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Publié le par Florian Rouanet
Catholicisme et Tradition
Préambule :
Le vietnamien Mgr Pierre-Martin Ngô Đình Thục (1897-1984) demeure une figure incontournable du traditionalisme catholique, au sens large du terme, et opposé audit « concile Vatican II ». Pourtant, son nom suscite de graves polémiques, souvent injustifiées ou exagérées, et certains le jugent avec une sévérité confinant à l’absurde. Ainsi, pourquoi tant d’hostilité à son égard, quand Mgr Lefebvre, qui signa nombre de documents estampillés Vatican II, avant de s’y opposer, est encensé ?
Quand bien même il ne fut pas le plus éclairé politiquement, il a été accusé, bien à tort, d’avoir défendu l’ordination des femmes, tenu pour errant alors que ses sacres furent réalisés selon le rite romain traditionnel, en temps troubles, comme les autres ?!
Rejeté par le modernisme triomphant, dénoncé de saint Pie X, ce prélat connut un destin doublement tragique (familial et national, universel et catholique). Jeté littéralement à la rue après Vatican II, errant en Europe, loin de son Vietnam natal, par anticommunisme, il finit ses jours séquestré et maltraité certainement par la communauté vietnamienne moderniste des États-Unis.
Mais sa déclaration de vacance du Siège apostolique en 1982, puis ses sacres, attestent d’une fidélité inébranlable à l’Église catholique. Il est temps de réhabiliter cet évêque injustement calomnié.
Ce texte, certes peut-être pas exhaustif, répond à l’ensemble des contestations courantes, en remettant ses actes au devant de la scène, et dans le contexte qui était le sien.

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Sommaire :
I. Mgr Thuc & Vatican II : réfutation des accusations souvent lefebristes
II. Un évêque savant et légitime dans ses actes/sacres – Déclaration de Munich
III. Un destin brisé : exil, rejet et persécutions
IV. Un héritage précieux pour la Tradition catholique☧
I. Mgr Thuc & Vatican II : réfutation des accusations souvent lefebvristes
Nombreux sont ceux qui accusent Mgr Thuc d’avoir soutenu l’ordination des femmes lors de Vatican II. Cette calomnie repose sur une interprétation erronée de ses interventions.
Un intervenant du Forum catholique a scrupuleusement analysé les Acta Synodalia du Concile. Il ressort que les trois interventions de Mgr Thuc furent :
- Sur la présence d’observateurs non chrétiens (niaiserie exotique ou gauchisante, certes, mais pas hérésie).
- Sur la place des femmes dans l’Église (il souligne leur rôle important, mais ne parle aucunement du sacerdoce, car cela n’était pas courant à l’époque).
- Sur la Sainte Vierge (en faveur d’un schéma distinct, encore non tranché ou approuvé).
« Il n’y a rien à la page 573. »
— Lycobates, Le Forum CatholiqueSon adhésion, certes initiale à Vatican II, fut moins significative que celle ultérieure de Mgr Lefebvre (« concile à la lumière de la Tradition »), qui signa pourtant tous ou presque, les documents dits conciliaires, y compris Dignitatis Humanae. Pourquoi alors rejeter Thuc avec tant de virulence, à l’instar de l’abbé Zins concernant les lignées « guérardo-thucistes » ?
En 1982, prenant acte de la « destruction de l’Église » par le modernisme, ou plutôt d’un coup d’État les plaçant hors de l’Église, il proclame publiquement et officiellement la vacance du Siège apostolique, et procède au nom de cela, à des sacres hors du cadre romain, désormais « moderniste », partant, non catholique.
Traduction du Bref de Pie XI :
« En vertu de la plénitude du pouvoir du Saint-Siège Apostolique, nous instituons comme légat Pierre-Martin Ngo Dinh Thuc, évêque titulaire de Saesina, pour des fins que nous connaissons, avec tous les pouvoirs nécessaires. Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 15 Mars 1938, la 17ème année de notre pontificat. »[1]
Ces actions ont été suivies de sanctions de la part du Saint-Siège, notamment une « excommunication » prononcée par la Congrégation pour la « Doctrine de la Foi » en 1983.
France anticommuniste & Vatican d’eux :
Si les chemins de Mgr Thuc et de Mgr Lefebvre divergent sur la radicalité de leur opposition au Concile et dans leurs actions, ils se rejoignent néanmoins dans une même profession d’amour pour la France et dans un ferme rejet du communisme.
Tous deux, en effet, virent dans Vatican II un cheval de Troie du progressisme relativiste, s’attaquant aux fondements doctrinaux, religieux et sociaux de la Chrétienté.
Mgr Thuc, plus tranché dans sa réaction, franchit le pas du sédévacantisme, tandis que Mgr Lefebvre douta du constat Sede Vacante et s’engagea dans un combat fait « d’entre-deux ».II. Un évêque savant et légitime dans ses actes/sacres – Déclaration de Munich
Contrairement aux insinuations de ses détracteurs, et leurs propos scandaleux, Mgr Thuc était un prélat d’un niveau intellectuel exceptionnel.
Il possédait :
- Un doctorat en Droit canon
- Un doctorat en Philosophie
- Un doctorat en Théologie
Ces distinctions académiques, obtenues sous Pie XI, témoignent de sa maîtrise des principes de l’Église. Il fut nommé Légat pontifical pour l’Asie, ce qui lui conférait le droit/devoir de sacrer sans l’approbation expresse du non Pape – Roncalli/Jean XXIII, Montini/Paul VI, Wojtyla/Jean-Paul II.
Or, après sa déclaration de vacance en 1982, il procéda à un seul sacre : celui de Mgr Christian Datessen, lequel a fait notamment l’abbé Daniel Maréchal que nous connaissons. Ce fait est curieusement passé sous silence, souvent par nombre de sédéprivationnistes/guérardiens eux-mêmes.
