• « Au milieu des sollicitudes », cette encyclique fait-elle du Pape Léon XIII un « vil ralliementiste » ?



    On ne met pas en PLS Sa Sainteté, c’est S.S. qui met en PLS.

  • Chapitrage : I. S.S. le Pape Léon XIII ; II. La soi-disant démocratie chrétienne ; III. L’encyclique « Au milieu des sollicitudes » ; IV. Conclusions.

    I. S.S. le Pape Léon XIII :

    En tant que note liminaire, qu’il soit dit ici et maintenant : Léon XIII est sans doute l’un des plus grands Papes de l’époque contemporaine, ne serait-ce que par ses enseignements philo-théologiques cruciaux remis aux fidèles durant une période complexe et obscure pour la Chrétienté et l’Europe.

    Hélas, Nous oublions bien souvent ce que nous devons à Léon XIII, notamment à cause de certains préjugés politico-religieux issus du gallicanisme, de la droite monarchiste et/ou du milieu « nationaliste » déformant souvent par ignorance (quand ce n’est pas clairement coupable, en prétendant lui imputer des choses qui ne lui sont pas imputables) le Magistère de ce Pontife pourtant abondant et limpide, concis et précis, pertinent et formateur.

    C’est Léon XIII, Pape à l’âme dantesque (lire la Divine comédie faisait partie de ses loisirs studieux), qui rétablissait le thomisme, trop délaissé en Europe après la grande subversion de 1789, par le biais de l’encyclique Æterni Patris (4 août 1879). C’est encore lui qui condamna derechef et publiquement la secte maçonnique avec l’encyclique Humanum Genus (20 avril 1884). Pareillement, il rappela les fondements d’une alliance/articulation juste et saine entre les rôles de l’Église et de l’État avec Immortale Dei (soit sur la constitution chrétienne des États ; 1er novembre 1885). Enfin, il  traitera de la nécessité  de posséder de justes lois sociales en jetant les bases corporatives d’un renouvellement de la société politique avec Rerum Novarum (15 mai 1891).

    Tout cela est fort pratique, d’une grande source et d’une haute fiabilité pour les catholiques contemporains que nous sommes. Si jamais on nous accusait d’être ultramontain, et bien sachez que dans le langage maçonnique du XIXe, cette expression n’a jamais voulu rien dire d’autre que « saleté de catholiques » ! Le soutien affiché à un Pape légitime et licite est ce qui les rendaient fous de rage.

    De surcroît, rappelons que les Vieux catholiques osent remettre en question la légitimité des Papes bien avant Vatican II. Soit à partir du moment où un Pape pourrait être accusé de « compromission avec la République maçonnique ». Exemple : si Pie VI est mort de son combat contre la Révolution, Pie VII a accepté un Concordat avec Napoléon Bonaparte au nom de la « paix de l’Église »… Selon ces barjots, même Pie IX, pourtant résolument opposé au libéralisme et à la franc-maçonnerie, a pu être accusé d’appartenance maçonnique. Il faut simplement constater que la perte des États chrétiens a été délétère pour le Saint-Siège, mais que son enseignement – en matière de foi et de mœurs – est demeuré sans tâche.

    Pour la riposte contre les outrances faites au Pape Pie VII par rapport à Napoléon 1er, c’est ici.

    II. La soi-disant démocratie chrétienne :

    Léon XIII a formellement condamné cette « doctrine démocratisante », dans son encyclique Diuturnum illud, celle du Principat politique, où il est écrit :

    « Des modernes en grand nombre […] déclarent que toute autorité vient du peuple ; qu’en conséquence ceux qui exercent le pouvoir dans la société ne l’exercent pas comme une autorité propre, mais comme une autorité à eux déléguée par le peuple et sous la condition qu’elle puisse être révoquée par la volonté du peuple de qui ils la tiennent. Tout au contraire est le sentiment des catholiques, qui font dériver le droit de gouverner de Dieu, comme de son principe naturel et nécessaire ».

    D’ailleurs, concernant l’Italie, le Pape n’a pas été aussi conciliant : tout vote était interdit aux fidèles catholiques à cause de l’abondance des Partis laïcistes et du danger direct qu’ils représentaient.

