• Sous le soleil d’Oc : de la Terra Romana au militantisme occitan des MM. Mistral, Maurras, Alibert, Fontan, etc



    Du chant des troubadours à l’entre-deux félibre, aux symboles de l’Occitanie

  • Histoire poétique, identitaire, militante et politique d’un Sud gaulois en quête d’affirmation
    Occitanie ou Midi ? Héritage distinct et commun !

    ⁂ Arène d’un occitan d’Occident

    DOSSIER SPÉCIAL — Oyez lecteur enraciné, fils du soleil et des pierres blondes, voici que s’ouvre devant vous la grande fresque d’un Midi charnel et spirituel, battu par les vents de l’Histoire et parfumé de thym, de mer salée. Nous allons, pas à pas, remonter le fil d’une identité qui, bien qu’érodée par la marée jacobine, n’a point disparu : elle palpite encore, farouche et fière, dans les vers de Mistral, les combats félibréens, les chansons des troubadours et même dans les luttes politiques récentes.

    Ce pays que l’on nomma jadis País d’Òc, socle méditerranéen d’une France latine, se trouve à la croisée des Pyrénées, de la Méditerranée et du Rhône ; il tient à la fois de la Romanité antique et des fidélités locales, opposant parfois, et depuis des siècles, la France du Midi à celle du Nord. Ô, combien d’affrontements larvés ou déclarés, de rivalités linguistiques et doctrinales, de querelles entre les « deux Frances » ! Ici pourtant, à l’ombre des clochers romans, des bastides et des oliviers, se forgea une civilisation européenne, particulière, originale, laquelle n’a cessé de s’affirmer tantôt par la poésie, tantôt par la politique.

    Sous nos pas, c’est tout un monde — linguistique notamment — que nous allons ressusciter : l’éclat des troubadours et leur fin’amor, les fiers félibres défiant le Paris de la IIIe République, les figures nationalistes du XXᵉ siècle entre Maurras et Alibert, jusqu’aux soubresauts plus récents, entre occitanisme militant et recompositions électorales. Cette odyssée méridionale, à rebours des clichés « folkloriques », témoigne d’un attachement viscéral au sol, à la langue, à la foi et à la mémoire des aïeux.

    « Des Alpes aux Pyrénées et la main dans la main.
    Poètes, relevons-donc le vieux parler roman ! C’est là le signe de famille… »

    — Frédéric Mistral, Les Îles d’or

    Ni droite, ni gauche, identitaire et sociaux !

    🚨 Avertissements !

    • Si ce papier s’avère certes « méridional », sachez que son schéma s’applique universellement à tout provincialisme charnel — séparatiste ou non —, seules la virtualité raciale, culturelle et linguistique diffère ! Ainsi, un breton ou un lorrain peut le lire pour s’en inspirer, sans renier ses particularités propres.
    • Aussi, le provincialisme ne ruine pas le nationalisme, de même que l’impérialisme peut amener à lui les nations constitués. Au contraire, bien ordonné, ledit régionalisme vient enrichir le Tout, en donnant des assises organiques à la Grande Nation, et/ou à la Grande Europe — ou encore, en proclamant, le cas échant, en effet, son indépendance.

    🎙Antenna I.O. Vox Frequencia

    Heil Okzitanien! Okzitanien über alles!


    ☧ Lexique de poète enraciné

    👉 Ces vocables, loin d’être de simples curiosités, forment les pierres d’angle d’une identité que les siècles ont pétrie, et dont le regain passe par la langue et la mémoire.

    🪢 Cordatge terminologic, per balhar al lector las claus de nòstre debat, dins lo parlar d’òc amb sos equivalents en lenga francesa, en rendant l’aromat pròpri d’aquela civilizacion mediterranèa e romanizada.

    Occitània (Occitanie) : Ensemble géographique et culturel du País d’Òc, du Limousin aux Pyrénées, ancré dans la romanité méditerranéenne.

    País d’Òc (Pays d’oc) : Appellation populaire désignant l’Occitanie traditionnelle.

    Lenga d’Òc (Langue d’oc) : Langue romane héritée du latin parlé, où « òc » signifie « oui ».

    Grafia classica (Graphie classique) : Orthographe unifiée de l’occitan moderne — influençant jusqu’au portugai —, utilisée dans l’enseignement et la militance.

    Felibritge (Félibrige) : Mouvement littéraire fondé en 1854 par Frédéric Mistral pour la renaissance de la langue et de la culture méridionale.

    Trobador / Trobairitz (Troubadour / Poétesse médiévale) : Poètes lyriques du XIIᵉ siècle, fondateurs de la fin’amor.

    Paratge (Parage) : Idéal médiéval d’honneur et d’égalité de dignité entre les individus.

    Convivéncia (Convivence) : Art de vivre ensemble, marqueur du génie social méridional.

    Fin’amor (Amour courtois) : Tradition poétique et morale de l’amour noble et pur chanté par les troubadours.

    Jòi d’amor (Joie d’amour) : Allégresse issue de l’amor cortés. Amour courtois.

    Calandreta (Petite alouette) : Réseau d’écoles immersives occitanes fondées en 1979.

    Amassada (Assemblée) : Réunion populaire ou militante dans la tradition communautaire occitane.

    Colonialisme interior (Colonialisme interne) : Notion dénonçant la centralisation française au détriment des provinces méridionales.

    Jacobinisme (Jacobinisme) : Centralisme parisien issu de la Révolution française, hostile aux particularismes locaux.

    Autonomia (Autonomie) : Pouvoir régional élargi dans un cadre national.

    Independença (Indépendance) : Souveraineté politique réclamée par certains mouvements occitanistes.

    Estatut d’autonomia (Statut d’autonomie) : Texte institutionnel accordant des compétences propres à une région.

    Volèm viure al país ! (Nous voulons vivre au pays !) : Slogan identitaire du mouvement occitan.

    Gardarem lo Larzac ! (Nous garderons le Larzac !) : Cri de ralliement des luttes paysannes occitanes contre l’armée (années 1970).

