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Publié le par Pierre Joly
Merci à M. Pierre Joly pour son labeur de traduction — effectué en juin 2025 — depuis la langue allemande, à partir d’un article de la revue Einsicht, portant sur cette lettre émanant d’un évêque mexicain, bon canoniste et favorable à un Concile général imparfait.

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Très révérend Monsieur l’évêque !
J’ai lu la circulaire 1/82 que Votre Excellence a adressée aux ecclésiastiques, religieux, séminaristes et fidèles de votre diocèse, « motivée par le devoir grave de veiller au respect des lois de l’Église catholique ainsi qu’à la pureté de la foi et des mœurs ». Votre Excellence est vraiment admirable.
Nous sommes cependant confrontés à deux églises : celle fondée par le Christ, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, qui durera jusqu’à la fin des temps, et l’autre église que vous avez mise au monde dans votre folie – lors du si éclairé « concile » Vatican II –, une église sécularisée et changeante, puisqu’elle se réconcilie avec le monde et s’appuie sur les « signes des temps ».
On est en droit de se demander : des lois de quelle Église parlez-vous ? De quelle foi et de quelles mœurs parlez-vous ? Faites-vous référence à l’Église catholique ou à la vôtre ?
Si vous faites référence à l’Église catholique, comment pouvez-vous affirmer sans rougir que vous vous en souciez, alors que vous transgressez de manière scandaleuse ses lois ? Que faites-vous d’autre que d’autoriser les laïcs à distribuer la communion ou à l’apporter aux malades (contrairement au can. 845) ? Ou lorsque vous ordonnez ou autorisez que la communion soit distribuée sous les deux espèces (contre le can. 852). Ou lorsque vous permettez que la messe soit célébrée dos à l’autel, sur une table misérable (contre le can. 822). Et lorsque vous permettez à vos prêtres de célébrer sans vêtements liturgiques et souvent même sans les parements sacrés (contre le can. 811). Lorsque vous encouragez la concélébration (contre le can. 803). Lorsque vous ordonnez ou tolérez la célébration de la messe dans une langue non liturgique (contre le can. 819). Lorsque vous tolérez ensuite que différentes intentions soient appliquées dans une seule messe, tout en vous faisant payer les stipendium comme pour des messes individuelles (contre le can. 828). Lorsque vous continuez à retirer les tabernacles des autels et à les reléguer dans les murs comme des coffres-forts (contre le can. 1969). Lorsque vous permettez en outre aux fidèles de communier sans confession préalable (contre le can. 856). Lorsque vous laissez communier les hérétiques, sans qu’ils abjurent préalablement leurs erreurs (contre le can. 731). Lorsque vous participez à des célébrations non catholiques (contre le can. 1228), etc., etc. Au vu de ce qui précède, il est plus qu’évident que vous ne pouvez pas avoir à l’esprit l’Église catholique, mais la vôtre, si tant est qu’il y ait des lois dans celle-ci.
Et maintenant, vous prétendez également veiller à la pureté de la foi. Quelle foi, Excellence ? Vous ne parlez certainement pas de la foi catholique, car depuis vingt ans, les évêques s’efforcent de la détruire avec une rage démoniaque. Vous savez que les vérités divines auxquelles il faut croire, ainsi que les principes de la bonne conduite à suivre, sont contenus dans le dépôt de la foi (depositum fidei) que le Christ a légué aux apôtres et à leurs successeurs, tout comme l’exigence de les préserver sans erreur. C’est dans cet esprit que les apôtres les ont préservés et transmis, et qu’ils ont insisté pour qu’ils continuent à être préservés et enseignés.
Ainsi, Paul disait à Timothée : « Garde le bien qui t’a été confié ! Évite les discours profanes et les questions controversées de la fausse connaissance. » (1 Timothée 6 ; 20).
Et il ordonne non seulement à Timothée de garder l’essence des vérités divines qu’il lui a enseignées, mais aussi d’enseigner l’essence des vérités divines qu’il lui a enseignées sous la même forme. « Prends pour modèle dans la foi et dans l’amour les enseignements salutaires que tu as reçus de moi. » (2 Timothée 1 ; 13).
L’apôtre Paul dit également que les vérités divines doivent être préservées et transmises telles que les apôtres – les ayant reçues de Christ – les ont transmises : « Frères, je vous rappelle l’Évangile que je vous ai annoncé. Vous l’avez accepté et vous y restez fidèles. C’est ainsi que vous obtiendrez le salut, si vous continuez à vous y tenir tel que je vous l’ai annoncé… » (1 Corinthiens 15 ; 1-2).