    Ces enseignements ne provoqueraient pas obligatoirement et nécessairement l’établissement d’une démocratie-moderniste, loin de là. Cela n’a été rendu possible, en partie, que par la mentalité progressiste sévissant chez certains catholiques français auprès de Marc Sangnier.

    Le sujet a déjà été épuisé sur ce site dans le chapitre 4 titré « Démocratie faussement chrétienne » du livre commenté « Le fascisme et les catholiques » de Piero Misciatelli.

    III. L’encyclique « Au milieu des sollicitudes » :

    Tout d’abord quelques précisions de Wikipedia : « Au milieu des sollicitudes (Inter Sollicitudines) est une encyclique publiée d’abord en français, contrairement à l’usage habituel du latin, le 16 février 1892 par le pape Léon XIII. Après le boulangisme, le pape Léon XIII appelle alors les catholiques à accepter les institutions pour mieux combattre les lois anticléricales. Cette encyclique est destinée en premier lieu à l’épiscopat de France, au clergé et aux catholiques français. Son sous-titre est : L’Église et l’État en France. »

    Ce dont il est question en priorité c’est donc de cette encyclique, sur laquelle l’abbé Belmont avait déjà répondu via Quicomque (hélas depuis la refondation de son site, l’article n’est disponible plus que sur Notre site).

    Avant de scruter les passages, il faut déjà rétablir le contexte : la France était alors en proie à un État athée et impie. La diplomatie et l’enseignement de l’Église tentèrent donc, en réaction, de remédier à la situation en cherchant un moyen louable, honnête, bénéfique et efficace afin de rétablir le bon ordre.

    Cette première lettre encyclique a été suivie de près par une autre, plus explicative et adressait particulièrement aux cardinaux français qui réagirent positivement (Notre consolation, datée du 3 mai 1892).

    « Léon XIII, dans Au milieu des sollicitudes, n’a fait qu’enseigner une vérité philosophique évidente : il y a une distinction entre la forme du gouvernement et sa législation. L’Église ne s’est jamais rendue intrinsèquement dépendante, ni n’enseigna jamais l’absolue nécessité d’une forme politique particulière pour les sociétés humaines. Tout simplement car il s’agit ici d’un enseignement politique ne concernant pas le domaine de l’Église, mais celui de César et de la société politique, qui importe au bien commun, mais où l’Église n’est tout simplement pas compétente pour trancher. En revanche, l’Église a un enseignement sur la législation à adopter, car elle concerne, en partie à tout le moins, le domaine moral voire le domaine religieux (la sanctification du dimanche, pour prendre un exemple). C’est cette distinction qu’essaya d’amener Léon XIII, en prenant également acte du fait que la majorité des catholiques français de cette époque était favorable à la forme républicaine de gouvernement, comme le montre leur vote. Il encouragea donc les catholiques à ne pas s’attarder excessivement sur la question de la forme du gouvernement, qui entraînait des divisions inutiles entre frères chrétiens, mais plutôt à s’attaquer au problème législatif, en s’opposant aux mauvaises lois. Il n’y a rien de scandaleux dans cette décision. Moi-même qui suis radicalement anti-démocrate, j’adhère pleinement à cette encyclique. Où d’ailleurs, le mot de “ralliement” n’apparaît nulle part. Les milieux monarchistes, où subsistaient des miasmes de gallicanisme alimentés aussi par le libéralisme “catholique”, eux-même aidés d’ailleurs par les libéraux laïcistes ici, ont grossi le caractère de l’encyclique, en en faisant une profession d’adhésion à la forme républicaine, alors que ce n’était évidemment pas le cas.

    Philippe Tailhades, royaliste mais fidèle et soumis à l’enseignement de Léon XIII, a entendu répondre aux accusations de la FSSPX et des gallicans de manière plus générale sur ce sujet dans une lettre publique à l’abbé de Jorna le 19.07.2007 (PDF). »

    Missive du jour de la part de Théodon de Radio Regina.