    Òc per l’occitan ! (Oui pour l’occitan !) : Devise militante pour l’enseignement et la reconnaissance de la langue.

    Lucha Occitana (Lutte occitane) : Groupe révolutionnaire né en 1971, dans la mouvance paysanne et régionaliste.

    Partit de la Nacion Occitana (PNO) (Parti de la Nation Occitane) : Formation indépendantiste fondée en 1959 autour de François Fontan.

    Partit Occitan (POC) (Parti occitan) : Parti autonomiste lancé en 1987, proche de la gauche fédéraliste.

    Bastir Occitanie (Bâtir Occitanie) : Mouvement citoyen et électoral pour une décentralisation radicale.

    Conselh de las lengas regionalas (Conseil des langues régionales) : Instance récente chargée de suivre l’application de la loi Molac.

    Estivada (Festival d’été occitan) : Manifestation culturelle majeure organisée à Rodez, célébrant langue et arts occitans.

    Hestiv’Òc (Festival gascon de Pau) : Rencontre festive mêlant musique, théâtre et culture gasconne.

    Jornalet (Petit journal) : Quotidien numérique en langue d’oc.

    Biais de viure (Manière de vivre) : Art de vivre méridional, entre convivialité et enracinement.


    ☩ Anciennes écoles, élogieuse ou hostile

    « Est igitur super quod gradimur idiōma tractando, trifarium, ut superius dictum est, nam alii Oc, alii Sì, alii vero dicunt Oïl. »
    « Il existe donc, s’agissant de l’idiome que nous examinons, trois formes, ainsi qu’il a été dit plus haut : les uns disent Oc, d’aucuns Sí, d’autres enfin Oïl. »
    Dante Alighieri, De Vulgari Eloquentia, Livre I, chap. IX, éd. Giovanni Battista Giuliani, Le Opere Latine di Dante Alighieri, vol. I, Florence, Successori Le Monnier, 1878. https://la.wikisource.org/wiki/De_Vulgari_Eloquentia/Liber_I

    «Le Félibrige porte l’idée d’un Midi unitaire, «des Alpes aux Pyrénées», dira Mistral : c’est son espace de référence, tel que le définissent les préambules des statuts, quel que soit le nom qu’ils lui donnent : la Provence du premier statut de 1862 est synonyme de «Midi tout entier», dit l’article 1. En 1876, c’est de Midi (Miejour) qu’on parlera, avant que le statut de 1911 introduise un vocable nouveau, «Occitanie».».
    «Les Provençaux fournissaient 51% des noms cités entre 1861 et 1870, au moment donc où ils font littéralement main basse sur le concours «néo-roman». La décennie suivante, ce chiffre descends à 46%. À la fin de la période (1900-1914), il est tombé à 17%. Les Languedociens ont conquis le terrain perdu, et entre 1900 et 1914 ils représentent 73% des noms cités. Inexistants au départ, les Gascons arrivent de leur côté à 7%. Seul le Nord brille par son absence, malgré la présence occasionnelle du Limousin (l’abbé Joseph Roux) ou d’un Dauphinois (Ernest Chalamel).»
    — Philippe Martel, Les Félibres et leur temps – Renaissance d’oc et opinion (1850-1914), sortie en 2010.

    « Je pris la résolution : premièrement, de relever, de raviver en Provence le sentiment de race que je voyais s’annihiler sous l’éducation centralisatrice ; deuxièmement, de rendre la parole au peuple en lui rendant la langue des aïeux ; troisièmement, de relever, avec l’idiome, l’amour de la Patrie locale ; enfin, de rappeler à la Nation française que, dans ses Provinces méridionales, vit toujours la vieille Race d’Oc, sœur latine de la Race d’Oïl. »
    Frédéric Mistral, Mémoires et récits, Paris, Charpentier, 1906, p. 31. (OpenEdition Journals)

    « Ceux qui l’attaquent [Mistral] en prétextant l’intérêt de la langue française s’en soucient comme de leur première chemise ; ils ne se souviennent de défendre l’esprit français contre aucun des agents du cosmopolitisme. Ce brusque amour de la Patrie leur remonte au cerveau contre le seul Mistral ; il a éclairé les choses telles qu’elles sont et révélé, par la Provence, l’âme latine de la France. »
    Charles Maurras, Mistral, in Enquêtes d’Action française, Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1909, p. 130. (OpenEdition Journals)

    « Je viens de parcourir le manuscrit d’un jeune poète de Maillane ; il se nomme Frédéric Mistral ; c’est notre Homère méridional : rien de plus frais, de plus large, de plus épique que son chant rustique Mirèio… Il arbore, dans toute son indépendante fierté, le drapeau du Midi, mais il le plante au fronton du temple français. »
    Alphonse de Lamartine, Cours familier de littérature, t. XIV, Paris, chez l’Auteur, 1862, p. 312. (Google Livres)


    «J’aime ma province plus que ta province,
    J’aime mon village plus que ton village,
    J’aime la France plus que tout.»
    Pierre Lasserre – Frederic Mistral (citation de Felix Gras).

    «La petite patrie vient avant la grande.»
    Vers de Jasmin.

    «L’identité provinciale doit être développée dans tout ce qui n’est pas contraires à l’identité nationale (…) dans la mesure exacte où ce que l’on présente comme étant l’identité nationale correspond réellement à la vocation profonde du pays.»
    Alain Texier – Revue Civitas n°25, septembre 2007.

    «Parlons français avec amour, avec orgueil. Mais, provinces de France, avec non moins d’amour, parlez vos idiomes : ce sont autant de perles et de bijoux que la France porte dans le monde ! Vous, Provençaux parlant provençal, vous pensez en Français, vous agirez toujours en Français tout autant pour le moins que les Français de Normandie et de Picardie.»
    Mgr Hazéra, Gascon d’origine, dans Lou Gau de juillet 1898.

