• Clérico-fascisme, ou le squelette des soutiens cléricaux au fascisme italien : réseaux, figures, évolutions et influences



    Prélats, religieux et pères catholiques : de Mgr Benigni à Padre Pio avec Pucci, Venturi S.J., Gemelli O.F.M., Calcagno, Sassoli, Schuster O.S.B., (ex P.) Preziosi…

  • Arène clérico-fasciste !

    Voici des figures ecclésiastiques, des prêtres qui, durant le Ventennio fascista, s’engagèrent avec zèle aux côtés de Benito Mussolini, constituant des exemples, dont les connus Mgr Benigni et Padre Pio, qui étaient plus que de simples « soutiens critiques », notamment dans les plus grandes années du régime, entre 1923 et 1943.

    🕯️ Quelques repères de lecture pour 9 figures concernées

    • Diversité des motivations personnelles :
      Certains (Tacchi Venturi, Pucci) visèrent à établir une influence politique, religieuse et personnelle ; d’autres (Gemelli, Schuster) virent dans le fascisme un instrument de reconquête catholique de la société ; d’autres encore (Preziosi, Calcagno) allèrent jusqu’à légitimer, valider ou penser un racisme d’État.
    • Évolutions et rétractations relatives :
      L’enthousiasme initial, bien que durable (1923 interdiction de la franc-maçonnerie, 1926 dictature nationale, 1929 accord du Latran avec Rome…) déclina généralement après 1938 (lois raciales) ou encore en 1943 (débandade, alliance « totale » avec Hitler). Il reste donc un soutien public accordé au régime à l’apogée de son pouvoir (environ 1926-1936).
    • Clérical-fascisme ou clérico-fascisme :
      L’expression désigne un mouvement d’alliances entre militants catholiques pro-régime et l’idéal fasciste, bien plus liés ici, partant, conciliant romanité spirituelle et romanité civique, défendant à la fois l’ordre social et les prérogatives de l’Église ; sans jamais constituer une « église fasciste » structurée.


    🎙️ Antenna I.O. Vox Frequencia

    📽️ Documentation audiovisuelle

    • Archives Luce (Istituto Luce Cinecittà) : nombreuses images de bénédictions publiques, discours de prélats aux côtés de hauts dignitaires du fascisme.
    • Enregistrements de Padre Pio : sermons des années 1930 où transparaît la défense de l’ordre national et du « bras séculier » en politique, avant la crainte de la défaite autour de 1940.


    ☧ Lexique entre gourdin et de goupillon

    CLÉRICALISME : Tendance à faire intervenir le clergé dans les affaires politiques. Généralement proche de la Théocratie.

    FASCISME : Mouvement politique autoritaire et nationaliste, fondé en Italie par Mussolini en 1919.


    THÉOCRATIE : Régime où les chefs sont perçus comme ministres de Dieu exerçant une autorité sacrée ; pouvoir temporel s’identifiant à une ordination divine.

    POLITIQUE CHRÉTIENNE par des laïcs : Engagement politique mené par des fidèles laïcs, conformes aux principes évangéliques, sans céder à une influence institutionnelle cléricale ; une praxis civique inspirée du christianisme, dans le respect de la laïcité (ce que pensait Mgr Tiso des fascismes occidentaux).


    GOURDIN : « Bâton épais et lourd dont on se sert comme arme ». Sens contexte historique : du squadrisme fasciste, le terme renvoie au manganello, matraque utilisée par les chemises noires pour frapper les opposants, souvent rouges, symbole de la violence politique mussolinienne.

    GOUPILLON« Instrument de culte servant à asperger d’eau bénite ». Sens figuré : symbole du pouvoir ecclésial et du clergé, souvent opposé au « sabre » monarchiste dans l’expression « le sabre et le goupillon » ; objet parfois représenté comme une arme spirituelle, pouvant frapper, dans l’imagerie populaire et la satire anticléricale.


    ☩ Ancienne école létale

    « Le fascisme, religionnaire par essence, ne saurait se passer de l’âme catholique de l’Italie ; séparez-le d’elle, il s’affadit et meurt. »
    Giovanni Preziosi, La Vita Italiana, XXIX, n° 2, février 1941, p. 188-189. eupsycho.com

    « Cher et éminent Frère [Padre Pio],
    Je témoigne de votre amour pour la Vérité :
    1° Elle m’a ramené à Dieu !
    2° Votre Foi représente pour moi la préparation à une réconciliation, de fasciste à fasciste.
    Croyez-moi, votre Mussolini. »
    Benito Mussolini, lettre au capucin autographe datée du 2 juin 1924, copie conservée à la Villa Carpena – Museo “Casa dei Ricordi”, Predappio ; et reproduction in extenso dans Quinto Cappelli, « “Caro padre Pio…”, 11 février 2016. Pièce certifiée par les descendants de la famille Mussolini. Il Resto del Carlino


    « Et peut-être fallait-il encore un homme tel que celui que la Providence Nous a fait rencontrer ; un homme dégagé des préjugés de l’école libérale, pour les disciples de laquelle toutes ces lois, tous ces ordonnances – ou plutôt désordonnances – bref, toutes ces prescriptions et tous ces règlements n’étaient que des fétiches et, comme les fétiches, d’autant plus intangibles et vénérables qu’ils étaient plus laids et plus difformes. »
    Pie XI, allocution « Vogliamo anzitutto » à l’Université catholique du Sacré-Cœur de Milan, 13 février 1929, Acta Apostolicae Sedis, XXI (1929), p. 100. Vatican

    « Ce sera une surprise pour beaucoup si j’affirme que les principes sociaux traduits par les encycliques du pape et les principes du national-socialisme sont les mêmes. Les principes des encycliques papales, les principes principaux sur lesquels sera fondée l’organisation sociale en Slovaquie, et les principes du national-socialisme sont identiques. Et seul celui qui n’a lu ni les uns, ni les autres, ou qui ne les a pas comparés, peut parler d’une lutte entre eux. »

    Mgr Jozef Tiso, tribune publiée par le journal « Slovák », le 7 septembre 1941.


