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Publié le par Florian Rouanet
Après les Marocains — réconciliés, mais inégaux —, du général Francisco Franco : voici une internationale fasciste !
⁂ Arène de combat
Ô lecteur studieux,
Voici narrée une étrange odyssée où le Verbe impérial néo-romain se drapa d’arabesques et le fascisme s’imagina « califat ». En l’an de grâce 1937, Benito Mussolini, tout bardé de faste et de cuirasse symbolique, parada en Tripolitaine, brandissant « una Spada dell’Islam » de premier abord offerte par des chefs musulmans.
Métamorphose d’un empire colonial paré d’épices orientales, certains y virent une tentative de forger une Rome avec un nouvel appui politique sunnite : sabre en or, monture blanche, décor coranique, retouche photographique et discours spectaculaire décliné en dialectes. Ainsi s’était réalisée l’une des plus baroques mises en scène de l’histoire impériale européenne sous égide fasciste.
Le colonel Mouammar Kadhafi a hérité à retardement du fascisme au moins sans s’en rendre compte. Son Livre vert anti-finance américano-apatride préconisait cette 3éme voie entre le capitalisme et le communisme.
A noi !

☒ Bandage lexical
FASCISME COLONIAL : Doctrine expansionniste propre au régime mussolinien, visant à faire renaître une grandeur romaine par la domination directe de territoires africains et la mise en scène de principes virilistes, syncrétiques. Cf. Giuseppe Finaldi, Mussolini and Italian Fascism, Routledge.
ORIENTALISME FASCISTE : Usage par le régime italien des codes esthétiques et symboliques musulmans à des fins de propagande impériale, notamment en Afrique du Nord. Cf. Manuela Williams, Mussolini’s Propaganda Abroad, Palgrave.
☕ Leçons anciennes
« Notre auguste, grand et puissant Souverain, Sa Majesté le Roi Victor-Emmanuel III, que Dieu protège, m’a daigné envoyer sur cette terre définitivement italienne.
Soyez-lui soumis aujourd’hui, demain et toujours ; en obéissant au Souverain d’Italie, vous serez protégés par ses lois justes.
Que le Dieu suprême de la paix et de la guerre vous protège.
Vive le Roi ! Vive le Roi ! Vive le Roi ! »— Benito Mussolini, à Tripoli, le 11 avril 1926, lors de l’Allocution à la population arabe (première visite coloniale)
« Musulmans de Tripoli et de la Libye ! Jeunes gens ! Arabes du Littorio !
Mon auguste et puissant Souverain, S. M. Victor-Emmanuel III, Roi d’Italie et Empereur d’Éthiopie, m’a envoyé, après onze années, une fois encore sur cette terre où flotte le tricolore, pour connaître vos nécessités et répondre à vos légitimes désirs.
Vous m’avez offert le plus cher des dons : cette épée, symbole de force et de justice, que je porterai et conserverai à Rome parmi les souvenirs les plus précieux de ma vie.
[…] L’Italie fasciste entend assurer aux populations musulmanes de Libye et d’Éthiopie la paix, la justice, le bien-être et le respect des lois du Prophète ; elle veut aussi témoigner sa sympathie à l’Islam et aux musulmans du monde entier.
Diffusez mes paroles dans toutes les maisons de vos villes, de vos villages, jusqu’aux dernières tentes des pasteurs : vous savez que je suis avare de promesses, mais lorsque je promets, je tiens ! »— Benito Mussolini, Discours aux musulmans de Tripoli et de la Libye, à Tripoli, 18 mars 1937 – extrait intégral le plus long conservé
Le cheikh rappelle qu’« un protecteur de l’islam doit d’abord être musulman » et rejette donc la prétention de Mussolini.
— The Sydney Morning Herald, 18 mars 1937, article « DEFENDER OF ISLAM – Moslems scoff at Duce’s claim », indignation musulmane de la part du cheikh Muḥammad Mustafā al-Marāġī, recteur d’al-Azhar.
« C’est en me faisant catholique que j’ai fini la guerre de Vendée, en me faisant musulman que je me suis établi en Égypte, en me faisant ultramontain que j’ai gagné les esprits en Italie. Si je gouvernais le peuple juif, je rétablirais le temple de Salomon. »
— Napoléon Bonaparte, déclaration au Conseil d’État du 1ᵉʳ août 1800, citée notamment dans L’Europe et la Révolution française (1907) d’Albert Sorel
Σ Plan d’attaque par manche
- ✨ Un Orient préparé à la romaine : propagande préliminaire (1932-1936)
- 🌬️ La parade du Duce sur la via Balbia
- ⚔️ La remise du sabre à Bùgara : mythe chevaleresque et mise en scène
- 🎭 Une œuvre d’art politique : anatomie et disparition du sabre
- ⚡ Intentions masquées et effets diplomatiques

Rome & empire colonial 🗡️ Entre sabre et ambitions géopolitiques orientales
I. ✨ Un Orient préparé à la romaine (1932-1936)
Dès 1932, les cercles fascistes préparèrent, au nom de l’érudition et des cultures, un dispositif de captation des masses musulmanes. Radio Bari fit résonner l’arabe classique sur les ondes, tandis que l’IsMEO instruisait les fonctionnaires aux subtilités du fiqh.
En Tripolitaine, l’on bâtit mosquées et madrassas — établissement d’enseignement dirigé par des religieux —, et le Duce se mit à exalter les « Musulmans italiens de la Quatrième Rive », les parant d’une fraternité latine et méditerranéenne mythifiée.