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    III. Extraits commentés :

    La situation alarmante appelle une réaction :

    «En pénétrant à fond, à l’heure présente encore, la portée du vaste complot que certains hommes ont formé d’anéantir en France le christianisme, et l’animosité qu’ils mettent à poursuivre la réalisation de leur dessein, foulant aux pieds les plus élémentaires notions de liberté et de justice pour le sentiment de la majorité de la nation, et de respect pour les droits inaliénables de l’Église catholique, comment ne serions-Nous pas saisi d’une vive douleur?»

    Les catholiques doivent donc réagir en France :

    «Nous avons ouvertement dit à Nos fils ce qu’ils avaient droit de demander à leur Père. Et loin de les porter au découragement, nous les avons fortement exhortés à redoubler d’amour et d’efforts dans La Défense de la foi catholique, en même temps que de leur patrie : deux devoirs de premier ordre, auxquels nul homme, en cette vie, ne peut se soustraire.»

    Le passage qui suit, prit pour trop « surnaturaliste » par n’importe quel partisan du laïcisme politique – er par quelques catholiques outrés – est mal compris ; c’est pourquoi le paragraphe d’après a été conservé (celui-ci détaille la signification des mots employés).

    La religion est la base de l’humanité :

    «Avant tout, prenons comme point de départ une vérité notoire, souscrite par tout homme de bon sens et hautement proclamée par l’histoire de tous les peuples, à savoir que la religion, et la religion seule, peut créer le lien social; que seule elle suffit à maintenir sur de solides fondements la paix d’une nation. Quand diverses familles, sans renoncer aux droits et aux devoirs de la société domestique, s’unissent sous l’inspiration de la nature, pour se constituer membres d’une autre famille plus vaste, appelée la société civile, leur but n’est pas seulement d’y trouver le moyen de pourvoir à leur bien-être matériel, mais surtout d’y puiser le bienfait de leur perfectionnement moral. Autrement la société s’élèverait peu au-dessus d’une agrégation d’êtres sans raison, dont toute la vie est dans la satisfaction des instincts sensuels. (…) Tous les citoyens sont tenus de s’allier pour maintenir dans la nation le sentiment religieux vrai, et pour le défendre au besoin, si jamais une école athée, en dépit des protestations de la nature et de l’histoire, s’efforçait de chasser Dieu de la société, sûre par là d’anéantir le sens moral au fond même de la conscience humaine. Sur ce point, entre hommes qui n’ont pas perdu la notion de l’honnêteté, aucune dissidence ne saurait subsister. (…) Si, en effet, les croyances religieuses furent, toujours et partout, données comme base à la moralité des actions humaines et à l’existence de toute société bien ordonnée, il est évident que la religion catholique, par le fait même qu’elle est la vraie Église de Jésus-Christ, possède plus que toute autre l’efficacité voulue pour bien régler la vie, dans la société comme dans l’individu.»

    On retrouve aussi une véritable définition de la titulature diplomatique (titre donné pour service rendu) que représente la formule « Fille aînée de l’Église » dans le sens de « nouvelles gloires s’ajoutant aux gloires passées ».

    Histoire catholique de France :

    «C’est qu’à la générosité naturelle de son cœur, la charité chrétienne était venue ajouter une abondante source de nouvelles énergies; c’est que Son activité merveilleuse avait rencontré, tout à la fois comme aiguillon, lumière directive et garantie de constance, cette foi chrétienne qui, par la main de la France, traça dans les annales du genre humain des pages si glorieuses.»

    Grandeur morale ou suicide :

    “l’histoire d’un peuple révèle, d’une manière incontestable, quel est l’élément générateur et conservateur de sa grandeur morale. Aussi, que cet élément vienne à lui manquer, ni la surabondance de l’or, ni la force des armes ne sauraient le sauver de la décadence morale, peut-être de la mort.”

    La Grâce visait par l’Église n’empiète pas sur la tâche de l’État :

    «Il nous faut signaler une calomnie astucieusement répandue, pour accréditer contre les catholiques et contre le Saint-Siège lui-même des imputations odieuses. — On prétend que l’entente et la vigueur d’action inculquées aux catholiques pour la défense de leur foi ont, comme secret mobile, bien moins la sauvegarde des intérêts religieux que l’ambition de ménager à l’Église une domination politique sur l’État. — Vraiment, c’est vouloir ressusciter une calomnie bien ancienne, puisque son invention appartient aux premiers ennemis du christianisme. Ne fut-elle formulée tout d’abord contre la personne adorable du Rédempteur? Oui, on l’accusait d’agir par des visées politiques, alors qu’il illuminait les âmes par sa prédication et qu’il soulageait les souffrances corporelles ou spirituelles des malheureux avec les trésors de sa divine bonté.»