Dans son encyclique Arcanum Divinae, le pape Léon XIII dit aux évêques : « Employez tous vos efforts, toute votre autorité, afin que, parmi les populations confiées à vos soins, rien ne vienne altérer ou corrompre la doctrine que Notre-Seigneur Jésus-Christ et les apôtres, interprètes de la volonté céleste, nous ont transmise, que l’Église catholique a conservée religieusement et qu’elle veut voir pratiquée par tous les chrétiens et dans tous les temps. »
Si vous étiez des évêques légitimes, le dépôt de la foi vous aurait également été confié. Mais qu’en avez-vous fait ? Ne vous êtes-vous pas laissé emporter par l’illusion du changement et n’avez-vous pas accepté sans broncher toutes les innovations qui vous ont été imposées ? Soumis jusqu’à la servilité, vous vous êtes associés à toutes les hérésies condamnées depuis toujours par les papes – et comme de vieux chiffons, vous avez mis de côté le dépôt de la foi, le jugeant obsolète et inutilisable. Où est donc la pureté de la foi que vous veillez si jalousement ? Il est donc évident que vous ne vous référez pas à la foi catholique dans votre circulaire. Et comment pouvez-vous en parler, puisque vous ne l’avez pas ? Vous êtes passés à une nouvelle religion et vous avez une nouvelle foi, tout comme tout ce qu’elle contient est nouveau.
Ce que l’apôtre Paul a dit aux Galates pourrait s’appliquer à vous : « Je m’étonne que vous vous détourniez si vite de celui qui vous a appelés par la grâce du Christ pour vous tourner vers un autre Évangile » (Galates 1 ; 6).
Et votre apostasie est déjà annoncée par l’apôtre Paul dans la première épître à Timothée : « L’Esprit dit clairement que, dans les derniers temps, certains abandonneront la foi et s’attacheront à des esprits séducteurs et à des doctrines diaboliques. » (1 Timothée 4 ; 1).
Oui, Excellence, ce que vous faites est véritablement diabolique.
En ce qui concerne la pureté des mœurs, je pourrais vous demander dans le même sens : où est donc cette pureté qui vous empêche de dormir ? Où est-elle, puisque vous avez tout changé ? Vous avez remplacé la coutume de communier à genoux par la communion debout. Et la communion dans la bouche par la communion dans la main, la célébration sur un autel consacré par une table pitoyable. Vous avez retiré aux femmes la coutume traditionnelle de se couvrir la tête pendant la prière à l’église, et vous l’avez fait contre le droit canonique et les Saintes Écritures (can. 262 ; 1 Corinthiens 11 ; 6-16). Vous avez supprimé la prière du rosaire, qui était si chère aux fidèles, la jugeant ennuyeuse et dépassée. Et le pire de tout : vous avez remplacé la Messe catholique par une « messe » protestante et (co)fabriquée par des protestants, afin de convertir vos fidèles inoffensifs au protestantisme. Bientôt, nous verrons également apparaître une nouvelle Bible dans laquelle le Christ n’apparaîtra plus comme Dieu, dans laquelle il n’y aura plus de miracles, dans laquelle le Christ n’aura ni souffert ni ressuscité, et où le Saint-Esprit n’est pas descendu. Nous vous considérons comme des membres d’un Conseil national des églises, dans un terrible mélange avec les hérétiques du monde entier, et comme faisant partie de l’« église » universelle athée. Soyez sincère, Excellence, sincère…
Je suis d’accord pour dire que les prêtres doivent agir en union avec les évêques, mais seulement s’il s’agit de successeurs légitimes des apôtres et s’ils se comportent comme tels. Mais dès l’instant où ils se séparent de ce que l’Église a toujours enseigné, ils tombent dans l’hérésie, ils perdent toute prétention à l’autorité et ne peuvent exiger aucune obéissance, car nous devons obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
Dans votre circulaire, vous dites : « Il est bien connu que ce prêtre n’est pas seulement en désaccord avec les évêques, mais qu’il est même en réelle opposition avec eux. »
Il faut ici faire la distinction entre les évêques qui, fidèles à leur mission, œuvrent pour l’Église et son enseignement et les évêques fidèles à leurs convictions. Je suis toujours et de tout mon cœur en accord avec des évêques tels que Manriquez y Zarate, Lara y Torres et le cardinal Stepinac*, 1 et je le serai toujours. En revanche, je ne suis pas d’accord avec les évêques hérétiques qui se sont livrés et se sont alliés aux ennemis de l’Église du Christ, avec ces personnages effrontés qui adorent aujourd’hui ce qu’ils brûlaient auparavant et brûlent aujourd’hui ce qu’ils adoraient auparavant.
Enfin, saint Jean dit dans sa deuxième lettre : « Si quelqu’un vient à vous et n’enseigne pas ainsi, ne le recevez pas dans votre maison et ne lui dites pas salut. Celui qui lui dit salut se rend complice de ses agissements. » (2 Jean 1 ; 10-11).
