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Publié le par Florian Rouanet
Préambule :
L’affaire au titre évocateur et provocateur est d’importance, et pourtant, de nos jours, les historiens belges ricanent : « Le rexisme ? Une broutille. Cela n’a jamais fait trembler personne ! » Une broutille ? Voilà qui étonnerait fort le Primat de Belgique qui, en 1937, fit donner la grosse artillerie cléricale contre Léon Degrelle, appelant à voter pour Paul van Zeeland, candidat d’une coalition improbable où fraternisèrent communistes, démocrates-chrétiens et libéraux. Comme quoi, lorsqu’il s’agit d’écraser une alternative au système, ici le fascisme belge, même les prétendus ennemis jurés savent se donner la main.
Mais cette intervention du haut clergé n’était pas fortuite. Elle révèle à elle seule l’attitude de clercs qui, au fil du XXème siècle, préféra systématiquement pactiser avec les forces libérales et démocratiques plutôt que de soutenir des catholiques ardents, désireux de restaurer la Cité chrétienne intégrale. Cela mérite bien que l’on s’y attarde.

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Sommaire :
I. Une coalition « contre-nature » pour écraser le Rexisme
II. Des clercs garants du statu quo démocratique, pourtant antichrétien
III. Une vieille méfiance de certains prélats envers le « nationalisme catholique »
IV. La lâcheté bourgeoise et la compromission
V. L’enseignement de cette trahison☧
I. Une coalition « contre-nature » pour écraser le Rexisme
Le décor est planté : en 1936, Léon Degrelle et son mouvement Rex, fort d’un patriotisme clair, d’un catholicisme intransigeant et d’une dénonciation virulente des élites corrompues, rencontrent un succès électoral retentissant.
L’establishment tremble littéralement. Le jeune tribun rallie à lui une bonne partie du peuple, des villages entiers, comprenant même des ouvriers, d’ordinaire captifs du socialisme. « Pire encore », il s’inspire ouvertement des expériences autoritaires du moment, flirtant avec Benito Mussolini et les phalanges espagnoles.L’affolement gagne les salons feutrés, tenus par des laïcs comme de faux clercs ! L’on craint qu’en Belgique, un ordre nouveau ne vienne bousculer le ronronnement parlementaire. Il faut donc un homme providentiel pour briser cette dynamique.
Mais ce sera Paul van Zeeland, homme sans envergure, adoubé par tous les partis du « camp du bien ». Dès lors, la propagande se déchaîne, et le coup de grâce vient du Primat de Belgique en personne (archevêque de Malines-Bruxelles, la plus haute autorité ecclésiastique catholique du pays), qui exhorte les catholiques à voter contre Degrelle, sous peine « d’excommunication » rampante.Les principaux Partis d’alors : le Parti catholique (démocrate-chrétien), le Parti libéral et le Parti ouvrier belge (socialiste), se réunissent contre un seul mouvement et son Chef.
II. Des clercs garants du statu quo démocratique, pourtant antichrétien
Que l’on comprenne bien : il ne s’agissait pas de choisir entre un bon catholique et un socialiste anticlérical. Non, il s’agissait d’abattre un catholique fougueux au profit d’un politicien fade, mais rassurant pour ledit système – monarchie constitutionnelle et parlementaire, règne du roi Léopold III. L’Église belge, bien que se déclarant ennemie du communisme, préférait encore un compromis avec la gauche athée que de voir triompher un nationalisme chrétien qui aurait pu remettre en cause son rôle ambigu dans l’ordre établi.
Ce schéma s’est d’ailleurs répété tout au long du XXe siècle : plutôt que de risquer une révolution nationale, les élites ecclésiastiques se sont systématiquement alignées sur les forces conservatrices du libéralisme. Elles n’avaient pourtant aucun scrupule, quelques années plus tard, à dialoguer avec des démocrates-chrétiens post-Vatican II ouverts aux pires compromissions avec le monde moderne.
III. Une vieille méfiance de certains prélats envers le « nationalisme catholique »
Pourquoi cette obsession à toujours combattre les mouvements catholiques d’inspiration patriotique ou nationaliste ? L’histoire fournit des précédents. Il suffit de voir le comportement d’une partie du clergé mexicain face aux Cristeros : plutôt que de soutenir pleinement ces martyrs de la foi, certains prélats choisirent la négociation avec un gouvernement antichrétien, sacrifiant ainsi une résistance héroïque sur l’autel du « réalisme politique ».
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la méfiance cléricale à l’égard des mouvements nationalistes catholiques n’a jamais cessé. Trop exaltés, trop volontaires, trop peu enclins à la soumission aveugle aux autorités en règle générale, etc. Les clercs acquis aux États préféreront donc des catholiques tièdes et dociles, toujours prêts à se plier aux consignes du moment, fussent-elles suicidaires…
IV. La lâcheté bourgeoise et la compromission
Ce conflit met également en lumière la fracture sociale sous-jacente. Qui étaient ceux qui appelaient à voter contre Degrelle ? Les aristocrates et les paysans, eux, étaient plus enclins à le suivre.
