• « France éternelle », ou pourquoi la nation ne saurait être éternelle



    La vie sociale entre passé, présent et avenir.

  • Évoquer la « France éternelle », cela relève certes d’une superbe formule à l’affiche ; de source stratégique, celle-ci est envoyée à destination des militants et des français amoureux de leur patrie afin de les animer plus vivement à son égard – pour « galvaniser les troupes ». Nous conviendrons de l’utilisation de cette expression en ce sens, cependant, comme toute devise, elle a ses défauts, et non des moindres sur le fond.

    Pour relativiser ce message d’alerte, il ne s’agira pas pour autant d’altérer le nationalisme ou de pousser au suicide généralisé, mais de savoir rester rationnel et de ne pas sombrer dans le romantisme. Soyons donc conscients de la chose suivante : si un homme est mortel et que la nation est un assemblage d’hommes, n’en découle-t-il pas que, nécessairement, la nation est mortelle ? C’est du moins une vérité d’ordre naturel, soit d’ordre philosophique, et ces conclusions s’appliquent à toute les nations, France comprise (on peut le déplorer, mais pas le nier). Il nous faut intégrer ce paramètre, à moins de croire au miracle permanent, rarissime par définition, et qui est en plus d’ordre surnaturel, ainsi devant lequel la simple raison – se trouvant dépassée – s’évanouit.

    Chaque pays a ses particularités (identités, fonctionnements sociaux, etc.), mais en soi, aucun n’ont l’invincibilité ou la possibilité de renaître de leurs cendres indéfiniment comme s’il s’agissait du film Highlander ou d’une partie d’Age Of Empire jouée avec les codes de triches. Une Patrie ne vit que par ceux qui la font vivre et ceux-ci peuvent la perdre, voire la faire perdre. La vie nationale se maintient donc dans son essence par la volonté de ses membres et le socle commun qu’ils partagent (cela n’exclut pas l’autre lecture chrétienne faisant mention de l’intervention de la Providence ici-bas). De nos jours, l’Être organique de la nation n’est plus incarné par son État, il ne reste plus que certaines individualités patriotiques… Et nombre de nations – à plus forte raison pour les empires – ont trépassé depuis les temps immémoriaux, laissant place parfois à une évolution, à un renouvellement de peuple ou bien à sa disparition totale du globe terrestre, pour enfin finir dans les livres d’histoire et dans ses oubliettes de la vie sociale (Ex : anciennes Gaules, Rome, Babylone, Tatares, etc). Il n’est pas saugrenu d’imaginer que cette menace pesante et pressante est à nos portes aujourd’hui, nous en voulons pour preuve qu’au regard de la marée migratoire qui déferle régulièrement sur nos côtes, il n’y aura plus rien à espérer pour la France d’ici 2050 environ – à moins d’observer des îlots de résistance, soit disséminés et en  réclusion par définition…

    Ce phénomène pose également la question de la Tradition qui, tout en se renouvelant sur sa base (héritage), admet des changements au moins relatifs dû aux renouvellements des générations et aux nouvelles situations naissances. Une société politique au cours des siècles donne suite à une « modification dans la continuité » si vous préférez : ainsi, l’ancienne Gaule a laissé de grandes traces en France (génétiques, culturelles, etc.) au milieu de multiples ajouts comprenant l’influence des Romains et des Francs qui ont d’ailleurs fait naître cette actuelle « double France », celle d’oïl au Nord et celle d’oc au Sud.

    L’impérialisme est une doctrine tout aussi naturelle que le nationalisme, elle ne s’exprime tout simplement pas à la même échelle, mais l’idée impériale met en exergue – explicite – l’histoire du développement d’une nation et d’un rapport de force entre elles qui, dans son développement continuel, appelle un moment donné à un plus grand espace vital. Le fait d’unir des territoires est légitime tant que cette unification permet d’édifier chaque parcelle du Bien commun.

    Voici un extrait éclairant sur les causes menant à l’expansion ou à l’acte de décès d’une nation donnée, il nous est offert par l’occitaniste François Fontan (déjà mentionné sur ce site) :

    « NAISSANCE, ÉVOLUTION ET MORT DES NATIONS

    Les nations comme tout organisme vivant ne sont ni éternelles ni immuables; elles naissent, se transforment, puis meurent ou se perpétuent.
    La naissance, l’évolution et la mort des nations dépendent:

    1. de facteurs géographiques,
    2. de facteurs internes: composition raciale, natalité et mortalité, invention et adoption des techniques, luttes sociales et politiques, création et diffusion des idéologies,
    3. de facteurs externes: rapports de force avec les autres nations, et influences raciales, économiques et culturelles de ces nations.

    Tous ces facteurs agissent et réagissent les uns sur les autres. Trois d’entre eux sont particulièrement importants : les moyens matériels de communication, l’évolution démographique et la surpopulation qui peut en résulter (laquelle est toujours relative aux forces productives et à la structure sociale données), les rapports de force entre nations.

