• Éducation : pour un renouvellement fascisto-élitiste par David Veysseyre (Écrits de Paris)

  • « La veulerie va nous détruire, cela fait partie des chancres contemporains. Tu me diras aussi que l’effondrement du système scolaire a été tel que la plupart de nos contemporains ont de moins en moins de lettres et je ne parle pas de science grammaticale. (…) Et pourtant, on n’a jamais eu autant les moyens d’enseigner la grammaire actuellement, grâce aux progrès des études romanes, des études latines et des études indo-européennes. »

    David Veysseyre, échange courriel du 22 juillet 2019.

    Éducation (point numéro 2 du programme) :

    L’éducation est fondamentale pour un pays qui se dit civilisé et développé ; qui la néglige ne tarde pas à l’expier. Cela est valable à l’échelle d’une famille comme d’un pays. Les cancres ont pris définitivement le pouvoir en France et en Europe de l’ouest en 45, nous subissons 70 ans après les conséquences mortifères de ce qu’on peut appeler une rupture dans l’histoire de notre civilisation. Notre pays n’a plus d’élite et ce que l’on prend pour telle en est une méchante caricature. Il faut prendre les « énarques » pour ce qu’ils sont, des administrateurs de catégorie A, formés sur des disciplines techniques, mais rien de plus. Leur inculture et leur nullité sont souvent proportionnelles au degré de compétence qu’on leur accorde. Ce qui est d’abord important pour diriger un pays, c’est la vision et non le libéralisme libertaire informe dans lequel lesdites prétendues élites communient toutes. On oublie trop souvent que la Révolution française et l’idée républicaine, c’est d’abord la substitution d’une hiérarchie basée sur le mérite et le talent à une hiérarchie fondée sur le sang et la naissance. Nous prenons donc au mot l’article 6 de la Déclaration des Droits de l’Homme. Il faut donc reformer une hiérarchie juste basée sur la reconnaissance exacte des mérites et des talents. A cette fin, l’école doit redevenir l’instrument qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être. Il faut redonner à notre école républicaine laïque et gratuite le prestige et les moyens intellectuels qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Notre école doit de nouveau honorer, cultiver et récompenser l’excellence.

    Pour cela, je m’engage à inverser totalement là encore les priorités des moyens et les rémunérations attachées aux différents échelons de notre système éducatif. Ce qui est le plus important pour un pays, c’est son école primaire et ensuite son enseignement secondaire. C’est ici que tout se joue et là que l’on peut entrevoir déjà qui est propre à étudier ou non. Accorder des moyens doubles aux écoles primaires sera une priorité. Il faut d’abord doubler le salaire des instituteurs qui doivent redevenir les piliers de notre nation (un instituteur doit commencer à 3000 euros net et gagner plus qu’un « universitaire » d’une faculté de sciences humaines beaucoup moins utile…), attirer vers ce beau métier les meilleurs, puisque ce seront eux qui ont la charge de donner le goût d’apprendre à tous nos enfants, qui leur apprennent à lire, à écrire et leur enseignent les premiers rudiments de la culture. Mais ils devront orienter ensuite les élèves doués pour l’étude vers l’enseignement secondaire et ceux qui ont des talents plus pratiques vers l’apprentissage d’un métier, ce qui n’empêchera pas ceux-ci de pouvoir se découvrir des talents plus intellectuels plus tard. Saint Eloi a bien commencé orfèvre et a fini évêque et ministre. Quant au grand philosophe Spinoza, il polissait des lunettes.  

    Ensuite les classes du primaire ne devront pas dépasser plus de 12 élèves dans les classes du CP au CM2. Ces mesures radicales en faveur de l’école primaire seront financées par la diminution de moitié du traitement des universitaires enseignant dans les facultés de sciences humaines (lettres, philo, histoire, langues, droit, psycho, etc.), ainsi que par la diminution conséquente de moyens alloués à ces dernières, lesquelles sont devenues de véritables sentines de gauchistes crasseux oisifs, bons à rien, demi-illettrés et incultes. Chercheur est en outre plus une vocation et un plaisir qu’un travail authentique au sens étymologique de souffrance, torture. Un instituteur ou un professeur de collège travaille beaucoup plus qu’un « universitaire » qui cherche comme on dit, mais qui ne trouve pas grand-chose en général, surtout en sciences humaines. En revanche, je soutiendrai la recherche fondamentale en mathématiques, en physique, dans les sciences de la vie et de la terre, la biotechnologie et la médecine, rien ne changera de ce côté-ci. Les facultés de sciences humaines redeviendront ce qu’elles n’auraient jamais dû cesser d’être : une pépinière d’excellence où seront recrutés tous nos professeurs d’humanités du secondaire, ainsi que nos instituteurs. Seuls ceux qui en ont le goût, l’endurance et les capacités pourront être chercheurs en sciences humaines et enseigner à l’Université.       