    « Nul n’a à craindre d’un régime chrétien. … Le Christianisme est amour du prochain ; mais un régime chrétien saura aussi repousser tout ce qui représente un danger pour la communauté nationale. »
    Mgr Jozef Tiso, proclamation à Žilina, automne 1938, reproduite dans Krátky životopis, site jozeftiso.sk, l. 52-53. (jozeftiso.sk)


    Σ Plan à travers 9 figures

    💥 Mgr Umberto Benigni (1862-1934), saint (?) Padre Pio de Pietrelcina (1887-1968), P. Pietro Tacchi Venturi S.J. (1861-1956), P. Agostino Gemelli O.F.M. (1878-1959), Don Tullio Calcagno (1899-1945), Dom Alfredo Ildefonso Schuster O.S.B. (1880-1954), Mgr Enrico Pucci (1884-1962), Giovanni Preziosi (1881-1945), Don Guicciardo Sassoli de Bianchi Strozzi (actif 1919-1928)


    Corps d'article

    Mgr Umberto Benigni (1862-1934) – l’intégraliste et intercesseur officieux

    Historien de l’Église, créateur du réseau antimoderniste Sodalitium Pianum (la « Sapinière ») interne au Vatican, Benigni voit son influence décliner sous Benoît XV. Isolé et sans grande activité, il se rapproche des Ministères fascistes dès 1923 : l’Entente romaine de défense sociale, qu’il fonde, milite pour une symbiose entre État autoritaire et combat catholique de foi.

    À partir de 1927, plusieurs rapports d’archives montrent qu’il remet au ministère de l’Intérieur des fiches issues de son ancien réseau, notamment sur des prêtres considérés comme subversifs ou modernistes ; la police politique les joint au Casellario Politico Centrale. Son adhésion s’explique par le corporatisme social mais plus encore par l’espoir de voir Mussolini étouffer le libéralisme et la franc-maçonnerie, ennemis jurés de son « ultramontanisme », ou intégralisme.

    « Si Votre Éminence daigne savoir brièvement où en est l’organique de mon “service d’informations”, j’exposerai en peu de mots … Le service est déjà organisé à Rome, en France, en Belgique, en Suisse, en Russie … Chaque “chef-de-file” ne connaît que ses propres hommes ; nul n’entrevoit le centre. Ainsi aucune maille rompue ne compromettra l’ensemble ; chaque maille est un nœud isolé … Je transmets aux chefs les “mots d’ordre” pour démentir les calomnies anti-romaines et pour dire ou taire ce qu’il faut, dans l’intérêt du Siège Apostolique et de l’Église. »
    — Lettre autographe de Mgr Umberto Benigni au card. Rafael Merry del Val, 21 juin 1910, Fonds Benigni (Archivio Apostolico Vaticano), texte intégral reproduit in : Sodalitium, n° 74 spécial, p. 13-15. (Sodalitium n°74)

    « Dans la lutte contre le modernisme – traître de l’Église – et contre le libéralisme, doctrinal et pratique, complice de la Révolution, se formait une “entente libre et fraternelle des amis de l’Ordre Intégral”. »
    — “Promemoria sull’origine del Sodalitium Pianum”, automne 1909, Fonds Benigni ; ibid., p. 15-16. (Sodalitium)

    « …il n’y a ni tête ni queue ; c’est un groupe parmi d’autres. Mais cette correspondance amicale est très utile dans le combat contre l’ennemi commun. C’est pourquoi, d’une part, aucune autorisation hiérarchique n’est nécessaire, et, d’autre part, nous pouvons correspondre avec des groupes non-catholiques sans tomber dans l’inter-confessionnalisme que nous combattons sans relâche. »
    — Lettre de Mgr Benigni au chanoine Robert Mäder (Bâle), 29 octobre 1923, présentant l’Intesa Romana di Difesa Sociale ; ibid., p. 103. (Sodalitium)

     « Il est des “amis de l’ordre”, des “conservateurs”, qui, sans le savoir, servent les sectaires… Autre équivoque : confondre la Secte avec la seule Franc-Maçonnerie, qui n’en est que la partie la plus vulgaire ; de nos jours, un anti-maçon n’est pas pour cela un contre-révolutionnaire. »
    — Article anonyme (sigle Rédaction) mais largement attribué à Mgr Benigni, Fede e Ragione, 31 décembre 1929, p. 6-7 ; ibid., p. 91-92. (Sodalitium)

    « Qu’on démonte la baraque Montessori … il n’est rien de plus spirituellement anti-fasciste que la méthode Montessori. »
    Rapporto riservato di fiduciario 42 (Mons. Benigni) alla Polizia Politica (Ministero dell’Interno), 29 ottobre 1932, Casellario Politico Centrale ; texte cité ibid., p. 142. (Sodalitium)

    Padre Pio de Pietrelcina (1887-1968) – religiosité populaire et réflexes d’ordre

    Stigmate et confesseur recherché, le capucin n’eut pas de rôle ultra-partisan engagé, sinon dévot ; cependant, dans le Gargano rural des années 1920, il bénit les drapeaux d’anciens combattants affiliés aux fasci d’ordine et demande à ses pénitents de « prier pour le chef du gouvernement ».

