• Nomos de la Terre et droit international schmittien



    Mondialisme, enracinements & ennemis

  • Nous reconnaissons avoir quelques marottes qui se traduisent par certaines catégories dans nos colonnes, entre les humanités, le provincialisme dans sa variante occitaniste, le fascisme et le conclavisme, mais aussi l’ordre mondial (etnarchie) qui, en constitue encore une autre, de toute aussi haute importance !
    Et cela, n’a visiblement pas été traité seulement par le jésuite Taparelli d’Azeglio, proche de Léon XIII, avec le thème de la justice sociale catholique.

    Le génie Carl Schmitt, en utilisant le mot grec Nomos, a trouvé le mot grec décrivant par excellence notre principe, car il peut signifier loi ou ordre, en même temps que coutume ou tradition, selon les contextes. Et notre auteur allie les deux contextes à propos d’un droit international enraciné, avec conception ethnarchique et catholique du monde. Il s’agit du bon mondialisme et des nationalismes, non maurrassiens, tant dans son plafond national indépassable, que dans son positivisme.

    Le Nomos de la Terre, dans le contexte de sa philosophie politique, se réfère donc à l’ordre juridique ou à la loi fondamentale qui régit une Cité ou une communauté politique. Schmitt l’utilise pour discuter l’idée de souveraineté et la manière dont elle est exprimée à travers le droit et l’organisation politique d’un État donné, de son paradigme moral et de sa définition des ennemis, s’incarnant également dans une époque.

    Lisons tout d’abord une présentation écrite :

    « Le nomos de la Terre est le témoignage d’un homme dont la fulgurante carrière a trouvé une fin abrupte après l’effondrement du Troisième Reich. C’est à partir de cette situation que l’auteur nous propose sa vision du premier ordre juridique que la Terre ait connu : à savoir un droit international public émanant de l’Europe conquérante au début des Temps Modernes avant d’être mis au défi par la montée du Nouveau Monde, puis liquidé dans les tourmentes du XXe siècle. […] Avant même d’être un ordre normatif, ce droit public de l’Europe qui projetait son nomos sur la Terre était un ordre spatial, de là lui venait sa véritable cohésion, de là aussi son principal effet, qui était de limiter la guerre en Europe. » (Peter Haggenmacher)

    Nous repérons là, le contexte dans lequel s’inscrit les réflexions de Schmitt, le « catholique prussien », si bon dans son domaine, qu’il demeure une référence, également dans les milieux de « gauche ».

    Dans Le Nomos de la Terre (1950), Carl Schmitt montre qu’il ne peut exister d’ordre sans enracinement. Contre la pensée positiviste et l’idéal cosmopolitique, il en appelle à la terre, substrat élémentaire de toute société, pour comprendre le rapport de l’humanité au monde.

    C’est en effet en étant enraciné que nous sommes plus humains, plus entiers, plus déterminés, tel l’arbre jaillissant depuis le sol ! Voilà une vérité qu’il nous faut marteler encore et encore.

    Le Nomos de la Terre met la logique de ces légalistes à l’épreuve du bon sens du paysan: «En premier lieu, la terre féconde porte en elle-même, au sein de sa fécondité, une mesure intérieure. Car la fatigue et le labeur, les semailles et le labour que l’homme consacre à la terre féconde sont rétribués équitablement par la terre sous la forme d’une pousse et d’une récolte. Tout paysan connaît la mesure intérieure de cette justice.»

    L’enracinement ne se décrète pas, il est. C’est cette dialectique précédemment énumérée, que nous défendons encore, entre les ordres nationaux (nationalisme, fondant une société parfaite, ainsi « qui ne manque de rien ») et celui international. Il ne peut exister entre les deux que celui impérial par exemple, et pour le meilleur et pour le pire, ce sont les Etats-Unis qui l’incarnent dans le monde post-Nuremberg.