    Je propose de réintroduire le concours pour rentrer au collège et d’en mettre un autre pour rentrer au lycée. Ecole vient du grec ancien et signifie « loisir studieux ». On ne hante pas l’école pour s’amuser, mais pour apprendre, s’instruire et s’élever. A cette fin, après les apprentissages fondamentaux dispensés dans le primaire, une priorité sera donnée dans l’enseignement secondaire (collège et lycée) aux humanités classiques, aux humanités modernes et aux sciences humaines en général, mais sans toutefois négliger les mathématiques, la physique et les sciences naturelles, leur importance sera cependant diminuée par rapport à aujourd’hui. Toute préoccupation utilitaire et toute facilité devront être bannies à l’avenir du collège et du lycée. Tout devra être mis en œuvre pour faire accéder l’élève à l’humanité et à l’universel tout en l’enracinant en même temps dans son histoire, celle de sa région, de son pays : la France et de l’ensemble culturel et religieux à laquelle elle appartient : l’Europe de l’ouest. Sera donc privilégié tout ce qui concourt à la maîtrise du discours et à l’éducation du jugement –clarté et distinction-, à l’exigence intellectuelle et morale à l’égard de soi-même, à l’affinement du goût et des mœurs sans pour autant féminiser les hommes bien au contraire : rhétorique, art, histoire, philosophie, lettres, langues étrangères, langues classiques et sciences dures dans les classes supérieures. L’enseignement du latin, du grec et de l’Antiquité classique sera dispensé aux meilleurs. Il faut en finir avec les 80% d’une génération au bac, il mettre tout en œuvre pour que plus jamais, plus jamais, plus jamais des Macron, des Sarkozy-Mallah, des Hollande, des Valls, des Cazeneuve, des Cahuzac, des Philippe, des Peillon-Blum, des Copé(lovici), des Fillon, des Belkacem (à l’Education nationale un comble…), etc., ne soient possibles au plus haut sommet de l’Etat et à tous les niveaux importants de notre société. La place de ces gens-là est à la direction commerciale des ventes des grandes sociétés, rien de plus.   

    Seule une revalorisation de l’enseignement professionnel et de l’apprentissage, un enseignement secondaire exigeant, de haute tenue et de haut niveau à un âge où on possède encore toutes nos forces pour apprendre, une sélection humaine mais stricte à l’entrée du collège et du lycée, pourront donc nous assurer à l’avenir des cadres dignes de ce nom, des hommes compétents, humains, cultivés, enracinés, humbles et sains à tous les nouveaux de la société et non les ambitieux incultes sans foi ni loi et cosmopolites que nous rencontrons trop souvent.

    « Exemple pratique de programme de néo-fasciste, néo-traditionaliste et révolutionnaire conservateur » publié dans Écrits de Paris de novembre 2017, remaniement d’un programme préparé pour le militant nationaliste Dominique Morel.+

    Extrait issu du numéro spécial des Écrits de Paris de juillet-août 2018 écrit par David Veysseyre sur la nature d’une bonne instruction : qu’est-ce qu’une bonne et vraie instruction, ainsi qu’une éducation libre et noble ?