Et comme l’écrivait l’auteur suivant :« Aristocrates et paysans acceptaient que leurs fils allassent à la mort. Le bourgeois, lui, “planque” ses enfants car le courage ou l’obéissance héroïque ne sont pas son lot. Pour l’aristocrate : “Si mon fils est un lâche, mon nom est souillé.” Et pour le paysan : “Si je ne défends pas ma terre, l’ennemi l’annexera.” Pour le bourgeois : “Si mon fils est tué, qui héritera de mon or et qui prendra la succession de mon commerce ?” »
Jean Cau dans Les Écuries de l’Occident
Le Rexisme, en rassemblant ouvriers et hommes traditionnels, faisait peur à cette bourgeoisie catholique – ou non – à la mentalité comptable. Cela mériterait bien de rédiger et d’actualiser une fable comme celle du loup et du chien de La Fontaine !
V. L’enseignement de cette trahison
Le parallèle avec aujourd’hui serait bien sûr tout à fait fortuit… Et pourtant ! « L’épiscopat » a dégénéré d’une façon si généralisée après guerre, que cela nous a donné un « Vatican II« , décentralisateur, progressite et démocrate-chrétien à grande échelle, en même temps de trahir la foi catholique.
Ce qui nous ramène à une réflexion plus profonde sur l’ordre naturel et l’ordre surnaturel. L’Église ne peut se limiter à un rôle spirituel déconnecté des réalités terrestres. Refuser l’engagement politique sous prétexte de ne s’occuper que des âmes, c’est nier la nature humaine elle-même, qui n’est ni un pur esprit ni un être désincarné.
D’ailleurs, certains clercs surnaturalistes d’aujourd’hui, dont il existe pléthore en milieu dit traditionnaliste, ont bien plus en commun avec la pensée talmudique, qui considère les Gentils comme de simples bêtes sans âmes, qu’avec la doctrine catholique à la fois radicale et équilibrée de la royauté sociale du Christ.

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Conclusion : « autonomie » des laïcs en politique
L’affaire Degrelle nous rappelle une leçon fondamentale : les clercs n’ont pas à s’immiscer dans la politique autrement que pour rappeler les principes fondamentaux de la foi, de la morale et du bien commun. Ils n’ont pour le reste, pas de supériorité directe sur nous. L’administration de la société appartient aux laïcs, en priorité et selon notre nature, ce qu’il faut certes assumer.
Un lot non négligrable de clercs a voulu jouer la carte du libéralisme démocratique au XXe siècle ? l’Église en paie le prix aujourd’hui, avec du modernisme et des « évêques » qui se demandent, perplexes, pourquoi plus personne ne les écoute. Loin d’être un accident de l’histoire, « Vatican II » fut le fruit d’un long processus de compromission cléricale avec l’esprit du monde, et qui n’est même plus « clérical » aujourd’hui.
Léon Degrelle, lui, n’a pas cédé. Il a vu les prélats de son temps trahir leurs enfants les plus fervents pour mieux se compromettre avec les marchands du temple. Cette leçon vaut bien une messe… mais une messe tridentine, bien sûr !
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Extrait de l’Assaut (hebdomadaire de la Légion wallonne), 13 août 1944 :
Ceux qui ont fait la Légion — Léon Degrelle et Lucien Lippert […]
Nous nous rappelons aussi le souvenir de tant de camarades tombés pour un idéal qui n’a pas changé pendant trois années de luttes ininterrompues.
Comme le disait si bien le Prévôt de la Jeunesse, la légion des morts a trouvé son chef. Lucien Lippert, notre camarade, notre commandeur, est mort, comme il l’avait certainement désiré, nous pouvons l’affirmer.
Nous l’avons bien connu depuis ce 8 août 1941, où il avait pris place modestement parmi les autres légionnaires. Il ne fallut pas longtemps cependant pour découvrir sa valeur et pour en faire un commandeur incomparable. […]
Complément direct du Chef Léon Degrelle, il était le Chef militaire de la Légion des Volontaires wallons. Mais il était plus que cela, il était le véritable Chevalier de la nouvelle Croisade.
Lucien Lippert n’était pas seulement un soldat européen, luttant pour l’avenir de sa Patrie et de l’Europe, il était aussi, il était surtout un chrétien combattant pour sa foi et pour l’avenir de la civilisation chrétienne.
Notre vieux camarade, le major von Lehe, nous rappelait l’autre jour sa mémoire et disait, en parlant de lui : « Sa devise était celle de la Jeunesse Légionnaire : DUR ET PUR ».
Dur il l’était, et ceux qui ont senti sa justice reconnaissaient son impartialité et sa profonde connaissance de l’âme humaine.
Pur, dans le sens le plus total, il l’était aussi, et son exemple, empreint de la plus grande simplicité, encourageait les autres.
Lucien Lippert était parti pour la Russie avec la volonté de triompher des forces anti-naturelles, anti-européennes du bolchevisme. Il était un soldat, un preux, au même titre que Pierre l’Ermite, Godefroid de Bouillon et Baudouin de Constantinople.
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