    En employant à dessein le terme de nomos pour «la première mensuration qui fonde toutes les mesures ultérieures, pour la première prise de terres en tant que première partition et division de l’espace, pour la partition et la répartition originelle»

    Ainsi, notre auteur, issu de ladite Révolution conservatrice (autre marotte, comme quoi nous ne sommes point monoïdéique !), réfute tout positivisme et utopisme issus de la Révolution française.

    Schmitt conclu sur la véritable Pax Terra, contre les voies aériennes d’ailleurs (désolé pour les OVNI de Galauzy !) :

    Or la guerre aérienne et les très médiatiques opérations de «police bombing» sont l’image du mépris absolu pour la terre. «Le bombardement aérien (…) n’a pour sens et fin que l’anéantissement», constate l’auteur. On voit les avions de chasse comme autant de vecteurs arrogants et fiers de ce nouvel ordre mondial qui s’impose par le haut, méprisant les terres depuis leurs cockpits, eux qui ne connaissent que celle de la maison mère américaine.

    Ce nouveau rapport à la terre nous invite à considérer sérieusement la leçon de Carl Schmitt à la fin de sa préface: «C’est aux pacifiques que la terre est promise. L’idée d’un nouveau nomos de la terre ne se révèlera qu’à eux.» Car la guerre moderne et destructrice prive le droit de sa source et de son siège qu’est la terre.

    SRC : lien en fin d’article.

    La structure interne de la Terre, l'intérieur de la Terre | MOMES.net

    Pour lire un résumé complet de ce raisonnement, vous avez les chapitres, notamment sur le choix du paradigme moral pour la Cité et de la définition de l’ennemi qui en découle : Trois moments juridiques (antiquité, médieval & contemporain) & Du Nouveau Monde aux Etats-Unis : le libéralisme contre le droit moderne par Actu-philosophia.

    C’est aussi le « triptyque Kojève, Strauss et Schmitt » à propos du débat concernant « l’Europe et le nouvel ordre du monde » qui est intéressant, celui-ci entame un dialogue sur le monde post Seconde guerre mondiale ; et alors qu’Alexandre Kojève décrit l’État universel sous le fameux thème de la « fin de l’histoire », Schmitt l’admet, en souhaitant son éclatement afin de conserver les nations. Léo Strauss lui, rejoint Schmitt, mais développe dans « De la tyrannie à la baisse du qualitatif », de la conscience individuelle en cas d’État universel – et c’est long à développer, car ces gus parlent de façon codée !

    Carl Schmitt : le nomos de la terre ou l’enracinement du droit


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  • 5 commentaires




    […]    UNIVERSALITÉ – Les fascistes proclament que chaque nation est appelée à manifester un aspect particulier, ainsi enraciné dirait Carl Scmitt, et universel, des richesses des virtualités de la nature humaine – aristotélicien, avec un déterminisme relatif y est accepté, n’empêchant pas le libre arbitre, bien qu’il croit avant tout en l’homme communautaire. Il s’adapte à l’entité politique dans laquelle il se développe et défend ses éléments constitutifs : langue, héritage, ethnie, etc. En particulier, il reconnait la primauté du Bien commun des nations sur celui d’une seule nation, et admet, pour cette raison : le principe impérial, hautement symbolisé par la ville de Rome, ou encore, le fait qu’il puisse exister une loi internationale sur terre. […]


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    […] PS. C’est là tout le paradoxe, d’un “bon mondialisme”, lequel doit se nourrir des nationalismes qui, représentent autant de virtualités humaines possibles, homogènes et expressives, au sein du monde lui-même. Nous évoquions ce “débat” avisé à propos du Nomos de la Terre. […]


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    […] ne peut être nié dans son influence sur la politique, tout comme avec Carl Schmit, loi et coutumes, ordre et tradition vont de pair : ainsi, la gréco romanité se caractérise par […]


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    […] épistolaires font suite aux articles schmittiens rédigés dans nos colonnes, à propos du Nomos de la terre, puis des débats philosophiques autour des questions engendrées par cette […]


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    […] https://integralisme-organique.com/2024/03/nomos-de-la-terre-et-droit-international-schmittien/ […]


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