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Publié le par Florian Rouanet
L’Église catholique en plein XXe siècle : un contexte historique et doctrinal chargé !
Sommaire
1. Saint Pie X contre les dérives modernistes et démocrates chrétiennes
2. Charles Maurras et la tolérance pragmatique
3. Pie XI : la condamnation officielle de l’Action française
4. Attitude comparée de l’Église envers le national-socialisme
5. Conclusion sur enseignements et conséquences

Introduction
Saint Pie X rejeta les non-principes modernistes et démocrates chrétiens, notamment la « souveraineté populaire » prônée par Marc Sangnier, tout en choisissant, pour le moment, une tolérance pragmatique vis-à-vis de l’Action française, bien qu’imparfaitement orthodoxe…
En revanche, Pie XI opta pour une condamnation officielle et des sanctions très sévères contre le mouvement maurrassien. Il adopta ensuite une posture « plus prudente », avec moins de recriminations, devant le national-socialisme allemand, ainsi que le fascisme italien.
Il s’agit de la même Église. Ce ne sont pas tant des divergences, mais plutôt un équilibre délicat entre défense de la foi catholique et un contexte politique difficile et accidentel, en un siècle marqué par de grands bouleversements.
Entre la montée du nationalisme, les dérives modernistes et la doctrine hitlerienne, l’Église catholique dut adapter ses décisions en préservant son autorité et la poursuite de sa mission universelle et surnaturelle.
Toutefois, saint Pie X et Pie XI incarnent deux approches de défense de la Vérité, par rapport à l’Action française de Charles Maurras, tout en s’opposant à la démocratie chrétienne de Marc Sangnier, et en réagissant, avec plus de retenue, au national-socialisme.
Le texte suivant ruine en outre, le mythe du bon royaliste ultra catholique devant le méchant NAZI forcément païen. Effectivement, l’AF a été largement plus malmené.
I. Saint Pie X : un pape contre les dérives modernistes et démocrates chrétiennes
Une lutte contre le modernisme
Saint Pie X (1903-1914) fit de la lutte contre le modernisme l’un des piliers de son pontificat. Par son encyclique « Pascendi Dominici Gregis » (1907), il dénonça les erreurs de pensée qui relativisaient la foi catholique, notamment le rationalisme, le positivisme et l’historicisme.
Ces critiques s’étendirent au mouvement démocrate-chrétien au mouvement Le Sillon de Marc Sangnier dans Notre charge apostolique. Ce dernier cherchait en effet à réconcilier l’Évangile avec la démocratie moderne, en exaltant les fameux droits de l’homme.
Ces idées furent jugées incompatibles avec la doctrine catholique, car elles risquaient de relativiser l’autorité divine et de promouvoir une vision anthropocentrique déconnectée de Dieu.
L’opposition aux démocrates chrétiens
Le refus de saint Pie X ne visait pas l’engagement politique des catholiques dans la Cité, en soi, mais les fondements philosophiques du mouvement de Sangnier. Le Pape considérait à raison que ces idées, issues surtout des Lumières, sapaient les bases de la conception de la société chrétienne et pouvaient ouvrir la porte au sécularisme (prendre le profane pour un dogme et professer l’impiété sur les vrais dogmes).
Le 25 août 1910, le pape Pie X publia la lettre apostolique Notre charge apostolique, sous titré « Condamnation du mouvement libéral catholique «le Sillon» de Marc Sangnier ».
Lisez le chapitre « Condamnation du Sillon » pour vous persuader du problème résumé dont voici un paragraphe :
« Nous craignons qu’il n’y ait encore pire. Le résultat de cette promiscuité en travail, le bénéficiaire de cette action sociale cosmopolite ne peut être qu’une démocratie qui ne sera ni catholique, ni protestante, ni juive ; une religion (car le sillonnisme, les chefs l’ont dit, est une religion) plus universelle que l’Église catholique, réunissant tous les hommes devenus enfin frères et camarades dans « le règne de Dieu ».- « On ne travaille pas pour l’Église, on travaille pour l’humanité ».
La clameur populaire prête volontiers à ce Pape, l’expression « condamnable, mais à ne pas condamner ».
