-
Publié le par Florian Rouanet
🏛️ — Unité continentale d'un monde latino-germanique et slave 🏤
🏟️ — Pour une autre Europe, dictatoriale, enracinée et métaphysique ⚖️⁂ Arène européiste
Ô lecteur combattif, permets que nous ouvrions ici une page d’histoire et de doctrine, que l’on feint généralement d’ignorer ou de travestir sous les habits de la méconnaissance commode entre esprit gallican, gauchiste ou jacobin.
En effet, les projets d’Europe unie, non point ceux nés dans le berceau des démocraties parlementaires d’après-guerre, mais ceux de l’Europe fasciste, notamment germano-italienne, du temps où l’Ordre nouveau se dessinait à coups de bottes dans le c**, de discours exaltés et d’alliances belliqueuses assumées !
Cette Grande Europe fut pensée entre Empire et Nations, entre harmonie et hiérarchie — et par son unité par le haut : de commandement, de civilisation et d’ethnies —, dans le cadre de l’Allemagne impériale, supplantant Napoléon Bonaparte, les ententes viennoises, l’essor prussien, ou encore le Droit international « maçonnisé » de la Société des Nations.
Il ne s’agit point ici de mystification ou d’adulation mais d’étude, et même d’analyse pénétrante, où se croisent des figures comme celles de Pierre Laval et de Joachim Von Ribbentrop, de Benito Mussolini et de Asvero Gravelli ou encore de Giuseppe Bastianini.
Voici les chantres d’une chevalerie rénovée, de la "Chrétienté médiévale" face aux temps modernes !
🎙 Antenna I.O. Vox Frequencia

☑ Bandage lexical
MITTELEUROPA : Idée géopolitique allemande du XIXᵒ siècle visant à une gouvernance allemande sur l’Europe centrale, région stratégique entre les empires centraux germaniques, slaves et latins.
PANFASCISME : Doctrine élaborée dans les années 1930 par des intellectuels italiens tels que Gravelli, visant à une unité européenne fondée sur les principes du fascisme.
GRANDE EUROPE (Gross-Europa) : Vision géopolitique apparue dans l’entre-deux-guerres, parfois reprise par des stratèges de l’Axe, visant à unifier l’Europe entière, du Portugal à l’Oural, sous un même imperium continental.
NOUVEL ORDRE EUROPÉEN : Concept de réorganisation du continent sous l’égide nationale-socialiste, évoqué dans les discours de Hitler, Ribbentrop et autres stratèges ou géopoliticiens du Reich.
IMPERIUM ROMANUM NOVUM : Référence récurrente chez des penseurs impérialistes européens de l’ère moderne (Mussolini notamment) à un renouveau symbolique et politique de l’Empire romain antique comme structure unificatrice.
ROME-BERLIN-TOKYO (Pacte tripartite) : Concept et alliance politico-militaire de 1940, érigeant un axe idéologique et stratégique entre l’Europe fasciste et l’Asie impériale.
DRANG NACH OSTEN — littéralement « poussée vers l’Est » — désigne une idée géopolitique et historique allemande, apparue dès le Moyen Âge et reprise aux XIXᵉ et XXᵉ siècles : tendance allemande, politique, militaire, économique et colonisatrice, à s’étendre vers l’Europe centrale et orientale.
☕ Ancienne école éprouvée de la « Confédération européenne »
« Faire comprendre ce que nous entendons aujourd’hui par grande économie européenne et grande politique d’aire. »
(« Verständnis für das zu erwirken, was wir heute unter europäischer Großraumwirtschaft und Großraumpolitik verstehen. » — traduction fidèle.)