    A/ La dimension grammaticale tout d’abord, non que les Grecs et les Latins ne faisaient pas de grammaire, fort au contraire, mais j’entends ici par dimension grammaticale un effort grammatical infiniment plus important que celui des érudits alexandrins et byzantins, lesquels étaient déjà hellénophones. Pour pouvoir dialoguer avec ces grands modèles du passé et s’instruire de leurs vertus et de leurs augustes exemples, il va falloir retrouver les textes, les comprendre et aussi enseigner le latin et le grec classiques, non le latin médiéval ou le grec biblique qui sont bien différents. La langue des classiques latins et grecs est beaucoup plus idiomatique. Pour prendre un exemple, le grec du Nouveau Testament est aussi du grec ancien, mais ce n’est pas le grec ancien littéraire, classique, brachylogique et beaucoup plus idiomatique de Xénophon, Thucydide et Platon. Le grec hellénistique d’Aristote, de Plutarque, de la seconde Sophistique et des Pères de l’Eglise grecque (saint Basile de Césarée, saint Grégoire de Nazianze, Saint Athanase d’Alexandrie, saint Jean Chrysostome pour les quatre principaux) qu’on a appelé la κοινή (koinê « commune », c’est la langue grecque commune aux peuples parlant le grec après les conquêtes d’Alexandre ) était déjà plus facile, mais bien plus difficile toutefois que le grec du Nouveau Testament parlé par des Orientaux peu instruits, mis à part saint Luc. Quant au latin, son cas est identique, le latin de César, Salluste et Cicéron n’est pas le latin tardo-médiéval de Grégoire de Tours, le latin d’Eglise, le latin des scolastiques ou le latin des humanistes italiens. Il est également plus littéraire, plus construit et plus brachylogique. Peu ont encore réfléchi sur ces questions, mis à part les érudits allemands et tout le monde se contente de dire que le latin parlé à cette époque était différent du latin parlé à telle autre époque, mais sans apporter aucun élément de démonstration, hormis quelques faits grammaticaux bien connus, comme par exemple dans le cas du grec, la disparition de l’optatif dans la koinê, ou quant au latin littéraire, les hellénismes commençant à altérer sa pureté à partir de l’époque impériale, l’emploi sous l’influence du grec du subjonctif dans des constructions syntaxiques impropres à cette langue pour exprimer la répétition[1] (dans nos langues modernes, c’est la même chose, en catalan, l’imparfait du subjonctif non idiomatique dans une subordonnée conditionnelle s’emploie, alors que ce devrait être l’imparfait de l’indicatif comme en gallo-roman méridional et septentrional, respectivement occitan et langue d’oïl ou français, un bel exemple d’altération des langues due à la pression d’une langue de culture supérieure, en l’occurrence ici, une structure syntaxique ibéro-romane se substitue à une structure gallo-romane). Mais pour le style, c’est le style sentencieux, elliptique ou brachylogique des grands écrivains classiques  qui les distingue de leurs héritiers de l’époque tardive, du Moyen Âge et de la Renaissance. C’est ce latin que les humanistes italiens vont essayer de promouvoir et d’écrire, mais avec des fortunes diverses, selon les auteurs. De plus, cette dimension grammaticale va revêtir pour nous, locuteurs de langue romane, une importance capitale, le latin étant la langue mère de nos idiomes romans, il ne peut y avoir de bon enseignement du français, de l’italien, du castillan, du catalan, du portugais, du roumain sans une connaissance intime de la langue de Cicéron, mais également des multiples phénomènes qui ont présidé à la transformation du latin dans les langues romanes précitées. La science qui étudie cela s’appelle la linguistique romane et fut portée sur les fonts baptismaux par l’Allemand Friedrich Diez dans les années 1820. Au XVe siècle, elle n’existait donc pas et elle n’a jamais fait partie de la formation des professeurs de lettres à partir du XIXe siècle, mis à part un peu de phonétique historique aux concours un peu plus tard.

    Cependant les humanistes italiens, absolument novateurs et dotés d’horizons intellectuels infinis (on peut derechef  entrevoir ici aussi le progrès fondamental par rapport au Moyen Âge, dans cette période, personne n’avait cure de la cela, c’était un horizon complètement étranger aux hommes de cette période) avaient déjà reconnu cette dimension très utile, romane dis-je, du latin et de la grammaire bien comprise à partir de celui-ci, Garin le note très bien dans L’Education de l’homme moderne dont nous avons souvent parlé :

    L’étude du latin classique, poursuivie à travers les œuvres classiques, ne constitue pas seulement l’unique voie d’accès à une connaissance véritable sur le monde, mais nous permet aussi, dans une confrontation de tous les instants, de nous assurer la possession des structures et des démarches historiques de notre langage, du processus par lequel il s’est constitué. La thèse que l’on retrouve chez Rodolphe Agricola et qui prit une forme définitive et exemplaire chez Cristoforo Landino, professeur à Florence, commentateur passionné de Dante aussi bien que de Virgile, cette thèse, selon laquelle en étudiant soigneusement le latin on peut s’assurer une parfaite maîtrise de la langue « vulgaire », montre bien qu’à la base de la « grammaire » des humanistes il n’y a pas le moindre pédantisme[2].

    Garin a saisi ici encore magnifiquement tout ce qui a constitué la révolution de l’humanisme italien, c’est une nouvelle fois la conscience historique mais ici appliquée à la grammaire, la grammaire intégrant là aussi une dimension historique importante. Le grand professeur de rhétorique du XIXe siècle Emile Egger dans sa belle étude susmentionnée le dit très à propos :« en étudiant le mot à son origine dans une langue ancienne, nous en comprenons mieux le sens et nous pouvons ainsi nous en servir avec plus de discernement ; en second lieu, nous en pouvons souvent déterminer l’orthographe avec certitude[3]». La grammaire d’une langue est véritablement complète quand elle est diachronique, c’est seulement à cette condition qu’elle nous donne une intelligence complète de celle-ci. C’est en sachant resituer et restituer historiquement chaque mot, chaque structure grammaticale que nous avons une connaissance intime de notre langue.  Beaucoup de grammairiens modernes sont des thuriféraires et des sectateurs de l’étude synchronique de la langue (et pour cause, c’est un peu comme la critique moderne qui n’aime pas trop le contexte… ou comme l’art contemporain), sans voir là aussi qu’il y a une régression énorme par rapport à l’étude diachronique (mais c’est aussi beaucoup plus facile évidemment d’étudier une langue sur un plan uniquement synchronique). L’étude synchronique ne peut être utile qu’une fois toutes les bases sues et intégrées, l’étude diachronique devrait donc demeurer au niveau scolaire la seule en vigueur.