II. Charles Maurras et la tolérance pragmatique
Une doctrine nationaliste hétérodoxe
Charles Maurras, chef de l’Action française, prônait un nationalisme intégral et monarchiste. Bien que sa vision politique s’alignât sur plusieurs principes chers à l’Église (ordre, tradition, autorité, culture catholique), il restait agnostique, influencé par le positivisme d’Auguste Comte et par l’héritage patriotique pro-antique, « païen chrétien », de Fustel de Coulanges. Cette dissociation entre foi et politique constituait une faiblesse doctrinale que l’Église ne pouvait ignorer.
Cependant, sous saint Pie X, aucune condamnation officielle de l’Action française ne fut promulguée – contrairement aux démocrates-chrétiens du Sillon. Ce choix, reflétait l’intelligence pragmatique, la volonté de contrer les modernistes sans diviser davantage le monde catholique des fidèles engagés.
Un soutien indirect ?
L’Action française bénéficia, par la force des choses, d’un soutien tacite parmi le clergé et les fidèles, car elle défendait des valeurs proches de « l’idéal national-catholique », malgré l’acatholicité ou l’hétérodoxie de son chef.
Extrait :
Olivier Dard, dans sa biographie de Maurras, souligne que ce dernier :
« (…) soutenait l’Église catholique non par foi religieuse, mais parce qu’il la considérait comme un élément essentiel de la cohésion nationale et de l’identité française ».
In. Charles Maurras : le maître et l’action, édition Armand Collin, 2013.
En outre, Maurras confirme ses « doutes » (agnosticisme), malgré une figure stylistique, après la guerre et avant son lit de mort, en fin de propos, ici même :
« Nous bâtissons l’arche nouvelle, catholique, classique, hiérarchique, humaine, où les idées ne seront plus des mots en l’air, ni les institutions des leurres inconsistants, ni les lois des brigandages, les administrations des pilleries et des gabegies, où revivra ce qui mérite de revivre, en bas les républiques, en haut la royauté, et, par-delà tous les espaces, la Papauté ! Même si cet optimisme était en défaut et si, comme je ne crois pas tout à fait absurde de le redouter, si la démocratie étant devenue irrésistible, c’est le mal, c’est la mort qui devaient l’emporter, et qu’elle ait eu pour fonction historique de fermer l’histoire et de finir le monde, même en ce cas apocalyptique, il faut que cette arche franco-catholique soit construite face au triomphe du Pire et des pires. Elle attestera dans la corruption éternelle et universelle, une primauté invincible de l’Ordre et du Bien. Ce qu’il y a de bon et de beau dans l’homme ne se sera pas laissé faire. Cette âme du bien l’aura emporté, tout de même, à sa manière, et, persistant dans la perte générale, elle aura fait son salut moral et peut-être l’autre. Je dis peut-être, parce que je ne fais pas de métaphysique et m’arrête au bord du mythe tentateur, mais non sans foi dans la vraie colombe, comme au vrai brin d’olivier, en avant de tous les déluges. »
— Lettre de prison à Pierre Boutang, février 1951
— Charles Maurras, Lettres de prison (8 septembre 1944 — 16 novembre 1952), éd. Flammarion, 1958, p. 225
Nous dirions même que, pour lui, l’Eglise catholique demeure un bon allier dans son concept, car Elle aiderait à « préserver l’Ordre dans la Cité ».
L’affaire dont nous allons parler désormais est, hélas, peu traitée, et de surcroît, par un royalisto-centrisme et une France cocorico et gallicane :
III. Pie XI : la condamnation officielle de l’Action française
La rupture avec Maurras
En 1926, Pie XI condamna officiellement l’Action française, qualifiant ses idées d’incompatibles avec la foi catholique. Il excommunia ses membres actifs, interdit la lecture de son journal et condamna toute collaboration entre catholiques et ce mouvement.
Cette décision marqua un tournant. Pie XI souhaitait éviter que l’Église ne soit associée à un nationalisme agnostique ou perçu comme sectaire.