    Cette attitude pastorale faite d’obéissance et de soumission filiale aux autorités constituées notamment, offre aux cadres locaux du P.N.F. un capital spirituel bienvenu contre socialistes athées, démocrates et anarchistes. Après 1930, ses prises de position politiques deviennent rarissimes, plus reculées ; il semble même pressentir — non sans tristesse — la défaite italienne à partir de l’an 1940. Sa réputation fascisante tient donc d’un enthousiasme apostolique fidèle qu’à de la stratégie et à du militantisme politique de son cru.

    « Au cours de la manifestation qui ensanglanta la piazza dei Martiri, les socialistes furent provoqués par le Fascio d’ordine, coalition de catholiques populaires, d’anciens combattants et de politiques libéraux. Peu auparavant, le 15 août, Padre Pio avait béni les drapeaux des associations d’anciens soldats, scellant ainsi – selon l’auteur – “une dynamique d’intérêt national et d’envergure historique : la lutte sans merci entre le réducisme (reducismo) et le socialisme”. »
    — S. Luzzatto, « Padre Pio, Miracoli e politica nell’Italia del Novecento », la bénédiction des drapeaux de 15 août 1920, cité in La grande truffa di Padre Pio, article de synthèse (Storia Universale)

    P. Pietro Tacchi Venturi S.J. (1861-1956) – « l’homme en noir »

    Jésuite de haute envergure, historien érudit et spécialiste reconnu de l’histoire ecclésiastique, Pietro Tacchi Venturi fit vocation dans les cercles romains où il acquit une réputation de diplomate discret et habile. Confesseur officieux de Benito Mussolini, il devint rapidement l’intermédiaire privilégié entre le Duce et les Souverains Pontifes Pie XI puis Pie XII. Son rôle fut déterminant dans la résolution de la Question romaine, préparant en coulisses les accords du Latran (1929) qui scellèrent la réconciliation entre le Royaume d’Italie et le Saint-Siège.

    Antijudaïque déclaré et fermement opposé à la franc-maçonnerie, il prodigua au chef du gouvernement des conseils empreints de l’esprit dit ultramontain, persuadé que le fascisme pouvait être un instrument providentiel de défense sociale et religieuse.

    Ses contemporains voyaient en lui l’incarnation même d’un « clérico-fascisme » assumé, où se mêlaient la discipline jésuite, la maîtrise des arcanes curiaux et un soutien appuyé à un État autoritaire en rempart contre le libéralisme et la subversion. Tacchi Venturi, que l’on surnommait volontiers « l’homme en noir » — à l’instar de l’abbé Tam parlant de « Camicia Nera en soutane prolongée » ! — en raison de sa silhouette austère et de sa présence constante dans les antichambres du pouvoir, fut tantôt loué comme un négociateur hors pair, tantôt critiqué pour son zèle à servir de trait d’union entre l’autel et le faisceau. Jusqu’à sa mort en 1956, il demeura une figure emblématique de ces milieux ecclésiastiques où la défense de l’Église se liait étroitement aux équilibres politiques du Ventennio fascista, témoignant d’une époque où Rome, par ses réseaux, entendait peser sur le destin de l’Italie rénovée.

    « …je me suis bien gardé d’évoquer même l’abrogation totale d’une loi qui, selon les principes et la Tradition de l’Église catholique, comprend certes des dispositions qu’il convient d’abroger, mais en renferme d’autres dignes d’être confirmées. »
    Nota informativa de P. Tacchi Venturi au cardinal secrétaire d’État – Rome, 29 août 194 (Archivio Segreto Vaticano, ADSS, vol. IX, pp. 458-459). (Regione Toscana)

    « Le Gouvernement entend que cette question soit réglée paisiblement, sur le terrain scientifique et politique, […] par la mise en œuvre de critères discriminatoires honnêtes que l’État se juge en droit d’établir et d’appliquer. Les Juifs peuvent être certains qu’ils ne subiront pas un traitement plus sévère que celui dont ils ont été l’objet, des siècles durant, de la part des Papes qui les avaient accueillis. »
    — Protocole d’accord État italien – Sainte-Siège, art. I, § 3 ; rédaction et contre-signature : P. Tacchi Venturi, 16 VIII 1938. (La Civiltà Cattolica)

    « Rome, double flambeau de l’humanité, rassemble et fraternise les âmes dans une doctrine commune plus haute, conservant l’unité dans la variété intime des peuples : tel fut l’Empire jadis, telle est désormais l’Église. »
    — P. Tacchi Venturi, conférence sténographiée, ASINSR (Pubblicazioni, b. 38, fasc. 37) ; reproduction dans L’Osservatore Romano, 16 III 1937. (Wikipedia)

    P. Agostino Gemelli O.F.M. (1878-1959) – le franciscain‐recteur

    Ancien médecin militaire converti à la foi, entré dans l’Ordre des Frères Mineurs, Agostino Gemelli fut l’un des intellectuels catholiques les plus influents de l’Italie du XXᵉ siècle. En 1921, il fonda l’Università Cattolica del Sacro Cuore à Milan, institution vouée à former une élite intellectuelle et professionnelle chrétienne capable de réorienter les sciences et les lettres dans un sens conforme au magistère. Cet établissement, reconnu par Pie XI comme un bastion culturel contre la laïcisation universitaire, demeura l’un des hauts lieux de la formation catholique italienne tout au long du Ventennio fascista.

