• Quelle place tient l’Antiquité grecque dans le National-Socialisme allemand ?



    Indo-européens et Grecs ; païens et chrétiens.

  • Voici un thème plus roboratif que les péripéties et les propos farfelus de Philippe Ploncard, qui décidément, ferait mieux de se résigner et de cesser de nous pourrir la vie à tous pour des broutilles.

    Après l’article sur Charlemagne et le national-socialisme allemand, voici l’Antiquité et le national-socialisme allemand ! Il faut savoir préalablement que, ce même Empereur Charlemagne, avait, tout en ayant conscience d’appartenir à la culture/race germanique, réactivé l’instruction gréco-romaine dans ses écoles en l’an 800 (chose que l’on nommera par la suite la « petite renaissance »).

    Un certain Tonton devant les reliques du Saint Empire romain germanique.

    Le roman racial :

    Adolf Hitler faisait des Grecs Anciens une sorte de peuple Indo-Germains d’élite [Indo-Européen se disant Indogermane en allemand], et des Nazis avant l’heure. C’est si exact que d’autres cadres et scientifiques du régime le pensaient et le diffusaient. Il faut voir cette expression comme propre à une époque, mais elle offrait une vision raciale et eschatologique cohérente, elle permettait d’exalter et de magnifier son peuple par une relative appropriation, même si, historiquement parlant, cela appelle des nuances  certaines... Si cela peut paraître tiré par les cheveux au premier abord, souvenons-nous que c’est au sein de l’espace germanique qu’il y a eu un plus gros héritage génétique indo-européen (ou Aryen) s’élevant jusqu’à 60% en moyenne contre 40% pour les Espagnols et le Sud-Ouest français – qui ont des peuples qui tiennent plus du néolithique génétiquement parlant. Les Indo-Européens, débouchant des Steppes Pontiques vers -2.800 n’étaient certes pas des Germains strico sensu, bien que certains nationaux-socialistes allemands eussent pu le penser naturellement.

    Ainsi, nous retrouvons des éléments doctrinaux donnant suite à une forme de « roman racial » plus que de roman national qui est une conception historiquement plus française pour le coup (qu’il soit de gauche ou de droite : Jaurès, Barrès, Maurras, etc).

    Enfin, n’omettons point les nombreuses références NS à l’Antiquité gréco-romaine, plus par héritage civilisationnel concernant la Grèce et davantage par héritage juridique impérial pour Rome ; sans même évoquer l’identification sportive et spartiate du régime !

    Le Prix ​​national allemand d’art et de science, figure sur la décoration un Hoplite de Sparte. Montre bien les références culturelles d’Adolf Hitler, à l’inverse d’Himmler, plus germano-centré.

    Σ

    Héritage païen/naturel et transfiguration chrétienne/spirituelle :

    En matière historique, c’est un gros sujet et hélas, par manque d’esprit scientifique, chacun essaie de tirer la couverture dans son sens : paganisme ou christianisme. C’est une question complexe et les deux disent tout de même un peu vrai.

    C’est une vérité qui ne pourrait être effacée, le fait que les « völkisch » – entendre les « racialistes germains paganisants » – ont été le groupe d’opposition d’entre-deux-guerre allemand (appartenant de fait à la Révolution conservatrice) le plus proche du régime NS lors de son avènement en Allemagne. Ses partisans pesaient un poids non négligeable dans cette révolution politique et ils étaient pour leur part plus fascinés par l’antiquité germanique et nordique – et généralement très anti-slaves aussi – qu’autre chose, à l’instar d’Heinrich Himmler.

    Toutefois, si ceux-là n’avaient rien de chrétien, il y avait de multiples influences internes et le Concordat avait donné une force considérable à l’Église catholique (comme le reconnaissaient les Papes Pie XI et Pie XII). Les catholiques avaient leurs propres partis – souvent démocrates-chrétiens il faut bien le dire, à l’instar de Franz Von Pappen [avant d’être exclu et de rejoindre la droite radicale non fasciste du DNVP] –, mais ceux-ci ont aussi rallié le Reich victorieux en 1933. De surcroît, le christianisme était défendu, promu, voire professer publiquement et discrètement par le Führer en chef (excepté, les sources oiseuses des Propos de Table…).

    Cela dit, l’idée même de s’inspirer de l’antiquité païenne – comme des chevaliers teutoniques médiévaux pour un germain du reste – ne veut pas signifier forcément un retour à la pratique païenne, aussi sûre que notre sainte mère l’Église s’est enrichie du meilleur des temps antiques pour y établir sa doctrine christique.

    Ce que nous exposons ici à propos de l’héritage civilisationnel européen entre cette culture païenne et la religion chrétienne, c’est pareillement ce qu’a parfaitement identifié Joseph Merel dans son « Paganisme versus catholicisme : le conflit non surmonté du nationalisme » édité chez Reconquista Press.

    P.S. Les fascistes Italiens eux aussi ont revendiqué la civilisation antique et le droit territorial et maritime des Anciens Romains. Les Allemands ici prêtent aux Italiens une supériorité et un droit au suprémacisme uniquement par le biais de quelques – vraies ou supposées – traces anciennes germaniques dans ces contrées.

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    Voilà ce qui peut être dit en résumé. Nous vous proposons néanmoins ci-dessous un livre traitant de cette fascination NS pour l’Antiquité à la fois glorieuse et grandiose. Ce n’est pas un travail qui apporte une nouveauté et encore moins une révolution scientifique, mais c’est une simple vulgarisation universitaire du sujet pour qui est avide de ces documentations diverses et spécialisées (évidemment l’auteur vomit le nazisme, autrement il serait des nôtres !).

    « Pour Hitler, le passé de la race, celui qui doit emplir de fierté les Allemands, ne se trouve pas en Germanie, mais en Grèce et à Rome. Une réécriture de l’Histoire, qui annexe la Méditerranée à la race nordique, investit le discours nazi et l’espace public allemand. Les peuples aryens de l’Antiquité peuvent dès lors servir d’inspiration et de modèle pour construire une société et un homme nouveaux : tandis que Sparte rappelle comment fondre des individualités en une communauté solidaire, Rome est le meilleur exemple quand il s’agit d’édifier un Empire. L’Antiquité grecque et romaine enseigne comment se perpétuer dans une mémoire monumentale et héroïque, celle du mythe.Cet ouvrage, qui restitue une autre histoire de l’Antiquité, fait pénétrer au cœur du projet totalitaire nazi : il s’agit de dominer non seulement le présent et l’avenir mais aussi un passé réécrit et instrumentalisé. »

    Johann Chapoutot – Le national-socialisme allemand et l’Antiquité.

     


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