— Werner Daitz, dossier « Deutsch-französische und europäische Zusammenarbeit » (mai 1944), in Die Europa-Charta und andere Dokumente zum Europagedanken (éd. G. Simon, d’après BArch NS 8/224), p. 24 : (homepages.uni-tuebingen.de)« Comme nous l’avons constamment exposé — à rebours de toutes les doctrines “modernes”, c’est-à-dire libéralistes, de philosophie de l’État et de la société — il existe trois ordres fondamentaux de droit croissant, sur lesquels repose toute vie en commun et, partant, tout ordre social naturel en ce monde : la famille individuelle, la famille du peuple et la famille des peuples. […] Dans la phase qui s’accomplit à présent, seconde étape de la révolution européenne du grand-espace, au-delà du renouveau révolutionnaire des peuples pris isolément, la famille des peuples est, elle aussi, rétablie comme ordre naturel. »
— Werner Daitz, Wiedergeburt Europas durch europäischen Sozialismus. Europa-Charta (La « Charte de l’Europe »), Amsterdam, 1943 (extrait édité par Gerd Simon, d’après les papiers du Bundesarchiv), p. 138-158 : (homepages.uni-tuebingen.de)
« Rome est aujourd’hui le nom qui brûle non seulement dans l’âme des Italiens : il est l’ardente attente d’un monde nouveau. […] Le cri jeté par les squadristes déguenillés dans les provinces est devenu aujourd’hui le cri de tous les peuples qui regardent vers Rome et vers l’Homme, avec espérance et volonté de renaissance. »
— Asvero Gravelli, La Marcia su Roma (Rome, Nuova Europa, 1934), avant-propos de l’éditeur, p. 7–9 de l’édition numérisée : https://archive.org/download/LaMarciaSuRoma/La%20Marcia%20su%20Roma.pdf« Si l’armée allemande n’était pas en mesure de briser le danger venu de l’Est, le Reich tomberait aux mains du bolchevisme — et toute l’Europe, peu après. Deuxième thèse : l’armée allemande, le peuple allemand et leurs alliés ont seuls la force de sauver l’Europe de cette menace. »
— Joseph Goebbels, « Nun, Volk, steh auf, und Sturm brich los ! » (discours du Sportpalast, 18 février 1943), thèses centrales, traduction anglaise publiée au German Propaganda Archive ; traduction française fidèle : https://research.calvin.edu/german-propaganda-archive/goeb36.htm (research.calvin.edu)
« J’aime les Allemands. Quand je rencontre, dans la rue ou à la campagne, des soldats allemands… j’ai envie de leur parler, de leur serrer la main comme à des gars de chez nous… En somme, de collaborationniste de raison, je suis devenu, en outre, collaborationniste de cœur. »
— Robert Brasillach, Robert Brasillach, Je suis partout, 9 juillet 1943, BnF-Gallica
« […] Voici qu’un grand appel d’air s’élève, tourbillonne, commence de balayer et d’assainir. Le temps de la colère (« tempus iracundiae ») est enfin venu ! Le monde chrétien et civilisé se dresse dans un élan formidable pour défendre et sauver notre antique société chrétienne en péril de bolchevisation, c’est-à-dire en péril de mort. Quelle sera, après tant de tourments intérieurs, l’attitude effective et définitive de la France ? Ne nous occupons pas ici de contingences politiques, d’intérêts particuliers. N’envisageons que le bien général qui, tôt ou tard, finit par retomber en pluie bienfaisante et féconde sur le champ de chacun. Prêtre et Français, comment, dans un moment aussi décisif, refuserais-je d’approuver la noble entreprise commune, dirigée par l’Allemagne, susceptible de délivrer la Russie de la gangue qui depuis 25 ans tient enserré, étouffé, son vieux fonds humain et chrétien, de délivrer la France, l’Europe, le monde, des chimères les plus pernicieuses et les plus sanguinaires qu’ait connues l’humanité, de soulever les peuples au-dessus de leurs intérêts étroits et d’établir entre eux une sainte fraternité renouvelée du Moyen âge chrétien ? Voici les temps d’une nouvelle croisade qui, au lieu d’aller porter le combat au dehors, doit se retourner vers lui-même et lutter contre un ennemi qui, pour tous et chacun, constitue un péril intérieur. Le Tombeau du Christ est présentement parmi nous ; il faut le délivrer, ici et là, dans nos sociétés modernes ainsi que dans l’âme personnelle de beaucoup. […] J’affirme que le Tombeau du Christ sera délivré. »
— Cardinal Alfred Baudrillart, déclaration publiée dans le journal Toute la Vie, le 7 août 1941 (PDF) Catholique NS
Σ Plan par manche
- 🏛️ I. Les origines germaniques du projet européen
- 🇪🇸 II. Le pacte germano-italien et la méditerranée fasciste
- ⚖️ III. Vichy et l’attirance de l’Ordre nouveau
- ⛩️ IV. L’économie au service de la direction : AIW et DAF
- ⚔️ V. Panfascisme et internationales saturniennes
- 🔢 VI. La confédération avortée de Von Ribbentrop
- 🕵️♂️ VII. Postérités et échos jusqu’à ladite Union européenne
🏛️ I. Les origines germaniques du projet européen
Tout ne mûrit pas de nulle part alors ! Le concept de Mitteleuropa, tel que formulé au XXᵉ siècle, n’était point un simple caprice intellectuel, mais procédait d’une aspiration née dans les interstices de la désintégration du Saint-Empire romain germanique et de la lutte permanente entre les puissances austro-hongroises, russes et françaises.
