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Publié le par Florian Rouanet
Résumé & Introduction
Voici une approche nuancée de l’origine de la France, souvent simplifiée et raccourcie par un certain “surnaturalisme” d’origine « catholique », des ESR.
Affirmer que la France est née au baptême de Clovis est historiquement inexacte. Si cet événement marque une étape fondamentale pour la mission chrétienne du royaume des Francs, il ne constitue pas l’acte de naissance du royaume de France, ni de la nation française telle que nous la concevons aujourd’hui. Revenons aux faits historiques pour préciser cette affirmation.
En effet, le royaume politique relève de l’Ordre naturel ainsi de la Création de Dieu, et cette nature préexiste, car il faut un corps pour lui greffer une âme (quand bien même cette dernière est plus précieuse !). L’ordre naturel une nature saine, permettent de mieux surélevé l’homme par la grâce, et en cela, il ne faut pas griller les étapes.
Le docteur angélique, dans sa Somme Théologique, affirme :
« La grâce ne détruit pas la nature, mais la perfectionne. »
« Pour que la grâce puisse édifier, il faut que la nature conserve son propre ordre, car tout désordre dans la nature empêche la réception de la grâce. »
« La nature est à la grâce ce que la matière est à la forme : de même que la matière reçoit sa perfection de la forme, la nature reçoit sa perfection de la grâce. »À cause de cette incompréhension, tant de l’humanisme que du fascisme, nous nous devons de répondre au mépris surnaturaliste de l’histoire et de la politique organique, sans opposition à la foi chrétienne.
Sommaire
I. Le royaume des Francs, avant Clovis
II. Le baptême de Clovis : un acte fondateur chrétien, non national
III. La transition du royaume des Francs au royaume de France
IV. Conclusion
I. Le royaume des Francs, avant Clovis
Un territoire et un peuple préexistants
Bien avant Clovis, les Francs constituaient un peuple germanique établi dans la région de l’actuelle Belgique et du nord de la France. Le royaume des Francs existait sous des rois comme Chlodion et Mérovée (donnant le nom de mérovingiens !), ancêtres de Clovis. Ces rois gouvernaient sur un territoire éclaté et évolutif, avec des frontières encore mal définies et une organisation politique tribale, par la force des choses.
Il convient de noter que, par ailleurs, la langue de ces Francs était germanique, bien différente du latin, langue administrative de l’Empire romain, et encore plus éloignée du français, qui émergera bien plus tard.
Mgr Bougaud, prononçant dans la cathédrale d’Orléans le 8 mai 1865 :
« Ce caractère [français], vous le connaissez mieux que moi, et je ne devrais pas le peindre ; mais c’est une joie qu’il faut que vous me laissiez ; il se compose de quatre éléments incomparables. D’abord, à l’origine, une goutte de sang gaulois, [ce] je ne sais quoi de gai, de vif, de railleurs, ce qu’on a si bien appelé le sel gaulois, l’alouette gauloise. L’alouette ! vous savez, quelque chose de gai, de vif, de léger, qui monte en chantant dans la lumière. Ensuite, une goutte de sang romain ; c’est la solidité, le bon sens, la droiture, la clarté, ce qui a fait notre langue, notre droit, notre magistrature, cette incomparable magistrature française dont je suis heureux de saluer ici les nobles représentants. En troisième lieu, une goutte de sang franc. C’est de là que vient notre épée, la francisque, rapide, sûre de son coup, invincible, qui est devenue plus tard la baïonnette, la véritable arme française. Et enfin, le sang chrétien, le sang du Calvaire, le sang du sacrifice et du dévouement, le sang qui bouillonne dans nos veines quand nous voyons le droit enchaîné, la faiblesse outragée, l’honneur méprisé, comme ce vieux roi franc, notre aïeul, qui, entendant le récit de la Passion, mettait la main sur son épée, et disait : « Que n’étais-je là avec mes Francs ! » Voilà la France ! » [5]
[5] Panégyrique de Jeanne d’Arc ; prononcé dans la cathédrale d’Orléans, le 8 mai 1865, p. 16-17
II. Le baptême de Clovis : un acte fondateur chrétien, non « national »
La rencontre de Clovis et de saint Rémi
Le baptême de Clovis, à ou vers Noël 496, fut un événement d’une portée spirituelle immense, célébré par saint Rémi à Reims. À travers cet acte, Clovis se convertit au christianisme, marquant un tournant pour le royaume des Francs, qui devint officiellement et publiquement catholique à une époque où l’Europe était encore dominée par l’arianisme et même le paganisme.
