• Par Joseph Mérel : critique du sédévacantisme et perspective conclaviste



    Sédévacantisme et conclavisme : une controverse ecclésiologique

  • Indéfectibilité de l’Église et restauration de l’autorité pontificale
    Le combat d'aujourd'hui et l'État de demain de Jean Jacques Stormay

    Préambule :

    Nous nous honorons de ce fait, car, l’auteur que nous mentionnons, certes partiellement mais régulièrement, s’est exprimé sur ledit conclavisme sédévacantiste, bien que ce soit plutôt défavorablement – ou du moins avec doute et retenue -, il constate le fait que cela existe dans le courant dit sédévacantiste ; ce qui est déjà beaucoup.

    Effectivement, un de ses livres, sorti l’année dernière, comprend une cinquantaine de pages sur ladite résistance lefebvriste (héritage de Mgr Williamson), le sédévacantisme, la FSSP, ainsi que quelques lignes perdues sur la question du Concile général imparfait, que nous professons actuellement pour l’Église du Christ ! Sa critique semble se rapprocher de celle des guérardiens d’ailleurs.

    Et le constat sédévacantiste simplement, doctrine soutenant la vacance du Saint-Siège depuis la mort de Pie XII intervenue en 1958, se retrouve critiqué pour ses implications théologiques et canoniques. En effet, si ce constat est nécessaire et démontrable, certains le font aboutir à une impasse ecclésiologique anarchisante hélas : tandis que d’autres, plus traditionnalistes compatibles, en quête d’une solution divine, se tournent vers le conclavisme, affirmant le devoir d’élire un Pape en dehors des clous modernistes.

    Cet article examine l’ouvrage selon une analyse en trois parties :

    • la première expose la critique de Joseph Merel/J-J Stormay,
    • la seconde développe notre réponse à cette critique selon une perspective « catholique traditionnaliste compatible, de constat sédévacantiste et de solution divine conclaviste »,
    • et la troisième présente l’œuvre récente mentionnée.

    Sommaire :

    ✝️ I. Critique mérélienne du sédévacantisme
    📜 II. Réponse "traditionnaliste & conclaviste"
    📖 III. Présentation de Le combat d’aujourd’hui et l’État de demain de « Jean-Jacques Stormay »


    ✝️ I. Critique mérélienne du sédévacantisme

    Les sédévacantistes en sont aujourd’hui à embrasser une position conclaviste. Ainsi auront-ils « leur » « pape », un illuminé de plus qui rejoindra en trente ans les poubelles de l’Histoire.

    Dès le début de la vie de l’Église, les membres du clergé de Rome chargés d’élire l’évêque de Rome — c’est-à-dire le pape —, portaient le nom de cardinal. On doit disposer de cette juridiction ordinaire que confère le cardinalat pour avoir le pouvoir d’élire, et cette juridiction suppose l’existence jusqu’à la fin des temps de la hiérarchie ecclésiastique ; s’il n’y a plus ni papes ni cardinaux, l’Église se voit privée de la possibilité de se donner un pape, car c’est le pape qui donne à l’Église sa hiérarchie, ainsi que son unité, par son être même. Si l’on est sédévacantiste en acte, c’est en fait, semble-t-il, nier l’indéfectibilité de l’Église.

    Ensuite, comme conséquence de la première erreur, les sédévacantistes veulent oublier que les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre l’Église qui, comme institution dotée de ses structures propres, subsistera jusqu’à la fin des temps ; il y aura, jusqu’à la fin, sinon un pape, au moins une possibilité canonique d’élire un pape. Or, si le Saint-Siège est vacant depuis soixante ans, il n’y a plus ni cardinaux ni évêques, ni même prêtres dans l’Église conciliaire ; ce qui enjoint aux sédévacantistes d’annoncer la fin des temps pour demain, ou bien de se tourner vers le conclavisme, qui par nature relève de l’hérésie conciliariste.

