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Publié le par Florian Rouanet
⚒️🛡️ Tradition chevaleresque & grandes machines d’acier 🛡️⚒️
⁂ Arène du quadrilatère idéel
Ô lecteur averti, bandons nos muscles scripturaires et remercions d’abord notre camarade surnommé « Gott mit uns » pour la pépite qu’il exhuma — le dossier reaktionäre Moderne de l’encyclopédie anglo-saxonne et germaine.
Quand bien même d’aucuns — les tièdes et les gauchisants — y flaireraient une mine bourbeuse, nous y décèlerons, à rebours des idées creuses, une veine de sapience métallique. Ici, progrès moral d’abord, technique ensuite, pour emprunter l’auguste Alexis Carrel, guidera notre marche — bien que nous allons parler surtout de son traitement technique !
En effet, il ne s’agit point de renier la glèbe ancestrale, ni d’embrasser un avenir technique à bras le corps tout en reniant notre âme, mais de développer la machine, de la brider éventuellement, afin qu’elle serve le Bien, non qu’elle l’asservisse.
Ce chiasme, étrange au premier abord – culte de la machine / haine de la Raison –, permit de réorganiser le travail autour d’une mobilisation collective, spirituelle et guerrière ; comprendre ce modernisme réactionnaire, c’est révéler la clef d’une organisation du travail où la rationalité instrumentale sert de soutènement à des finalités proprement antidémocratiques.
Pour un un modernisme réactionnaire 3.0, rutilant d’écrans et avide de frontières ?!
🎙Antenna I.O. Vox Frequencia

☧ Lexique de cogneur des forges
🪢 Cordage terminologique pour que nul crochet syntaxique ne vous fasse chavirer.
MODERNISME, subst. masc. : « Préférence pour ce qui est actuel, tendance à n’apprécier que ce qui est actuel » (CNRTL)
RÉACTIONNAIRE, adj. : « Opposé au changement, y réagissant, ou visant à restaurer le passé » (CNRTL)
TECHNIQUE, adj./subst. : « Qui concerne le fonctionnement d’un mécanisme » (CNRTL)
SONDERWEG, subst. all. : voie singulière empruntée par une nation, ni occidentale ni orientale (séparation est/ouest), matrice du mythe politico-culturel central allemand.
☩ Ancienne école moderne-ancestrale
📜 Sentences d’autorité paradoxales : vieux maîtres, fiel pour les esprits bien-pensants, et de tout bord !
« La civilisation a pour but, non pas le progrès de la science et des machines, mais celui de l’homme. »
— Alexis Carrel, L’Homme, cet inconnu (1935) (Dicocitations)
Le Modernisme réactionnaire. Haine de la raison et culte de la technologie aux sources du nazisme, Paris, Éditions L’Échappée, collection « Versus » (titre de l’édition française), trad. Frédéric Joly, postface François Jarrige, 12 septembre 2018. (L’Échappée) :
« …j’occupais mes recherches, en m’appuyant sur la Théorie critique, à élucider ce que je tenais pour un paradoxe de l’histoire allemande : la manière dont l’Allemagne, de la République de Weimar au règne nazi, repoussa l’héritage des Lumières tout en adoptant, dans le même mouvement, l’un de ses fruits : la technologie moderne. »
« L’écriture du Modernisme réactionnaire fut pour moi l’occasion de souligner l’impérieuse nécessité de nommer très précisément les personnes, les événements et les contextes ; je voulais m’affranchir des abstractions qui dominent les discours sur la modernité, le capitalisme ou la raison instrumentale. »
« Le Modernisme réactionnaire propose ainsi une synthèse des éléments – anciens ou nouvellement mis au jour – permettant de cerner ce courant d’idées, manié avec autant d’émotion que de doctrine, né sous Weimar dans la droite antidémocratique et poursuivi sous Hitler, Goebbels, Speer ou Todt. »
« En examinant de près Spengler, Jünger, Schmitt, Freyer, Sombart, mais aussi de nombreux ingénieurs allemands oubliés, on découvre un véritable enthousiasme pour la technologie moderne ; enthousiasme que la recherche, trop absorbée par la critique du fondamentalisme antimoderne, avait négligé. »— Jeffrey Herf, Le Modernisme réactionnaire, Préface à l’édition française (Les Amis de Bartleby)
« Les ingénieurs allemands furent confrontés au dilemme suivant : comment intégrer la technologie dans une culture dénuée de fortes traditions libérales et nourrie de sentiments romantiques et anti-industriels ? L’enjeu consistait à légitimer la technique sans succomber au rationalisme des Lumières. »
« La “politique des ingénieurs” élabora tout un arsenal de symboles et de métaphores propres à créer des passerelles entre la conscience corporatiste des techniciens et un nationalisme allemand toujours plus ambitieux. »— Jeffrey Herf, Le Modernisme réactionnaire, chap. « Politique des ingénieurs », cit. in Greenwashing Economy, 24 juin 2023 (Greenwashing Economy)
Σ Plan d’attaque par manche 💥
I. 🏛️ Jeffrey Herf : repères biographiques
II. ⚙️ Naissance d’un néologisme : reaktionäre Moderne
III. 📜 Horizons historiques & ramifications
IV. 🔨 Polémiques, critiques, prolongements
I. 🏛️ Jeffrey Herf : repères biographiques
Né le 24 avril 1947, à Milwaukee, Jeffrey Charles Herf jaillit d’une *lignée juive ballottée par l’histoire : son père, la valise à la main, sut quitter l’Allemagne national-socialiste dès 1937, tandis que la branche maternelle avait, auparavant, fui l’Ukraine tsariste ; tel fut le premier « séminaire » où s’imbibèrent ses réflexions sur la violence politique (Wikipédia, Middle East Forum).