Ce vocable, que Friedrich Naumann fit passer à la postérité par son ouvrage éponyme en 1915, décrivait un espace où l’Allemagne, par ses forces économiques, techniques et militaires, devait jouer le rôle de centre organisateur. Ce projet, vision carolingienne renouvelée, bien que mirant davantage vers l’Est, visait moins la paix que l’efficacité, moins la coopération que la mise en ordre, où la langue de Goethe devenait le pivot logique et aussi une matrice des peuples.
Le désir d’une Grossraumwirtschaft, une grande aire économique allemande, émergeait lentement mais sûrement. Il anticipait ce que Werner Daitz formulerait avec acuité durant la Seconde Guerre mondiale : l’idée que seule une puissance organisatrice pouvait transcender les particularismes locaux et nationaux, réconciliant l’Europe à travers l’efficience allemande. L’Allemagne, telle qu’elle se voyait, n’était pas un État parmi d’autres, mais la « nation sacerdotale » d’une nouvelle réglementation de l’EMpire et des peuples.
Pour l’exemple, le 28 juillet 1940, lors de la conférence de Salzbourg, Adolf Hitler rencontre Mgr Jozef Tiso, président de la République slovaque. Au cours de cette réunion, Hitler souligne l’importance de la Slovaquie dans le cadre du Lebensraum allemand, justifiant ainsi « l’ingérence » de l’Allemagne dans les affaires intérieures slovaques.
Et même l’opération Barbarossa (du nom de l’Empereur Frédéric Barberousse), au delà de l’anti-soviétisme, traduit cette attitude, selon laquelle l’Allemagne regarde vers l’Est.
« L’Europe centrale est à l’heure présente une expression géographique qui n’a jusqu’ici acquis aucun caractère politique ni constitutionnel. »
« Sous l’intitulé “Europe centrale”, il ne sera créé aucun État nouveau ; mais se formera une union des États existants. »
« Le concept d’un groupe économique mondial d’Europe centrale n’est aucunement — ou peut-être seulement en première instance — l’affaire des producteurs. Non, c’est un intérêt national, le problème des masses. »
« L’Europe centrale est le fruit de la guerre. Nous fûmes ensemble dans la prison économique de la guerre, nous combattîmes ensemble, nous sommes résolus à vivre ensemble ! »— Friedrich Naumann, Mitteleuropa, trad. Christabel M. Meredith, Londres, P. S. King & Son, 1916.
De l'Antiquité latine et méditerranéenne à l'Europe du Nord hégémonique,
en passant par les invasions germaniques🇪🇸 II. Le pacte germano-italien et la méditerranée fasciste
Il y eut alors convergence politique et révolutionnaire entre deux songes d’empire. Celui des Teutons, par héritage frédéricien et hégémonie industrielle ; et celui des Latins, nourri de Rome antique et d’épopées coloniales italiennes. Dans les années 1930, Mussolini voyait parfois dans l’Allemagne national-socialiste un miroir déformé de ses propres rêves, mais un miroir utile quand même !
L’Axe Berlin-Rome, formalisation d’une amitié parfois méfiante, se déclina autant sur le plan symbolique que politique. Ce fut le désir d’une Europe danubienne, dominée par les puissances fascistes de l’Axe, où chaque fleuve serait un vecteur civilisationnel et chaque peuple enrôlé dans le concert européen. La guerre civile espagnole notamment, fut la forge où se trempèrent ces ambitions : les phalangistes, les chemises noires, les brigades françaises : là ils s’unirent dans un élan contre-révolutionnaire.
