• Napoléon Bonaparte, Pie VII et le Concordat avec l’Église catholique



    À partir d’un texte de Civitas.

  • « Les peuples passent, les trônes s’écroulent, l’Église demeure. »
    Pensées de Napoléon Bonaparte.

    I. France et Europe – II. Napoléon Bonaparte – III. La Révolution de 1789 – IV. Du Concordat à l’excommunication – V. S.S. le Pape Pie VII – VI. Pont entre gallicanisme et jacobinisme.

    Σ

    I. France et Europe :

    Durant les phases impériales en Europe, il n’est pas rare et guère étonnant de retrouver toute une iconographie alentour contenant Alexandre le Grand, Jules César, Charlemagne ou Louis XIV, et cela s’applique avec l’Empire français tout simplement parce que cette imagerie colle avec notre imaginaire européen, tant les références impériales pleuvent dès lors qu’une de nos nations possède la prétention politique d’incarner le Vieux Continent et la Civilisation.

    C’est ainsi que « l’Empereur » contribuera à l’arrêt de mort du SERG (Saint Empire romain germanique), lequel disparaissait lorsque l’empereur François II déposa sa couronne pour n’être plus qu’empereur d’Autriche, le 6 août 1806. À ce moment-là, le message envoyé à la face du monde était que Napoléon 1er était devenu le seul chef incontesté et incontestable, l’incarnation du « nouvel Empire romain » depuis la France. Ainsi, ce n’est pas pour rien que M. Pierre Sidos surnommait Hitler « le Napoléon allemand » dans un entretien donné à revue Charles. Jusqu’ici, ces références de romantisme et de militarisme ne sont pas pour nous déplaire, mais il faudra aussi savoir mettre le projecteur sur les vilains aspects de cette épopée post-révolutionnaire.

    La France a donc pu incarner quelques moments impériaux européens, tandis que cela revenait plus naturellement aux Germains depuis l’effondrement de l’Empire romain d’Occident. À la base, le rôle des Français est plus efficace et plus bénéfique lorsqu’il demeure « magistériel » avant tout. Le duo franco-allemand contemporain est (ou devrait être) en quelque sorte l’actualisation du duo gréco-romain de l’Antiquité : la force impériale revient à Rome, l’influence intellectuelle revient à la Grèce ; la force impériale revient à l’Allemagne, l’influence intellectuelle revient à la France… Cela pourrait permettre de corriger les trajectoires que les Germains décideront et entreprendront, autrement, il n’y aurait que des chemins de non-retours avec eux seuls. Mais fermons la parenthèse !

    II. Napoléon Bonaparte :

    Dans tous les cas, l’Empereur, tantôt honni et tantôt mis sur un piédestal selon les goûts et les couleurs, n’en demeure pas moins un grand personnage de l’Histoire de France qui, par pragmatisme, a osé l’union entre l’Ancien régime et les principes de la jeune république, donnant ensuite lieu à une sorte de réconciliation plutôt contradictoire, voire contre-nature. C’est un personnage également très riche en matière d’enseignement profane, mais tel ne sera pas le sujet tout de suite. De même, il s’agira ici ni d’être élogieux ni de tacler primairement l’aventure napoléonienne, mais d’être réaliste et de trouver le Bien là où il peut être.

    La succession des évènements et son attitude conciliante expliquent le fait que d’un côté 1. le « Corse » fasse inspecter les zones de la Vendée militaire pour savoir exactement de quoi il en retournait (c’est le « génocide vendéen », voir les travaux de Reynald Secher), et que de l’autre côté, 2. celui-ci fit mettre à mort le dernier chef contre-révolutionnaire qui les représentaient : nous avons nommé Georges Cadoudal, guillotiné le 25 juin 1804 à Paris.

    Deux périodes sont à distinguer dans sa gouvernance : le Consulat (1799-1804) et l’Empire (1804-1815), le premier pris fin officiellement lorsque Napoléon 1er fut sacré en 1804, en la cathédrale de Notre-Dame de Paris (aujourd’hui brûlée pour nos impiétés), le 2 décembre 1804, par S.S. le pape Pie VII.

    Sur la fin, on lui prête une mort catholique, lorsqu’il était isolé et mis en exil par les Britanniques sur  l’île de Sainte-Hélène…

    III. La Révolution de 1789

    « Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l’ont commencée : elle est finie ! »

    Napoléon Bonaparte, déclaration consulaire du 25 décembre 1799.