    On dira que le sédéprivationnisme inventé par le Père Guérard des Lauriers et soutenu un temps par l’abbé Bernard Lucien (pour qui l’occupant du Saint-Siège n’est plus pape « formaliter » depuis le 7 décembre 1965, date de promulgation de la déclaration Dignitatis Humanae) échappe à ces conclusions irrecevables et rend composibles l’affirmation de la vacance et le maintien de la visibilité de l’Église (c’est-à-dire de l’accident propre de son apostolicité). Mais la distinction entre matière et forme (pape « materialiter » ou « formaliter ») convoquée pour fonder ce point de vue, et destinée à sauver la visibilité et l’indéfectibilité de l’Église, est inadéquate : on peut bien dire que cet informe bloc de marbre a la puissance de devenir statue, on peut même affirmer qu’il est la statue en puissance, mais on ne saurait déclarer qu’il est la statue « materialiter », au sens où « être quelque chose materialiter » ajouterait une détermination objective au fait de n’être qu’en puissance passive (ce que l’on dit du bloc de marbre) ; telle matière n’est dite matière de cette statue, ainsi n’est-elle pas dite « statue materialiter », ce qui, si elle est habitée par la forme de la statue, en fait une statue materialiter, c’est-à-dire la statue considérée dans sa seule dimension matérielle, ce que l’on ne saurait dire du bloc de marbre.

    On peut toujours tenir pour possible, il est vrai, que la Providence parvienne à garantir la pérennité de l’Église par des moyens extraordinaires, voire miraculeux, hors de toute règle canonique, comme lors du concile de Constance où l’on vit des cardinaux nommés par des antipapes élire validement un vrai pape selon le principe Ecclesia supplet. Nous avons connu, selon cette perspective, un ecclésiastique furieusement sédévacantiste amateur de théologie-fiction qui tenait pour acquis que l’Église serait refondée par Énoch et Élie.

    Au vrai, on ne saurait se fonder sur la possibilité du recours à de tels procédés pour légitimer la position sédévacantiste. En effet, on peut certes rêver, imaginer que les cardinaux actuels ou futurs, nommés par des antipapes, finiront par élire un vrai pape, comme à Constance et selon les mêmes expédients. Faire la simple hypothèse du sédévacantisme oblige — nous le concédons — à tenir pour possible une solution de ce type. Cependant, du fait qu’il ne s’agit que d’une hypothèse (à côté de celle du « mauvais pape mais pape ») formulée dans le seul but de prévenir une objection contre la nécessaire décision de désobéir à de mauvais pasteurs (ce qui contraint de juger leur magistère qui pourtant, en droit, est norme prochaine de leur magistère qui éclaire l’intelligence par la foi), il ne s’agit pas là — à la différence de la situation des sédévacantistes en acte — d’une position qui provoquerait la Providence en lui enjoignant de réaliser un quasi-miracle. »

    Le combat d’aujourd’hui et l’État de demain de « Jean-Jacques Stormay »

    📜 II. Réponse « traditionnaliste & conclavisme »

    Son propos est un ramassis d’arguties lefebvro-guérardiennes milles fois réfutées, doublée d’une conception étriquée de l’Église, qui ne prend pas en compte les possibilités extraordinaires laissées par la Providence, mais soit !

    Nous qui sommes catholiques traditionnalistes compatibles, de constat sédévacantiste et de solution divine conclaviste, devons réfuter cette critique en montrant que le constat de vacance ne nie pas l’indéfectibilité de l’Église, mais en affirme plutôt la nécessité, ainsi que sa résolution de situation dite « en crise ».

    Le raisonnement de nos détracteurs suppose que seule une élection dans le cadre strictement « romain », entendre moderniste, conférerait la légitimité au Pontife. Or, ce cadre a été brisé par les réformes modernistes initiées sous Jean XXIII et surtout Paul VI. Il ne s’agit donc pas de nier la structure hiérarchique de l’Église, mais de constater qu’elle a été « mise » en déshérence par des intrus qui ont, en apparence seulement, altéré la transmission apostolique.

    Le conclavisme, au contraire, loin d’être une hérésie, est la seule réponse logique, catholique et cohérente permettant d’assurer la perpétuité de l’Église.
    Mais Monsieur n’est fasciste et décisionniste que quand ça l’arrange ! Car lorsque l’autorité devient défaillante, la Providence permet à des clercs et des fidèles de se regrouper pour restaurer l’ordre légitime, ce que l’on traduit par le principe d’Epikie.
    Ce fut le cas sous l’Ancien Testament, avec la survie du sacerdoce malgré les persécutions, et ce fut également le cas lors de l’élection de Martin V après le schisme d’Occident.