    «Ce ne sont pas les Français qui gouvernent les Français, leurs frères et leurs égaux, ce sont des francs-maçons tyranniques et sectaires qui cherchent à étouffer les veilles qualités de la race pour élever, sur les ruines de la Foi Chrétienne idéale et consolante, le Temple de la Raison pour le culte de la chair toute nue, et le triomphe des passions bestiales (…). Si nous avions gardé franchement notre langue, nos traditions et la force qui vient à un peuple de la religion qui maintient son patriotisme, nous pourrions espérer faire revivre l’Empire du Soleil, celui des rêves de Mistral et de tout le Félibrige.»
    Abbé Imbert, Lou Rampéu, mai 1907.


    «Mais il n’y a pas à dire le nord est plus intéressant. Le Nord nous a vaincus, le Nord l’emporte en toutes choses : en armes, en sciences, exercice de la pensée. Le Nord ne bavarde pas. Le Nord est plus fort. La légèreté méridionale nous a coûté assez cher. La jeunesse intelligente ne se tourne donc pas vers le Midi.»
    Édouard Conte – Écho de Paris, 30 juin 1896.

    « Zone Sud, zone peuplée de bâtards méditerranéens  dégénérés, de nervis, félibres gâteux, parasites arabiques, que la France aurait tout intérêt à jeter par-dessus bord. Au-dessous de la Loire, rien que pourriture, fainéantise, infects métissage négrifiés. »
    Louis-Ferdinand Céline exagère, saluant l’Occupation de la « Zone Libre » en 1942.

    «Maurras était prêt à livrer pour un temps indéfini, pour toujours même, Paris et 40 départements français, à la condition qu’il conservât bien à lui une France d’oc, de quinze millions d’habitants, où l’on compterait vite deux à trois millions de Juifs bien nés que l’on rééduquerait par le félibrige et la fière armée de Port-Tarascon, où l’on mitonnerait pendant deux ou trois siècles la future guerre germano-marseillaise.»
    Lucien Rebatet – Les décombres.

    «Les hommes du Nord étaient plus vaillants, mais aussi plus barbares ; les hommes du Midi plus ingénieux, mais plus amollis. Ils se regardaient réciproquement les uns comme des sauvages, les autres comme des bouffons.»

    «La muse provençale s’endormie sur les fleurs de son heureux climat ; elle s’enivra de sa douce harmonie ; elle se fît des voluptés facile et énervantes, comme ces parfums au milieu desquels se berce la somnolence des Orientaux. Elle dédaigna trop la mâle et austère pensée, cette base solide de toute poésie durable.»

    «La poésie française ne devrait pas demeurer entre les mains frivoles de ces poètes du Midi.»
    Demogeot, Histoire de la littérature française, 1878, chez Hachette.


    «Nous demandons la tête de tous les félibres et autres partisans de la résurrection des dialectes disparus. Il s’agit de notre langue et presque de notre nationalité. (…) Ce n’est pas sans raison que l’Allemand réclame comme allemandes toutes les terres où sonne le ja»
    Gustave Rousselot, Brochure «À bas les félibres», mai 1894.

    Dénonciation d’une diffusion dans le peuple des : «nuages du fanatisme et l’ignorance dont une révolution glorieuse et nécessaire nous a délivré pour toujours»
    Reynier en 1833, maire franc-maçon contre  Mgr Mazenod, futur évêque de Marseille.


    «Le Félibrige intéresse tous les pays de langue d’oc : à ce titre la Revue de Gascogne doit se reprocher d’en avoir à peine jusqu’ici prononcé le nom.»
    Abbé Léonce Couture, Revue de Gascogne, 1879.


    📽️ Documentation audiovisuelle


    Σ Plan d’attaque par manche

    💠 I. Histoire occitane : une assise romane et méditerranéenne
    ⚔️ II. Les deux Frances : rivalités septentrionales et méridionales
    🎻 III. Félibrige, Mistral et troubadours : renaissance poétique et identitaire
    🏛 IV. Nationalisme méridional : de Maurras à Alibert
    🚩 V. Occitanisme politique (Fontan et Lafont) et militantisme contemporain
    📜 VI. Figures, lexique et mémoire : un tableau d’ensemble

    Histoire du Sud français, attache identitaire, combats félibréens,
    nationalistes de la Seconde guerre mondiale et occitanistes contemporains...

    💠 I. Histoire occitane : une assise romane et méditerranéenne

    De la Gaule sous la Loire à l'Empire romain

    Ô lecteur imprégné des senteurs du thym et du romarin, qu’il nous soit permis d’ouvrir ce premier chapitre comme on entrouvre une porte ancienne, celle des bastides et des collégiales qui bordent encore la Garonne et le Rhône. L’Occitanie historique n’est point un simple « découpage administratif » de nos jours : elle est considérée comme étant ce vaste tiers méridional de la France, charpenté par les vallées du Limousin, la plaine toulousaine, les crêtes pyrénéennes et les rivages méditerranéens, tel un amphithéâtre ouvert sur Rome et l’Espagne.

    Elle s’est formée sur le socle d’une romanité persistante, héritée des civitates antiques, renforcée par l’œuvre monastique et les routes du commerce méditerranéen. À rebours de la France du Nord – terra celtica, germanica, romana – l’Occitanie se revendique davantage latine : ses dialectes d’oc, du gascon au vivaro-alpin, sont les rejetons d’un latin populaire demeuré souple, plus proche des parlers italiens ou catalans que des langues d’oïl.

    Dès le XIᵉ siècle, l’axe Bordeaux–Toulouse–Limoges se fit le corridor vital d’une culture qui respirait Rome et la mer intérieure. À Limoges (socle pieux), Bernart de Ventadorn modulait ses vers, tandis qu’à Toulouse (socle politique), Peire Vidal clamait les fastes de l’amor cortés ; tandis que Bordeaux resta longtemps  socle économique. Loin de Paris et de son carcan naissant, ces troubadours – trobadors e trobairitz – affirmaient une identité linguistique et spirituelle propre, tissant un réseau culturel pan-méditerranéen.

