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Publié le par Aryan France
ꑭ Introduction
Alors que j’objectais dernièrement au rédacteur en chef des colonnes qu’il n’y avait nulle antinomie à l’idée d’articuler la manipulation technologique et la répudiation de l’esprit des « Lumières » — auquel cette première devrait censément son essor —, je me vis enquis à déployer le plus prodigieux ravitaillement corroboratif pour béquiller cette assertion. Les pertes collatérales orchestrées à l’intention des cuistres baladins rationalistes et autres athées étroitement dogmatiques, se targuant d’être éclairés quand bien même ils manquent de lumière à tous les étages, vont fuser à satiété, et ce n’est encore qu’un prélude. Il se trouve que les plus grandes contributions occidentales — ou leurs prémisses — ayant révolutionné le monde, ne sont certainement pas le fait d’intellectuels impies affranchis des dogmes chrétiens, mais bien de clercs pondérés, nourris de la pensée scolastique, qui décélèrent dans la science les armatures à même d’affermir la Foi, sans verser dans l’hubris.

L’Église catholique n’est guère un carcan crépusculaire haïssant la raison, mais un phare de vérité et de sagesse s’employant à libérer l’Homme de l’astreinte du vice et du mensonge à laquelle l’enchaîne ladite émancipation des Loges en opposant à la Révélation la science, que la patristique adoptât pourtant pour bagage séculaire, et en la portant d’autant plus à un grand degré de perfectionnement. Par contraste, nos ennemis libéraux, entichés de martyrologie pré-shoatique, nous reportent toujours au cas de Galilée — dont ils ne connaissent rien des tenants et aboutissants —, malgré qu’il n’ait point apporté le moindre rudiment à l’astronomie théorique, que des ecclésiastiques firent nombre des découvertes que l’on attribue d’ordinaire à l’intéressé (songeons à Copernic, un siècle plus tôt, et qui n’eût jamais été en prise avec l’Église), et que ce même Galilée était quasiment protégé du Pape, avant d’en quitter le giron, et de s’en voir exposer par le clergé espagnol.
La Renaissance n’a été que la continuation du Moyen-Âge, lequel est une période arbitraire, comme le soutenait Jacques Heers dans « Le Moyen-Âge, une imposture ». Mais il se fit, au cours de cette période, et même en fait dès le bas Moyen-Âge une réaction « impérialiste » contre la civilisation chrétienne telle qu’elle existait. Ce fut Pétrarque qui inaugura le préjugé d’un temps d’obscurantisme contre l’Antiquité brillante ; et il fit du christianisme la cause de cette décadence. Tout est faux dans son point de vue, erreur de perspective, confusion, ne voyant pas que le déclin venait du Bas-Empire (dès la fin du IIème siècle, bien avant que les chrétiens comptassent), et que le christianisme avait freiné au contraire, puis inversé ce déclin. Cette fadaise conduit à celle enseignée par l’historiographie républicaine, brodant l’imagerie d’un Moyen-Âge forcément « ténébreux », avec lequel aurait tranché la Renaissance, redécouvrant, grâce aux « Arabes » (en fait les auteurs musulmans traduisant les classiques en arabe, et qui étaient généralement andalous, perses, etc.), Aristote et les littérateurs de son temps — qui étaient enseignés pourtant en Occident un siècle avant d’être traduits en arabe !
Certains cercles du parti gibelin façonnèrent, en partant de la cabale (mystique du judaïsme rabbinique), sciemment, par révolte contre l’Église, une doctrine syncrétique puisant dans diverses fables et histoires du passé tout ce qu’il y avait de plus éloigné des récits bibliques. À l’opposé, des littéralistes du parti guelfe, rejetant en réaction, et très sottement, la science sur laquelle prétendaient s’appuyer leurs rivaux — cette science même qui leur aurait permis de les réfuter —, firent l’erreur de se décider d’après ceux auxquels ils s’opposaient, et d’accepter ainsi leur propre défaite en s’inscrivant dans la stratégie du camp opposé.
La raison n’était pas fondamentalement contraire à la tradition, délaissée à ce moment précis, de saint Thomas d’Aquin et d’Aristote, mais le mysticisme le plus douteux a plutôt instrumentalisé des progrès de la science pour acculer les héritiers de l’aristotélo-thomisme à discréditer les principes mêmes de ceux-ci. Leurs maîtres croyaient en la concordance de la science d’une part, et de l’éthique (le Stagirite) ou de la religion (l’Aquinate) d’autre part, et, maladroitement, en pharisiens malgré eux, désireux de sauver la lettre (les conclusions) au prix de l’esprit (les principes), les disciples de la tradition de l’Église acceptèrent le rôle d’obscurantistes que les enivrés d’occultisme voulaient leur imposer. Dès lors le combat était intellectuellement et même moralement perdu.