    En ce sens, Napoléon veut signifier que la guerre civile est terminée, que la paix nationale doit revenir, mais également que la Révolution de 1789 est définitive et non pas à remettre en question radicalement : la Révolution est achevée dans tous les sens du terme (à la fois morte & aboutie !).

    Comme nous tous – qu’on le veuille ou non, et ce, malgré la Tradition -, Napoléon est un fils de son temps, mais son souhait de retrouver le calme et la stabilité en réhabilitant le catholicisme était de bon augure (non sans opportunisme, certes !). Partisan de l’ordre public, son raisonnement est d’ailleurs fondamentalement démocratique et rousseauiste. Ce qui est logique quand on sait que Pascal Paoli, le « Rousseau corse », a influencé la pensée du jeune Bonaparte :

    « Ma politique est de gouverner les hommes comme le grand nombre veut l’être. C’est la manière de reconnaître la souveraineté du peuple. C’est en me faisant catholique que j’ai gagné la guerre de Vendée, en me faisant musulman que je me suis établi en Égypte, en me faisant ultramontain que j’ai gagné les esprits en Italie. Si je gouvernais le peuple juif, je rétablirais le temple de Salomon. »

    Napoléon Bonaparte, déclaration au Conseil d’État du 1er août 1800.

    Ce pragmatisme a été bénéfique en France, grâce au contexte et à l’héritage catholique d’abord. Et par dessus, le Concordat aura permis malgré tout de donner libre cours – de nouveau – à la Religion Révélée et de Vérité.

    Royauté : dans son intention de perpétrer l’Ancien monde tout en étant entré dans le Nouveau, Napoléon a prétendu fonder une quatrième dynastie napoléonienne après celles des Mérovingiens, des Carolingiens et des Capétiens… Là encore, il s’inspirait du médiéval, quand cela lui plaisait.

    Franc-maçonnerie : nous soulignerons le fait que sa tactique de « neutralisation de la franc-maçonnerie » (qui empiétait sur son pouvoir lorsque les francs-maçons n’étaient pas en accord avec lui) en nommant les membres de sa famille tel ou tel chef de loge s’est révélée absolument inefficace, car sur sa fin, il a quand même été trahi par celle-ci. Joseph Bonaparte, son frère aîné, fut d’ailleurs un cas puisqu’il a été Grand Maître du Grand Orient et, selon les conquêtes, successivement roi de Naples et roi d’Espagne.

    IV. Du Concordat à l’excommunication :

    Ce qui est écrit ci-dessous se base en partie sur un article consacré au sujet par Civitas dans sa revue nº68, de juin 2018.

    En résumé, dans l’esprit de Napoléon, ce Concordat était davantage fait pour établir une cohésion sociale plus qu’autre chose, tandis que pour l’Église, c’était bien du Salut des âmes qu’il s’agissait en priorité, comme toujours.

    Si la raison politique de l’Empereur est certes très insuffisante pour un catholique, il n’en demeure pas moins que sa résolution a provoqué ce que l’on pourrait nommer « la rechristianisation de la France » tout au cours du XIXe siècle (une rechristianisation progressive, en effet, et effectuée par le bas surtout, mais juste après les multiples blasphèmes de la Révolution, ce qui est à noter tout de même !).

    Étonnement, il rend les honneurs solennels à la dépouille du prédécesseur du Pape, Pie VI (pourfendeur de 89). En rétablissant la « cohésion catholique », il arrive à se mettre de son côté les prêtres réfractaires et à affaiblir l’opposition du parti royaliste. Le stratège militaire, diplomatique et politique se ressent dans cette catégorie, soit des qualités qui ne se cumulent que très rarement chez un homme, à fortiori lorsque celui-ci est un militaire…

    Bien que ce Concordat va être l’œuvre de gallicans (non encore condamnés, ou du moins en « puissance » seulement par le Magistère et le Droit Canon) et de l’État post-révolutionnaire une fois la Curie romaine écartée, en effet, les désaccords entre les deux partis étaient si fort qu’il valait mieux se rabattre sur les gallicans pour Bonaparte (car selon les « lois de la Gaule » : les Actes pontificaux doivent passer par les Parlements avant tout).

    Les négociations du Concordat se passent difficilement donc : Talleyrand est fondamentalement contre, et l’Église discute lentement d’une huitaine de sujets tout en tentant de placer ses clercs… Le 16 juillet 1801, la Convention entre sa sainteté Pie VII et le gouvernement français est signée. La religion catholique devient alors la « religion de la grande majorité des Français », expression imparfaite qui évitera cependant la lutte au sein même du gouvernement, celle d’une France encore déchirée par de multiples tendances souvent contraires.