    Cette assise méridionale, adossée au Sud de la Loire, mais aussi aux Pyrénées et aux Alpes, n’est point simple folklore : elle témoigne d’une continuité qui court de la Provence mistralienne à la Gascogne gasconne, en passant par la vivacité toulousaine. Elle repose sur la lenga d’òc, ciment discret et tenace, qui fit — hélas — du Midi/Occitanie plus une province de civilisation qu’une entité politique.


    ⚔️ II. Les deux Frances : rivalités septentrionales et méridionales

    Gaules, Royaumes, ère industrielle, etc

    Ici, lecteur, surgit la vieille fracture qui divise l’Hexagone en deux pôles parfois antagonistes : d’un côté, la Gaule celtique, drue et brumeuse, qui se mua en France d’oïl entre latinité et germanité; de l’autre, la Gaule romanisée, ouverte au soleil, matrice du País d’Òc — certes également germaine par les Wisigoth, anciennement « gauloise » aussi.

    La ligne Saint-Malo–Genève, chère aux géographes, fut longtemps tracée comme un fossé mental et culturel. Au nord, la rigueur terrienne, la langue d’oïl martelée par l’Île-de-France ; au sud, une France latine, nourrie de commerce fluvial, de moines bénédictins, de clochers romans. Ces deux Frances se coudoient et se heurtent : l’une se prétend capitale et « universelle », l’autre réplique par l’enracinement et la fidélité à ses racines méditerranéennes.

    Suite au massacre des cathares, saint Louis recoud certes les plaies en choisissant sa Marguerite de Provence, avant d’agrandir le port croisé d’Aigues-Mortes.
    Dans l’autre sens, la centralisation monarchique (Richelieu, Louis XIV) puis républicaine (Révolution, Napoléon, IIIe République) vint intensifier ce clivage. Paris devint le centre dévorant, happant l’Occitanie comme une province soumise, imposant sa langue et son modèle « attirant ». Pourtant, chaque réaction méridionale – des Croisades contre les Albigeois jusqu’aux félibres – s’inscrit dans cette dialectique séculaire : défendre son sol, sa langue, son héritage, contre l’uniformisation, septentrionale !

    Les félibres, au XIXᵉ siècle, n’eurent de cesse de rappeler que la grande patrie France n’est point une tabula rasa, mais la juxtaposition de petites patries charnelles, provinciales, régionales, plus enracinées.
    Ainsi, parler occitan, ce n’est pas forcément « s’opposer » à la France, mais rappeler que celle-ci ne saurait se réduire à la froideur d’un jacobinisme sans terroir. En vérité, l’équilibre entre « nordistes et sudistes », entre Paris et Toulouse, fut toujours la clef d’une (double ?) France entière.

    Dans ce choc des « deux Frances », l’Occitanie demeure l’héritière première de Rome, davantage sœur du Piémont et de la Catalogne, bastion du soleil face aux brumes hyperboréennes. Elle incarne, pour qui sait voir, la France des oliviers et non celle des betteraves !


    🎻 III. Félibrige, Mistral et troubadours : renaissance poétique et identitaire

    De l'anthopologie ethnique et culturelle à la mission nationale et universelle

    Ô lecteur, contemple ici l’envolée d’une renaissance méridionale ! Lorsque le souffle du centralisme républicain, à la fin du XIXᵉ siècle, voulut étouffer jusqu’aux syllabes d’oc dans les écoles de Jules Ferry, surgit alors une riposte aux accents lyriques : le Félibrige.
    Fondé en 1854 à Maillane par Frédéric Mistral et six compagnons, ce mouvement réunit largement poètes, érudits et patriotes du Midi autour d’un même idéal : restaurer la langue naturelle du pays, exalter ses fêtes, ses costumes, ses refrains, bref, rallumer dans les âmes le feu latin que Paris jugeait archaïque.

    Le Félibrige n’était point simple nostalgie ou conservation. Il se voulut vivre, en art et en doctrine, où la lenga d’òc devint instrument de résurrection communautaire et symbole d’autonomie morale. Mistral, dans Mirèio ou Calendal, érigea la Provence en Homère méridional, tandis que les grands noms de Roumanille et d’Aubanel codifiaient le parler du peuple. Cette poésie, à la fois rustique et savante, conquit même les cénacles parisiens, à tel point que Mistral reçut le prix Nobel en 1904 – victoire éclatante pour un poète qui n’écrivait « que » dans sa langue du Midi !

    De ce Félibrige jaillit un imaginaire puissant : celui d’un Midi qui ne plie point devant la table rase jacobine — il se nourrissait égalemetn du provençal Maurras, du moins dans la première partie de son oeuvre. Plus encore, les félibres infusèrent à leur art une dimension religieuse et monarchique : chants au Christ, processions locales, fidélité aux autels anciens. Le Félibrige fut ainsi le chaînon entre l’épopée médiévale des troubadours et la défense moderne des « petites patries » face à un État de plus en plus opresseur et niveleur.

    « Les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent haut. »
    « Les cinq doigts de la main ne sont pas tous égaux. »
    « La Provence chante, le Languedoc combat ».
    Frédéric Mistral.

    «Je pris la résolution : premièrement de relever, de raviver en Provence le sentiment de race que je voyais s’habiller sous l’éducation fausse et antinaturelle de toutes les écoles ; secondairement de provoquer cette résurrection par la restauration de la langue naturelle et historique du pays, à laquelle les écoles toutes font la guerre à mort ; troisièmement, de rendre la vogue, du provençal par l’influx de la flamme de la divine poésie.»
    Frédéric Mistral, Mémoires et récits (prononcé en 1851).

    «Provençaux et catholiques,
    Notre foi, notre foi n’a pas failli ;
    Chantons tous tressaillant,
    Provençaux et catholiques.»
    Frédéric Mistral, Mémoires et récits.

    «Je chante une jeune fille de la Provence,
    Dans les amours de sa jeunesse,
    À travers la Crau, vers la mer, dans les blés,
    Humble écolier du grand Homère, je veux vivre»
    Frédéric Mistral, Mireille, 1859.