    Ci-dessous, le parallèle entre la situation de l’Empire romain païen et de sa persécution des premiers chrétiens d’avec la situation antichrétienne de son époque (sous la IIIe République, et guidée par la secte maçonnique…), est remarquable.

    Empire romain païen et IIIe République maçonnique :

    «En diffamant si audacieusement le christianisme, ses ennemis savaient ce qu’ils faisaient; leur plan était de susciter contre sa propagation un formidable adversaire, l’Empire romain. La calomnie fit son chemin; et les païens, dans leur crédulité, appelaient à l’envi les premiers chrétiens des êtres inutiles, des citoyens dangereux, des factieux, des ennemis de l’Empire et des empereurs4. En vain les apologistes du christianisme par leurs écrits, en vain les chrétiens par leur belle conduite, s’appliquèrent-ils à démontrer tout ce qu’avaient d’absurde et de criminel ces qualifications: on ne daignait même pas les entendre. Leur nom seul valait une déclaration de guerre; et les chrétiens, par le simple fait qu’ils étaient chrétiens, non pour aucune autre cause, se voyaient forcément placés dans cette alternative : ou l’apostasie ou le martyre.»

    Après le parallèle susmentionné, c’est au tour du nationaliste qui évoquerait l’idée d’une “Monarchie” ou d’une “République” en tant que forme absolu d’un régime (par là obligatoire !), d’être réfuté. Des propos en accords avec la définition du Bien commun contenue dans la doctrine thomiste.

    Les formes de régimes (CONFÉRENCE ROUANESQUE) :

    «Nous l’avons déjà remarqué, une grande union est nécessaire, et si l’on veut y parvenir, il est indispensable de mettre de côté toute préoccupation capable d’en amoindrir la force et l’efficacité. – Ici, nous entendons principalement faire allusion aux divergences politiques des Français, sur la conduite à tenir envers la République actuelle: question que nous désirons traiter avec la clarté réclamée par la gravité du sujet, en parlant des principes et en descendant aux conséquences pratiques.

    Divers gouvernements politiques se sont succédé en France dans le cours de ce siècle, et chacun avec sa forme distinctive: empires, monarchies, républiques. En se renfermant dans les abstractions, on arriverait à définir quelle est la meilleure de ses formes, considérées en elles- mêmes ; on peut affirmer également, en toute vérité, que chacune d’elles est bonne, pourvu qu’elle sache marcher droit à sa fin, c’est-à-dire le bien commun, pour lequel l’autorité sociale est constituée; il convient d’ajouter finalement, qu’à un point de vue relatif, telle ou telle forme de gouvernement peut-être préférable, comme s’adaptant mieux au caractère et aux mœurs de telle ou telle nation. Dans cet ordre d’idées spéculatif, les catholiques, comme tout citoyen, ont pleine liberté de préférer une forme de gouvernement à l’autre, précisément en vertu de ce qu’aucune de ces formes sociales ne s’oppose, par elle-même, aux données de la saine raison, ni aux maximes de la doctrine chrétienne. Et c’en est assez pour justifier pleinement la sagesse de l’Église alors que, dans ses relations avec les pouvoirs politiques, elle fait abstraction des formes qui les différencient, pour traiter avec eux les grands intérêts religieux des peuples, sachant qu’elle a le devoir d’en prendre la tutelle, au-dessus de tout autre intérêt. (…) Seulement, en s’incarnant les faits, ils y revêtent un caractère de contingence, déterminé par le milieu où se produit leur application. Autrement dit, si chaque forme politique est bonne par elle-même, et peut être appliquée au gouvernement des peuples, en fait, cependant, on ne rencontre pas chez tous les peuples le pouvoir politique sous une même forme ; chacun possède la sienne propre. Cette forme naît de l’ensemble des circonstances historiques ou nationales, mais toujours humaines, qui font surgir dans une nation ses lois traditionnelles et même fondamentales: et, par celles-ci, se trouve déterminée telle forme particulière de gouvernement, telle base de transmission des pouvoirs suprêmes. (…) Cependant, il faut soigneusement le remarquer ici: quelle que soit la forme des pouvoirs civils dans une nation, on ne peut la considérer comme tellement définitive qu’elle doive demeurer immuable, fût-ce l’intention de ceux qui, à l’origine, l’ont déterminée. (…) Seule, l’Église de Jésus-Christ a pu conserver et conservera sûrement jusqu’à la consommation des temps sa forme de gouvernement. (…) Mais quant aux sociétés purement humaines, c’est un fait gravé cent fois dans l’histoire, que le temps, ce grand transformateur de tout ici-bas, opère dans leurs institutions politiques de profonds changements. (…) Et comment viennent à se produire ces changements politiques dont Nous parlons? Ils succèdent parfois à des crises violentes, trop souvent sanglantes, au milieu desquelles les gouvernements préexistants disparaissent en fait; voilà l’anarchie qui domine; bientôt, l’ordre public est bouleversé jusque dans ses fondements.»