Ce préambule ne visait point à l’orthodoxie mais à la diplomatie : faire de l’Italie l’héritière naturelle des ambitions orientales contrariées par Londres et Paris et nées des frustrations du démantèlement ottoman — dans la région, l’hégémonie anglo-saxonne, régnait encore.
Et, en effet, Mussolini tenta de se poser en protecteur du monde arabe afin de légitimer ses visées impériales. En vérité, selon l’interprétation du Duce, le gouvernement italien s’emparant du siège du palais ottoman dans le vilayet de Tripoli devait mériter son « titre honorifique » en vertu de la loi de succession du vainqueur, car il est ainsi considéré « automatiquement » comme l’héritier de l’autorité du calife. Cela avait, jadis, majoritairement choqué la population italienne, essentiellement catholique.
II. 🌬️ La parade du Duce sur la via Balbia
En mars 1937, Mussolini entama une fastueuse tournée libyenne. Arrivé à Tobrouk, il arpenta la via Balbia, insistant sur la jonction entre empire antique romain et autoroute coloniale méditerranéenne. Son cortège traversa d’ailleurs d’antiques provinces : Cyrénaïque, Tripolitaine, décors antiques réactivés au service du dictateur auréolé.
Le Duce fut escorté par Italo Balbo — squadriste de la première heure —, gouverneur d’Afrique du Nord, architecte premier de cette mise en scène quadrillée. Il visita les nouvelles colonies, acclama les chefs tribaux ralliés, et s’afficha comme pacificateur d’un territoire que la répression de 1929-1932 avait ensanglanté.
III. ⚔️ La remise du sabre à Bùgara (18 mars 1937)
Mais ce fut à l’oasis de Bùgara qu’eut lieu le point culminant : Yusuf Kerisc, chef berbère loyaliste, remit au Duce une lame d’or, saluant en lui le guide attendu des peuples musulmans. Mussolini, juché sur un cheval blanc, proclama en arabe « Le Protecteur de l’islam » :
« Ḥāmī al-Islām »
Puis, il entra à Tripoli, maître de sa monture, sabre levé, accueilli par vingt-et-un coups de canon. La scène fut abondamment commentée par les actualités LUCE, reproduite en cartes postales, louangée par la presse italienne et arabe. La figure du Duce se parait d’un nimbe islamophile, construit à dessein.
Toutefois, le glaive de Mussolini a suscité de nombreuses controverses, car il était orné d’une croix sur son manche, selon ce qu’a raconté le magazine « American Life » au cours de l’année 1941.
Nombre de mahométans furent également indignés par le geste. Le journal australien « Sydney Morning » (cf. : publication du 18 mars 1937) parlait de « mécontentement musulman », et citait en Égypte la parole du cheikh d’Al-Azhar (Mustafa al-Maraghi) qui déniait au Duce le droit d’user de cette inauguration en tant que non-musulman.IV. 🎭 Une œuvre d’art politique : anatomie du sabre
Cocasse, car le sabre fut commandé à Florence et forgé par Picchiani & Barlacchi selon les dessins d’Eugenio Gaudenzi. Il brillait de mille croissants, or massif, gardes arabesques, inscriptions ciselées : véritable joyau de politique extérieure. Néanmoins, ce sabre ne tenait rien d’un vestige arabo-musulman.
Son coût était estimé à près de 2 000 livres sterling de l’époque. Placé à la Rocca delle Caminate, résidence d’été du Duce, il s’évaporera dans la fureur de 1943. Rachele Mussolini elle-même déclara qu’il avait disparu durant les pillages. Ainsi, il famoso « Saïf de l’islam », que Mussolini a rendu célèbre en Libye, s’est évaporé, et son sort reste inconnu à ce jour.
V. ⚡ Intentions et effets diplomatiques
Sabrolâtrie fasciste forgée
La pantomime visait diverses cibles : asseoir une pax fascista sous les décombres libyens, apparaître en protecteur des Arabes contre le sionisme britannique, combler le vide califal depuis Atatürk et, enfin, renforcer le culte du Duce, aussi par un « imaginaire coranique ».
L’effet fut contrasté : en Italie, certains moquèrent cette « conversion de circonstance », les chancelleries s’alarmèrent, Londres lança en hâte sa BBC arabophone. Déjà, certains intellectuels musulmans devenaient compatibles ou hostiles, devant ce sabre tendu.
🔍 Frappe chirurgicale
Entre 1932 et 1936 se firent : une politique méditerranéenne accrue, la création de l’Institut pour l’Orient (1933), une expansion avec la conquête de l’Éthiopie (1935) et enfin la fondation de l’Empire colonial fasciste.
Il exista une « double acceptation » donc, mais aussi un double choc, entre populations d’Europe et d’Orient, scindés essentiellement entre deux religions — christianisme et islam… — et deux cultures du pourtour méditerranéen — latinité, arabisme, etc.
La « Spada dell’Islam », au-delà de l’accessoire théâtral, s’est alors prétendue calife. Là où le sabre a brillé, il reste cette énigmatique trace dans l’histoire des empires occidentaux.
📚 Pour approfondir
- https://web.archive.org/web/…
- https://www.arab.it/vari/fascismo.html
- https://www.africarivista.it/quando-mussolini-si-proclamo-protettore-dellislam…
- https://archivio.quirinale.it/…18-marzo-1937-mussolini-libia-riceve-spada-islam
- https://italiacoloniale.com/…/mussolini-e-la-spada-di-protettore-dellislam-quando-il-fascismo-era-amico-dei-musulmani-video/
La Rédaction / Pugiliste lettré
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