• Papautés humanistes et la grande république chrétienne “platonique” : le Verbe en croisade



    Contre les Turcs et l’incendie des Lumières

  • ✴️ Le "rêve" de Chrétienté unie de Pie II à Clément XIII 📜

    ⁂ Arène de combat

    Ô lecteur studieux, voici qu’au fil de ces siècles où l’Europe hésite entre glaive, unité et paix, s’élèvent les voix puissantes et baroques de ces Souverains Pontifes, érudits et croisés, fins rhéteurs de la cause chrétienne. Leur humanisme, fût-il teinté de larmes ou de sang, n’était point une mollesse de salon : il conjuguait l’amour des bonæ artes et la volonté d’édifier sinon de ressusciter la Res publica Christiana.

    Dans ce tumulte des âges, trois d’entre eux – Pie II, Léon X, Clément XIII – ont laissé des textes d’une tension politico-théologique saisissante. Qu’il s’agisse d’implorer l’union des princes, de flétrir l’invasion du Turc, ou d’excommunier les fauteurs de livres impies, tous parlaient non en technocrates modernes gérant une « PME Vatican », mais en héritiers de l’Empire romain, et de l’Église militante.

    ✝️ Les Papes parlant comme Cicéron, afin de défendre la Jérusalem céleste 🔥


    ☗ Bandage lexical

    RES PUBLICA CHRISTIANA, subst. fém. (lat. eccl.) : dans la rhétorique pontificale, désigne l’ensemble des États et peuples chrétiennement ordonnés sous la direction spirituelle du Pape, analogue à la res publica antique, mais transfigurée par la foi.

    — Source : CNRTL & textes conciliaires médiévaux. Voir notamment Jean de Paris, « De potestate regia et papali ».


    ☙ Vielle leçon érudite

    Assises doctrinales :

    « Or, le but pour lequel la république chrétienne est instituée est la vie bonne selon la vertu ; … quant à la fin ultime, c’est la vie bienheureuse et éternelle, vers laquelle doivent être ordonnées à la fois la puissance spirituelle et la puissance royale. »

    — Jean de Paris , De potestate regia et papali (Jean Quidort, dominicain, †1306, traduit du latin), Caput X (Leclercq, p. 198-199)

    « De même que, dans une cité, il existe un conseil commun pour l’utilité des citoyens, de même, dans toute la république chrétienne, il doit y avoir un concile général de l’Église où, selon les diverses provinces et royaumes, l’on pourvoira aux affaires spirituelles autant qu’aux affaires temporelles des fidèles. »

    — Jean de Paris , De potestate regia et papali Caput XIII (Leclercq, p. 210-212)

    « Dans l’ensemble de la république chrétienne, il y a deux ordres de puissance suprême : la spirituelle et la temporelle. … Il n’est donc pas nécessaire par nature qu’il n’existe qu’une seule puissance temporelle sur l’ensemble de la république chrétienne ; il suffit qu’il y ait plusieurs rois, chacun empereur dans son propre royaume… »

    — Jean de Paris , De potestate regia et papali, Caput XX (Leclercq, p. 238-240)


    « Si donc on veut appeler république un gouvernement de peuple sans souci de justice, les Romains ont bien eu une république ; mais alors il n’y a plus de différence entre une bande de brigands et une république. »

    — Saint Augustin, La Cité de Dieu, Livre XIX, chap. 21.


    Σ Plan d’attaque par manche

    🔠 I. Pie II et le rêve du rassemblement croisé

    🔠 II. Léon X, l’humaniste en liturgie politique

    🔠 III. Clément XIII ou la contre-attaque doctrinale


    Assises historiques


    🧽 I. Pie II et le rêve du rassemblement croisé

    ✍ Oration Cum bellum hodie, Mantoue, 26 septembre 1459

    « … Puisque, aujourd’hui, nous devons encourager une guerre contre l’impie nation turque pour l’honneur de Dieu et pour le salut de la République chrétienne, il convient, vénérables frères dans le Christ et très chers fils, qu’avant de vous haranguer, nous nous adressions à la divinité elle-même…
    … Enflamme nos cœurs et nos reins, afin que, brûlant du seul feu divin, nous ne méditions que ce qui te plaît, et que nous chassions la honteuse et pécheresse nation des Turcs des confins des chrétiens, si telle est ta volonté.
    Nos paroles sont celles de Dieu ; bien que nous soyons indignes, nous tenons sur terre la place de son Fils Jésus-Christ ; c’est Lui qui nous ordonne de conseiller la guerre contre les Turcs. Aujourd’hui, nous ne vous parlerons pas pour d’autres motifs, sinon pour que vous défendiez l’Église, la religion, la foi chrétienne contre les assauts des barbares… »

    — Pie II – Oratio « Cum bellum hodie », Mantoue, 26 septembre 1459

    ✉ Lettre à Nicolas de Cues, juillet 1453

    Acta Cusana (t. II/2, n° 3536), le passage clef où Énée-Silve Piccolomini – futur Pape Pie II – s’adresse à Nicolas de Cues, le 21 juillet 1453, au lendemain de la prise de Constantinople. Il y désigne l’« respublica Christiana » et presse le Sacré Collège de prêcher la croisade.