    Enfin, vient le passage « fatidique » – celui qui vaut à Léon XIII les foudres de certains lefebvristes – à propos de la « légitimité de tout État ».

    Faut-il accepter tout gouvernement au nom de l’Ordre, même lorsque celui-ci est athée, impie et apostat (?) :

    «Dès lors, une nécessité sociale s’impose à la nation; elle doit sans retard pourvoir à elle-même. Comment n’aurait-elle pas le droit, et plus encore le devoir de se défendre contre un état de choses qui la trouble si profondément, et de rétablir la paix publique dans la tranquillité de l’ordre ?

    Or, cette nécessité sociale justifie la création et l’existence des nouveaux gouvernements, quelque forme qu’ils prennent; puisque, dans l’hypothèse où nous raisonnons, ces nouveaux gouvernements sont nécessairement requis par l’ordre public, tout ordre public étant impossible sans un gouvernement. Il suit de là que, dans de semblables conjonctures, toute la nouveauté se borne à la forme politique des pouvoirs civils, ou à leur mode de transmission; elle n’affecte nullement le pouvoir considéré en lui-même. Celui-ci continue d’être immuable et digne de respect; car, envisagé dans sa nature, il est constitué et s’impose pour pourvoir au bien commun, but suprême qui donne son origine à la société humaine. En d’autres termes, dans toute hypothèse, le pouvoir civil, considéré comme tel, est de Dieu et toujours de Dieu: «Car il n’y a point de pouvoir si ce n’est de Dieu 9. »

    Par conséquent, lorsque les nouveaux gouvernements qui représentent cet immuable pouvoir sont constitués, les accepter n’est pas seulement permis, mais réclamé, voire même imposé par la nécessité du bien social qui les a faits et les maintient. D’autant plus que l’insurrection attise la haine entre citoyens, provoque les guerres civiles et peut rejeter la nation dans le chaos de l’anarchie. Et ce grand devoir de respect et de dépendance persévérera, tant que les exigences du bien commun le demanderont, puisque ce bien est, après Dieu, dans la société, la loi première et dernière. (…) Par là s’explique d’elle-même la sagesse de l’Église dans le maintien de ses relations avec les nombreux gouvernements qui se sont succédé en France, en moins d’un siècle, et jamais sans produire des secousses violentes et profondes. Une telle attitude est la plus sûre et la plus salutaire ligne de conduite pour tous les Français, dans leurs relations civiles avec la république, qui est le gouvernement actuel de leur nation. Loin d’eux ces dissentiments politiques qui les divisent ; tous leurs efforts doivent se combiner pour conserver ou relever la grandeur morale de leur patrie.

    Mais une difficulté se présente: «Cette république, fait-on remarquer, est animée de sentiments si antichrétiens que les hommes honnêtes, et beaucoup plus les catholiques, ne pourraient consciencieusement l’accepter.» Voilà surtout ce qui a donné naissance aux dissentiments et les a aggravés.»

    Thème déjà élucidé : le Pape propose « d’infiltrer » le régime pour changer la nature des lois en les rendant bonnes et supérieures.