    De son côté, le gouvernement s’appuiera sur les évêques catholiques et gallicans qui s’affichent comme étant moins hostiles à la Révolution. C’est ainsi que le travers du césaro-papisme est appliqué en acte, l’Église s’est retrouvée inféodée à l’État  triomphant. Paradoxalement, l’évènement va contribuer à un renouveau des conversions et des institutions – en partie du moins -, car, socialement, le travail le dimanche n’était plus respecté, les clauses étaient a-religieuses, les testaments laïcs, le divorce frappait toutes les couches sociales, etc.

    La séparation de l’Église et de l’État prononcée en 1795 par l’Assemblée constituante n’est plus effective, c’était en ce sens une « Divine surprise » au regard du contexte de laïcisation, et ce, au-delà de toutes les incohérences.

    Napoléon 1er fait chanter à Milan un Te Deum le 4 juin 1800 « Pour l’heureuse délivrance de l’Italie des hérétiques et des infidèles ».

    Bulletin de l’Armée d’Italie (contre les alliés anglais et musulmans des Autrichiens).

    Le troisième consul est choisi en la personne du catholique Lebrun, ce qui bloque l’expansion des royalistes et calme les jacobins d’un même coup : il s’agit encore d’une pacification sociale, d’une normalisation. Napoléon veut que le Clergé bénisse ses institutions et ses armées.

    Jean-Étienne Portalis, le ministre des cultes, favorable à l’Église par ses décrets entre 1802 et 1807, a contribué fortement à la fructification des congrégations, à la défense des biens matériels du Clergé, aux ouvertures de paroisses et de séminaires (parfois les mêmes qui seront expulsés par la IIIe République), etc.

    Lors des échanges d’État à Église, un grand représentant, l’abbé Grégoire, continuellement apôtre de la « laïcité légitime », délivra ces propos fort discutables « Une Église libre dans un État libre ». La « liberté de culte » est proclamée, et le serment de la Constitution (remplaçant celui blasphématoire et apostat des révolutionnaires) fait rouvrir les églises (quasi 30.000 depuis 1798 !).

    « Citoyens ! (…) Soyons tous unis pour le bonheur de la Patrie et pour le bonheur de l’humanité ! Que cette religion, qui a civilisé l’Europe, soit encore le lien qui rapproche les habitants, et que les vertus, qu’elle exige, soient toujours associées aux lumières, qui nous éclairent. »

    Napoléon Bonaparte, Discours de Pacques du 18 avril 1802.

    Les religieux sont rattachés à l’empire, tous seront présents au Sacre imposé du mois de décembre 1804 ; l’Église redevient une force dans la société et les divisions intestines demeurent plus masquées.

    « Il n’y a que deux puissances dans le monde, le sabre et l’esprit… À la longue, le sabre est toujours battu par l’esprit. »

    Napoléon Bonaparte à Mgr de Fontanes, le 19 septembre 1808 (analogie entre temporel et spirituel !).

    En 1806 les rapports se détériorent entre Pape et Empereur, en 1808 l’occupation de Rome et son annexion (le 16 mai 1809) ne vont pas arranger les choses. Le Pape excommunie tous ceux qui ont participé à ce sacrilège, « Napoléon 1er le premier » (sic). Le Pape fut fait emprisonné puis exilé à Savonne (captif entre 1809 et 1814). Et alors que l’empereur règne sur la France et fait trembler tout le continent, seul le Pape lui résiste. Napoléon tentera l’ouverture d’un concile contre les « ultramontains » (les catholiques attachés à la Papauté, ce qui constitue un pléonasme…), mais il échouera, car ce Concordat avait donné une force considérable aux catholiques (nous retrouverons cette situation avec le Concordat inespéré du IIIe Reich allemand).

    Pour information, le mélange de rechristianisation et d’absence de remise en question radicale de 1789 mènera à une légère amélioration – supplémentaire – de la présence religieuse lors de la Restauration, quelques décennies plus tard.

    V. S.S. le Pape Pie VII :

    Certains accuseront rétrospectivement le Pape Pie VII d’avoir été trop conciliant vis-à-vis de la République, contrairement à son prédécesseur Pie VI, plus ferme dans son rejet des tourmentes révolutionnaires, au point d’opposer les deux. Cependant, force est de constater que la perte des États chrétiens dans le monde n’ont fait qu’accélérer ce processus « diplomatique » entre l’Église et les États, de plus en plus hostiles et laïcisés, pour ne pas dire laïcistes.