Dans votre circulaire, vous écrivez : « un prêtre nommé Moisés Carmona – qui se dit évêque ».
Je ne me dis pas ainsi, je le suis. Et je le suis, non pas parce que je mérite une si haute dignité. Peu nombreux sont ceux qui, je crois, peuvent se vanter d’une telle misère (comme moi). Mais Dieu se sert même de l’infamie pour réaliser ses plans, et il est libre de se servir de ses créatures comme bon lui semble. J’ai été ordonné évêque en Europe par un archevêque catholique et successeur légitime des apôtres. Je suis donc valablement ordonné. Si le pape ne m’a pas appelé, c’est parce qu’il ne pouvait pas le faire, car malheureusement, aujourd’hui, dans l’Église catholique, le Saint-Siège est vacant et nous n’avons pas de pape. Quand il y en aura à nouveau un, nous nous soumettrons à lui en tant que successeur légitime de saint Pierre et nous lui rendrons hommage par notre obéissance et notre amour.
Je conclurai, non sans avoir d’abord demandé à Votre Excellence : avez-vous le droit de m’empêcher d’enseigner la doctrine catholique aux fidèles que vous trompez si impitoyablement ? Avez-vous le droit d’empêcher les fidèles de choisir librement l’Église à laquelle ils souhaitent appartenir, après avoir lamentablement approuvé la liberté religieuse lors de votre Concile ? De quel droit les contraignez-vous par des menaces d’excommunication s’ils perçoivent votre situation dégradante et vous tournent le dos ? N’ont-ils aucun droit personnel ? N’ont-ils aucun droit à être respectés par vous dans leur décision volontaire ? Pourquoi, alors, avez-vous approuvé ce décret hérétique ?
Je sais que vous ne vous lassez pas de répéter à vos fidèles sans méfiance : « Le Père Carmona est excommunié. Ses actes officiels sont nuls et non avenus. » **
Mais de quelle autorité disposez-vous, vous qui avez quitté l’Église catholique, pour m’excommunier, moi qui suis resté dans l’Église catholique avec sa doctrine et sa tradition sacrée ? N’êtes-vous pas excommunié ? Ne seriez-vous pas de ceux qui ont sombré dans ce cloaque de toutes les hérésies appelé modernisme ? Soyez sincères ! Souvenez-vous qu’un jour vous devrez rendre compte à Dieu de la misère indescriptible que vous infligez à tant d’âmes qui vous suivent encore parce qu’elles vous considèrent comme catholiques.
Source :
EINSICHT RÖMISCH- KATHOLISCHE ZEITSCHRIFT. 12. Jahrgang, Nr. 3 credo ut intelligam (Oktober 1982).
1 Mgr José de Jésus Manriquez y Zarate (1884-1951) fut l’évêque émérite de Huejutla et Mgr Léopoldo Lara y Torres (1877-1939) fut l’évêque émérite de Tacambaro, au Mexique. Quant à Mgr Alojzije Stepinac (1898-1960), il fut l’archevêque de Zagreb, en Croatie, et il a été nommé cardinal par Pie XII en 1953.
Traduction par Pierre Joly.
*
🔹 Mgr Antonio Manríquez y Zárate (1919–1981)
- Évêque de Huejutla, au Mexique.
- Décédé peu avant la consécration de Mgr Carmona par Mgr Thuc.
- Il était réputé conservateur et opposé à certaines réformes postconciliaires, tout en restant semble-t-il dans les structures officielles.
- Certains considèrent qu’il soutenait discrètement des prêtres traditionalistes mexicains.
- Mgr Carmona y voyait une figure épiscopale fidèle à la Tradition.
🔹 Mgr (José Joaquín ou José María de Jesús ?) Larra y Torres (1881–1954)
- Il fut évêque de Tacámbaro (Michoacán).
- Ordonné en 1929 par un successeur légitime dans la lignée apostolique.
- Il exerça durant les persécutions religieuses au Mexique (Cristeros), ce qui en fait un symbole de fidélité au Christ Roi contre l’État anticlérical.
🔹 Le Cardinal Alojzije Stepinac (1898–1960)
- Archevêque de Zagreb (Croatie) sous le régime communiste.
- Victime d’un procès stalinien truqué en 1946 ; condamné à 16 ans de prison.
- Défenseur de l’Église et martyr moral du XXe siècle, prétendument béatifié par Wojtyla/Jean-Paul II en 1998.
- Symbole de résistance à l’hérésie communiste.
- Il est souvent cité par les traditionalistes comme exemple de prélat droit dans un monde apostat.
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Le 17 octobre 1981, Mgr Ngô Đình Thục a consacré deux prêtres mexicains (Mgr Moisés Carmona et Mgr Adolfo Zamora).

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