    Pouvoir politique et législation :

    «On eût évité ces regrettables divergences, si l’on avait su tenir soigneusement compte de la distinction considérable qu’il y a entre Pouvoirs constitués et Législation. La législation diffère à tel point des pouvoirs politiques et de leur forme, que, sous le régime dont la forme est la plus excellente, la législation peut être détestable (…) Si la distinction, tout à l’heure établie, a son importance majeure, elle a aussi sa raison manifeste; la législation est l’œuvre des hommes investis du pouvoir et qui, de fait, gouvernent la nation. D’où il résulte qu’en pratique la qualité des lois dépend plus de la qualité de ces hommes que de la forme du pouvoir. Ces lois seront donc bonnes ou mauvaises, selon que les législateurs auront l’esprit imbu de bons ou de mauvais principes et se laisseront diriger, ou par la prudence politique, ou par la passion.

    Qu’en France, depuis plusieurs années, divers actes importants de la législation aient procédé de tendances hostiles à la religion, et par conséquent aux intérêts de la nation, c’est l’aveu de tous, malheureusement confirmé par l’évidence des faits. (…) Qu’on ne l’oublie pas, la loi est une prescription ordonnée selon la raison et promulguée, pour le bien de la communauté, par ceux qui ont reçu à cette fin le dépôt du pouvoir. (…) jamais on ne peut approuver des points de législation qui soient hostiles à la religion et à Dieu; c’est, au contraire, un devoir de les réprouver. C’est ce que le grand évêque d’Hippone, saint Augustin, mettait eu parfaite lumière dans ce raisonnement plein d’éloquence: «Quelquefois, les puissances de la terre sont bonnes et craignent Dieu; d’autres fois, elles ne le craignent pas. Julien était un empereur infidèle à Dieu, un apostat, un pervers, idolâtre. Les soldats chrétiens servirent cet empereur infidèle. Mais, dès qu’il s’agissait de la cause de Jésus-Christ, ils ne reconnaissaient que celui qui est dans le ciel. Julien leur prescrivait-il d’honorer les idoles et de les encenser? Ils mettaient Dieu au-dessus du prince. Mais, leur disait-il, formez vos rangs pour marcher contre telle nation ennemie ? à l’instant ils obéissaient. Ils distinguaient le Maître éternel du maître temporel, et cependant, en vue du Maître éternel, ils se soumettaient même à un tel maître temporel.»

    Le Concordat est ce que propose l’Église lors-qu’Elle estime que la politique d’un l’État en question lui est chrétiennement imparfaite.

    Concordat ou laïcisme :

    «Nous voulons toucher à deux points connexes entre eux, et qui, se rattachant de plus près aux intérêts religieux, ont pu susciter parmi les catholiques quelque division.

    L’un d’eux est le Concordat qui, pendant tant d’années, a facilité en France l’harmonie entre le gouvernement de l’Église et celui de l’État. Sur le maintien de ce pacte solennel et bilatéral, toujours fidèlement observé de la part du Saint-Siège, les adversaires de la religion catholique eux- mêmes ne s’accordent pas.

    Les plus violents voudraient son abolition, pour laisser à l’État toute liberté de molester l’Église de Jésus-Christ.

    D’autres, au contraire, avec plus d’astuce, veulent, ou du moins assurent vouloir la conservation du Concordat: non pas qu’ils reconnaissent à l’État le devoir de remplir envers l’Église les engagements souscrits, mais uniquement pour le faire bénéficier des concessions faites par l’Église; comme si l’on pouvait à son gré séparer les engagements pris des concessions obtenues, alors que ces deux choses font partie substantielle d’un seul tout. Pour eux, le Concordat ne resterait donc que comme une chaîne propre à entraver la liberté de l’Église, cette liberté sainte à laquelle elle a un droit divin et inaliénable.»

    Refus totale de l’État athée/agnostique :

    Nous le savons, l’athée, par un lamentable abus de sa raison et plus encore de sa volonté, nie ces principes. Mais, en définitive, l’athéisme est une erreur si monstrueuse qu’elle ne pourra jamais, soit dit à l’honneur de l’humanité, y anéantir la conscience des droits de Dieu pour y substituer l’idolâtrie de l’État.