Le triomphe du protestantisme en Hollande et en Angleterre, la révolution dans ce dernier pays, durent acheminer les bourgeois — porteurs généralement inconscients de cette gnose qu’avaient diffusée les successeurs de Pétrarque — vers le pouvoir. La Révolution française fit triompher les mêmes principes chez nous, puis, sitôt exportée à travers le vieux-continent, elle devait fatalement acter la scission entre science et religion. Un siècle plus tard, parallèlement au développement industriel qui rendit possible les nouvelles explorations scientifiques, l’éclosion du darwinisme sapa les soubassements de l’Église — sur la base des outils dispensés par cette dernière comme nous allons le voir.
En effet, les principales inventions matérielles, qui ont été un tremplin pour l’avancée technique moderne, viennent de prêtres catholiques, et ce depuis la période médiévale jusqu’au siècle dernier, en passant par la Renaissance, l’âge classique comme baroque et l’ère industrielle. Le libéralisme qui s’est installé partout, à un instant où les résultats de ces expériences culminèrent, a alors profité de ce progrès jusqu’à en venir à le revendiquer, mais il n’en a jamais été la cause. Le libéralisme n’a été que bruit de fond et vaste imposture. Il est comme ce passager clandestin qui, s’arrogeant un bien public sans cotisation en gestion économique ou s’octroyant le crédit du labeur d’autrui dans un cadre entrepreneurial, tend à s’asseoir sur le gâteau qu’il n’a guère mérité.
☧ Liste stellaire et portrait de bienfaiteurs ecclésiastiques
Roger Bacon 1219 ~ 1292 Membre de l’ordre des Franciscains, ce moine britannique est considéré par la postérité comme l’un des plus grands génies de son temps en raison de sa polymathie fort aiguisée. Il a étudié à Oxford et à Paris, deux centres majeurs du savoir médiéval. Bacon est surtout connu pour avoir défendu l’observation expérimentale comme fondement de la connaissance, dans une époque dominée par l’autorité des textes anciens. Il est considéré comme un précurseur de la méthode scientifique. Parmi ses contributions notables, on lui attribue des réflexions avancées sur l’optique, la lumière, et la vision, et il aurait anticipé des inventions comme le télescope, le microscope, et même la poudre à canon. Il ne les a pas nécessairement construites, mais en a décrit les principes. Son œuvre majeure, Opus Majus, combine théologie, philosophie et sciences, et illustre son ambition de réformer le savoir par l’expérimentation. Marin Mersenne 1588 ~ 1648 Affilié à l’ordre des Minimes, ce moine français a joué particulièrement un rôle central dans la vie intellectuelle du XVIIème siècle en tant que correspondant et médiateur scientifique. Mersenne est connu pour avoir entretenu une vaste correspondance avec les érudits certifiés de son temps (Descartes, Galilée, Pascal, Fermat, etc.), devenant une sorte de hub européen du savoir. Par ce réseau, il favorisa les échanges d’idées et contribua à la diffusion des découvertes. Sur le plan scientifique, ses contributions portent principalement sur l’acoustique, la musique et les mathématiques. Il étudia les lois de la vibration des cordes, ce qui fait de lui un des fondateurs de l’acoustique physique. Il est également connu pour les nombres de Mersenne, liés aux nombres premiers. Il incarne un esprit de rationalisme chrétien, s’opposant à la magie, à l’astrologie et à l’occultisme, qu’il critique comme contraires à la raison et à la foi. Giovanni Battista Riccioli 1598 ~ 1671 Rattaché à la Compagnie de Jésus, ce prêtre italien s’inscrit dans la tradition typique de sa congrégation qui formait ses membres aux sciences autant qu’à la théologie. Le jésuite Riccioli est surtout connu pour son œuvre monumentale, Almagestum Novum, une encyclopédie de l’astronomie de son temps. Il y compile, critique et compare les modèles géocentrique, héliocentrique et géohéliocentrique. Bien qu’il rejette le système copernicien (pour des raisons physiques et théologiques), il en reconnaît néanmoins la cohérence mathématique. Parmi ses contributions scientifiques, Riccioli est le premier à nommer des cratères lunaires encore utilisés aujourd’hui (dont un porte son nom), réalise des expériences sur la chute des corps, affinant les mesures de Galilée, participe à l’élaboration d’une carte précise de la Lune, est l’un des premiers à mesurer la vitesse du son de manière assez juste. Sa démarche illustre bien la tension entre foi et science à l’époque moderne, mais aussi la contribution active du clergé savant à la connaissance empirique. Athanasius Kircher 1602 ~ 1680 Également membre de l’ordre des Jésuites, ce prêtre allemand mêlait science, religion et mysticisme dans une œuvre foisonnante. Il est l’un des intellectuels les plus curieux et prolifiques du XVIIe siècle, et fut