    L’étude historique d’une langue rend en plus de signalés services, parce que nous saisissons les causes de ce que nous croyons irrégulier ou non conventionnel, cela s’applique d’autant plus au français que c’est la langue des homophones et partant la langue romane dont l’orthographe est la plus difficile. Cela est dû à l’apport d’un superstrat francique[4] assez important au latin déjà très altéré parlé par les autochtones belges et gaulois, c’est ce qui explique l’évolution phonétique très poussée du latin populaire parlé en Gaule septentrionale par les Gallo-Francs et les Gallo-Belges[5]. Voici un exemple des signalés services que peuvent nous rendre la linguistique romane et l’enseignement grammatical du latin en français : voici les homophones coup/cou/coût, comment expliquer alors que l’espagnol et l’italien ont respectivement golpe/cuello/ coste et  colpo/collo/costo ; idem pour pécheur/pêcheur au-dessus de la Loire alors que nous avons pecador/pescador sur la Meseta et peccatore/pescatore au bord de l’Arno ? Tous ces exemples viennent pourtant des mêmes étymons pour les trois langues, respectivement colaphus, collus, constare  et peccator, pescator. Le castillan et le toscan ont tout simplement évolué moins loin phonétiquement que la langue d’oïl, c’est pourquoi ces langues peuvent se contenter d’une orthographe phonétique, alors que nous sommes obligés d’avoir en français une orthographe étymologique pour les mots d’origine populaire appartenant au fonds primitif, car elle doit assigner des orthographes lexicales différentes aux mots homophones afin de ne pas les confondre [6]. On peut donc déjà s’estimer heureux si l’on apprend le français à partir du latin et de la syntaxe latine, sans faire obligatoirement de la linguistique romane (la plupart des « professeurs de lettres » ignorent complètement cette matière et n’ont pas une maîtrise suffisante des autres langues romanes, alors que même là une grammaire comparée des langues romanes pourrait être très pédagogique comme l’utilisation du passé simple et de la concordance des temps qui se fait beaucoup plus naturellement en espagnol, un peu moins en italien et qui ne se fait plus en français), cependant l’enseignement diachronique que nous permet la linguistique romane ne peut être que le meilleur des enseignements grammaticaux et lexicaux, cela peut être même une question de civilisation[7]. Le fait d’ouïr des « spécialistes » de didactique du français dire que l’on peut se passer du latin, nous contriste. Sans faire de linguistique romane très poussée, on peut déjà expliquer beaucoup de choses avec le latin. Notre lexique est par exemple composé de beaucoup de mots savants qui sont les mots qui ressemblent beaucoup au mot latin d’origine, parce que ce sont des mots empruntés à la langue mère, que ce soit au latin classique, au latin tardif mais aussi, on l’oublie souvent, au latin médiéval et scolastique, beaucoup de mots français savants viennent en effet de la latinité médiévale. Ils n’ont donc subi aucune évolution phonétique, on le voit bien avec les doublés : praedicator > prédicateur, le mot vulgaire est prêcheur. Cela marche comme cela pour toutes les langues romanes. En espagnol par exemple, recuperare > recobrar (mot populaire appartenant au fonds primitif du castillan), recuperar (mot savant), on retrouve la même chose en français, recouvrer (populaire) et récupérer (savant).  Quant à la grammaire également, il n’est pas besoin d’être romaniste pour savoir que la concordance des temps dans nos langues romanes vient du latin : Volo ut venias > « je veux que tu viennes », quiero que vengas ; Volui ut venires > « j’ai voulu que tu vinsses » ;  quise que vinieses ou vinieras.