    Le principal écueil de la critique mérelienne adressée au « sédévacantisme » lato sensu est de le considérer comme une impasse, alors que c’est lui qui se trouve dedans. Certes, l’Église ne peut disparaître, mais elle peut connaître des périodes ou Sa visibilité semble mise à mal, pour des yeux humains, et où la succession pontificale devient compliquée dans l’immédiat.
    La solution divine conclaviste repose sur l’idée que l’Église visible ne peut se maintenir sans un chef légitime, assisté de l’Esprit-Saint et que la Providence ne saurait l’abandonner sans moyens extraordinaires pour restaurer son autorité.

    Face à la crise actuelle, refuser toute tentative de restauration pontificale revient à accepter une Église sans tête, ce qui est contraire à la Tradition, au Droit canon et à la théologie catholique. La solution divine conclaviste est donc non seulement théologiquement défendable, mais surtout nécessaire afin de remettre et de préserver publiquement l’indéfectibilité de l’Église. Sans rancune !


    📖 III. Présentation de Le combat d’aujourd’hui et l’État de demain de « Jean-Jacques Stormay »

    15.00€ – 2024, Éditions Chrysalide, 232 pages.

    Dans la Doctrine du Fascisme catholique, en abrégé, Jean-Jacques Stormay nous exposait la spécificité de cette pensée politique, actuellement la seule qui sache harmoniser rationnellement les exigences de l’ordre naturel et celles de l’ordre surnaturel, du Bien commun politique et du Souverain Bien.

    Aujourd’hui, l’auteur nous livre ici ses réflexions sur les caractères que doit revêtir la diffusion de cette doctrine. Par ailleurs, si tant est que le temps soit venu de tenter une discrète diffusion du contenu du fascisme catholique, il est opportun de procéder à un bref rappel des points sur lesquels il est important qu’insistent les opérateurs d’une telle diffusion; tel est le contenu de la première partie de ce travail.

    Quant à la deuxième partie, elle est le résultat d’un regard désabusé porté sur les querelles intestines qui, sempiternellement, secouent le landerneau des milieux catholiques traditionalistes dont les chapelles seront bientôt aussi nombreuses, à droite, que le sont à gauche les groupuscules trotskistes. Elle est aussi l’occasion d’un nouveau regard sur les points d’achoppements majeurs du Concile Vatican II et sur les différentes positions prises par les catholiques face à l’inadmissible.

    Il s’agit tantôt d’une série de réponses à des objections de lecteurs, tantôt de billets d’humeur suscités par l’actualité politique et religieuse du microcosme des Réprouvés.

    « Chaque page, pour ne pas dire chaque phrase de cet auteur d’une immense culture philosophique et théologique, ne laisse jamais indifférent par la pensée élevée qu’on y trouve presque toujours. » (un lecteur, prêtre).

    Philosophe de métier, l’auteur s’évertue avec persévérance depuis deux décennies à donner à la Droite un corps de doctrine cohérent

    Σ

    📖 Pour approfondir :

    Fascisme et conclavisme : un décisionnisme, crise et restauration

    “Théologie désespérée” sédévacantistes et romantisme fasciste

    Le fascisme passionnel et réel

    Catholiques malgré Rome de M. Chantin, la crise de l’Épiscopat

    Révolution conservatrice ou rétablir l’ordre dans le chaos

    La conception religieuse horrifiante de Jean Vaquié

    Expressions frauduleuses de Passion de l’Église ou Église éclipsée

    Le courageux Père Jacques de Saint-Joseph

    L’anarcho-sédévacantisme (acéphale) fondé sur Pierre ?

    Non, les guérardiens ne sont pas sedevacantistes

    Le Grand rabbinat pharisaïque de Cassiciacum ? (satire et ça tire !)

    L’Église réunie au Concile de Constance

    Un Concile se légitime aussi avec « universalité et publicité »

    Non, le palmarisme espagnol n’est pas un conclavisme

    « Concile général » des « évêques restés fidèles » (Père Guillaume-Marie Hecquard)


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