    Convaincu que le corporatisme fasciste offrait un cadre propice à la rechristianisation des structures sociales, Gemelli appuya plusieurs initiatives du régime, y voyant un instrument efficace pour restaurer ledit ordre moral et endiguer libéralisme et communisme pervers. À la tête de la revue Vita e Pensiero, il défendit avec ardeur cette vision d’une alliance entre Église et État dictatorial. Il salua publiquement, en 1936, la conquête de l’Éthiopie comme une « mission civilisatrice » soutenue par la Providence, présentant même la guerre comme un acte d’élévation nationale et de restauration spirituelle.

    En 1938, il alla jusqu’à approuver, dans ses écrits, les lois raciales fascistes, estimant qu’elles participaient d’une « régénération morale » de la société italienne. Cette prise de position – qui suscita alors peu de contestation dans certains cercles ecclésiastiques – le rangea sans ambiguïté parmi les soutiens les plus notoires et intransigeants du régime au sein de l’Église militante. Jusqu’à sa mort en 1959, Gemelli demeura à la fois le recteur emblématique de l’Université catholique et l’un des symboles d’un cléricalisme fascisant où se mêlaient apostolat intellectuel et engagement politique.

    « Il faut arracher l’Éthiopie à la funeste hérésie eutychienne et la ramener à la Bonne Nouvelle prêchée aux Abyssins au IVe siècle par les saints Frumence et Édesse : croisade d’Abyssinie (1935) : « libérer l’Éthiopie » ancienne terre chrétienne. »
    — P. Agostino Gemelli O.F.M., revue Vita e Pensiero, novembre 1935, article « Giustizia ed espansione »

    « Alors que, du côté bolchevique, s’alignent trafiquants d’armes et politiciens des fronts populaires, voici le Fascisme italien qui, sous la houlette de son Duce, brise les hypocrisies diplomatiques et rappelle la vieille Europe aux conséquences fatales de ses propres errements. »
    — P. Agostino Gemelli O.F.M., revue Vita e Pensiero, janvier 1938, éditorial de conjoncture

    « Si, avec le positivisme, le socialisme, la libre-pensée et Momigliano, venaient à disparaître tous les Juifs qui perpétuent l’œuvre des Juifs ayant crucifié Notre Seigneur, le monde ne s’en trouverait-il pas mieux ? Ce serait une délivrance. »
    — P. Agostino Gemelli O.F.M., revue Vita e Pensiero, août 1924, Antijudaïsme militant (nécrologie non signée, paternité revendiquée en décembre 1924)

    « Dans la mêlée économique qui absorbe les nations modernes, le Fascisme a montré aux Italiens que la seule arme défensive est l’Autarcie ; tout Italien est désormais requis pour assurer l’indépendance économique par son concours vital à la vie autarcique de la Nation. »
    — Discours d’ouverture de l’année académique, corporativisme, Université catholique, Milan, janvier 1938

    « Je ne dus point louer le fascisme, mais reconnaître la bonté de certains décrets et lois ; […] cette ligne de conduite fut contrôlée, à chaque étape, par Sa Sainteté Pie XI […]. »
    — Lettre privée, archives de l’Université catholique, publiée in Aevum, LV (1981) : lettre à Mgr Montini (futur Paul VI…), 21 mai 1945 (revenant à rescipiscence…).

    Don Tullio Calcagno (1899-1945) – le « prêtre de la RSI* »

    Prêtre au tempérament ardent et plume prolifique, Don Tullio Calcagno fut l’un des ecclésiastiques les plus intransigeants de la période fasciste tardive — il doit son prénom au Tullius de l’Empereur Néron ! Curé de paroisse et journaliste engagé, il se fit remarquer pour son style combatif et sa conviction que le fascisme incarnait un instrument providentiel contre le communisme et la dégénérescence. En 1944, au cœur du chaos de la République sociale italienne, il fonda l’hebdomadaire Crociata Italica, organe violemment anticommuniste et ouvertement fasciste, qui atteignit un tirage impressionnant de 150 000 exemplaires, illustrant l’audience populaire de ses thèses dans les derniers mois du régime.

    * La République sociale italienne ou RSI également appelée république de Salò, est un « État fasciste en éxil » établi par Benito Mussolini en Italie du Centre et du Nord, dans les zones contrôlées par la Wehrmacht (Armée allemande), du 23 septembre 1943 jusqu’au milieu du mois d’ avril 1945.

    Jugé extrême par l’autorité ecclésiastique et accusé de compromission politique outrancière, il fut ensuite suspendu a divinis puis formellement excommunié en mars 1945 par le cardinal Schuster. Néanmoins, cette sanction ne brisa en rien sa loyauté : il resta fidèle à Mussolini jusqu’au bout et fut capturé puis fusillé par les partisans à la fin de la guerre. Son destin, tragique et radical, montre l’ultime convergence entre un certain cléricalisme militant et le fascisme crépusculaire, où l’anticommunisme viscéral l’emporta sur une prudence ecclésiastique préparant l’après-guerre.

    « Nous sommes catholiques, apostoliques, romains, fils dévoués et membres vivants – du moins par l’habit et par l’intention – de l’unique Sainte-Église ; et tels nous voulons, tels nous espérons demeurer, par la grâce de Dieu, jusqu’au tombeau, puis pour l’éternité dans l’Église triomphante… » (Wikipedia)
    — Père Calcagno, n° 1, Cremona, 10 janvier 1944, article-programme « Dio e Patria ».

