que d’analyses conceptuelles.

    Le Troisième Reich : État totalitaire ou autre chose ? Voilà ce que nous tenterons de démêler


    Épigraphes préludiales

    Approche verticale :

    « La conception fasciste de l’État est toute-englobante : en dehors de lui, aucune valeur humaine ou spirituelle ne peut exister, et encore moins avoir une véritable importance. Ainsi compris, le fascisme est totalitaire, et l’État fasciste — une synthèse et une unité de toutes les valeurs — interprète, développe et potentialise toute la vie d’un peuple… Ce n’est pas la nation qui engendre l’État… mais bien l’État qui crée la nation, en lui conférant volonté et, par conséquent, vie réelle…
    Dans la conception fasciste, l’État est une fin absolue devant laquelle les individus et les groupes ne sont que relatifs… »
    — Dictateur fasciste italien, Benito Mussolini, La Doctrine du Fascisme

    Approche organique :

    « L’État n’est qu’un moyen au service d’une fin. Sa fin et son but sont de préserver et de promouvoir une communauté d’êtres humains physiquement et spirituellement apparentés… Les États qui ne remplissent pas ce but n’ont aucune justification à exister. Ce sont des monstruosités. »
    — Guide allemand, Adolf Hitler, Mein Kampf, II:2


    Assise conceptuelle

    TOTALITARISME, subst. masc.Système politique dans lequel un pouvoir, une autorité exerce une domination exclusive et absolue sur tous les domaines de la vie publique et privée.

    INSTRUMENTALISME, subst. masc.Doctrine qui considère l’État ou une institution comme un moyen en vue d’une fin supérieure, et non comme une fin en soi.


    Σ Arborescence des matières

    📘 I. Définir le totalitarisme : essence ou excès ?
    🏛 II. L’État fasciste selon Mussolini : une primauté de l’institution
    🧬 III. L’approche nationale-socialiste : le peuple/la race comme source & fin
    🧑‍🎓 IV. L’autonomie dans le national-socialisme : un contre-exemple de centralisation ?
    🥁 V. Les convergences au moins apparentes : fascisme allemand ?
    🧩 VI. Analyse doctrinale : du point de vue du principe de totalité

    🛡️ Totalitarisme ou instrumentalisme & tension doctrinale 🧠

    📘 I. Définir le totalitarisme : essence ou excès ?

    Le terme « totalitarisme » s’emploie avec une désinvolture doctrinale désolante, notamment du fait que l’on se base urbi et orbi sur Hannah Arendt – soit un État ultra-policier et massacreur. On y projette indistinctement un absolutisme étatique, une terreur policière, voire un nihilisme semi-organisé.

    Mais, dans la tradition aristotélicienne et thomiste, le « tout » (le totum) ne détruit pas les parties : il les ordonne. Ainsi, dans une société juste, la totalité ne signifie point l’écrasement, mais la hiérarchisation des fins au service du bonum commune : de la totalité peut se tirer le mot totalitarisme sans abus de langage.

    En ce sens, le fascisme italien tend vers un véritable « totalitarisme » — là où le national-socialisme suit une toute autre logique ou approche, à la fois inverse, mais non opposée.


    🏛 II. L’État fasciste selon Mussolini : une primauté de l’institution

    L’État fasciste se définit par une « sacralisation » de l’institution politique. Le Duce, citant volontiers Hegel, tenait l’État pour une entité quasi divine, concentrant et ordonnant toute valeur : et ce ne sont pas les royalistes français et autres gallicans, adeptes de Droit divin, et de « lois fondamentales », qui pourront dire le contraire.

    « L’État fasciste est totalitaire », disait-il. L’homme y est subordonné à l’unité organique — non en raison de sa race ou de sa religion, mais déjà parce qu’il est citoyen. Le fascisme italien est d’abord étatiste et centralisé, mais aussi organique.


    🧬 III. L’approche nationale-socialiste : le peuple/la race comme source & fin

    Le national-socialisme « inverse » cette hiérarchie. Chez Hitler, l’État n’est qu’un outil : Mittel zum Zweck. La race aryenne constitue la fin, l’État n’étant justifié que s’il la sert, se légitime, cela est moins décrété que sécrété.

    D’où la citation fulgurante de Mein Kampf, où le Führer déclare que les États qui ne servent pas la race sont des monstruosités – Mussolini n’entrait d’ailleurs pas dans cette case cosmopolite, d’autant plus à partir de 1938 ! On n’est donc point devant une sacralisation de l’État, mais dans une instrumentalisation du politique au service d’une conception anthropologique.

    La constitution de l’État allemand est fort tardive et elle reposait préalablement sur des communautés autonomes, d’ailleurs la politique du Reich, par « anti lutte des classes », favorisait la responsabilité individuelle dans le tout communautaire.


    🧑‍🎓 IV. L’autonomie dans le national-socialisme : un contre-exemple de centralisation ?

    Objectivement et avec le recul notamment, en héritier assez lointain du SERG, l’unité de l’appareil national-socialiste, cache en vérité, davantage une polycratie : chacun y agit au nom du Führer, dans une logique parfois concurrentielle.

    Les Jeunesses hitlériennes en sont un exemple. Baldur von Schirach affirmait : « La jeunesse doit être dirigée par la jeunesse. ». Cette autonomie n’est point un accident mais un principe méthodique, visant à former un homme nouveau, responsabilisé au maximum, hors des rouages classiques.

    De même, les différentes structures, que ce soit les SS, les SA, agissaient parfois en autonomie, sans qu’Hitler eût directement son mot à dire !