Diplômé Phi Beta Kappa à Wisconsin-Madison (1969), puis maître ès histoire à Buffalo (1971) avant de décrocher un doctorat en sociologie à Brandeis (1981), il coudoie Harvard, Ohio University et Emory avant de s’ancrer, en 2000, à l’Université du Maryland, où on l’honore, de nos jours, du titre de Distinguished University Professor Emeritus (Département d’Histoire).
Son œuvre, prolifique, parcourt la Weimar crépusculaire, le Reich aussi, les mémoires divisées de l’après-guerre, puis « l’antisémitisme islamiste » : Reactionary Modernism (1984), Divided Memory (1997), The Jewish Enemy (2006), Undeclared Wars with Israel (2016) et, plus fraîchement, Three Faces of Antisemitism (2023) (Département d’Histoire). Couronné par le George-Louis-Beer Prize (1998), le National Jewish Book Award (2006) et le Bernard Lewis Prize (2022), il incarne, d’ordinaire, le savant vigile, scrutant les noces de l’idéologie et de la puissance.
⚠️ Avertissement ! * Cela se voit que l’auteur est juif. En tout cas, c’est tout à son honneur de voir qu’il épousa l’histoire et le social, sans conformisme ni tribalisme, afin de mieux en tirer/organiser la valeur intrinsèque. De cette trempe, que nous estimons, sans la faire entrer dans notre « cercle proche », se trouve Pierre Assouline, ou encore Jacques Capelovici.
II. ⚙️ Naissance d’un néologisme : reaktionäre Moderne
À l’orée des années 1980, Herf saisit, tel un chasseur d’éclairs, le paradoxe allemand : le culte du haut-fourneau conjugué au mépris des Lumières. De cette fulgurance naît l’expression reaktionäre Moderne (modernisme réactionnaire) forgée dans son essai princeps Reactionary Modernism: Technology, Culture, and Politics in Weimar and the Third Reich (Cambridge, 1984, Amazon, Cambridge University Press & Assessment).
Dans le canevas herméneutique de l’auteur, le concept désigne « l’enthousiasme pour la technique contemporaine associé à la répudiation du rationalisme libéral », attelage propre à la Révolution conservatrice et au national-socialisme (Wikipédia).
Herf exhibe ainsi un Sonderweg positif : l’Allemagne, à rebours tant de Westminster que du Kremlin, réconcilie l’acier des usines de Krupp — puissance industrielle et militaire allemande — et le mythe wagnérien — sens germanique des héros, des dieux, du destin et du sacrifice.Lexicalement, l’allemand oscille entre reaktionäre Moderne (substantif abstrait) et reaktionärer Modernismus (courant intellectuel), tandis que le français, depuis l’édition L’Échappée (2018), retient « modernisme réactionnaire ». Notons que Thomas Mann, plutôt hostile, avait déjà flairé ce paradoxe, fustigeant un « romantisme hautement technologique » dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres (Persée).