    Michel Bréal avait bien raison de présenter le français comme du latin et son propos n’était pas de produire des rhéteurs et des poètes, mais de donner une bien meilleure maîtrise du français écrit et littéraire par l’imitation latine[8]. L’humanisme allemand et ses méthodes philologiques vont cependant nous apporter un secours inespéré au XIXe siècle et après 1871 en nous montrant les grands avantages qu’il y avait dans le domaine scolaire à donner une forte orientation grammaticale à l’enseignement du latin[9] alors que l’allemand n’est en aucun cas une langue latine. Encore une fois, il faut que nous citions le grand philosophe allemand Schopenhauer, un des plus zélés défenseurs des études classiques et des humanités gréco-latines au XIXe siècle. C’est ici le plus bel hommage fait aux études classiques pour les bienfaits qu’elles peuvent apporter à l’étude grammaticale et lexicale de notre langue maternelle, même si elle n’est pas romane, ce qui est le cas de l’auteur germanophone du Monde comme volonté et représentation. Ce passage sied totalement à cette partie sur la dimension grammaticale de l’apprentissage du latin. C’est dans un ses manuscrits posthumes jamais traduits en français : Über die Verhunzung der deutschen Sprache[10]« Sur la défiguration de la langue allemande » :

     « La défiguration totale et affreusement abjecte de la langue allemande témoigne de l’ inconscience la plus irresponsable : ceux qui se servent de celle-ci principalement sont les tâcherons et les folliculaires du journalisme, la raison ultime de cette chute gît cependant dans l’ignorance de plus en plus crasse des langues anciennes. Avec ces dernières, on apprend en effet avec précision et perspicacité à apprécier la valeur et la légitimité de chaque mot ; c’est surtout le fait d’écrire le latin qui apprend cela. Nos agents améliorateurs du langage sont certainement (à quelques rares expressions près) incapables d’écrire une lettre correcte en latin sans aides diverses. Du même foyer infectieux procède l’infamie consistant à éditer des auteurs latins et grecs avec des explications en allemand, quelle que soit la raison invoquée, la vraie cause en est que l’éditeur ne sait pas écrire latin et que les élèves ne peuvent lire avec aisance le latin, mais comme des orphelines [terme d’imprimerie] veulent avoir le texte latin en allemand. La possession de telles éditions devraient être interdite dans les écoles. L’année 1848 [printemps des peuples en Europe, la révolution est bien sûr partie de Paris comme d’habitude et elle a embrassé toute l’Allemagne qui aboutira au Parlement de Francfort] avec ses belles agitations a répandu parmi les savants une semence d’ignorance, après que l’imposture hégélienne eut préparé le terrain, la semence est maintenant en pleine floraison. On remarque partout que le goût des cigares, les discussions politiques et les voyages en train ont remplacé les études sérieuses et que les visages jaunâtres à lunettes, à longues barbes et à têtes vides osent se gausser de « l’époque ringarde », dans laquelle les plus grands esprits ont brillé et auxquelles une connaissance profonde des langues anciennes ne faisait aucunement défaut. La haute valeur de l’étude des langues anciennes consiste en partie dans le fait que nous apprenons à respecter la grammaire et le lexique : si la plupart de nos agents améliorateurs du langage n’avaient pas été  si fâchés avec cette grammaire, ils ne se hasarderaient pas à transgresser aussi franchement les règles et les mots de la langue allemande ».


    [1] Voir pour cela tous les beaux livres d’Antoine Meillet et d’Alfred Ernoud, notamment la Syntaxe latine de ce dernier chez Klincksieck.

    [2] Eugenio Garin, Education de l’homme moderne, op. cit., p. 97

    [3] E. Egger, Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l’étude des trois langues classiques, Paris, Pedone-Lauriel éditeur, 1880, p. 182

    Nous pourrions rajouter ce commentaire très opportun du R.P Fontoynont dans sa méthode de grec suscitée : « Afin que vous sentiez quel intérêt présente l’étymologie ; combien elle nous oriente vers le vrai sens des mots, et nous fait voir ce qu’ils sont vraiment : non pas des étiquettes sur un contenu figé, mais le corps d’une pensée vivante, sans équivalents d’une langue à l’autre, jamais traduits par approximation. En philosophie vous comprendrez qu’ils nous servent à pénétrer la nature même de l’esprit humain, lequel ne peut penser qu’à travers des images sensibles ».

    [4] Voir Walter von Wartburg,  Umfang und Bedeutung der germanischen Siedlung in Nordgallien im 5. und 6. Jahrhundert im Spiegel der Sprache und der Ortsnamen, traduit par votre serviteur pour une grosse étude que je suis en train de préparer: « Ampleur et importance de la colonisation germanique dans le nord de la Gaule au Ve et VIe siècle au regard de la langue et de la toponymie dossier de la revue », Vorträge und Schriften (Deutsche Akademie der Wissenschaften zu Berlin), 1950, no 36 (Berlin, Akademie-Verlag).

    [5] Voir Pierre Bec, La langue occitane, Paris, PUF (coll. Que sais-je ?), 1994, 128 p.