    « Nous Croisés italiques l’avons proclamé haut et fort : notre patrie – l’unique, la vraie – est l’Italie qui, le 22 mai, scella le Pacte d’Acier avec l’Allemagne… Pour nous, Croisés italics, le Roi d’Italie sera le Christ et Lui seul, qui ne trahit point. À Lui et pour Lui, à l’homme qu’Il nous envoya pour nous conduire, Benito Mussolini, nous obéirons jusqu’à la mort… » (Wikipedia)
    — Père Calcagno, allocution diffusée depuis Salò, novembre 1944.

    « Je suis persuadé que Dieu accordera la victoire à l’Axe. Or la politique du Vatican va à l’encontre de celle de l’Axe. Par conséquent, une fois l’étranger – c’est-à-dire les Anglo-Américains – chassé, il nous faudra expédier à sa suite le Pape, les cardinaux de Curie et les autres prélats. » (Wikipedia)
    — Père Calcagno, éditorial, Crociata Italica, automne 1944, contre les catholiques neutres et l’ennemi anglo-américain

    « Si, dans la guerre, il est permis de tuer, il doit aussi être permis de haïr l’ennemi : la haine est la force morale de l’arme chrétienne. »  (Centro Studi La Runa)
    — Père Calcagno, brochure La scure alla radice della Royal Oak ossia Guerra di Giustizia, Spolète, 1942.


    Dom Alfredo Ildefonso Schuster O.S.B. (1880-1954) – l’abbé devenu cardinal

    Moine bénédictin et érudit « liturgiste », Alfredo Ildefonso Schuster se fit d’abord connaître comme abbé de la prestigieuse basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs à Rome, avant d’être créé cardinal et nommé archevêque de Milan en 1929, l’année même des accords du Latran. Dans ses premières années d’épiscopat, il afficha un soutien marqué au régime mussolinien, voyant en lui un restaurateur de l’ordre chrétien. Il bénit solennellement les troupes italiennes et, lors de la guerre d’Éthiopie (1935-1936), salua cette expédition comme une « nouvelle croisade », exaltant la « mission de salut confiée au Duce » devant des foules galvanisées.

    Toutefois, l’enthousiasme du prélat se heurta progressivement aux conflits internes du régime : les lois raciales de 1938 et l’alliance avec l’Allemagne hitlérienne l’éloignèrent de Mussolini. Malgré ses réserves tardives, son image publique demeura associée aux premières années du fascisme triomphant, où son prestige spirituel servit de caution au pouvoir temporel, appuyé du pouvoir spirituel.

    Après 1943, Schuster adopta un profil moins marqué, tentant de concilier son passé-soutien au régime avec son rôle religieux  d’archevêque, jusqu’à sa mort en 1954 où il laissa l’image d’un homme d’Église, partagé entre fidélité romaine et prudence politique.

    « Que saint Benoît donc protège le Duce dans la mission de salut qui lui est confiée. »
    — Dom Schuster O.S.B., Archevêque de Milan, Lettre de félicitations au chef du Gouvernement, fête de saint Benoît, 21 mars 1931, Archives de la curie milanaise ; citée in T. Leccisotti, Il cardinale Schuster, Viboldone, 1969, p. 60. (Iris PDF)

    « Le vaillant armée qui, dans une obéissance fervente aux ordres de la Patrie, ouvre les portes de l’Éthiopie à la Foi et à la civilisation romaine. »
    « Coopérons donc avec Dieu dans cette mission nationale et catholique de bien ; surtout à cette heure où, sur les plaines d’Éthiopie, l’étendard d’Italie porte en triomphe la Croix du Christ, brise les chaînes des esclaves, aplanit les routes aux missionnaires de l’Évangile ! »
    « Paix et protection à l’armée valeureuse qui, dans une intrépide obéissance au commandement de la Patrie, ouvre les portes de l’Éthiopie à la Foi catholique et à la civilisation romaine. »
    — Dom Schuster O.S.B., Archevêque de Milan, Homélie du 28 octobre 1935 (anniversaire de la marche sur Rome), cathédrale de Milan ; texte intégral : « Il dovere civile dei cattolici », Annuario Cattolico Italiano, XV (1936-1937), p. 81. (Mantello della Giustizia)

    « Il est né au dehors et se répand une sorte d’hérésie qui … incarne dans le sang humain les concepts spirituels d’individu, de Nation et de Patrie ; c’est ce qu’on appelle le racisme, danger non moindre que le bolchevisme lui-même. »
    — Dom Schuster O.S.B., Archevêque de Milan, Omélie Un’eresia antiromana, première-dimanche de l’Avent ambrosien, 13 novembre 1938, Duomo de Milan ; publiée in L’Italia, 15 novembre 1938, p. 1.


    Mgr Enrico Pucci (1884-1962) – le chef de la presse vaticane sous surveillance

    Figure discrète mais stratégique, Enrico Pucci fut nommé responsable du service de presse du Vatican en 1927, fonction cruciale à une époque où le Saint-Siège cherchait à se faire son image publique. Et, derrière son rôle officiel, il mena une vie politique et religieuse à l’instar de Mgr Benigni : informateur rémunéré de l’OVRA – ladite police politique fasciste –, il livrait régulièrement aux autorités des rapports confidentiels notamment sur l’Action catholique, certains milieux ecclésiastiques jugés suspects et les opposants internes au régime.