    🥁 V. Les convergences au moins apparentes : fascisme allemand ?

    Si similitudes il y eut — nationalismes, rejet du libéralisme et du communisme, culte du chef, mobilisation de masse avec un entre deux populiste et aristocratique, etc. —, elles masquent mal certaines divergences d’un autre ordre.

    À ce niveau précis, le national-socialisme n’est pas le fascisme, et la principale différence entre le national-socialisme et le fascisme réside dans le rôle de l’État dans chacun de ces systèmes :

    Mussolini veut créer une nation homogène par l’État. Hitler veut exalter une race entre la réalité et le mythe unitaire, et en surpassant toute entrave, fût-elle étatique.
    De là, sa célèbre déclaration au congrès de Nuremberg de 1934 : « Ce n’est pas l’État qui nous commande, c’est nous qui commandons l’État. »

    Ces approches, bien que différemment situées, ne se fondent pas en priorité sur les mêmes choses, mais n’entrent point en contradiction à angle droit vis-à-vis de l’ordre naturel non plus. L’auteur Joseph Merel semble d’ailleurs, dans son étatisme plus mussolinien, assimiler également la composante ethnique.

    En effet, selon la conception de Carl Schmitt, Hitler semble tenir davantage de la « dictature commissaire » (vieux modèle romain) au départ, en étant plus « organique », passant par le peuple/par le bas, tandis que le Duce, surtout entre 1925 et 1926, déclenche la notion de « dictature souveraine » (conception moderne), ou pérenne.


    🧩 VI. Analyse doctrinale : du point de vue du principe de totalité

    Le national-socialisme, en réalité, n’est pas si totalitaire que cela, il est probable que, son utilisation raciale et sa structure concurrentielle le placent hors du paradigme classique du totalitarisme, thomiste ou non.

    Toutefois, il rassemble autour d’un bien commun, transcendant certains particularismes ou l’individualisme ; il ordonne la cité selon une finalité supérieure. Il promeut une justice fondée sur l’harmonie des natures et l’équilibre des forces, et non sur l’aveugle domination.

    Aussi, saurait-on assimiler les deux doctrines sous un même vocable (fascisme, à titre générique), mais également, sans fausser toute analyse sérieuse, pouvoir les distinguer sur certaines approches structurelles, ou ontologique.


    ⚜️ Synthèse conclusive

    Une idéologie servie par l’État, non asservie à lui ?

    En définitive, le national-socialisme allemand use de la race avant l’État, tandis que le fascisme italien comprend dans le tout étatique, la race comme une composante importante.

    Mais, en effet, là où Mussolini voulait faire de l’État l’alpha & l’oméga, Hitler n’en faisait qu’un outil sacrificiel au service du Volk.

    Une telle distinction n’est point si oiseuse : elle seule permet de penser l’histoire avec rigueur, sans tomber dans l’amphigouri moralisateur, et l’indistinction à outrance.

    Nous ne prétendons pas trancher tous les sujets, mais provoquer chez certains une bonne émulation de pensées, qui elle-même pourra contribuer à développer nos analyses !

    La Rédaction


    📚 Ouvrages fondamentaux

    1. Ernst Nolte – Le Fascisme dans son époque

    Ouvrage en trois tomes analysant l’Action française, le fascisme italien et le national-socialisme.​

    • Tome 1 : L’Action française – Analyse de la pensée de Maurras et de son influence sur les mouvements fascistes. Persée

    • Tome 2 : Le fascisme italien – Étude du régime de Mussolini et de son idéologie. Amazon

    • Tome 3 : Le national-socialisme – Examen du nazisme et de ses spécificités.​

    2. Carl Schmitt – Théorie du partisan

    Réflexion sur la figure du partisan et la transformation de la guerre au XXe siècle.​

    • Édition française : La Notion de politique : Théorie du partisan, Gallimard. Amazon

    • Édition originale allemande : Theorie des Partisanen, Duncker & Humblot. Amazon

    3. Philippe Burrin – La Dérive fasciste. Doriot, Déat, Bergery, 1933-1945

    Étude des parcours de trois figures politiques françaises passées du socialisme au fascisme.​

    • Édition originale : Éditions du Seuil, 1986. Cairn.info

    • Compte rendu : Analyse critique de l’ouvrage. Persée


    🔍 Lectures comparatives et textes doctrinaux

    4. Zeev Sternhell – Fascisme vs national-socialisme : analyse doctrinale

    Comparaison des idéologies fasciste et nazie, mettant en lumière leurs convergences et divergences.​

    • Article : Fascism as a recurring possibility: Zeev Sternhell, the anti-Enlightenment, and the limits of critique. Tandfonline

    5. Benito Mussolini – La Doctrine du fascisme (1932)

    Texte fondateur exposant les principes idéologiques du fascisme italien.​

    • Version française intégrale : Disponible sur Wikisource. Wikisource

    • Version anglaise : Traduction autorisée de la partie rédigée par Mussolini. San José State University


    📄 Textes originaux
    6. Adolf Hitler – Mein Kampf

    Autobiographie politique exposant les fondements idéologiques du national-socialisme.​


    📚 Compléments recommandés
    7. Zeev Sternhell – La Droite révolutionnaire. Les origines françaises du fascisme, 1885-1914

    Analyse des racines intellectuelles du fascisme en France.​

    • Référence : Éditions du Seuil, 1978. JSTOR

    8. Giovanni Gentile – La Dottrina del fascismo

    Philosophe italien ayant coécrit avec Mussolini La Doctrine du fascisme, apportant une dimension idéaliste à l’idéologie fasciste.​

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