    Les vrais droits de l’homme viennent de ses devoirs envers Dieu :

    Dès que l’État refuse de donner à Dieu ce qui est à Dieu, il refuse, par une conséquence nécessaire, de donner aux citoyens ce à quoi ils ont droit comme hommes; car, qu’on le veuille ou non, les vrais droits de l’homme naissent précisément de ses devoirs envers Dieu. D’où il suit que l’État, en manquant, sous ce rapport, le but principal de son institution, aboutit en réalité à se renier lui-même et à démentir ce qui est la raison de la propre existence. Ces vérités supérieures sont si clairement proclamées par la voix même de la raison naturelle, qu’elles s’imposent à tout homme que n’aveugle pas la violence de la passion. »

    «Les catholiques, en conséquence, ne sauraient trop se garder de soutenir une telle séparation. En effet, vouloir que l’État se sépare de l’Église, ce serait vouloir, par une conséquence logique, que l’Église fût réduite à la liberté de vivre selon le droit commun à tous les citoyens.

    Cette situation, il est vrai, se produit dans certains pays. C’est une manière d’être qui, si elle ses nombreux et graves inconvénients, offre aussi quelques avantages, surtout quand le législateur, par une heureuse inconséquence, ne laisse pas que de s’inspirer des principes chrétiens; et ces avantages, bien qu’ils ne puissent justifier le faux principe de la séparation, ni autoriser à le défendre, rendent cependant digne de tolérance un état de choses qui, pratiquement, n’est pas le pire de tous.»

    Rappel des sujets traités :

    Nous avons expliqué, Vénérables Frères, d’une manière abrégée mais nette, sinon tous, au moins les principaux points sur lesquels les catholiques français et tous les hommes sensés doivent pratiquer l’union et la concorde, pour guérir, autant qu’il est possible encore, les maux dont la France est affligée, et pour relever même sa grandeur morale. Ces points sont: la religion et la patrie, les pouvoir s politiques et la législation, la conduite à tenir à l’égard de ces pouvoirs et à l’égard de cette législation, le concordat, la séparation de l’État et de l’Église.

    Il ne dit ensuite pas autre chose que de tenter d’honorer Dieu – et de remettre l’idée divine – à l’échelle de l’État.

    «Nous nourrissons l’espoir et la confiance que l’éclaircissement de ces points dissipera les préjugés de plusieurs hommes de bonne foi, facilitera la pacification des esprits, et par elle l’union parfaite de tous les catholiques, pour soutenir la grande cause du Christ qui aime les Francs.

    Quelle consolation pour Notre cœur, de vous encourager dans cette voie, et de vous contempler tous, répondant docilement à Notre appel! – Vous, Vénérables Frères, par Votre autorité, et avec le zèle si éclairé pour l’Église et la Patrie qui Vous distingue, Vous apporterez un puissant secours à cette œuvre pacificatrice, – Nous aimons même à espérer que ceux qui sont au pouvoir voudront bien apprécier Nos paroles, qui visent à la prospérité et au bonheur de la France.»

    Σ

    IV. Conclusions.

    Ainsi, quand on voit cette action poussant à investir le régime afin d’influer dessus et de faire fléchir les lignes, on remarque que cela ne diffère pas tant de l’histoire du militantisme nationaliste avec Maurice Barrès, qui tenta de changer le cours des événements, en entrant à la Députation.

    Au milieu des sollicitudes n’est pas une pleine réponse politique, loin s’en faut, mais bien plutôt une défense classique de l’Église en faveur des droits de Dieu. Le but était de conserver le Concordat et d’éviter la séparation de l’Église et de l’État.

    Enfin, la doctrine catholique n’a jamais explicité undit « ralliement », seul le journal monarchiste d’Action française avait osé la formule… Et c’est certainement parce que les royalistes n’étaient pas prêts de comprendre les mots de cette encyclique que l’efficacité était réduite : en effet, rien était joué au XIXe siècle, l’Église avait une grande force de frappe – notamment grâce au Concordat de Napoléon Bonaparte. Le deuxième pan de l’échec est imputable à ceux qui sont devenus démocrates chrétiens en abandonnant les bons principes : que d’incompréhension !


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