    Chaque matin, Pucci recevait de la Secrétairerie d’État la ligne éditoriale souhaitée par Pie XI, qu’il transmettait fidèlement aux organes de presse, tout en en communiquant en parallèle la teneur à la police politique. Après ladite Libération, les archives de l’OVRA révélèrent publiquement son nom parmi les agents rémunérés, suscitant un scandale discret vite étouffé par la Curie romaine. Retiré de ses fonctions en 1946 sans pour autant être sanctionné canoniquement, il termina ses jours en quasi-anonymat, exemple singulier d’un ecclésiastique naviguant entre les palais apostoliques et celle des services de l’État fasciste.

    « Le Duce, homme de la Providence, a rendu à la Croix sa place dans l’espace public ; les polémiques des prétendus “démocrates-chrétiens” ne sont qu’un chant du cygne. »
    — Transcription conservée au Fonds Pucci, Archivio della Radio Vaticana, bobine RV-88/1938, min. 12-13. (Internet Archive)

    « Les intérêts suprêmes de la Religion et de la Patrie imposent que le Rév. Don Luigi Sturzo se retire sans délai de l’arène politique, afin de ne point fournir de prétexte aux adversaires du Saint-Siège ni d’obstacle à l’œuvre providentielle du Gouvernement du Duce. »
    — Mgr Enrico Pucci, Corriere d’Italia, 12 juillet 1923, p. 1. (Internet Archive)

    « J’ai l’honneur de faire savoir que le cardinal Secrétaire d’État entend durcir la surveillance de l’Action catholique ; on redoute l’infiltration d’éléments “populaires” susceptibles de saper la concorde avec le Gouvernement fasciste. J’enverrai, comme convenu, la liste des prêtres récalcitrants. »
    — Mgr Enrico Pucci, Rapport autographe, n° 96/1, adressé à Bocchini (OVRA), 14 octobre 1927, Archivio Centrale dello Stato, MI-DGPS, busta 82, fasc. 11. (Storia In)

    « D’après des sources internes à la Secrétairerie, Pie XI approuve l’expédition d’Éthiopie comme “nouvelle croisade” contre les hérésies coptes ; il convient de saisir l’occasion pour exalter l’image catholique du Régime. »
    — Mgr Enrico Pucci, Bulletin confidentiel dicté par Pucci à l’agent Bice Pupeschi (“Diana”), 30 octobre 1935, reproduit in P. L. Guiducci, « La rete dell’OVRA in Vaticano », Storia in Network, 1 septembre 2020. (Storia In)

    « Le requérant n’a jamais été confident de l’OVRA, ou du moins n’a exercé aucune activité d’information politique dans l’intérêt du régime fasciste. »
    Gazzetta Ufficiale della Repubblica Italiana, 17 janvier 1947, n° 13, p. 147 (mémoire d’Enrico Pucci, cause n° 424/46). (gazzettaufficiale.it)

    Giovanni Preziosi (1881-1945) – du sacerdoce au racisme d’État

    Ordonné prêtre en 1904, Giovanni Preziosi fut réduit à l’état laïc en 1911 suite à des conflits disciplinaires, il entama une carrière journalistique marquée par une virulente hostilité au libéralisme et au judaïsme. En 1918, il fonde le mensuel La Vita Italiana, qui devient un creuset idéologique du nationalisme catholique radical et acclimate en Italie la notion de « complot judéo-maçonnique » — tout comme Mgr Ernest Juin en France ou au Vatican. Il y popularise la diffusion des Protocoles des Sages de Sion, participant ainsi à la propagation d’un antisémitisme doctrinal mêlant religion et politique.

    Fasciste de la première heure, il entre en conflit avec les hiérarques du P.N.F. dans les années 1920, ce qui le marginalise temporairement. Toutefois, après 1938 et la promulgation des lois raciales, il retrouve une influence croissante : en 1944, la RSI le nomme Inspecteur général pour la Race, fonction dans laquelle il milite pour l’application stricte des lois de Nuremberg dans la péninsule — notamment sur la race aryenne et les Juifs. En avril 1945, traqué à Milan, il se suicide avec son épouse, laissant une lettre de type « Samurai » où il revendique avoir « tout donné pour la grandeur de la Patrie ».

    « Dire aujourd’hui que la “question juive en Italie peut être considérée comme résolue” revient à “cacher les plaies” ; un jour ou l’autre ces plaies deviendront gangrène et l’œuvre de ceux qui les auront dissimulées apparaîtra pour ce qu’elle est : une trahison (…) La présence israélite demeure “le véritable cheval de Troie dans la cité assiégée”.»
    — Giovanni Preziosi, « Per la soluzione del problema ebraico », La Vita Italiana, vol. LX, n° 354, 15 septembre 1942, pp. 221 sqq. (cité par l’auteur dans sa lettre au Duce du 31 janvier 1944). (SOCIALE)

    « La Fascisme n’a seulement qu’un vrai et grand ennemi : le juif/l’hébreu, et avec lui son instrument majeur, le Maçonnerie. La judéo-maçonnerie domine toute la vie nationale ; elle est le véritable gouvernement de l’Italie.»
    — Giovanni Preziosi, Lettre à Benito Mussolini, Munich, 31 janvier 1944, Hotel Vier Jahreszeiten. (SOCIALE)