notamment actif à au Collège romain. Il est l’auteur de plus de 40 ouvrages illustrés, parfois spéculatifs, toujours ambitieux. Kircher incarne l’esprit d’encyclopédisme baroque. Il propose une théorie précoce des volcans (notamment sur l’Etna et le Vésuve), avec une vision unifiée du feu souterrain ; il est parmi les premiers à observer des micro-organismes au microscope, sans en tirer de théorie microbienne ; il tente de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens (malheureusement de manière erronée, avant Champollion) ; il invente ou améliore divers dispositifs : lanterne magique (précurseur du projecteur), automates, systèmes acoustiques. Bien que Kircher ait flirté avec la pensée orientaliste et le symbolisme hermétique, il n’était pas occultiste stricto-sensu à proprement parler. Il réinterprétait toujours ces doctrines dans une perspective chrétienne (un peu à la manière du renaissant Pic de la Mirandole), fidèle à l’orthodoxie catholique. Ses travaux visaient souvent à illustrer la sagesse divine dans la nature ou à défendre le christianisme (notamment contre l’islam). Francesco Lana de Terzi 1631 ~ 1687 Apparenté à la Compagnie de Jésus, cet homme d’Église italien a jeté les bases de l’aérodynamique. Il incarne le modèle du clerc scientifique du XVIIe siècle, soumis aux enseignements de l’Église tout en explorant activement les lois naturelles. Lana est surtout connu pour avoir imaginé, en 1670, un prototype de machine volante, décrit dans son ouvrage Prodromo dell’arte maestra. Il s’agit d’un des premiers concepts théoriques de dirigeable, basé sur l’idée de rendre un objet plus léger que l’air. Notre jésuite visionnaire a conçu un aérostat à vide : quatre sphères en cuivre dont on retirerait l’air, permettant de soulever une nacelle — idée ingénieuse, mais impraticable à son époque, car les matériaux n’étaient pas assez résistants. Il traite aussi de physique, d’optique et de cryptographie, et cherche à établir une base rationnelle aux phénomènes naturels, dans l’esprit de la science nouvelle. Soucieux des exigences morales prescrites par la Foi, Lana s’inquiète des usages possibles de la science. Il va jusqu’à écrire que, si sa machine volante était réalisable, elle serait trop dangereuse pour l’humanité, car elle permettrait des attaques aériennes contre les villes — il en appelle donc à une forme de censure morale sur les inventions. Ferdinand Verbiest 1623 ~ 1688 Élevé à la tradition missionnaire de la Compagnie de Jésus, ce prêtre belge visait à évangéliser par le savoir, notamment en Chine, en s’adaptant à la culture locale. Il succède à Matteo Ricci et Adam Schall von Bell dans cette entreprise. Figure emblématique du dialogue sino-occidental au XVIIème siècle, il impressionne l’empereur Kangxi par ses connaissances en astronomie, ce qui lui permet de gagner sa confiance et de contribuer aux réformes scientifiques en Chine. C’est pour le divertissement de l’empereur Kangxi que Verbiest conçut son automobile en 1672. Il ne mesurait que 65 centimètres de long et ne pouvait pas transporter un conducteur humain, mais il réalisait tous les principes de « l’automobilité ». Une chaudière ronde chauffée par un feu en dessous produisait de la vapeur qui était ensuite acheminée à travers un tuyau dans une turbine à vapeur ouverte, qui déplaçait les roues arrière. Cela a été décrit par Verbiest dans son ouvrage Astronomia Europea, mais aucun plan ou dessin n’a été trouvé. Cependant, une équipe d’ingénieurs en mécanique de la Technischen Hochschule d’Ingolstadt, en Allemagne, a récemment recréé une réplique et démontré la faisabilité de l’engin de Verbiest. Nicolas Sténon 1638 ~ 1686 Issu d’un milieu luthérien, ce scientifique danois abjura le protestantisme et se convertit au catholicisme en 1667, après des années de travail en Italie. Il entre dans les ordres en 1675, devient prêtre, puis évêque missionnaire (vicaire apostolique) en Allemagne du Nord, où il se consacre à la pastorale dans un contexte rigide pour les catholiques. Il est attesté comme l’un des pères de la géologie moderne. Son parcours allie recherche scientifique rigoureuse, conversion religieuse, et engagement spirituel profond. Il commence sa carrière comme anatomiste reconnu, réalisant des découvertes fondamentales sur les glandes salivaires (canal de Sténon), les muscles, le cerveau, etc. Il appliqua une méthode rigoureuse d’observation, rejetant les idées héritées d’Aristote ou de Galien sans preuve expérimentale. En géologie et paléontologie, il élabora les principes fondamentaux de la stratigraphie, comme le principe de superposition (les couches les plus profondes sont les plus anciennes), le principe de continuité latérale, et le principe de l’horizontalité originelle. Il comprend que les fossiles sont les restes