• L’enracinement théologico-politique chez Carl Schmitt



    Morale, souveraineté, exception, anti-libéralisme, eschatologie

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    En introduction, voyons un chapitrage de 5 points essentiels, se recoupant en partie, de la Théologie politique (ouvrage de 1922) selon Carl Schmitt :

    1. L’analogie entre théologie et politique :
    Schmitt soutient que l’ordre politique s’appuie sur des fondements qui sont profondément analogues à ceux de la théologie. Par exemple, il compare l’État moderne au Dieu chrétien en termes d’exercice de l’autorité souveraine.
    De la même manière que Dieu est considéré comme l’autorité suprême dans le cadre religieux, l’État détient la souveraineté en matière politique. Le souverain est celui qui peut décréter l’état d’exception, suspendre les lois et prendre des décisions cruciales, tout comme Dieu peut intervenir de manière exceptionnelle dans le monde

    2. Le concept de souveraineté :
    Schmitt définit le souverain comme « celui qui décide de l’état d’exception ». Cette formule célèbre exprime l’idée que le pouvoir souverain se manifeste principalement en temps de crise.
    Le souverain a la capacité de transcender le droit pour maintenir l’ordre, la stabilité et la sécurité, de la même manière que Dieu peut suspendre les lois naturelles pour accomplir un miracle.

    3. La critique du libéralisme et de la neutralité politique :
    Schmitt se montre comptenteur du libéralisme, qu’il accuse de tenter d’éliminer toute dimension de décision souveraine en faveur d’une gestion technique et dite neutre des affaires publiques.
    Pour lui, cette vision « neutre » de la politique ne fait que masquer la réalité de la décision souveraine,  le libéral contrevient à son principe en s’imposant, et tente d’ignorer l’aspect conflictuel et fondamentalement agonistique de la politique, qu’il appelle la distinction entre ami et ennemi.

    4. L’état d’exception comme moment théologico-politique :
    Schmitt place l’état d’exception au cœur de la théologie politique. Cet état, où les lois habituelles sont suspendues, est pour lui l’équivalent politique du miracle en théologie.
    C’est un moment où la normalité est suspendue et où l’intervention décisive du souverain devient nécessaire pour restaurer l’ordre (décisionnisme, instant de rénovation).
    Le lien avec la théologie apparaît ici en ce que le miracle est une rupture dans l’ordre naturel que seul Dieu peut accomplir, tout comme l’état d’exception est une rupture dans l’ordre juridique que seul le souverain peut déclarer.

    5. La dimension eschatologique :
    Schmitt écrit que la politique a une dimension eschatologique (la Parousie), souvent inspirée de la théologie chrétienne.
    En effet, il postule que les concepts politiques modernes sont des réminiscences sécularisées/laïcisé des concepts théologiques, notamment à travers la fin des tesmp, la souveraineté et la loi. Ce qui montre encore l’impact du christianisme dans les concepts modernes.
    Il estime à juste titre que les systèmes politiques contemporains, bien qu’ils se déclarent souvent séculiers, reposent encore sur des idées théologiques, telles que le salut ou la rédemption, mais dans un cadre politique (éthique, Bien commun, société en danger, désigner l’empêcheur de tourner en rond, etc.).

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    Ettayons ces points désormais sous forme d’article :

    Nous abordons ici un suiet essentiel, celui de ladite Théologie politique de Carl Schmitt, éminent penseu allemand du XXe siècle, dont la fulgurance intellectuelle a marqué, la pensée politique moderne, de la Révolution conservatrice, à l’après-guerre européen, en passant un peu par le régime National-socialiste allemand. En effet notre auteur, catholique prussien aux idées radicales, a posé des fondements théoriques qui résonnent encore dans nos réflexions contemporaines. Sa théologie politique mérite d’être rappelée avec force, car elle révéle la continuité historique entre les concepts religieux et ceux séculiers, qui régissent aujourd’hui nos sociétés : (pour s’en convaincre, il suffit d’écouter un laicard à la télévision le dimanche, celui-ci cherchant une supériorité morale, et vous aurez l’impression d’écouter un prêtre en sermon sur des sujets tout à fait a-religieux !).