Il était question d’une Inter-nationale fasciste, mais parfois dans le sens originel du mot : entre nations, entre civilisations, entre héritages. Les communautés d’élite décidaient d’une symphonie où le nationalisme de chacun était le socle de l’ordre collectif.
Mais aussi, par moment, l’on pensa réunir les peuples sous la bannière d’une verticalité nouvelle. « Antieuropa », revue de Gravelli, fut le chantre de ce panfascisme, de cette communauté des justiciers et des architectes de l’Ordre, réunis dans l’idée que la discipline valait mieux que le débat, et que la grandeur se forge dans l’uniforme plus que dans le scrutin.Aussi, selon les autres pays occupés et ses mouvements de collaboration (Belgique, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Danemark, voire Bretagne, Occitanie, etc.), les choses se dessinaient.
N.B. Mais Giuseppe Bastianini, alors sous-secrétaire aux Affaires étrangères de l’Italie fasciste, propose en avril 1943 un plan : ce projet, connu sous le nom de “projet Bastianini”, cherche à renforcer la coopération entre les nations européennes alignées sur l’Axe Toutefois, ce projet a la faiblesse de proposer un schéma traditionnel du concert des nations afin de prétendre conserver plus d’autonomie pour l’Italie.
⚖️ III. Vichy et l’attirance vers l’Ordre nouveau
Il serait erroné de croire que la France, vaincue et éplorée, se soit contentée de subir sans aspirer elle aussi d’un avenir européen remodelé. Le ministre Pierre Laval, héraut d’une grandeur déchue, tenta de redorer son blason par une collusion plus assumée avec le Reich. Il ne se contenta point de courber l’échine, mais il sollicita la grâce et la participation à l’empereur nouveau — ce qui peut être une forme de collaboration virile également.
La radio fut son ambon, et le micro son studio. Il proclama : « Je souhaite la victoire de l’Allemagne […] », mais point tant par adhésion totale, raciale ou dogmatique, sinon par crainte du bolchevisme. Ce mal comme étant plus terrible encore que l’annexion, servit d’écran à l’engagement sous l’État français du Maréchal Pétain, dans le projet européen, fut-il national-socialiste.
Les lois anti-juives, les politiques anti-maçonniques, l’épure administrative sont en partie au service du vainqueur (non américain ici !). Toutefois, État-nation oblige, la lettre de Ribbentrop à Pétain en novembre 1943, véritable soufflet diplomatique, témoigna et exprima tout le conflit qu’inspirait cette mollesse gauloise au sein d’un projet européen impérial.
Ainsi, le 14 juillet 1940, en particulier, Pierre Laval, alors vice-président du Conseil des ministres du gouvernement de Vichy, cherche à établir des relations étroites avec les autorités allemandes. Il envoie un émissaire à Paris pour annoncer sa visite et exprime son désir de rencontrer le Reichsmarschall Göring et Otto Abetz. Dans cette démarche, Laval propose plusieurs initiatives destinées à plaire à ses interlocuteurs allemands, notamment la création d’un parti unique et l’élaboration de lois visant à interdire la franc-maçonnerie et à exclure les Juifs de la fonction publique.
Toutefois, Vichy participe relativement à cet engouement (entre obligations de l’Armistice et esprit semi-résistant, et ce, bien qu’il y ait eu l’attaque britannique contre la marine française à Mers El Kebir : en effet, l’amiral Darlan n’accentuera pas bien davantage l’entente franco-allemande.
« Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme demain s’installerait partout. »
« De cette guerre surgira inévitablement une nouvelle Europe. […] Pour moi, Français, je voudrais que demain nous puissions aimer une Europe dans laquelle la France aura une place qui sera digne d’elle. »
« Ainsi donc, comme je vous le disais le 20 avril dernier, nous voilà placés devant cette alternative : ou bien nous intégrer, notre honneur et nos intérêts vitaux étant respectés, dans une Europe nouvelle et pacifiée, ou bien nous résigner à voir disparaître notre civilisation. »
« C’est pour que la France trouve sa place dans la nouvelle Europe que vous répondrez à mon appel. »— Pierre Laval (1883-1945), Déclaration radiodiffusée du 22 juin 1942 BrainyQuoteClio Texte
⛩️ IV. L’économie au service de la direction : AIW et DAF
L’Europe sous direction Allemande serait réserve et non seulement charbon et acier, avec des bras et des cerveaux. Le travail devait être ordonné, dirigé, employé. Dès 1940, l’AIW (Arbeitsgemeinschaft für Industrielle Wiederaufbau) se mit en place pour coordonner l’économie des territoires conquis.