d’êtres vivants anciens, remettant en cause l’idée qu’ils étaient des « jeux de la nature ». Ces idées marquent une rupture avec les interprétations symboliques ou théologiques de la nature courantes à l’époque, sans pour autant s’opposer à la foi. Bartolomeu de Gusmão 1685 ~ 1724 Clerc séculier, ce prêtre portugais eut des expériences pionnières dans le domaine de l’aéronautique, esquissant les premiers jalons de l’aviation. Alors que la plupart des quidams envisageraient une bulle de savon s’élevant au milieu de l’air chaud autour d’une bougie allumée comme un spectacle banal, le Père Gusmão, lui, y a vu une prouesse méthodique. Cela l’a amené à s’interroger sur les différentes densités de l’air et à jouer avec l’idée qu’un objet plus léger que l’air puisse décoller du sol et voler. Ce n’était pas la première fois que Gusmão montrait un penchant scientifique. À l’âge de 20 ans, il a inventé un appareil capable d’aller chercher de l’eau dans un ruisseau et de la transporter sur une colline de 328 pieds (100 mètres) de haut. Même après son ordination, il est allé à Lisbonne pour étudier les sciences mathématiques, l’astronomie, la mécanique, la physique, la chimie et la philosophie à l’Université de Coimbra. Lorsqu’il annonça qu’il avait créé une machine volante sous le nom de « Passarola », le roi du Portugal João V l’invita à la présenter à la cour royale. En 1709, il lance un petit ballon en papier alimenté par de l’air chauffé sur le terrain du palais, mais il prend feu avant de pouvoir décoller. Une deuxième tentative deux jours plus tard a été couronnée de succès, ainsi qu’une troisième trois jours plus tard. Bien que la conception du Père Gusmão ne puisse pas transporter un humain dans les airs, son idée que l’air chaud pouvait être utilisé pour fabriquer des engins plus légers que l’air a été une étape importante dans l’histoire du vol humain, préparant la voie à la première ascension habitée de la montgolfière en 1783. Gusmão s’intéressa également à des inventions techniques variées (pompes, systèmes de dessalement, etc.). Son génie combine esprit scientifique et inspiration religieuse, voyant dans la conquête de l’air un moyen de glorifier Dieu. Giuseppe Zamboni 1776 ~ 1846 Ordonné dans le clergé diocésain, ce prêtre italien est l’inventeur de la pile sèche, ancêtre des générateurs électriques modernes. Il fut également enseignant de physique au lycée de Vérone, ce qui reflète le rôle croissant de prêtres dans l’enseignement scientifique à la fin du XVIIIe siècle. C’est en 1812 qu’il conçoit sa pile sèche composée de 2.000 disques de papier d’étain collés sur du papier imbibé de sulfate de zinc et enduits de l’autre côté d’oxyde de manganèse. Cette pile peut produire une tension électrique très stable et de longue durée, bien que son intensité soit très faible. L’un des dispositifs alimentés par cette pile est le célèbre pendule électrique, dont un exemplaire fonctionne encore aujourd’hui à l’université d’Oxford, depuis 1840 environ — sans interruption, ce qui fascine les physiciens. Zamboni n’a pas inventé l’électricité, mais sa pile préfigure les piles modernes, en montrant qu’une source d’électricité pouvait être produite sans liquide, contrairement aux piles de Volta. Il est aussi l’un des premiers à explorer des applications expérimentales de l’électricité statique, à une époque où la compréhension des phénomènes électriques reste balbutiante. Nicholas Callan 1799 ~ 1864 Séculier, ce prêtre irlandais a remarquablement donné à la physique, en particulier pour ses travaux en électro-magnétisme, suite aux découvertes de Michael Faraday. Il a même rencontré les deux grands pionniers dans son domaine de prédilection, Luigi Galvani et Alessandro Volta, lors de son séjour à Rome pour son doctorat en théologie. Le Père Callan a poursuivi la science pour la connaissance, pas pour la gloire. C’est pourquoi il est souvent négligé en tant qu’inventeur de la bobine d’induction, le principal composant des transformateurs modernes, qui est généralement attribué à Heinrich Ruhmkorff. Callan enseigna à l’Université Maynooth, où il dirigea le laboratoire de physique, combinant sa vocation religieuse et son activité scientifique. Il partagea son temps entre l’enseignement de la physique à son alma mater, l’écriture de livres religieux et la réalisation d’expériences scientifiques. Faute d’instruments appropriés dans son laboratoire au sous-sol, Callan avait l’habitude de donner des doses non-létales d’électricité à des étudiants sans méfiance afin d’évaluer la force de sa tension, avec laquelle il a un jour assommé le futur archevêque de Dublin. Une autre fois, il a invité une équipe d’hommes forts à jouer au tir à la corde avec un électro-aimant alimenté par une batterie qu’il a construite en reliant 577 batteries plus