    « … C’est pourquoi, bien que je sois persuadé que notre Très Saint Père et tout le Sacré Collège se consacrent déjà, avec le plus grand zèle, au salut de la république chrétienne, je souhaiterais vivement, en ces temps, Votre éminente prudence à Rome. …

    Je voudrais espérer que, sous Votre sollicitude, une décision serait bientôt prise, non seulement pour défendre la cause chrétienne contre les infidèles, mais pour chercher les Turcs jusque dans leurs places, les écraser et les anéantir

    Le meilleur parti serait, selon moi, que Votre Seigneurie adresse d’elle-même des lettres pressantes, afin que, en cette rude conjoncture, tous se lèvent d’un même cœur ; qu’ils convoquent rois et princes, prêchent la Croix, promettent la rémission des péchés ; qu’éclate la trompette apostolique, sans rien négliger ni omettre à cette heure. »

    — Pie II, ✉ Lettre à Nicolas de Cues, juillet 1453


    🧬 II. Léon X, l’humaniste en liturgie politique

    📜 Bulle de croisade et trêve, 6 mars 1518

    « Réfléchissant et repassant en notre esprit le récent concile général du Latran, et désirant que la République chrétienne puisse reprendre souffle, nous voulons — et ordonnons — que les princes chrétiens, quittant leurs dissensions et leurs guerres civiles, tournent d’un même accord leurs armes contre les Turcs et les autres infidèles.
    En conséquence, nous établissons et commandons que des trêves de cinq ans soient religieusement observées entre tous les peuples chrétiens, sous peine d’excommunication
    De plus, à tous ceux qui se croiseront pour cette sainte expédition contre les ennemis de la foi, nous accordons, par la teneur des présentes, la rémission plénière de leurs péchés, une fois en vie et à l’heure de la mort… »

    — Léon X – Bulle « Considerantes ac animo revolventes generale Concilium » (6 mars 1518, publiée solennellement le 14 mars dans la basilique S. Maria sopra Minerva)

    ✍ Constitution Inter sollicitudines, 4 mai 1515

    « Nous…, afin que ce qui a été heureusement inventé pour la gloire de Dieu, l’accroissement de la foi et la diffusion des bonnes sciences ne soit pas détourné à l’opposé et ne nuise au salut des fidèles du Christ, avons résolu d’exercer notre vigilance sur l’impression des livres, de peur que, désormais, les ronces ne croissent avec le bon grain ou que du poison ne se mêle aux remèdes. »

    « Nous statuons et ordonnons que désormais, pour tous les temps à venir, nul ne se permette d’imprimer ni de faire imprimer quelque livre que ce soit, s’il n’a d’abord été soigneusement examiné… et approuvé par écrit, sous peine d’excommunication. Celui qui passerait outre encourra, outre la perte des exemplaires imprimés et leur combustion publique, la sentence d’excommunication. »

    — Léon X, constitution Inter sollicitudines, texte promulgué lors de la Xe session du Ve concile du Latran (4 mai 1515)


    🚰 III. Clément XIII ou la contre-attaque doctrinale

    📜 Christianae Reipublicae salus, 25 novembre 1766

    « La prospérité de toute la république chrétienne, confiée à Nos soins par le Prince des pasteurs, exige que nous ne laissions pas se répandre davantage l’inouïe et funeste licence des livres… Ces malheureux, vomissant de leur âme le venin des serpents, souillent la limpide source de la foi et renversent les fondements de la religion. […]

    Il faut combattre avec vigueur, autant que la situation l’exige, et, de toutes nos forces, extirper la peste mortifère de ces innombrables livres ; jamais, en effet, la matière de l’erreur ne disparaîtra, si les éléments criminels de la perversité ne périssent, consumés dans les flammes. […]

    Nous vous exhortons, vous qui, par l’Esprit Saint, avez été établis évêques, à combattre ce mal de toutes vos forces ; convoquez également les princes catholiques – ce n’est pas en vain qu’ils portent le glaive – et, par la puissance conjointe du Sacerdoce et de l’Empire, rejetez hors des camps d’Israël cette cohorte séditieuse et interdite.

    Il vous appartient de veiller sur la brèche, de garder le mystique dépôt du Seigneur, d’écarter le troupeau des pâturages viciés et de sonner de la trompette afin que les âmes ne périssent point. »

    — Clément XIII, Christianae Reipublicae (25 novembre 1766)


    🔎 Frappe chirurgicale inflige KO

    📜 Relecture de "l’idéalisme pontifical" à travers les âges

    S’il est un legs à retenir des « papes humanistes », soit à l’éducation de haute volée, ce n’est point un goût mondain de la littera : c’est une défense ardente, oratoire et doctrinale, de la Chrétienté comme corps politique uni.

    « Humanistes », ils le furent à la manière antique : non point utopistes naïfs, mais conscients que la paix des lettres doit servir la paix des âmes, et que cette pax s’impose souvent dans le fracas des armes — ici souvent contre Turcs musulmans — ou l’écrasement des sophismes — contre les publications desdites Lumières.

    Leur voix résonne encore, haute et grave, dans ce concert dégénéré de nos temps ascéptisés, sans foi ni loi, ni Verbe.


    Signé :
    La Rédaction pugilistique


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    […] En effet, L’unité papale qui cherchait à rassembler par les croisades, notamment face à la tourmente de l’Empire ottoman, suscita quelques émules politiques, et ce […]


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