    [6]Les mots d’origine populaire appartenant au fond primitif de la langue sont les mots français authentiques qui sont les mots latins transformés par les Gallo-Belges et les Gallo-Francs romanisés du nord de la Loire entre le VIe et le Xe siècle, les ancêtres des Français ethniques du nord de la Loire, c’est-à-dire tous les locuteurs de langue d’oïl : Picards, Normands, Bourguignons, Wallons, Champenois, Franciens, Angevins, Bretons de dialecte gallo, Lorrains, Francs-Comtois et puis aussi Berrichons, Poitevins, Saintongeais et Lyonnais, Dauphinois, Savoyards, Suisses romands (pour ces quatre derniers groupes, le franco-provençal s’apparente plus à la langue d’oïl qu’à la langue d’oc).

    [7]  D’une question étymologique, Fichte en a fait une question de haute politique et même de civilisation dans ses Discours à la nation allemande prononcés en 1808 à Berlin alors que la Prusse était occupée par les Français. Le grand philosophe voyait dans l’Allemand le seul être perfectible, capable d’éducation et de culture sur la terre, entre autres raisons, parce  que le Français et le néo-latin en général étaient incapables de culture à cause de leur langue transformée. Le néo-latin aurait donc perdu tout contact avec la langue primitive, le français, à l’instar de l’espagnol, du roumain de l’italien, de l’occitan, du rhéto-roman, du portugais n’est en effet que du latin vulgaire transformé phonétiquement avec quelques emprunts savants au latin et au grec à partir du bas Moyen Âge, comme nous venons de le voir. La langue allemande, en revanche, est la même depuis 2000 ans, l’Allemand sent donc les mots qu’il emploie alors que le Français et le néo-latin, non, à moins qu’il soit un latiniste accompli. La thèse de Fichte n’est pas sotte. Pour la défense du latin dans les débats en France en 1920 (nous donnons un peu plus loin le lien vers la transcription du fameux débat à la Chambre d’octobre 1922 avec Léon Daudet), on excipait de ce raisonnement de Fichte. 

    Pour apprendre l’allemand, il suffit d’apprendre 1000 radicaux, c’est pareil en sanskrit, en grec et en latin pour connaître toute la langue.
    La langue allemande résulte d’une combinaison entre tous ces radicaux et puis de préverbes, suffixes, préfixes: bringen, abbringen, verbringen, ausbringen, aufbringen, etc., c’est identique en latin : effero, affero, aufero, infero,confero, etc.
    En français, qui peut dire aujourd’hui, comme dit Antoine Meillet, le rapport entre « devoir », « dette », « débiteur », « débit »? Il faut se reporter au latin pour comprendre les rapports que soutiennent entre eux les mots français et faire le départ entre formations vulgaires et savantes. L’Allemand comprend lui incontinent tous les mots qu’il emploie, c’est pour cela qu’il serait capable de culture plus facilement. 
    La thèse de Fichte est à la fois extravagante et éloquente. Il faut sentir les mots pour exprimer sa pensée. Pour l’Allemand, cela est naturel, pour le Français et le néo-latin, non.

    [8] François Waquet, op. cit., p. 26, voir aussi les informations réjouissantes que nous donne Mme Waquet p. 221 et 222 sur les zélateurs du latin pour l’apprentissage du français, ce qui est en revanche inquiétant, c’est que Mme Waquet donne le sentiment de prendre ces personnes pour des demeurés et des attardés. Voici en tout cas ce que l’on a souvent disait pour défendre le latin : « le sujet parlant français qui ignore le latin est linguistiquement un enfant trouvé » ou « il y a péril à compter sur l’enseignement du seul français pour apprendre le français ».

    [9]Ibid., p. 237

    [10] Cité dans Gerhart Wollf, Deustche Sprachgeschichte, op. cit., p. 202 : « Die ganze allgemeine und höchst schändliche deutsche Sprachverhunzung zeugt von bornirtestem Unverstand: ihre Haupthandhaber sind die Löhnlinge der Buchhändler und die Zeitungsschreiber: ihren letzten Grund aber hat sie in der mehr und mehr einreißenden Unkenntniß der alten Sprachen. Durch diese nämlich lernt man es mit dem Werth und der Geltung jedes Wortes scharf und genau nehmen; zumal leistet dies das Lateinschreiben. Unsere Sprachverbesserer sind gewiß, (mit höchst wenigen Ausnahmen) unfähig, ohne Hülfsmittel einen fehlerfreien lateinischen Brief zu schreiben. Aus der selben Quelle kommt die Infamie, daß Griechische, ja Lateinische Autoren mit deutschen Erklärungen herausgegeben werden: was auch vorgeschützt werden mag, der wahre Grund ist, daß der Herausgeber nicht Latein schreiben kann, und die Schüler nicht fertig und leicht Latein lesen können, sondern wie Schusterjungen es in der Muttersprache haben wollen. Auf Schulen sollte sogar der Besitz solcher Editionen verboten seyn. Das Jahr 1848 mit seinem saubern Treiben hat einen Saamen von Unwissenheit unter den Gelehrten ausgestreut, nachdem die Hegelei den Boden dazu gepflügt hatte, und jetzt steht die Saat in Blüthe. Man merkt es an allen Ecken und Enden: das Cigarrenrauchen, politisiren und Eisenbahnfahren ist an die Stelle ernster Studien getreten und die gelbgerauchten, langbärtigen Brillengesichter mit leeren Köpfen wagen es über die Zopfzeit zu spotten, in der die größten Geister gewirkt haben und gründliche Kenntniß der alten Sprachen allgemein war. Der hohe Werth des Studiums der alten Sprachen beruht zum Theil darauf, daß wir lernen vor Grammatik und Lexikon Respekt haben: wäre es mit Ersterem bei den meisten unserer Sprachverbesserer nicht so elend bestellt; so würden sie nicht so freche Eingriffe in die Regeln und Wörter der Deutschen Sprache thun”