III. 📜 Horizons historiques & ramifications
1. Weimar – creuset incandescent
Dans la République titubante, des plumes comme Ernst Jünger, Oswald Spengler, Carl Schmitt ou Hans Freyer célèbrent la foudre électrique tout en exécrant l’universalisme kantien (Cambridge University Press & Assessment). L’architecture du parti NS – colonnades néo-classiques, gabarits cyclopéens, mais béton armé et microphones multivoies – illustre la greffe d’un esthétisme mythique sur un châssis d’ingénieur (Wikipédia).2. Diffusion continentale
La catégorie éclaire d’autres laboratoires, il éclaire l’engouement simultané pour un « autoritarisme paternaliste », un nationalisme völkisch et des innovations politico-techniques : la technocratie corporatiste de Salazar, le desarrollismo franquiste, voire la Roumanie de Codreanu et le Japon militariste, où s’hybrident culte ancestral et turbine Mitsubishi. Des historiens tels que Raphael Costa, Modris Eksteins ou David Roberts y voient moins une révolte contre la modernité qu’une modernité alternative, organique, hiérarchique.3. Transpositions extra-européennes
Actualisation post-11 septembre 2001 « oblige », Herf transpose ensuite son prisme vers l’islam politique : l’Iran khomeiniste (ayatollahs), l’Irak de Saddam, aux islamistes radicaux (Al-Qaïda), où la vidéo-cassette mue en vecteur d’un « millénarisme antilibéral » (Wikipédia). Paul Berman, dans Terror and Liberalism, renchérit : la bombe-ceinture ne serait que le V2 du jihad !4. Silicon Valley – digerati en gants de soie
Richard Barbrook décèle, dans la « Californian Ideology », la même promesse d’émancipation cybernétique flanquée d’un darwinisme social : la start-up idolâtre l’algorithme et sacrifie au marché-totem, pourtant avatar post-moderne du Modernisme réactionnaire (Wikipédia). Ubuntu en façade, féodalité des données en coulisse.⚠️ Avertissement ! Que l’Amérique du Nord reprenne ce qui fonctionnait de l’Allemagne d’Hitler, ou encore qu’elle recycla certains éléments d’élites, en lieu et place de les tuer, ne valide en aucun cas, au nom de la stratégie le plus élémentaire et le Bien commun, la théorie d’un complot de trahison universelle « NAZIE ».
IV. 🔨 Polémiques, critiques, prolongements
Les détracteurs n’ont point tardé à ferrailler.
- L’historien Thomas Rohkrämer objecte qu’il n’est nullement « paradoxal » de rejeter les Lumières en embrassant la dynamique ; pareille posture aurait, selon lui, été courante dans l’Europe XIXᵉ-XXᵉ siècles (Wikipédia). Nous pensons la théorie partiellement vraie tout au plus…
- Roger Griffin, quant à lui, soutient que le fascisme relève plutôt d’un hétéro-modernisme : il ambitionne de re-enraciner l’homme déculturé sans verser ni dans le passéisme friable ni dans l’avant-gardisme dissocié ; « l’État totalitaire » en serait la chrysalide palingenésique (Brill). Cela est très juste en revanche.
- D’autres, tel Richard Evans, craignent que la catégorie, trop extensible, dissolue, engloutisse des réalités discordantes ; à vouloir diagnostiquer tout mariage entre microprocesseur et mythologie, l’on courrait le risque d’appauvrir l’analyse…
Prolongements contemporains
De la bio-ingénierie eugénisante à certaine écologie nationaliste souhaitant d’un « État-Forteresse décarboné », les combinatoires d’hyper-technicité et de régression civique pullulent. Mais sous les mégadonnées, l’idée d’allier IA prédictive et « culte tribal » réactive le spectre herfien : un modernisme réactionnaire 3.0, rutilant d’écrans et avide de frontières.Ainsi s’achève notre quadripartite déambulation : du berceau milwaukeean au code source californien, le filament conceptuel de Jeffrey Herf dévoile, derrière l’apparente antinomie, la constance d’un désir : ployer la vapeur et le silicium, de sorte qu’ils couronnent la communauté hiérarchique.
🛎 Sentence par KO
Post-Reich, l’Allemagne fédérale, telle un phénix sidérurgiste, s’érigea sur les ruines, preuve vivante qu’une discipline d’airain couplée à la Recherche & Développement propulse le tout vers la suprématie industrielle.
Jeffrey Herf, en historien de l’intersection idées–pouvoir, met en lumière cette alchimie : la machine exalte le mythe, le mythe légitime la machine. Contre l’aveuglement progressiste comme contre la nostalgie pétrifiée, il rappelle que l’acier, sans logos moral, finit toujours par geindre aux forges de l’inhumain.
Prenons-en acte : le modernisme réactionnaire demeure un miroir tendu à nos velléités technophiles ; sachons y déceler la brèche où l’on pourrait s’engouffrer, demain, sans nouvelle idolâtrie !
Post-Scriptum :
Que les chantres du « solutionnisme » se désarçonnent — la technique, sans socle moral, demeure un sépulcre blanchi ; quiconque sacrifie à l’autel du progrès dé-spirituel court à la perdition. Quiconque néglige l’âme au profit du moteur pactise avec le Diable, qu’il le veuille ou non. Mais cela ne pose pas la question de la juste utilisation de la machine !
📚 Pour approfondir
- Jeffrey Herf, Reactionary Modernism: Technology, Culture, and Politics in Weimar and the Third Reich (Cambridge, 1984).
Id., Le Modernisme réactionnaire. Haine de la raison et culte de la technologie aux sources du nazisme (L’Échappée, 2018). - Roger Griffin, Modernism and Fascism (Palgrave, 2007).
- Nicolas Guilhot, « The Engineers of the Human Soul » (Journal of the History of Ideas, 2005).
- Thomas Mann, Germany and the Germans (Library of Congress, 1945).
- Canal Telegram Intégralisme organique : https://t.me/francenatio
La Rédaction
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