petites, les plus grandes créées à cette époque. En 1837, au cours de ses expériences, le Père Callan découvrit le principe de l’induction mutuelle pour produire plus de 60.000 volts d’électricité, le plus grand alors observé, et ce faisant, inventa la bobine d’induction. Sans la bobine d’induction, de nombreuses avancées scientifiques du XIXème siècle – la découverte des ondes radio, des rayons X, de l’électron – n’auraient pas été possibles. Callan a également breveté un procédé de galvanisation du fer pour le protéger de la rouille en 1853. L’année suivante, il a inventé la pile à cellules fluides « Maynooth », qui utilisait de la fonte au lieu du platine coûteux, rendant les batteries plus abordables pour les chercheurs. Ányos Jedlik 1800 ~ 1895 Membre de l’ordre de Saint-Benoît, ce moine hongrois a ébauché les premiers constituants de l’électromoteur et du véhicule électrique, malgré qu’il ait longtemps été méconnu en dehors de sa patrie. Il a enseigné la physique et les mathématiques dans divers collèges et à l’Université de Pest, tout en assumant sa vocation religieuse. Jedlik construit un modèle fonctionnel de moteur électromagnétique rotatif dès 1828 — soit six ans avant Moritz von Jacobi et Thomas Davenport, souvent crédités pour cette invention. Jedlik y a même amélioré, à cette occasion, le moteur de Faraday en éliminant l’aimant permanent de celui-ci et en le remplaçant par un rotor, un stator et un collecteur, les trois composants de base d’un moteur à courant continu moderne. Ce qui a donné ce qu’il a lui-même nommé « l’auto-rotateur électromagnétique ». Alors que le moteur de Faraday n’avait aucune application pratique, l’appareil de Jedlik a montré le potentiel de l’électricité dans le travail. En 1861, le Père Jedlik créa une « inductance unipolaire » basée sur les principes de la dynamo de Faraday, six ans avant que Werner Siemens et Charles Wheatstone ne publient leur « principe dynamo-électrique ». La grande innovation de Jedlik était d’utiliser deux électro-aimants opposés pour induire un champ magnétique autour du rotor – le principe de l’auto-excitation. Cependant, Jedlik n’a pas rendu son invention publique, de sorte que Siemens et Wheatstone se sont attribués le mérite. Giovanni Caselli 1815 ~ 1891 Séculier, ce prêtre italien a créé le pantélégraphe (combinant le « pantographe » – un appareil permettant de copier du texte et des dessins – et le « télégraphe »), ancêtre du fax, et est l’un des lanceurs des communications à distance par voie électrique, dans l’Europe du XIXème siècle. Alors qu’il enseignait la physique à l’Université de Florence, Caselli s’est intéressé au problème de l’envoi d’images et d’images à travers des fils. Le philosophe écossais Alexander Bain a créé un appareil rudimentaire à cet effet dans les années 1840, mais n’a pas pleinement exploité l’idée. Le principal défi était de synchroniser l’émetteur et le récepteur, ce que Bain, un horloger, n’a ironiquement pas réussi à résoudre. Le Père Caselli a utilisé une horloge régulatrice pour résoudre le problème de synchronicité. De plus, il a utilisé de l’encre ordinaire pour recréer l’image transmise, une amélioration par rapport à l’appareil de Bain, qui grattait l’image sur une plaque métallique. Le pantélégraphe de Caselli pouvait réduire ou agrandir l’image et envoyer plusieurs messages à travers un seul fil à la fois. L’appareil était une monstruosité de 1,8 mètre de haut, avec des pendules, des piles et des fils. Le pantélégraphe impressionne tellement l’empereur Napoléon III qu’il commande un service de fax pour relier Paris et Lyon, mis en place en 1865. Deux ans plus tard, une liaison par fax avec Marseille est établie. Tout cela, nous devons nous en souvenir, une décennie avant qu’Alexander Graham Bell n’invente le téléphone en 1876. Outre le télécopieur, Caselli a également inventé le cinémographe (un appareil qui mesure la vitesse des trains), une torpille électrique nautique et un gouvernail hydromagnétique. Angelo Secchi 1818 ~ 1878 Reçu dans la Compagnie de Jésus, ce prêtre italien est le premier homme à proposer une classification systématique des étoiles en fonction de leur spectre lumineux (vers 1860–1870). Il regroupe les étoiles en 4 grandes classes spectrales, préfigurant les catégories modernes. Cette méthode ouvre la voie à l’astrophysique stellaire : on ne se contente plus de mesurer les positions, on étudie la composition physique des astres. Il étudia aussi les taches solaires, les protubérances, et le spectre solaire, en utilisant un spectroscope solaire, et en soutenant que le soleil est une masse incandescente entourée d’une atmosphère, avec une structure chimique complexe. Ses autres appétences sont le développement d’un réseau de stations météorologiques, l’intérêt pour le magnétisme