    « La première tâche est… l’élimination totale des Juifs, en commençant par ceux – et ils sont déjà nombreux – qui ont été révélés comme tels par le recensement d’août 1938 ; puis de traquer les autres, plus ou moins baptisés ou « aryanisés » ; enfin, d’exclure les forces armées, la justice, l’éducation, le Parti, tous les métis, les conjoints israélites et quiconque possède des gouttes de sang juif. »
    — Giovanni Preziosi, Lettre à Benito Mussolini, 9 décembre 1943 (reprise et développée dans la lettre du 31 janvier 1944) ; archive ACS, RSI-SPD, CR 1943-45, b. 24, fasc. 166. (Academia)


    Don Guicciardo Sassoli de Bianchi Strozzi (actif 1919-1928) – l’entrepreneur de Fede e Ragione

    Issu d’une ancienne famille noble florentine, maître en théologie et doté d’une solide culture classique, Don Guicciardo Sassoli fonde en 1919 l’hebdomadaire Fede e Ragione, dans lequel contribuera aussi Mgr Benigni. Ce journal se veut le porte-voix d’un catholicisme intégral, intransigeant et résolument anti-libéral, mobilisant des références thomistes pour s’opposer à la modernité démocratique, voire la démocratie-chrétienne de Don Sturzo. Il y défend l’idée d’une alliance entre Église et État fort, condition nécessaire au redressement moral et social de l’Italie.

    En 1924, il rejoint le Centro Nazionale Italiano, premier groupe explicitement qualifié de « clérico-fasciste », appelant Mussolini à sceller un pacte avec le Saint-Siège, sortant par le haut le conflit du Risorgimento. Fede e Ragione soutient la pacification musclée opérée par le régime et diffuse en croisé un antijudaïsme fondé sur des arguments théologico-politiques. Mais en 1928, Pie XI condamne le Centro et rappelle les organes catholiques à la prudence, entraînant la mise sous tutelle de la revue. Don Sassoli disparaît alors des radars, tandis que certains chercheurs évoquent le rôle de son cousin Filippo Sassoli de Bianchi, mécène de l’entreprise éditoriale, dans ce réseau clérico-fasciste, certes éphémère.

    « Nous sommes, en premier lieu, purement et intégralement catholiques ; (…) nous reconnaissons le plein droit de la doctrine, de la discipline et des directives de l’Église non seulement sur l’individu et dans les questions strictement religieuses, mais encore sur la société. (…) Nous serons, par conséquent, des adversaires déclarés et irréconciliables de toute forme de libéralisme, celui-là même qui récuse les droits souverains de Dieu, du Christ et de l’Église… » (ResearchGate)

    Traduction : « Nous professons un catholicisme intégral ; l’Église, gardienne de la Vérité, possède un droit plein et entier non seulement sur les âmes, mais sur l’ordre social tout entier. De là notre inimitié irréductible envers tout libéralisme qui méconnaît la royauté de Notre-Seigneur. »

    — Anonyme (rubrique « Il nostro periodico »), Fede e Ragione, n° 1, Fiesole, 1-15 décembre 1919, p. 4 et 17.
    https://www.researchgate.net/publication/322321483_Catholic_Anti-Modernism_And_the_Modernity_of_Fascism_Integralist_Catholicism_Nationalism_and_Antisemitism_in_Fede_e_Ragione_1919-1929


    2. Lettre ouverte au Duce (11 novembre 1928)

    « Catholiques indépendants de tout parti, nous fûmes toujours, selon la politique catholique, opposés à ce bigarré bolchevisme blanc, rouge, vert, né des débris de la guerre et nourri des idéologies du judéisme révolutionnaire, lequel menaçait d’entraîner l’Italie à sa ruine ; (…) considérant la providentialité du mouvement fasciste, nous adhérâmes, en juillet 1923, au Gouvernement national. » (Sodalitium)

    Traduction : « Catholiques sans attaches partisanes, nous nous dressâmes contre tous les visages du bolchevisme, enfantés par le judaïsme révolutionnaire ; discernant dans le fascisme une Providence pour la Patrie, nous nous rallions dès juillet 1923 au Gouvernement national. »

    — Rédaction de Fede e Ragione, « Sulla soglia dell’anno VII. Lettera aperta all’on. Mussolini », 11 novembre 1928.
    https://www.sodalitium.biz/sodalitium_pdf/74spec.pdf


    3. Satire des « clercs à la botte » (23 novembre 1924)

    « Nous ne dirons jamais aux catholiques, comme les rampants du Centro Nazionale : battez des mains jusque – aux éternuements du Duce : non ! Non ! » (Sodalitium)

    Traduction : « Jamais nous n’enjoindrons aux fidèles d’applaudir jusqu’aux éternuements mêmes du Duce : non ! mille fois non ! »

    — « Politicus », « La settimana politica », Fede e Ragione, 23 novembre 1924.
    https://www.sodalitium.biz/sodalitium_pdf/74spec.pdf


    4. Le cinéma, « industrie juive de corruption » (24 mars 1924)

    « L’unique moyen de neutraliser les périls du cinématographe est de s’y opposer par le boycottage, en faisant connaître comment le cinéma est la plus grande industrie, aux mains du Juif, pour la corruption de la chrétienté. » (ResearchGate)

    Traduction : « La seule défense contre le cinéma consiste à le boycotter ; car il est, entre toutes, l’industrie suprême, tenue par la Judéité, pour pervertir la chrétienté. »

    — « Fidelis », « Il Re dei Re… (continuazione) », Fede e Ragione, 24 mars 1924.
    https://www.researchgate.net/publication/322321483_Catholic_Anti-Modernism_And_the_Modernity_of_Fascism_Integralist_Catholicism_Nationalism_and_Antisemitism_in_Fede_e_Ragione_1919-1929