Pour plus de précisions, l’acte s’est fait en quatre temps :
1. Décret de la Congrégation de l’Index : Le 29 janvier 1914, sous le pontificat de saint Pie X, la Congrégation de l’Index a condamné cinq ouvrages de Charles Maurras, les jugeant “vraiment très mauvais et méritant censure”. Toutefois, la publication du décret a été différée.
Vive Le Roy2.Publication du décret de 1914 : Le 20 décembre 1926, Pie XI a ordonné la publication du décret de 1914, rendant officielle la condamnation des œuvres de Maurras.
3.Décret de la Congrégation du Saint-Office : Le 29 décembre 1926, ce décret a étendu la condamnation au quotidien “L’Action française”, interdisant sa lecture aux fidèles.
Wikipedia4.Allocution consistoriale de Pie XI : Le 20 décembre 1926, dans une allocution au consistoire, le pape a exprimé ses préoccupations concernant l’Action française, soulignant l’incompatibilité de ses doctrines avec la foi et la morale chrétiennes.
Thèses Lyon 2Cela ne signifiera pas que la défense de la nation, ou de la monarchie du reste, est condamnée en tant que tel, car l’Eglise va volontiers employer l’expression d’amour national et en faire l’éloge dans son cadre naturel stricte, sans pour autant utiliser le terme doctrinal de « nationalisme » certes, comme Elle le fera du reste avec ledit racisme.
Enfin, sont rejetés, avec les maîtres de l’AF, tout ce qui est mentionné supra ainsi que leur machiavélisme – quant à leur positivisme, ce dernier faisait transparaître que seule « l’expérience était maîtresse », notamment dans son Mes idées politiques, comme s’il fallait absolument faire une bêtise pour devoir que s’en est une !
IV. Attitude comparée de l’Église envers le national-socialisme
Une prudence motivée
Si l’Action française fut traitée avec sévérité (interdiction de communier et de lire ces contributions), il n’y aura ici pas d’équivalent. L’Église adopta une attitude prudente et concordataire sous le IIIe Reich d’Adolf Hitler. Et cela a le mérite d’être signalé. Mais si l’on compte la diversité du mouvement, il pouvait y avoir matière à condamnation selon un auteur ou une initiative individuelle (ledit christianisme positif d’Alfred Rosenberg par exemple).
Les raisons peuvent êtres multiples :
1.La crainte d’éventuelles persécutions contre les catholiques allemands.
2.La nécessité de contrer le communisme, le danger le plus immédiat.
3.Le Bien provoqué serait plus grand et la critique demeurerait incomprise, etc.
4.Pas de prétention théologique ou suffisamment d’éléments hétérodoxes de retenu.
Cette prudence suscite encore des critiques, de la part de royalistes jaloux et de conformistes faibles, toujours en raison de l’absence d’une condamnation et d’une excommunication.
Lire notre longue étude de l’encyclique « MBS » (partie 1, partie 2, partie 3).
V. Une conclusion sur les enseignements et les conséquences
Saint Pie X : un pragmatisme éclairé
Saint Pie X démontra une intelligence stratégique en tolérant l’Action française pour combattre des idéologies jugées avec justesse comme plus dangereuses : comme le modernisme et la démocratie chrétienne.
Pie XI : une rigueur doctrinale
À l’inverse, mais non en opposition comme on le lit, Pie XI choisit de sanctionner sévèrement l’AF pour préserver l’intégrité catholique. Son attitude sera bien plus réservée envers le national-socialisme.
Conséquences pour l’Église
Le seul point faible que l’on reconnaîtra est qu’en réaction, ces décisions eurent des répercussions :
•La montée en puissance des démocrates chrétiens, se sentant re-légitimer à tort, lesquels contribuèrent à des réformes modernisantes, avant et après « Vatican II ».
•Une perception de l’Église comme faussement « plus favorable » aux idéaux démocratiques qu’aux nationalismes, affaiblissant son influence dans certains milieux politisés.
•La destruction d’une unité militante française plus bénéfique pour la France que la IIIe République.
En conclusion, ces deux pontificats illustrent la complexité de l’équilibre entre foi et politique. Saint Pie X et Pie XI, pas si différents dans leurs approches et reproches, demeurèrent fidèles à leur mission de défendre la vérité catholique lors des défis de leur temps.
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