terrestre, et le perfectionnement du spectroscope, du téléspectroscope, etc. Secchi incarne parfaitement l’idéal jésuite : rigueur scientifique, curiosité intellectuelle universelle, et fidélité à la foi. Il voyait l’étude de la nature comme une quête de la vérité divine à travers les lois du cosmos. Eugenio Barsanti 1821 ~ 1864 Faisant partie de l’ordre des scolopes (ou piaristes), ce prêtre italien est principalement reconnu comme co-inventeur du moteur à combustion interne. Il fait partie des figures majeures du XIXème siècle où foi et innovation technologique avancent main dans la main. L’invention du moteur à combustion interne est souvent attribuée à l’ingénieur franco-belge Étienne Lenoir en 1859 ou à l’Allemand Nicolas Otto en 1861, uniquement parce que leurs moteurs ont été les premiers à réussir commercialement. Cependant, le tout-premier modèle de travail a été conçu en 1856 par le Père Barsanti. Il enseigna les mathématiques et la physique dans plusieurs établissements en Toscane, notamment à Florence et à Volterra. Barsanti s’est associé à l’ingénieur Felice Matteucci pour réaliser son concept, et le moteur à deux cylindres de 5 chevaux qui en a résulté a été suivi en 1858 par un moteur à deux pistons conçu pour entraîner des machines dans les usines ou même remplacer la vapeur comme source d’énergie pour les navires. Ils déposent un brevet en 1854 (à Londres) pour leur moteur — soit bien avant les moteurs à essence de Otto (1876) ou Gottlieb Daimler (1885). Barsanti et Matteucci étaient déjà en négociation avec une usine à Liège, en Belgique, pour produire en masse le moteur lorsque le prêtre fut frappé par la fièvre typhoïde et mourut en 1864. Matteucci n’avait pas les compétences commerciales nécessaires pour commercialiser leur invention et a perdu face à Otto, malgré ses protestations selon lesquelles le moteur d’Otto était similaire au leur. Vaincu par Otto, qui avait l’esprit d’affaires, Matteucci abandonna ses études et retourna à l’ingénierie hydraulique. Gregor Mendel 1822 ~ 1884 Validé au monastère des Augustins, ce moine autrichien est tenu universellement comme fondateur de la génétique. Par ses expériences sur les pois, il découvre les lois fondamentales de l’hérédité. De 1856 à 1863, Mendel cultive et croise des milliers de plants de pois dans le jardin du monastère. Il observe la transmission de caractères comme la forme des graines, la couleur des fleurs, etc. Il découvre que ces caractères se transmettent selon des ratios mathématiques simples, révélant l’existence de « facteurs héréditaires » (qu’on appellera plus tard « gènes »). La première loi qu’il élucida concerne la ségrégation des caractères, et la seconde, l’assortiment indépendant. Leur importance ne sera reconnue qu’après 1900, soit 16 ans après sa mort, lorsque Hugo De Vries, Carl Correns et Erich von Tschermak-Seysenegg rendirent hommage aux travaux de Mendel. Avec l’avènement du IIIe Reich, les principes mendéliens de transmission de traits héréditaires seront interprétés par les nationaux-socialistes comme une base scientifique pour classer les individus selon des valeurs biologiques objectives (santé, intelligence, pureté raciale), justifier les interventions eugénistes (stérilisation des éléments malvenus), les lois de préservation de l’hérédité, et les politiques de sélection raciale. José María Algué 1856 ~ 1930 Participant à la Compagne de Jésus, ce prêtre espagnol a étudié l’astronomie, la sismographie et la météorologie à l’Université de Barcelone à partir de 1890. Il est arrivé aux Philippines pour travailler sous la direction du Père Federico Faura, fondateur de l’Observatoire de Manille. Algué succéda à la direction de l’observatoire à la mort de Faura en 1897 et y resta même après que l’Espagne eut cédé les Philippines aux États-Unis. Algué a prêté son expertise aux Américains et a travaillé à temps partiel avec le Bureau météorologique des États-Unis. Les typhons tropicaux de la région présentaient un danger pour les navires américains qui étudiaient et cartographiaient la nouvelle colonie. Algué a inventé le barocyclomètre en 1897, un appareil qui a sans aucun doute sauvé de nombreuses vies à l’époque où le suivi par satellite n’existait pas. Il combinait un baromètre sans fluide et un cyclonomètre. Le baromètre avertissait un navire d’un cyclone en fonction des changements de pression atmosphérique, et le cyclonomètre permettait au capitaine de calculer où se trouvait la tempête et où elle se dirigeait au moyen de formules mathématiques et de tableaux. Algué a modifié le barocyclomètre pour l’utiliser dans le Nord de l’Atlantique, et la marine américaine l’a adopté en 1914 pour échapper aux violents ouragans dans l’océan. Le prêtre jésuite a également inventé le néphoscope, un appareil permettant de déterminer