    📋 Tableau chronologique et récapitulatif par figure

    Date clef Personnage Lien(s) de référence Commentaire synthétique
    1923 Mgr Umberto Benigni biogr. it.WP (Wikipedia) Fonde l’Intesa (Entente) Romana di Difesa Sociale : première plate-forme explicite de collaboration intégraliste avec l’État fasciste.
    1927 Benigni dossier SP n° 74 (Sodalitium) Transmet au Ministère de l’Intérieur des fiches sur prêtres « modernistes » ; l’OVRA verse ces rapports au Casellario Politico Centrale.
    15 août 1920 Padre Pio étude Luzzatto (rés.) (santosepulcro.co.il) Bénit les drapeaux d’anciens combattants affiliés aux fasci d’ordine sur le Gargano ; début d’une aura « clerico-fasciste » locale.
    1922-1925 Padre Pio ibid. (santosepulcro.co.il) En confession, recommande de « prier pour le chef du gouvernement » ; donne au PNF rural un capital spirituel contre socialistes et anarchistes.
    1940 Padre Pio tradition orale synth. (catholictradition.org) Confie à des officiers italiens qu’il prévoit la défaite de l’Axe.
    11 févr. 1929 P. Pietro Tacchi Venturi S.J. it.WP (Wikipédia) Intermédiaire quasi exclusif Mussolini–Pie XI ; co-architecte des Accords du Latran.
    1938 Tacchi Venturi Brill, Mussolini & the Jews (Brill) Conseille Mussolini lors des lois raciales ; formule des arguments antijudaïques d’inspiration théologico-historique.
    mai 1936 Dom Alfredo Ildefonso Schuster article « guerre d’Éthiopie & Église » (ilmantellodellagiustizia.it) Au Dôme de Milan, salue la conquête de l’Éthiopie comme une « nouvelle croisade », bénissant les troupes.
    1938 Schuster Treccani bio. (Treccani) Dès la proclamation des lois raciales, prend ses distances ; critiques non publiques du rapprochement Rome–Berlin.
    1936 P. Agostino Gemelli Vita e Pensiero, cit. (Restelli Storia) Justifie la guerre coloniale comme œuvre de « re-christianisation » de l’Afrique orientale.
    1938 Gemelli it.WP (Wikipédia) Applaudit les lois raciales, se rangeant parmi les soutiens ecclésiastiques les plus notoires du régime.
    nov. 1944 Don Tullio Calcagno it.WP (Wikipedia) Lance l’hebdo Crociata Italica (tirage ≈ 150 000), organe clérical-fasciste de la RSI.
    15 mars 1945 Calcagno ibid. (Wikipedia) Suspendu a divinis puis excommunié par le cardinal Schuster pour extrémisme.
    26 avr. 1945 Calcagno ibid. (Wikipedia) Fusillé par les partisans à Milan ; reste fidèle au Duce jusqu’au bout.
    oct. 1927 Mgr Enrico Pucci art. OVRA (Wikipédia) Recruté par la police politique comme informateur rémunéré au cœur du service de presse du Vatican.
    22 juil. 1946 Pucci TIME, « Pipeline Closed » (TIME) Scandale public : son nom figure dans les listes d’agents OVRA ; se retire sans sanction canonique.
    déc. 1913 Giovanni Preziosi Encycl. Judaïca (Encyclopedia.com) Fonde La Vita Italiana, diffuse le mythe du « complot judéo-maçonnique ».
    juil. 1938 Preziosi ibid. (Encyclopedia.com) Soutient et propage les lois raciales fascistes.
    avr. 1944 Preziosi ibid. (Encyclopedia.com) Devient Inspecteur général pour la Race dans la RSI ; réclame l’application intégrale des lois de Nuremberg.
    27 avr. 1945 Preziosi ibid. (Encyclopedia.com) En fuite, se suicide à Milan avec son épouse ; revendique son engagement « pour la grandeur de la Patrie ».
    déc. 1919 Don Guicciardo Sassoli de Bianchi Strozzi Baragli 2011 & Valbousquet 2018 (ResearchGate, Academia) Lance l’hebdo Fede e Ragione, porte-voix d’un catholicisme intégral anti-libéral.
    1924 Sassoli Baragli 2011 (ResearchGate) Rejoint le Centro Nazionale Italiano, premier groupe ouvertement « clérico-fasciste ».
    1928 Sassoli Baragli 2011 (ResearchGate) Après la condamnation pontificale du CNI, le journal est placé sous tutelle ; Sassoli disparaît de la scène publique.

    🛎 Sentence par KO

    Ces esquisses montrent l’éventail des motivations selon les différentes phases décrites : zèle doctrinal (Benigni), piété d’ordre (Padre Pio), promotion et action (Pucci), doctrine raciale (Preziosi) ou croisade antimoderniste (Sassoli). Toutes illustrent, chacune à sa manière, l’imbrication – parfois précaire, parfois stable – entre catholicisme intransigeant et politique fasciste dans l’Italie du Ventennio.

    Ainsi les grandes lignes se dessinent et points communs abondent : réseautage au service du Trône de Pierre, visage corporatif, collaboration policière, anti-maçonnisme constant, etc

    Ce phénomène, réel, n’impliquerait point pour autant l’existence caricaturale et gnostique d’une « Église fasciste ». Il témoigne plutôt d’une conjonction sociale où l’autel et le faisceau s’embrassèrent, sans se confondre, à l’instar des Ordres naturel et surnaturel.

    — La Rédaction


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