Pour la reconstruction et contre les dégâts de la guerre, il s’agissait de récupérer des ressources, de centraliser les décisions à Berlin et de faire de chaque atelier une pièce de l’échiquier militaire impérial. La DAF (Deutsche Arbeitsfront), dès 1933, avait déjà jeté les bases d’un corporatisme dit totalitaire. Le travailleur était citoyen, de race blanche et bâtisseur de l’Europe par le Grand Reich.
L’Europe dite NS ne pouvait pas être pacifiste ni benoitement belliqueuse. Il y eut le Service du Travail Obligatoire (STO) que connut la France, extension de cette logique. La politique de grands espaces économiques était un système entier où les nations avaient vocations à se rattacher à ce destin universel, industriel et agricole.
L’Europe à la mode goebbelsienne était une vaste entreprise, une usine à ciel ouvert, mais organique, elle. L’autarcie première — le fait de se sauver nationalement parlant —, laissait place au nouveau mot d’ordre impérial.
Et, dès 1933, Robert Ley, était déjà chargé de dissoudre les syndicats et d’intégrer leurs structures dans une organisation unique, une fois à la tête du Deutsche Arbeitsfront (Font allemand du travail) de 1933 à 1945.
N.B. Lors de la Conférence de Wannsee, tenue le 20 janvier 1942, le Parti allemand a évoqué la « Nouvelle Europe » par rapport audit judaïsme politique.
⚔️ V. Panfascisme et internationales saturniennes
Ce ne furent point des vapeurs d’ivrogne de bistrot complotiste, mais d’idées pensées dans l’action, de thèses martelées, revues, relayées : celles du panfascisme, principe transnational développé par Asvero Gravelli. L’Europe fasciste ne se voulait pas seulement coalition de régimes nationalistes, mais fraternité aristocratiques et énergiques, croisade de modernité virile. Gravelli, par sa revue Antieuropa, appelait à balayer la démocratie, la bureaucratie, toute cette ruineuse mondanité de salon parlementaire doré.
Les CAUR (Comitati d’Azione per l’Universalità di Roma), créés sous l’impulsion du Duce en 1933, furent le bras tentaculaire de cette ambition. Réseautage, congrès, rencontres : on unissait les flammes nationalistes sous la torche fasciste, avec Rome pour centre irradiant.
La France elle-même y côtoyait l’Espagne phalangiste, l’Allemagne national-socialiste, les mouvements croates, roumains, hongrois… Tous les mécontents du monde libéralo-communiste trouvaient là le refuge d’une doctrine de fer et de sang.
L’auteur Drieu la Rochelle, dans son Socialisme fasciste, glorifiait ce projet : une Europe disciplinée, débarrassée des bavardages démocratiques. Le fascisme italien se voulait le levain — bien qu’il n’avait pas la force de prendre les reines premières —, le modèle éthique de la nouvelle Europe — inclusive mais non au sens wokiste !
« Ce qu’on appelle dans le monde entier, aujourd’hui, le nationalisme, c’est le résidu d’un état d’âme. »
— Pierre Drieu La Rochelle, L’Europe contre les patries (annonce éditoriale, coll. « Les Essais », Gallimard, 1931), La Nouvelle Revue française (publicité). (Numilog)« …il m’a bien fallu me rabattre sur la seule force capable de porter des coups au sinistre et mortel complexe : démocratie et capitalisme. »
— Pierre Drieu La Rochelle, Socialisme fasciste, Paris, Gallimard, 1934 (ex. numérisé, Bibliothèque de Sciences Po / Internet Archive). (Archive Internet)🔢 VI. La confédération avortée de Von Ribbentrop
Mais cette vision, aussi flamboyante qu’elle fut dans ses mots, buta parfois. Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich, tenta en 1943, de formaliser cette unité européenne par une confédération d’États semi-souverains, notamment contre les résistances pétainistes. Une union, certes sous direction allemande, mais habillée d’institutions, d’accords mutuels, de confédéralisme, de clauses de respect.