le mouvement des nuages, et un microsismographe capable de détecter les microséismes causés par les tempêtes en mer. Roberto Landell de Moura 1861 ~ 1928 Diocésain, ce prêtre brésilien excellait dans l’expérimentation technique. À la croisée de la foi et de l’ingéniosité, il mena des recherches révolutionnaires sur la transmission sans fil de la voix humaine. Le monde se souvient de Guglielmo Marconi pour son télégraphe sans fil. Mais le génie de Landell de Moura qui a fait à la voix humaine ce que Marconi a fait au code Morse a été largement oublié. Landell de Moura mérite mieux en tant que pionnier de la radiodiffusion et de la téléphonie sans fil. Dès l’enfance, il cultivait une curiosité intellectuelle insatiable, lisant avidement sur tout, que ce soit la biologie, la physique ou l’astronomie. Mais sous l’influence de sa famille, il se lança dans une vocation religieuse et étudia pour devenir prêtre. Cependant, Landell de Moura n’a jamais perdu sa passion pour les sciences, étudiant également la physique et la chimie à l’Université grégorienne de Rome. C’est en rentrant chez lui au Brésil en 1886 que Landell de Moura s’est rendu compte qu’il était possible d’envoyer la voix humaine sur de grandes distances dans les airs. Marconi a dévoilé son télégraphe sans fil en 1895 alors que Landell de Moura cherchait à obtenir des fonds pour son projet. L’Église ne le soutenait pas, ses contemporains pensaient qu’il s’écartait de ses devoirs sacerdotaux. Il a réussi à emprunter 4.000 dollars (ce qui constituerait 100.000 dollars aujourd’hui) à un marchand new-yorkais, une dette qui l’a paralysé pendant de nombreuses années. En 1899, le Père Landell de Moura commença à émettre du collège Santana, au nord de São Paulo, au pont de Bandeiras, à 4 kilomètres de là. La science porta dès lors les mots jusqu’au récepteur lors de la toute-première démonstration publique de son appareil. Il se composait d’un générateur d’éclateur avec une bobine de Ruhmkorff et de deux sphères métalliques qui produisaient les ondes radio. Pour moduler l’onde porteuse, Landell de Moura a conçu un diaphragme couplé à une paire de contacts électriques à l’intérieur d’une chambre de résonance, qu’il a appelé un « interrupteur phonétique ». Le processus de modulation inventé par Landell de Moura est maintenant connu sous le nom de modulation d’amplitude (AM). Il a eu du mal à trouver des investisseurs pour son émetteur d’ondes, qui a été breveté aux États-Unis et au Brésil en 1901, mais il n’a abouti à rien. Son brevet expira et le prêtre sombra dans l’obscurité et mourut en 1928 sans être reconnu. Son invention, aujourd’hui dans le domaine public, est devenue le modèle pour d’autres scientifiques travaillant avec la radio Casimir Zeglen 1869 ~ 1927 Membre de la Congrégation de la Résurrection, ce prêtre polonais a élaboré l’un des premiers gilets pare-balles efficaces, et il exerçait son ministère aux États-Unis, notamment à Chicago, tout en poursuivant ses recherches techniques. En 1893, alors que le maire de Chicago, Carter Harrison, Sr. a été abattu dans sa propre maison, il semblerait que sa disparition en ait affecté plus d’un, dont Zeglen lui-même, qui était à cet instant curé de la paroisse Saint-Stanislas, la plus grande église polonaise des États-Unis. Zeglen a décidé d’empêcher de telles tragédies futures en créant un gilet pare-balles. Avant l’assassinat, Zeglen avait déjà expérimenté un matériau capable d’arrêter les balles tout en étant plus léger que la plaque métallique traditionnelle. Parmi les matériaux qu’il a essayés, il y avait des copeaux d’acier, de la mousse et des cheveux, qui se sont tous avérés insatisfaisants. Un médecin nommé George Goodfellow a découvert que la soie réduisait considérablement la pénétration d’une balle, mais n’a pas réussi à le suivre. Zeglen reprit là où le bon docteur s’était arrêté et commença à travailler la soie. En 1897, le Père Zeglen, vêtu de son gilet pare-balles en soie, a fait face à un homme armé d’un revolver chargé sur une place publique de Chicago. Devant des témoins, dont le maire, l’homme a tiré plusieurs balles sur le prêtre, qui a titubé à l’impact mais n’a pas été blessé. Son gilet pare-balles a fonctionné. Zeglen a en fait eu de la chance de survivre. Un gilet en soie devait être cousu avec précision pour dévier les balles, et la version cousue à la main de Zeglen était dangereusement inadéquate. La puissance croissante des balles a rendu le gilet pare-balles en soie obsolète en 1913. Mais l’idée que le tissu peut être à l’épreuve des balles reste l’héritage de Zeglen. Il a depuis été adopté pour fabriquer une meilleure armure de protection pour un tissu synthétique plus durable. Georges Lemaître 1894 ~ 1966 Rattaché au diocèse, ce prêtre belge était astrophysicien de renom et