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  • 8 commentaires




    […] À propos de notre déchéance, préférons l’analyse de Veysseyre concernant la destruction de l’exigence sociale et éducative comme moyen d’implosion des sociétés traditionnelles post-45. Sa théorie faite d’amertume et de réalisme selon laquelle la destruction méthodique a été opérée dans ce pays par des sous-prolétaires montés trop vite en grade pendant les 30 Glorieuses, sans satisfaire les exigences anthropologiques traditionnelles nécessaires (culture, conscience des héritages, bon goût, vertueux) donc, est à impatroniser au sein de la droite radicale. […]


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    Des sous-prolétaires ? D'accord. Les bourgeois soixante-huitards et les énarques (nombre de prolétaires proche de 0 %) sont innocents donc. Comme Giscard, comme Fabius, comme Rocard, comme Rothschild. C"est Dupont-Durand paysan du terroir qui est coupable, je l'ai toujours dit.


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    À M. Rouanet : puisque c'est par erreur que vous avez répondu sur l'autre page, je reviens ici. Dire prolétaire pour désigner ceux qui n'ont pas reçu la culture classique c'est je crois se tromper sur le sens de ce mot. Et donc accuser malgré soi d'être resplnsables de la décadence ceux qui n'ont aucune influence politique, médiatique ou autre, comme Dupont-Durant. Mais acceptons le choix hautement périlleux de ce mot toutefois : Mitterrand, Jack Lang, Badinter, personnes ayant toutes un niveau culturel élevé, sont-ils resplnsables oui ou non de l'évolution du pays davantage qu'in paysan qui n'a pas fait d'études ? Je crois que oui.


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    "Mitterrand, Jack Lang, Badinter, personnes ayant toutes un niveau culturel élevé, sont-ils responsables oui ou non de l’évolution du pays davantage qu’un paysan qui n’a pas fait d’études ? Je crois que oui." Il y a différentes échelles de responsabilité en effet. La responsabilité du paysan est bien plus basse, selon s'il coopère aux délires médiatiques notamment. En revanche, je ne trouve pas les abrutis susmentionnés très "cultivés" (sic). S'ils l'étaient ils ne détruiraient pas notre héritage et ses richesses inestimables. Ils connaissent surtout les délires de travelot et la dégénérescence je crois.


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    Hélas, des gens comme François Mitterrand(et aussi son neveu Frédéric d'ailleurs) ont une véritable culture classique. M. Bourbon l'a dit plus d'une fois lui-même. Or voyez ce que fut leur œuvre. Et si des hommes comme Badinter, Fabius ou Lang (ou Mélanchon) ne vous paraissent pas cultivés, il est à craindre que peu de gens soient cultivés alors. Je vous conseille de demander à ceux en qui vous avez confiance si ces hommes sont ou non cultivés. Car, hélas, on peut avoir une grande culture classique, et pourtant mener une politique désastreuse. Le mécénat des Rotschild est fameux aussi : encore une fois, la culture classique est importante, certes, mais elle n'est pas la pierre de touche du bon et du mauvais. La culture n'est pas rien, mais elle n'est pas tout. Et les gilets jaunes qui se sont fait éborgner pour une cause que je tiens pour hautement estimable n'étaient pas tous des érudits : ils venaient souvent du petit peuple des provinces peu diplômé (certes pas toujours). Petit peuple qui peut dire, penser et faire ce qu'il veut, ou même se faire crever les yeux, ou pourquoi pas se faire tuer demain : les grands noms de la république n'en tiennent aucun compte et n'en dorment pas moins tranquillement. C'est tout le sens de La Traversée de Paris (Claude Autan-Lara). Du moins est-ce ce que je vois, en demandant que sinon on me dise où je me trompe.