Ce fut une esquisse diplomatique, un écrin verni pour une main de fer. Mussolini, Antonescu, Laval y furent consultés sans doute, mais le résultat n’eut point abouti vraiment, soit par les orgeuils nationaux, soit par les déconvenues militaires croissantes.
La guerre, à cette date, absorbait tout. Hitler n’avait hélas plus que faire des parlements, des traités, des symphonies continentales. Le canon remplaçait la plume diplomatique. Le projet de Ribbentrop, séduisant certainement, ne fut qu’une tentative à contre-temps, sabordée par la nature même de la situation.
La confédération ou l’alliance européenne hitlérienne n’était pas un oxymore en soi, mais un idéal sans lendemain, à cause de la guerre du grand matérialisme judéo-atlantisto-soviétique !
« …que l’Europe future ne pourra subsister que si la prépondérance de la Grande-Allemagne est maintenue avec succès. » « La garantie de cette prépondérance est dès lors la condition fondamentale du Nouvel Ordre. ».
— Joachim von Ribbentrop, Erlaß des Reichsaußenministers instituant le « Europa-Ausschuß », Quartier général du Führer, 5 avril 1943 (doc. NG-3009). Bundestag — Drucksache 1/3465 (Dserver PDF).« …procéder à des révisions qui pussent servir à une nouvelle et durable coexistence des peuples européens. »
— Joachim von Ribbentrop, déclaration gouvernementale lors de la signature du Pacte tripartite, Berlin, 27 septembre 1940. Śląska Biblioteka Cyfrowa (SBC) — Amtliches Blatt der NSDAP (SBC PDF).
🕵️♂️ VII. Postérités et échos jusqu’à ladite Union européenne
La guerre achevée, certes, le projet fasciste à l’européenne disparut sous les cendres du IIIᵒ Reich. Pourtant, de ses braises héritées émergèrent des flammes plus policées. Ce fut une Europe économique, technocratique, de paix, et d’un genre centralisateur. L’on substitua au fouet l’expert, au canon le règlement…
Mais Aron, précisémment ici ne s’y trompait point :
« L’idée d’Europe est à la mode.
Moins de trois années après la fin de la guerre, le thème de l’Europe, qui a joué un tel rôle dans la propagande hitlérienne, reparait dans la propagande des Nations unies. Je ne vois là d’ailleurs aucun scandale, même quand ce sont les mêmes hommes – ce qui peut arriver – qui traitaient il y a quelques années le thème et qui le traitent à nouveau aujourd’hui. Après tout, c’est peut-être une manière de rendre hommage à une nécessité historique inéluctable. »— Raymond Aron, « L’idée d’Europe », La Fédération, juin 1948.
Si le fond diffère, la forme résonne. Une Union européenne fondée sur le marché, la circulation, la norme unique, le financement à visée égalitaire, fait écho à certains désirs de structure naguère exprimés. Là où le fascisme songeait à l’empire, Bruxelles construit un empire caricatural et athée du code et son confort normatif.
La « mémoire officielle » raye de ses annales les filiations « ambiguës ». Pourtant, l’histoire des idées, même transfigurées, n’est point soluble dans l’eau tiède de ladite bienpensance. Elle persiste, s’insinue, mue. Et, du reste, il est des filiations plus fidèles que les désistements et renoncements de nos temps — cosmopolitisme et oecuménisme.
🔔 Frappe méthodique
Ainsi s’achève cette traversée de l’Europe en armes, de l’Europe en Ordres, de l’Europe en civilisation. Ce fut un temps où l’unité ne rimait pas avec liberté, mais avec hiérarchie. Les projets ou collaborations de Laval, les plans de Ribbentrop, les schémas de Gravelli : tous cherchaient à ordonner le continent.