    Le concordat met fin – en théorie – auxdites  libertés gallicanes, les évêques de France sont renouvelés et rattachés de nouveau à Pie VII, ce qui touche considérablement l’Église de France et celle universelle par rapport à la juridiction vaticane. C’est un événement dont l’ampleur ouvre la voie à la proclamation dogmatique de l’Infaillibilité pontificale, qui se concrétisera avec le Concile du Vatican en 1870 et qui fait encore débat dans les milieux dits de Tradition catholique « post-Vatican II » (la FSSPX étant faillibilistes à l’image des gallicans d’antan).

    Malgré le fait que le Premier Consul ait fondé son nouveau « Clergé gallican » (schismatique, pour les étourdis qui font encore la sieste…), pour le bien de l’Église, le Pape Pie VII cesse toute intervention auprès de ceux encore reliés au Saint-Siège, généralement très anti-républicains, et ainsi les évêques anti-concordataires sont déposés (Réf. Christi Domini, du 29 novembre 1801). Pie VII somme ensuite les gallicans de rendre les évêchés non rattachés et de renier leur serment à la Constitution civile du Clergé de 1790 dans Post multos labores d’octobre 1801.

    Le Pape a obtenu de grandes choses bénéfiques en faisant un coup de génie, c’est pourquoi, par rapport aux périodes troubles, il faut se garder de le critiquer excessivement.

    VI. Pont entre gallicanisme et jacobinisme :

    Le gallicanisme est une expression à prétention « politico-religieuse », comme chez lesdits orthodoxes, cette doctrine opère une nationalisation radicale de la chrétienté jusqu’au corps ecclésial.

    L’ironie du sort veut que ce soit Charles VII, celui qui fut remis sur le trône de France par sainte Jeanne d’Arc, qui amplifiera le gallicanisme en France avec la Pragmatique Sanction de Bourges. Dès 1516, lors du Concordat de Bologne sous François 1er, c’est au niveau uniquement français que se décide la nomination des dignitaires ecclésiastiques. Et la « Déclaration des Quatre articles » rédigée par Mgr Jacques-Bénigne Bossuet et qui fut adoptée en 1682 est en quelque sorte la « charte du gallicanisme » sous Louis XIV. Nous avons là une histoire et un travers très français, qui nous coûte encore en terme de châtiment. Effectivement, l’obéissance au Pape est nécessaire à l’Église, car le catholique fait son Salut en se devant d’être uni à Celui-ci (pour les endormis encore : c’est du catéchisme de niveau 1, Boniface VIII, etc).

    Ce sont les partisans du « royaume de la Gaule » (théoriciens gallicans) qui ont pondu et développé l’idée de la « raison d’État », soit l’agissement de l’État qui se fait au détriment de la volonté de Dieu et qui s’applique aussi contre les échelons politiques légitimes plus petits. Un des meilleurs penseurs catholiques à avoir approfondi cette notion de raison d’État (et qui a essayé d’en dégager ce qui pouvait être vrai de ce qui était abominable) fut Giovanni Botero, le secrétaire de saint Charles Borromée, dans son livre justement intitulé « De la raison d’État ».

    Dès lors, il ne manquait pas grand-chose pour que le jacobinisme arrive et traite le Pape « d’étranger, de Romain » (sic) et pour que le centralisme asphyxie d’autant plus les cultures régionales, ainsi que la vie rurale (IIIe & Ve République – plans gaullistes – combinées). Cette idée « ultra-souverainiste » sera reprise et poursuivie par les révolutionnaires, elle est contenue dans le jacobinisme républicain.  Ce sont là deux travers historiques très français, qui se ressentent encore aujourd’hui, encore une fois, dans la position de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X située entre « résistance » et « reconnaissance » vis-à-vis du « pape conciliaire » (sic).

    « Je dis que le royaume temporel ne reçoit pas son essence du royaume spirituel ; il n’en reçoit pas non plus son attribut, ni son moyen de réalisation matérielle ; mais il reçoit le moyen d’agir avec la vertu la plus grande, à la lumière de la grâce que la bénédiction du Souverain Pontife dispense au scier sur la terre. (…)

    Que César donc témoigne à Pierre ce respect que le fils aîné doit à son père, parce qu’il est éclairé par la lumière de la bonté paternelle ; que cette lumière brille avec le plus grand éclat sur le monde, dont César n’est le chef que par la puissance de celui qui gouverne le royaume temporel. »

    Dante, Divine comédie, Livre III.


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    […] notre « dossier napoléonien » nous avons rappelé le lien idéologique qui unissait gallicanisme et jacobinisme, voilà qui est […]


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