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    « Mitterrand est un homme de culture. » - Émile Biasini, directeur de la rénovation du Louvre et futur secrétaire d'État aux grands travaux. Je vous assure qu'à ce niveau c'est un compliment incontestable. M. Bourbon vous dira lui-même ce qu'il en fut là-dessus. Et on pourrait en dire autant pour maints autres. Saint Thpmas d'Aquin (Summa th., p 3 q 47 a 6) explique combien la faute du peuple est moindre que celle de ses chefs (quant à la crucifixion, mais ce cas a valeur d'exemple général).


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    Le niveau de culture d'un homme n'est pas son opinion sur la politique. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jack_Lang « Œuvres L'État et le théâtre, LGDJ bibliothèque de droit public, 1968 Le plateau continental de la mer du Nord. Arrêt de la Cour Internationale de Justice 20 février 1969, LGDJ bibliothèque de droit international, 1970 Éclats (avec Jean-Denis Bredin), éditions Jean-Claude Simoën, 1978 Demain, les femmes, Grasset, août 1995 Lettre à André Malraux, Éditions no 1, novembre 1996 François Ier, Perrin, octobre 1997 Les Araignées, Pocket, 2000 La politique, d'où ça vient ? L'origine de l'État, les fondements de la République, la genèse de l'impôt (avec Odon Vallet et Gaëtan de Séguin des Hons), Flammarion, août 2000 Qu'apprend-on au collège ? Pour comprendre ce que nos enfants apprennent (avec Claire Bretécher), XO éditions, janvier 2002 Anna au muséum, Hachette Jeunesse, avril 2002 Laurent le Magnifique, Perrin, août 2002 (ISBN 978-2-262-01608-1) Une école élitaire pour tous, Gallimard, septembre 2003 Un nouveau régime politique pour la France, éditions Odile Jacob, août 2004 Nelson Mandela : leçon de vie pour l'avenir, Perrin, janvier 2005 – (ISBN 978-2-262-02194-8) Changer, livre programme pour 2007, Plon, 1er septembre 2005 Immigration positive, avec Herve Le Bras, éditions Odile Jacob, 2006 Faire la révolution fiscale, Plon, 2006 Demain comme hier, avec Jean-Michel Helvig, Fayard, 2009 La Bataille du Grand Louvre, Réunion des musées nationaux, 2010 Ce que je sais de François Mitterrand, Le Seuil, 2011 François Mitterrand, fragments de vie partagée, Le Seuil, 2011 Pourquoi ce vandalisme d'État contre l'École : lettre au Président de la République, Éditions du Félin, 2011 Michel-Ange, avec Colin Lemoine, Fayard, 2012 Ouvrons les yeux - la nouvelle bataille du patrimoine, HC éditions, 2014 Dictionnaire amoureux de François Mitterrand, Plon, 2015 Pouvoir & faire, avec Patrick Bouchain, Actes Sud, 2016 La langue arabe, trésor de France, Le Cherche Midi, 2020 »


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    Estimé jeune homme, qualifier déjà de « sous-prolétaires » des notables ou même de très grands bourgeois est une atteinte à la langue française, étonnante de la part d'un homme qui comme vous est conscient du rôle de la culture. Le seul sens de ce mot se rapporte, depuis l'Antiquité, à l'absence richesse et au non payement dz l'impôt des couches aisées (le cens). Vérifiez donc. https://www.cnrtl.fr/definition/prolétaire Admettons toutefois cette entorse au vocabulaire, malgré ses conséquences logiques : celui qui prétend que Mélanchon ou Mitterrand ne sont pas cultivés ne nuit qu'à l'estime que l'on pourrait sinon lui porter pour sa compréhension du monde réel. Vous devriez le savoir : écoutez donc M. Bourbon, vers 1:20:00 ou vers 1:45:00. https://odysee.com/@RIVAROL:6/ENTRETIEN_N_42_2021-06-12:3 Ou, vers 1:46:00, l'aimable M. Rouanet qui dit que la responsabilité première repose sur les épaules des dirigeants politiques. Vous m'avez refusé trois commentaires, que je crois pourtant dépourvus d'injures et argumentés, comportant par exemple une liste des œuvres de Badinter (dont les titres à eux seuls impliquent sinon une grande érudition du moins une culture bien au dessus de la moyenne) ou une citation d'un responsable du Louvre qualifiant Mitterrand d'homme de culture. C'est dommage, certes. Mais c'est dommage pour vous seulement. L'exactitude semble n'être prisée de certains que lorsqu'elle atteint les juifs : je pense que vous n'êtes pas de ceux qui ont une telle attitude, et considère comme un regrettable accident cet entêtement que vous manifestez à tordre la langue française pour ne pas voir l'éléphant qui marche dans le couloir.


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