Cependant, cet événement est d’abord religieux. Il confère au roi une dimension sacrée et place son pouvoir sous le signe de la chrétienté, mais il ne transforme pas instantanément le royaume des Francs en « royaume de France ». Si cela est un acte pour la nation, il est aussi et avant tout universel et religieux.
L’oriflamme et le bleu sacré
L’association symbolique entre le « bleu sacré » de Clovis et le rouge de l’oriflamme de saint Denis reflète une construction historique et narrative développée après les faits afin de souligner l’identité et la vocation chrétienne du royaume.
III. La transition du royaume des Francs au royaume de France
Une évolution progressive et complexe
Le royaume des Francs, à travers les dynasties mérovingienne, carolingienne et capétienne, évoluera lentement vers le royaume de France. Les transformations géographiques, linguistiques et administratives s’étalent même sur plusieurs siècles.
Le terme « royaume de France » commence véritablement à être employé sous les Capétiens, après Hugues Capet (couronné en 987). Il ne faut donc pas confondre l’acte fondateur religieux de Clovis avec une naissance politique ou nationale.
Un exemple notable de cette transition se trouve dans les actes officiels de Philippe II Auguste (1165-1223) – Espace. En 1190, lors de la troisième croisade, il se désigne pour la première fois comme « roi de France » (rex Franciae) plutôt que « roi des Francs » (rex Francorum). Un évènement comme la Bataille de Bouvines a contribué à cet unité nationale. Et cela se nourrie, hélas, d’un proto-gallicanisme, d’une émancipation du pouvoir temporel, dirigé contre la juridiction de l’Église sur la Cité.
Pareillement, et légèrement plus ancien, un acte juridique royal illustrant l’utilisation précoce du titre « roi de France » se trouve dans une lettre de Louis VI le Gros adressée au pape Calixte II en 1119. Dans cette missive, Louis VI se désigne comme « roi de la France, non plus des Francs, et fils particulier de l’Église romaine » (Hérodote). Il s’agit de l’une des premières mentions connues du terme « France » dans un document officiel, marquant une évolution significative dans la terminologie royale.
Et une autre référence pertinente se trouve dans l’ordonnance de Villers-Cotterêts, promulguée par François Ier en 1539 (APF francophonie). Cet acte juridique majeur est intitulé « Ordonnance générale sur le fait de la justice, police et finances », et il est notable que le préambule de cette ordonnance commence par les mots « François, par la grâce de Dieu, roi de France ».

IV. Conclusion
Le baptême de Clovis est une date clef et un acte essentiel de l’histoire de la chrétienté et de la France en particulier, donnant la vocation spirituelle du royaume des Francs. Cependant, il ne marque pas une naissance politique du royaume des francs, lequel existait déjà, ou de la France, qui est le fruit d’une évolution longue et complexe, faisant suite aux invasions franques.
Pour être exact, il est plus juste de dire :
1.Le royaume des Francs existait avant Clovis, avec des caractéristiques spécifiques.
2.Le baptême de Clovis a donné au royaume sa mission catholique.
3.Le royaume des Francs a évolué en royaume de France, puis en nation française, au fil des siècles.
L’histoire exige rigueur et précision. C’est dans cet esprit que l’on doit comprendre et honorer pleinement l’héritage français, chrétien et civilisationnel du baptême de Clovis (nom franc donnant Louis).
Et ce n’est qu’après que viendront certaines titulatures, selon les services rendus à l’Eglise, donnant de l’expression de France fille aînée de l’Eglise, ou France éternelle.
Toutefois, après cette « provocation », disons certes que Germains et Gallo-Romains, catholiques, sont après 496 réunis sur le territoire national. La récupération de l’évènement par les Rois via le Sacre à Reims se fera ensuite – chose instituée dès Louis le Pieux. Il est normal que la construction nationale se fasse sur le temps long. De plus, la rupture entre l’avant et l’après Clovis est plus importante que celle de l’avènement de Hugues Capet (qui s’inscrit tout de même dans davantage de continuité : institutions et coutumes). C’est une mythologie nationale unificatrice qui naît après coup, et pourquoi pas, dans l’absolu en effet !
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