    La naissance d’une nation a toujours pour origine un mouvement de population. Une émigration ou une immigration, une scission au sein d’une ethnie déjà existante. Les deux tronçons ainsi formés peuvent être soumis à des influences géographiques différentes, à des influences étrangères (raciales en particulier) différentes; les relations entre les deux groupes peuvent être rompues. On peut ainsi aboutir à la rupture de l’unité ethnique, et à la formation de deux ou plusieurs langues, de deux ou plusieurs nations différentes.
    A partir d’une probable (mais non certaine) unité originelle, l’humanité a ainsi abouti à son actuelle composition ethnique, par scissiparités successives au cours des nombreux millénaires qu’a duré le peuplement de la terre. Les parentés plus ou moins éloignées entre les diverses langues sont le résultat de ce développement historique.
    Une fois constituée, la nation évolue, principalement dans sa structure sociale et dans l’ensemble de sa civilisation. Une caractéristique essentielle de l’évolution de la nation est la tendance à l’unité, à l’homogénéité, à une plus pleine existence, mais les divers aspects de la nation peuvent ne pas évoluer simultanément, et cette évolution peut comporter des régressions momentanées.
    Lorsque une nouvelle ethnie apparaît au milieu de la décomposition anarchique de l’unité précédente, son état linguistique est le plus souvent celui du groupe de parlers apparentés: tel était par exemple l’état de l’ethnie française après l’éclatement de l’unité latine. Lorsque au sein de ce groupe de parlers se forme une langue commune (qui devient en même temps langue littéraire), on peut considérer que l’on passe de la ” nationalité ” à la nation. La langue commune n’apparaît jamais spontanément dans toute la nation: elle est l’œuvre plus ou moins consciente de classes dirigeantes ou de groupes intellectuels. Elle n’est jamais exactement le dialecte maternel d’une fraction locale de la population, mais à des degrés divers une combinaison des différents dialectes; elle se forme sur la base des dialectes centraux plus ou moins modifiés par des traits des dialectes périphériques: l’italien est ainsi du toscan modifié, le serbo-croate du bosniaque modifié. Certaines langues comme le français se rattachent plus étroitement au dialecte central, tandis que d’autres comme l’allemand sont davantage une combinaison entre les divers dialectes.

    Un exemple de régression momentanée est celui des dialectes grecs qui ont fourni une première langue commune, laquelle a ensuite régressé au stade dialectal, avant que n’apparaisse récemment une seconde langue commune.
    Le terme de nationalité peut aussi s’appliquer à une ethnie n’ayant pas encore réalisé, ou ayant perdu son unité et son indépendance politiques. Les Norvégiens, les Bulgares, les Hébreux, les Birmans, sont parmi les nombreux peuples ayant formé leur état national, et qui ont perdu, puis reconquis, leur unité politique.

    L’évolution linguistique interfère avec l’évolution économique, sociale et politique, mais ne coïncide pas purement et simplement: la langue commune italienne existe depuis la fin du Moyen-Age, mais l’unité politique s’est faite à la fin du XIXe siècle.
    Des nations possédant leur langue commune, jouissant d’un haut degré de développement économique et culturel, n’ont pas réalisé, ou ont perdu, leur unité politique; telle est l’ethnie de langue allemande, et telle est l’ethnie de langue anglaise. Alors que des nations arriérées économiquement telles que la Chine d’avant 1950, le Japon d’avant 1868, avaient approximativement leur langue commune et nettement leur état national depuis des siècles ou des millénaires.
    La mort d’une ethnie peut survenir par évolution divergente et scission, ou par destruction pure et simple.

    Dans le premier cas sont l’ethnie slave, l’ethnie latine, dont la disparition a créé de nouvelles nations. Dans le second cas sont les Sumériens, les Gaulois, les Dalmates, les Tasmaniens, les Vieux-Prussiens.

    Une nation n’existe plus lorsque sa langue a complètement disparu de l’usage populaire parlé. Cependant, si une langue abandonnée pour l’usage courant continue d’être habituellement utilisée comme langue savante, comme langue culturelle, et si cette langue n’a pas, par ailleurs, produit de nouvelles langues nationales, elle continue d’être le support d’une ethnie qui peut être animée d’une vigoureuse conscience nationale. Tel est le cas des Hébreux, des Egyptiens-Coptes.
    La perte du territoire national et la dispersion des membres de la nation est un très grave facteur de désagrégation, mais ne signifie pas obligatoirement la mort de la nation, comme le montre encore l’exemple hébreu. Dans de tels cas, l’existence d’une idéologie nationale (religieuse ou autre) et la force culturelle de celle-ci jouent un rôle souvent important dans la conservation de la nation, mais non point indispensable comme le prouve la survie des Mordves et mieux encore celle des Tziganes, fraction dispersée de l’ethnie cachmirienne. »

    François Fontan, Vers un nationalisme humaniste.


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