    Cela dit, pour Schmitt, cette théologie politique n’est pas qu’une simple analogie. Elle est une transposition directe de la structure du sacré vers celle de l’État. Toute société politique, tout ordre politique repose sur une transcendance, sur un principe supérieur qui ne peut être simplement dissous dans la gestion technique ou bureaucratique que propose le libéralisme. Le libéralisme, justement, est l’un des ennemis principaux de Schmitt, puisqu’il tente de dissoudre la dimension de décision souveraine dans une neutralité artificielle. Schmitt dénonce ainsi ce qu’il voit comme un refus de prendre acte du conflit fondamental inhérent à la politique, cette fameuse distinction entre ami et ennemi en politique (aujourd’hui l’ennemi désigné n’est pas le Juif, mais l’extrême droite. Il y a même une forme de complotisme du régime à en faire le fomenteur de toute chose !), qui structure le politique de manière intrinsèque. Le libéralisme, en cherchant à échapper à cette réalité, à pacifier la politique dans un monde de négociation perpétuelle, nie selon Schmitt l’essence même de la souveraineté (et souvent, ce n’est qu’en apparence, nous pouvons compléter cette lecture par Le despotisme démocratique de Tocqueville, et pourquoi pas De la servitude volontaire de La Boétie).

    Dans son ouvrage, Schmitt présente également l’état d’exception comme le moment où la loi est suspendue, rappelant ainsi le miracle en théologie. Le parallèle est frappant : tout comme Dieu peut intervenir et « rompre l’ordre naturel », le souverain peut suspendre l’ordre juridique pour rétablir la stabilité en période de crise. Cela conduit à une vision eschatologique de la politique, qui se confronte toujours à l’idée de la fin des temps, de la décision ultime et de la confrontation entre ordres antagonistes. Schmitt y introduit une dimension qui, bien qu’elle soit teintée de sécularisation, conserve l’intensité de l’urgence divine. C’est cette urgence qui s’incarne dans le pouvoir du souverain de décider dans un contexte d’extrême nécessité (le traitement d’exception exagéré et lunaire de la crise covid en témoigne).

    L’autre concept fondamental que Schmitt introduit dans la théologie politique est celui de l’enracinement. Cette notion, approfondie dans Le Nomos de la Terre (1950), reflète une critique féroce du monde aérien contre la paysannerie, ainsi que des idéaux cosmopolitiques et universalistes issus de la Révolution française et du libéralisme, américain ou non. Schmitt insiste sur le fait que tout ordre, pour être légitime et juste, doit être enraciné dans la terre, c’est-à-dire dans un cadre territorial, historique et spirituel qui donne sens à la communauté politique nationale et étatique (nation organisée en Etat). Il rejoint ici une vision traditionnelle de l’ordre politique, où la terre joue un rôle de médiation entre les hommes et la loi, entre la communauté et la transcendance (« La terre, elle, ne ment pas » Maréchal Pétain). Ainsi, il affirme : « En premier lieu, la terre féconde porte en elle-même, au sein de sa fécondité, une mesure intérieure. » Ce rapport à la terre, profondément enraciné dans les traditions et les coutumes, forme selon lui la base de toute justice et de tout ordre véritable.

    Sa pensée, fort juste, est résolument opposée à celle des utopistes qui prônent un ordre universel et abstrait. Schmitt voit dans cette démarche la négation de la réalité humaine et politique (humanisme abstrait, ou anti-humanisme bien compris), qui ne peut se concevoir en dehors de l’ancrage dans le concret, dans le sol, et dans la tradition. L’idéologie globaliste, qui veut s’imposer à travers les airs et le mépris des frontières terrestres, constitue un danger émininent, comme on le constate au quotidien, symbolisé par les bombardements aériens anglo-saxons qui détruisent sans distinction. La terre, en revanche, pour Schmitt, est le lieu de la justice, du travail et du droit (et l’homme est davantage terrien par nature !).

    Ainsi, Carl Schmitt s’oppose à la modernité libérale en ce qu’elle tente de gommer ces aspects fondamentaux de l’existence humaine que sont la décision souveraine, l’enracinement dans la terre et la distinction entre amis et ennemis politiques. En tant que théologien politique, il propose un retour à des fondements plus anciens, mais à une tradition vive, où l’ordre politique est inséparable de sa dimension sacrée et où la souveraineté ne peut être dissoute dans une neutralité illusoire. C’est là, dans ce lien profond entre la politique et la théologie, que Schmitt trouve la clé pour comprendre et sauver la communauté politique dans un monde qui tend à perdre ses repères cocnrets et essentiels.

    Louanges à lui !

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