Le Nouvel Ordre Européen hitléro-fasciste et ses structures économiques comme l’AIW, les organisations du travail comme la DAF, les traités de guerre également : l’ensemble relevait d’un dispositif impérial.
Voilà, cher lecteur, notre une mise à nu. L’histoire ne s’honore qu’à être déterrée dans sa richesse, et c’est en là que réside notre orthodoxie politique et doctrinale.
Professions de foi impériales européennes et catholiques de Charles V !
« Vous savez que je descends des Empereurs très chrétiens de la noble nation d’Allemagne, et des Rois catholiques d’Espagne, et des Archiducs d’Autriche et Ducs de Bourgogne ; lesquels furent jusqu’à la mort des fils fidèles de la Sainte Église Romaine, et furent tous défenseurs de la Foi catholique et des saints canons, décrets et ordonnances et louables coutumes, pour l’honneur de Dieu, l’accroissement de la Foi catholique et le salut des âmes. »
— Charles Quint, Déclaration à la Diète de Worms (19 avril 1521), Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes. (Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes)« C’est pourquoi je suis déterminé à employer mes Royaumes et seigneuries, mes amis, mon corps, mon sang, ma vie et mon âme ; car ce serait grande vergogne pour moi et pour vous, qui êtes la noble et très renommée nation d’Allemagne, et qui sommes par privilège et prééminence singulière institués défenseurs et protecteurs de la Foi catholique, que, en nos temps, non seulement l’hérésie, mais pas même la suspicion d’icelle, ni diminution de la Religion chrétienne, par notre négligence, se sentît en nous, et qu’après Nous elle demeurât dans les cœurs des hommes à notre perpétuelle déshonneur et dommage et de nos successeurs. »
— Charles Quint, Déclaration à la Diète de Worms (19 avril 1521), Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes. (Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes)« Lorsque j’eus dix-neuf ans, à la mort de l’Empereur, je me portai candidat à la couronne impériale, non pour accroître mes possessions, mais afin de m’employer plus vigoureusement au bien de l’Allemagne et de mes autres provinces — à savoir les provinces belgiques —, et dans l’espoir d’apporter ainsi la paix entre les peuples chrétiens et d’unir leurs forces combattantes pour la défense de la Foi catholique contre les Ottomans. »
— Charles Quint, Discours d’abdication devant les États des Pays-Bas (Bruxelles, 25 octobre 1555), German History in Documents and Images (trad. angl. Thomas A. Brady). (germanhistorydocs.ghi-dc.org)La Rédaction
🎹 Nos articles de la Straße
Articles similaires :
Humanisme et théologie : Saint Thomas d’Aquin (Pr. Werner Jaeger)
Citations – Conférence Société Inter-Nationaliste
Hitler et la France de Friedrich Grimm – en citations
Les empires catholiques européens à travers l’histoire
L’Europe continentale par l’abbé Castel de Saint-Pierre : un projet d’unité catholique
L’homme rationnel en quête du bien et de la vertu
L’empereur Charlemagne dans la doctrine nationale-socialiste allemande
L’ethnarchie ou un « bon mondialisme »
Contemplation des reliques du Saint-Empire (A.H.)
Articles récents :
Projet de pape alternatif avec Lin II l’Invisible (Assise 1994)
Réponse à l’enquête autoproclamée de « l’Alliance du trône et de l’autel »
Les origines catholiques de l’avancée technique – Aryan France
Éloge de la Troisième voie incisive : du Christ aux squadristes
La juridiction de l’Église sur la Cité : foi, mœurs et pouvoir
Royaume visible et invisible : frontières de chair et d’âme
La Jérusalem infidèle et la Rome moderniste : comparaisons
Prier, agir et bâtir : du Cénacle aux pavés – MNC
De la nature à la grâce, de la race à la foi – Bal des ismes
Fascisme et national-socialisme : modèles français ou influences ?
Succession véritable et autorité doctrinale face aux ambiguïtés
Lettre à quelques évêques (1983) – abbés Lucien, de Blignières, Mgr Guérard
Nimio de Anquín : thomiste révolutionnaire et pro-fasciste
Shorts YouTube : escarmouches politiques et théologiques
Très bon auteur, très mauvais éditeur – Ricossa vs Saglio

14 commentaires
Réagissez à cet article !