    «Vous Seigneur, Dieu de ma patrie,
    Qui naquis parmi les pâtres,
    Enflammez mes paroles, et donnez-moi du souffle.»
    Frédéric Mistral, Mireille, Chant I.

    «L’arbre de la Croix, ô Mireille,
    Sur la montagne de Judée
    Était encore planté, droit sur Jérusalem,
    Et du sang de Dieu encore humide».

     «Il criait à la Cité du crime,
    Endormie là-bas, dans l’abîme,
    Qu’as-tu fais ? Qu’as-tu fais du roi de Bethléem ?»

    «Et le pauvre peuple était triste
    Car il voyait bien qu’il était son Christ
    Celui qui de la tombe, soulevant le couvercle,
    S’était, comme un jeune aigle, élevé dans les cieux.

    «Ah ! on le regrettait, dans la Judée,
    Le beau charpentier de Galilée,
    Le charpentier aux cheveux blancs
    Qui attrapait les cœurs avec le miel des paraboles».
    Frédéric Mistral, Mireille, Chant XI.

    «Ta langue d’or, fille romaine du Peuple-Roi,
    Est la chanson que rediront les bouches humaines,
    Tant que le Verbe aura raison.»

     «Race latine, en souvenance
    De ton destin toujours courageux
    Relève-toi vers l’espérance
    Et fraternise sous La Croix».
    Frédéric Mistral, Mireille (Ode à la Race latine, prononcé à Montpellier, hymne du Midi).

    « Le soleil éclaire le monde
    Et le chauffe et le nourrit…
    Dieu nous garde qu’il se cache !
    Car ce serait la fin de tout !

    Fais briller ta lampe blonde !
    Chasse l’ombre et les fléaux !
    Vite ! vite ! vite !
    Montre-toi, beau soleil. »
    Frédéric Mistral, Les Iles d’or, 1875 (Les Chansons, Hymne au soleil).
    Frédéric Mistral, Les Iles d’or, 1875 (Les Chansons, Hymne au soleil).

    « Seigneur, nous voulons devenir des hommes ;
    En liberté
    Tu peux nous mettre !
    Gallo-Romans, et fils de noble race,
    Nous marchons droit
    Dans notre pays. »
    Frédéric Mistral, Les Iles d’or (V. Les Sirventes : Le psaume de la Pénitence).

    « Des Alpes aux Pyrénées et la main dans la main.
    Poètes, relevons-donc le vieux parler roman ! C’est là le signe de famille,
    C’est là le sacrement qui unit le fils aux aïeux.
    L’homme à la terre ! C’est là le fil,
    Qui tient le nid dans la ramée. »
    Frédéric Mistral, Les Iles d’or (V. Les Sirventes : Aux poètes catalans).

    « D’un vièi pople fièr e libre
    Sian bessai la finicioun ;
    E, se toumbon li felibre,
    Toumbara nosto nacioun »
    Frédéric Mistral, La coupo santo,1867 (chanson).


    🏛 IV. Nationalisme méridional : de Maurras à Alibert

    Le cadre d'une voix particulière et affirmée du Midi, dans une France unifiée, unitaire

    Mais l’idylle poétique ne pouvait suffire. Dès l’entre-deux-guerres, certains méridionaux virent logiquement dans la défense linguistique, grammaticale et culturelle un ferment politique. Ainsi naquit le nationalisme méridional, où l’on retrouve notamment deux figures cardinales des années 1920-30 d’abord : Charles Maurras et Louis Alibert.

    • Maurras, fils de Martigues et maître de l’Action française, s’inspira directement de Mistral. Pour lui, le Félibrige avait « réveillé le Midi », ranimé l’attachement au sol et à la monarchie. Il fit de cette France d’oc l’un des piliers de son nationalisme intégral, voyant dans la Provence et le Languedoc la matrice des vertus paysannes et catholiques qu’il opposait aux fièvres parisiennes.
    • Louis Alibert, quant à lui, porta ce legs sur un terrain philologique. En 1935, sa Gramatica occitana posa les bases d’une graphie classique, d’où sortira plus tard l’Institut d’Estudis Occitans. Ce fut une œuvre savante mais éminemment politique : codifier la langue, c’était armer un peuple contre l’érosion centralisatrice. Barrésien également, il fut, par ailleurs, un ancien adhérant de Collaboration de Alphonse de Châteaubriant, ce qui est tout dire — il fut, notamment pour cela, frappé « d’indignité nationale » en 1944-45 !

    Ce courant connut aussi ses expressions dans les années 1940, où certains félibres en « Zone libre » s’allièrent ponctuellement à Vichy dans l’espoir de voir renaître un Midi, parfois de façon autonome, sous l’aile d’un Pétain lui-même sensible aux accents mistraliens, et ce, bien qu’il vienne du « Haut de France« . Sans caricature aucune, ces tentatives illustrent la convergence entre identité régionale, catholicisme traditionnel et nationalisme français.

    En somme, du Félibrige à Maurras et Alibert, se dessine une ligne de continuité : celle d’un Midi conscient de sa singularité, qui, ne s’opposant pas directement à la France, veut en rappeler la composante latine et méditerranéenne, trop souvent étouffée, négligée ou méprisée par l’ombre longue de Paris…

    « Ceux qui l’attaquent en prétextant l’intérêt de la langue française s’en soucient comme de leur première chemise, eux qui ne se souviennent de défendre l’esprit français contre aucun des agents du cosmopolitisme. Ce brusque amour de la patrie leur remonte au cerveau contre le seul Mistral. (…) Il a éclairé les choses telles qu’elles sont, mais telles que nous ne les eussions jamais comprises sans lui”. »
    Charles Maurras, Mistral.

    «Rien n’est plus joli que notre cause : c’est une nationalité qui veut se conserver par sa langue, en laquelle réside l’âme de notre race, et ce sont des poètes qui sont les apôtres de ce culte absolument inoffensif, je vous le jure, pour l’unité française.»
    «Quand il le voulait, quand cela lui chantait, Mistral écrivait un français admirable, d’une souplesse, d’une harmonie, d’une familiarité et d’une pureté excellente.»
    Charles Maurras, Lettre de Mistral.