Nous pouvons certes déplorés quelques « loupés », dont il n’est pas forcément responsables des actes postérieurs, avec la naissance du palmarisme espagnol, semi conciliaire par ailleurs !
« Déclaration de Munich », a été rendue publique lors d’une messe célébrée à Munich le 21 mars 1982, bien qu’elle ait été rédigée le 25 février de la même année :
« De nos jours, dans quel état nous apparaît l’Église Catholique ? À Rome, le “pape” Jean-Paul II règne entouré du collège des cardinaux et de nombreux évêques et prélats. En dehors de Rome, l’Église Catholique avec ses évêques et ses prêtres apparaît florissante – le nombre des catholiques est immense – tous les jours la Messe est célébrée dans de nombreuses églises et le Dimanche elles reçoivent de très nombreux fidèles qui y écoutent la Messe et y communient. Mais aux yeux de Dieu, quel est l’état de l’Église ? Les Messes quotidiennes ou dominicales auxquelles les fidèles assistent plaisent-elles à Dieu ? Nullement parce que cette Messe est la même pour les catholiques et les protestants. Pour cette raison, elle ne plait pas à Dieu et elle est invalide. La seule Messe qui plaît à Dieu est la Messe de St. Pie V, qui est célébrée par un petit nombre de prêtres et d’Évêques dont je suis. Pour cette raison, on doit autant que possible ouvrir pour les candidats au sacerdoce un séminaire qui plaise à Dieu. En plus de cette “Messe” ne plaisant pas à Dieu, il y a de nombreuses choses où Dieu refuse sa grâce, par exemple dans l’ordination sacerdotale, dans la consécration épiscopale, dans les sacrements de confirmation et d’extrême onction. En outre, les “prêtres” cultivent : Le modernisme, le faux œcuménisme, le culte de l’homme, la liberté étendue à toutes les religions ; ne condamnent et n’excluent pas les hérétiques. Pour cela, en tant qu’évêque de la Sainte Église Catholique Romaine, je juge que le Siège de l’Église Catholique Romaine est vacant et qu’il me faut comme évêque, tout faire pour que l’Église Catholique Romaine continue à conduire les âmes au Salut Éternel. »[5]
Le combat de Mgr Thuc pour sauver le sacerdoce et les sacrements – La Contrerévolution en marche
Pierre Joly & Machabée | L’Histoire De Monseigneur Thuc : Le Premier Évêque Sédévacantiste
III. Un destin brisé : exil, rejet et persécutions
L’histoire de Mgr Thuc est indissociable du drame vietnamien. Sa famille fut décimée :
- Son frère, Ngo Dinh Diem, président du Sud-Vietnam, fut assassiné par les Rouges & la CIA judéo-américaine.
- Sa famille restée au Vietnam fut exterminée par les communistes régimistes et locaux.
Lui-même, contraint à l’exil, vécut une errance tragique, rejeté par Rome après Vatican II. Il semble finir ses jours séquestré non loin de Mgr Vezelis, un évêque sedevacantiste américain, père de la lignée de Mgr Butler notamment, au monastère de Rochester (New York). Soumis à des violences verbales et physiques, il mourut en 1984, abandonné de « tous ».
Certains ne s’imaginent pas ce que ça peut causer de voir sa famille assassinée et d’être rejeté par sa propre « hiérarchie »… Un tel traitement ne peut que susciter la honte et l’indignation.
IV. Un héritage précieux pour la Tradition catholique
Si Mgr Thuc fut un prélat exceptionnel, son sort posthume n’est pas moins édifiant.
Aujourd’hui, sa lignée épiscopale est l’une des plus sûres parmi les clergés traditionalistes. Elle provient directement de la hiérarchie romaine traditionnelle, hors cadre du Vatican moderniste et traitre, sans les compromis ou les hésitations propres à d’autres mouvances dites lefebvristes, williamsonienne ou non.
Son œuvre s’inscrit dans la continuité de la résistance « catholique malgré Rome ». Contrairement à d’autres qui cédèrent aux tentations de la soumission, du ralliement ou de l’ambiguïté, il alla au bout de la logique doctrinale catholique, déclarant avec raison que le Siège apostolique était vacant depuis le trépas de Pie XII.
« Lorsqu’il serait nécessaire de procéder à l’élection du souverain pontife, s’il s’avérait impossible d’appliquer les directives du droit papal, comme ce fut le cas du temps du Grand Schisme d’Occident, on doit accepter sans difficulté que le pouvoir d’élection puisse être transféré à un concile général. »
— Cardinal Billot, De Ecclesia ChristiAinsi, Mgr Thuc, par ses sacres, ouvrait la voie à la restauration visible de l’Église, laquelle n’avait pas disparu grâce à ses évêques restés fidèles aux rites.
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Conclusion : réhabiliter Mgr Thuc, un évêque fidèle jusqu’au bout
Loin d’être un prélat erratique ou douteux, Mgr Thuc apparaît aujourd’hui comme un exemple de fidélité et de résistance presque unique en son genre.
Il fut un évêque savant, un prélat éprouvé, un confesseur de la foi persécuté par Rome et par les siens. Son rôle dans la crise post-conciliaire est fondamental, puisqu’il permit la transmission d’un épiscopat valide à des générations de clercs traditionalistes, de constat catholique et actuel, dit sédévacantiste.
Son œuvre doit être reconnue, et non calomniée. Car, au regard de l’histoire, il n’est pas de plus grand honneur que d’avoir été fidèle dans cette tempête historique et religieuse de son temps. Il su sauver l’honneur, gloire lui soit rendu !
Ad majorem Dei gloriam.

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