    1. «L’évocateur sublime de la France nouvelle que nous voulons restaurer, en même temps que de la France traditionnelle que nous voulons redresser (…) Puisse notre renaissance française trouver en Mistral son guide et son maître, son animateur et son inspirateur.» 2. «Un des résultats tangibles de l’apostolat mistralien fut la part immense qu’il a prise à la naissance du nationalisme français.»
    8 septembre 1940, commémoration du 110e anniversaire de la naissance de Mistral, 1. Marechal Philippe Pétain, 2. Charles Maurras.

    «Vous voyez Paris qui est devenu un lieu quelconque où les juifs et les naturalisés tiennent la première place (…). Il se trouve un poète admirable (Frédéric Mistral) qui a chanté le travail sacré des champs, qui a dit la grandeur de cette vie rustique qui pendant des siècles donna à la France ses vaillants et ses plus solides soldats. On rencontre, malgré tout, des journaux, où l’on écrit moitié anglais, moitié en patois judische pour dire à cet homme : «sans doute vous ne manquez pas de talent, mais vous n’êtes pas assez français pour nous». C’est tout bonnement énorme.»
    Édouard Drumont, La Libre Parole du 11 juillet 1896.

    «Mistral a retrouvé la langue de son pays, et par cette voie restitué un sens en même temps qu’une expression aux contours des rochers, à la physionomie des plantes et des animaux, à la transparence de l’air, à la beauté des nuages, enfin aux mœurs de ses compatriotes. Il a relié à leur terre et à leurs ancêtres les passions de ses contemporains. (…) Il a rendu confiance à l’histoire de sa race, qui allait s’interrompe parce que cette race s’était désaffectionnée d’elle-même. Son œuvre est une magnifique action. Il est le sauveteur d’une société.»
    Maurice Barrès, l’Appel au soldat, 1900.

    «La présence à Paris de Frederic Mistral a ranimé pour une heure le petit cadavre de la poésie contemporaine qui puait depuis quelques temps sur l’état vermineux des marchands de littérature. (…) Ils ne sont pourtant pas toujours faciles à aimer, les Méridionaux. Mais ils sont vivants et pleins de santé, et leur esclaffante folie assez riche pour faire l’aumône à la maussade sagesse des sceptiques hyperboréens.» Ils sont «incontestables survivanciers du monde latin», «la suprême ressource de l’imprescriptible droit d’aînesse des races latines» (…), «L’antique langue provençale, aïeule de toutes les langues méridionales  de l’Occident…» [chanteurs cigaliens et remueurs d’âmes…etc.]
    Leon Bloy, Le Chat noir, mai 1884.

    «Nous voulons la Provence aux Provençaux comme vous voulez la France aux Français.»
    Gaston Méry, La Libre Parole 22 juillet 1896.

    «Une magnifique profession de foi spiritualiste et chrétienne, une protestation énergique contre le matérialisme moderne.»
    Prince de Valori, Gazette de France du 4 mai 1884  (référence à Nerto).

    «L’Homère méridional, le chantre de Mireille, de Nerte et de Kalendal (…) a compris qu’il fallait, en face des sectaires et des doctrinaires du républicanisme, arborer, dans toute son indépendante fierté, le drapeau du Midi.»
    Le journal de Montélimar du 18 août 1889.

    «Les félibres, enrôlés par lui (J. Roumanille) sous la bannière de la croix, ne l’ont point désertée. Les chants qu’ils ont mis sur les lèvres de tout un peuple n’ont revêtu que de nobles pensées ; si l’on blasphème en Provence, comme ailleurs, ce n’est point faute des félibres, et si l’on y loue mieux le Christ et sa Mère, c’est leur gloire. (…) Il est beau surtout de rester fidèle à sa foi monarchique et religieuse en dépit des courants du siècle. (…) Les félibres aiment passionnément la Provence, avec sa riche nature, son Rhône impétueux, ses vieux monuments plein de souvenirs, mais ils aiment encore plus la France, leur grande patrie, et quand ils l’ont vue humiliée et sanglante, les strophes joueuses se sont changées en hymnes de repentir et de supplication.»
    Marie Jenna, Mes amis et mes livres.

    «Nous autres méridionaux, nous sommes également fiers de toutes les gloires de France. Nous admirons la grande partie dans les multiples manifestations de son génie. Nous sommes reconnaissants à toutes les provinces de lui avoir donné les meilleurs de leurs enfants. (…) Nous ne revendiquons que le droit de réserver à ceux qui nous sont propres un culte plus intime et familier. (…) L’amour de la patrie, une et indivisible, est fait de celui des petites patries, de l’attachement par les félibres de l’être à la terre où l’on est né, à la lumière adorable où s’ouvrirent les yeux aux arbres, aux rochers, aux champs, aux cimetières des aïeux.»
    Sextius Michel, La petite patrie.

    «Les patois sont très expressifs, très clairs et très précis. S’ils sont rudes dans le Nord et l’Ouest, ils offrent une extrême élégance dans le Midi. Rien n’est doux et harmonieux comme ce beau dialecte provençal qui exprime les passions les plus vives dans le langage le plus pathétique et le plus entraînant. On parlera toujours le provençal tant qu’il y aura un poète dans cette région et il en existera toujours car l’homme naît dans cette contrée avec une âme vive et impressionnable, sensible à toutes les beautés de la nature.»
    Louis Favre, Patois de la France.


    🚩 V. Occitanisme politique (Fontan, Lafont) et militantisme contemporain

    Pour un nouvel axe Toulouse-Bordeau-Limoges, soit Politique-Économie-Foi rénovés !

    Ô lecteur attentif, la lyre des félibres et les sentences nationalistes méridionales préparent, et ne suffirent pas à contenir l’orage qui suit. Après la Seconde Guerre mondiale, la question occitane se métamorphosa relativement  : des salons lettrés, elle passa aux champs, aux amphithéâtres et aux rues. Ce fut la naissance de l’occitanisme politique — généralement plus radical dans sa prétention « sécessioniste » —, se nourrissant à la fois d’érudition linguistique et de fièvre militante.

    « Gardarem lo Larzac ! » — Cri de ralliement paysan et occitaniste des années 1970

    Dans les années 1960-70, sous l’impulsion de Robert Lafont, François Fontan — le deuxième est un mélange hybride entre Marx et Maurras — et de la jeunesse étudiante toulousaine, l’occitanisme prit une tournure plus combative. Le concept de « colonialisme intérieur », forgé par Lafont, dénonçait une France jacobine exploitant l’Occitanie ancestrale, en tant que province périphérique. De là surgirent Lucha Occitana (1971), groupuscule révolutionnaire allié aux paysans du Larzac, et le Partit Nacionalista Occitan (PNO, 1959), souhaitant l’indépendance sur des bases « ethnistes » fortement intéressantes — bien que parfois bêtement et violemment plus opposé aux français (du nord) qu’aux arabes importés… —, mais hélas dirigées aussi contre la chrétienté, pourtant « sécularisée » alors — en effet, on assiste à l’ère Jean XXIII/Paul VI, et le Midi veut parfois retrouver jusque ses racines cathares-hérétiques…

    Les années 1970 virent aussi fleurir la Nòva Cançon, avec Claude Marti et Mans de Bretòu, dont les chants enflammés devinrent la première bande-son d’un Midi insurgé : « Volèm viure al país ! » résonnait dans les bals folk et les campements militants. Parallèlement, le mouvement pédagogique Calandreta (1979) posait la première pierre d’une renaissance linguistique durable, en immergeant les enfants dans la lenga d’òc dès le plus jeune âge et plus marqué qu’un Geroges Brassens, ou un Kendji Girac… *

    * Comme quoi, il est possible de construire et de relancer charnellement une langue, même les sionistes l’ont fait avec le Yiddish germano-hébreux.

    Des années 1980 aux années 2000, l’occitanisme se « diversifia » pour trahir une nouvelle fois : certains prirent la voie électorale (Partit Occitan en 1987), d’autres radicalisèrent leur lutte (Libertat !, 2009). Si une frange, après avoir été semi-rouge, sombra dans le gauchisme altermondialiste, d’autres voix éparpillées dans les milieux nationaux ou monarchistes – héritières des félibres et de l’Action française méridionale – maintinrent une lecture enracinée, catholique et identitaire, refusant de livrer l’occitanisme aux utopies sans frontière.

    Deux contre-exemples, vil ou imparfait :

    • Comble de l’infamie : le néo-PNO se renomme Partit de la Nacion Occitana en 2004, se régularisant sur le mode bien-pensant, littéralement — moins radical sur tous les sujets, à l’instar du RN ou de la FSSPX se faisant presque FSSP… !
    • Mentionnons enfin, la Ligue du Midi, hélas assez « zemmourienne » créeen 2011 par Richard Roudier, et dont son fils a pris la relève aujourd’hui.

    « Définition de la nation : La nation est l’ensemble des hommes parlant, ou ayant parlé, une même langue, c’est-à-dire entre lesquels existe l’intercompréhension provenant de similitudes phonologiques, grammaticales et lexicales.Il n’y a pas deux individus parlant exactement pareil; dans les limites où les variantes individuelles, locales, régionales, n’empêchent pas l’intercompréhension, existe l’unité linguistique, le ” groupe de parlers apparentés “, l’ethnie. On ne peut s’étonner que le principe d’intercompréhension n’ait pas cette rigueur mathématique dont sont dépourvues les sciences humaines.

    habitant, ou ayant habité, un même territoire, c’est-à-dire une partie de la surface terrestre, ou contiguë, ou dont les parties sont reliées entre elles par la mer. La mer plus qu’une barrière est un lien; la considérer comme une rupture de l’unité territoriale signifierait par exemple qu’il existe nécessairement autant de nations que d’îles danoises, grecques, japonaises, polynésiennes, et que les Turcs de Thrace et d’Anatolie forment deux nations différentes.Le territoire ne correspond pas obligatoirement à des limites naturelles (par exemple, celles-ci sont inexistantes depuis le nord de la France jusqu’à l’Oural), et il n’est appréciable que par l’indice linguistique. La langue a seule une valeur d’indice permettant de déterminer pratiquement quand et jusqu’où il y a nation. »

    Naissance, évolution et mort des nations : « Les nations comme tout organisme vivant ne sont ni éternelles ni immuables; elles naissent, se transforment, puis meurent ou se perpétuent. La naissance, l’évolution et la mort des nations dépendent : de facteurs géographiques, de facteurs internes: composition raciale, natalité et mortalité, invention et adoption des techniques, luttes sociales et politiques, création et diffusion des idéologies, de facteurs externes: rapports de force avec les autres nations, et influences raciales, économiques et culturelles de ces nations. »

    — François Fontan, Vers un nationalisme humaniste, 1960.

    Il est contradictoire/inepte (!) d'être à la fois identitaire régional et gauchiste !

    📜 VI. Figures, lexique et mémoire : un tableau d’ensemble

    De Mistral à Lafont, de Maurras à Fontan, de Claude Marti à Jean-Luc Davezac, l’histoire occitane se lit aussi dans ses figures tutélaires, phares d’époques et de tendances sociales diverses.


    I. Tableau : La geste félibréenne (1854-1914)

    Date Évènement / Œuvre Acteurs principaux Portée et retombées
    21 mai 1854 Fondation du Félibrige à Maillane Frédéric Mistral, Roumanille, Aubanel, Tavan, Giéra, Brunet, Mathieu Acte inaugural d’une académie poético-militante dédiée à la langue d’oc
    1859 Mirèio Frédéric Mistral Épopée pastorale qui impose l’occitan sur la scène littéraire européenne
    1867 Calendal Frédéric Mistral Héros marinier ; apologie d’un Midi chevaleresque
    30 juil. 1867 Hymne La Coupo Santo Mistral & félibres provençaux–catalans Devient l’hymne du Félibrige et, par extension, de toute l’Occitanie
    1896-1899 Création & ouverture du Museon Arlaten (Arles) Mistral « Panthéon de Provence » : matérialisation muséale de l’idéal félibréen
    1904 Prix Nobel de littérature Frédéric Mistral Reconnaissance mondiale d’une œuvre écrite en langue d’oc
    1876 Statuts félibréens approuvés Félibrige L’association obtient une existence légale ; structuration du mouvement
    1911 Débat de la revue Occitania ; apparition du mot Occitanie Félibrige Le Midi se pense désormais comme espace « occitan » unifié

    II. Tableau : Nationalisme méridional (1878-1945)

    Période Fait majeur Figures Enjeu idéologique
    1878 Parution du Trésor dou Félibrige (dictionnaire) Frédéric Mistral Instrumente la langue comme socle d’identité collective
    Années 1890 Maurras, disciple de Mistral, intègre l’héritage félibréen dans l’Action française Charles Maurras Élaboration du « nationalisme intégral » et exaltation de la France latine
    1935 Gramatica occitana Louis Alibert Normalise la graphie « classique » ; arme linguistique contre le centralisme
    1945 Fondation de l’Institut d’Estudis Occitans (IEO) Max Rouquette, Renat Nelli, etc. Reprend le flambeau à la Libération ; charnière entre érudition et militantisme

    III. Tableau : Occitanisme politique et militant (1959-2025)

    Date Mouvement / Événement Figures / Organisations Mot d’ordre & impact
    1959 Partit de la Nacion Occitana (PNO) François Fontan Premier parti explicitement indépendantiste occitan
    1967 (réf. travaux 1961-67) Concept de « colonialisme intérieur » Robert Lafont Théorise l’exploitation du Midi par l’État jacobin
    1971 Lucha Occitana Étudiants & syndicalistes toulousains Autonomisme révolutionnaire, stratégie d’action directe
    1971-1981 Larzac : « Gardarem lo Larzac ! » Paysans & occitanistes Symbole de la convergence écologiste-occitaniste
    1979 Première école Calandreta (Pau) Réseau associatif Immersion pré-scolaire en occitan ; pérennise la transmission
    1987 Partit Occitan (POC) Union de Volem Viure al País & Païs Nòstre Voie électorale pour l’autonomie régionale
    2009 Libertat ! Jeunesse occitaniste radicale Indépendantisme socialiste béarnais
    2014 Bastir Occitanie Jean-Luc Davezac Plate-forme municipaliste pan-occitaniste
    Années 1970 (repère transversal) Mouvement Nòva Cançon Claude Marti, Mans de Bretòu Poésie engagée ; « Volèm viure al país ! » devient refrain populaire

    🛎 Foudre scripturale sur le quadrilatère du Midi

    Ô lecteur, l’heure sonne et le gong final résonne comme un écho dans les arènes de Nîmes ! Nous avons sillonné les méandres de l’histoire occitane, contemplé ses troubadours et ses félibres, salué Maurras et Mistral, traversé les campements du Larzac et les écoles Calandreta. Tout cela nous mène à une évidence : l’Occitanie n’est pas une relique folklorique pour touristes ébahis, mais une colonne vertébrale vivante de la latinité, enracinée dans ses sols, ses mots, son sang et sa foi.

    Les jacobins pourront bien psalmodier leur credo d’uniformisateur, les cosmopolites railler le parler d’oc comme un « patois » moribond, rien n’y fera : cette langue respire encore, nourrie d’un héritage romain, d’une ferveur catholique et d’une énergie paysanne qui échappent à la fadeur métropolitaine. Elle est cette « contre-France solaire », celle qui rappelle que l’Hexagone fut façonné tout autant par Rome que par Lutèce, par les clochers romans que par les tours gothiques.

    La carte culturelle du Midi s’anime autour de pôles anciens : Toulouse (cœur politique et universitaire), Bordeaux (économique et maritime), Limoges (mémoire ecclésiale et troubadouresque). Ces villes dessinent encore cet axe historique où le País d’Òc articule ses racines romanes et ses luttes modernes.

    Le lexique occitan, quant à lui, reste la clé. Dire Paratge, Convivéncia, ou Biais de viure, ce n’est pas seulement user d’un parler local : c’est proclamer une filiation, celle d’un monde latin, chrétien et solaire, où la patrie se confond avec la glèbe, la famille et le clocher.

    En somme, l’Occitanie n’est point morte : elle se transmet dans ses mots, ses chants, ses luttes, ses écoles, à l’université des langues. Elle demeure l’un des bastions où souffle encore l’esprit romain, entre Alpilles et Pyrénées, défiant, avec cette superbe méridionale, les froidures du centralisme et les mirages mondialisés.

    Et, depuis l’éternel duel entre Paris et les provinces, qu’il soit donc clair : sans Midi, point de France entière non plus !

    Nota bene : Que l’on ne s’y trompe point. Revendiquer la lenga d’òc ne consiste pas à singer les lubies gauchisantes ou à diluer nos racines dans l’« Europe des régions ». C’est, au contraire, proclamer que la patrie véritable s’enracine dans le local, dans la glèbe, dans ce parler qui nous relie aux ancêtres et nous relie à Dieu.

    📯 Occitanie debout ! France debout ! Europe debout ! Occident debout !

    📚 Pour approfondir


    — La Rédaction d’un occitan d’Occident
    Nul narbonoïde ici !


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    […] Sous le soleil d’Oc : de la Terra Romana au militantisme occitan des MM. Mistral, Maurras, Alibert… […]


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    […] Sous le soleil d’Oc : de la Terra Romana au militantisme occitan des MM. Mistral, Maurras, Alibert… […]


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    […] En parlant de ce sujet occitaniste, lisez notre dossier doctrinal et historique qui se doit faire date, en cette matière hélas trop rarement traitée en politique […]


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