professeur à l’Université catholique de Louvain, et est surtout célèbre pour avoir formulé la théorie de « l’atome primitif », dans laquelle il proposa que l’univers n’était pas statique (comme on le pensait à l’époque) mais en expansion, et avait dû naître d’un point originel extrêmement dense et chaud. Cette théorie deviendra plus tard la base du modèle du Big Bang, expliquant l’origine de l’univers. Il fut aussi l’un des premiers à suggérer que la radiation fossile (aujourd’hui connue sous le nom de fond diffus cosmologique) pourrait être un vestige observable du moment originel de l’univers — une hypothèse confirmée en 1965, deux ans avant sa mort. Contrairement à d’autres savants religieux de son époque, il ne fit jamais de ses découvertes un argument apologétique. Bien au contraire, il refusait catégoriquement d’utiliser la cosmologie pour prouver Dieu. Pour lui, Dieu n’était pas une hypothèse scientifique parmi d’autres, mais le fondement ultime de l’être, au-delà du champ de la science. Lorsqu’en 1951, le pape Pie XII tenta d’utiliser la théorie du Big Bang comme argument en faveur du récit biblique de la création, Lemaître, qui était alors membre de l’Académie pontificale des sciences, s’y opposa fermement. Il tenait à préserver l’autonomie des disciplines : la science explore le « comment », la foi éclaire le « pourquoi ». Pour lui, l’univers, avec son intelligibilité et sa cohérence, ne contredisait pas la foi, mais invitait à la contemplation du mystère de la création. Toutefois, il rejetait tout concordisme, c’est-à-dire la tentative de faire correspondre les récits bibliques à des théories scientifiques. Roberto Busa 1913 ~ 2011 Membre de la Compagnie de Jésus, ce prêtre italien peut, dans une certaine mesure, poser des inconvénients pour des raisons structurelles qui n’ont pas lieu d’être traitées ici, à savoir son suivisme — très problématique — à l’égard du conciliabule Vatican II. Toutefois, quelques nuances doivent être soulevées, car, même s’il ne fît jamais le constat de la vacance du Siège, l’essentiel de son ouvrage — qui nous intéresse en l’occurrence — est bien antérieur à l’hérésie conciliaire et, sous ce rapport, peut tout à fait être recevable pour peu qu’il ne consistait à assujettir la foi à l’esprit du monde. Dans un contexte encore marqué par la tradition, cet homme fut l’instituteur des humanités numériques, et fit ses premiers pas en produisant un index exhaustif des œuvres de saint Thomas d’Aquin — un corpus de plus de 11 millions de mots en latin médiéval. Ce travail, qu’il aurait mis une vie entière à faire manuellement, l’amène à collaborer avec IBM dès 1949. Grâce à cette collaboration, il lance le projet Index Thomisticus, considéré comme le premier grand projet d’informatisation des textes. Utilisant les premiers ordinateurs pour analyser la langue, classer les mots et créer des concordances, Busa devient le premier chercheur à appliquer le traitement informatique à un corpus textuel de cette envergure. Son rapport à la modernité était instrumental, non idéologique. Il ne cherchait pas à changer la foi, mais à servir la recherche théologique avec des moyens nouveaux. Busa défendait une collaboration active entre foi et technique, convaincu que l’intelligence artificielle et l’analyse linguistique pouvaient contribuer à l’approfondissement de la foi, en rendant les textes plus accessibles et leur structure plus intelligible. ᛟ Conclusion
Subséquemment des précédents arguments, il en ressort ce qui suit : La science moderne ne doit absolument rien au philanthropisme délirant. Toutes les implications innovantes qui minent nos sociétés présentes se dégagent initialement de l’esprit fécond de maints religieux qui revisitèrent les sciences humaines et naturelles à l’aune des principes formalisés par le meilleur Docteur de l’Église ayant ouvert la brèche à une époque en pleine sève où l’on disposait de fonds suffisamment riches pour pousser la réflexivité et accéder à la connaissance humaine la plus élevée.
La technicité — qui est neutre, et même nécessaire en soi (même si elle change considérablement la vie au quotidien !) — n’est rendue funeste que par l’utilisation dépravée dont elle est sujette, en choyant sous la coupe de multinationales sans vergogne, lesquelles la dénaturent en la redirigeant vers le profit, la rentabilité, la domination des marchés, l’optimisation des ressources humaines, dans un monde concurrentiel où prime l’hédonisme — au détriment de l’élan spirituel de l’Homme.
Telle est la raison pour laquelle il nous incombe de reprendre possession de cet héritage, afin d’enrayer la machine, de le soustraire de toute tentation prométhéenne, contre tous ces savants auto-proclamés en carton-pâte proliférant à la tête de l’enseignement supérieur, tous ces boomers infâmes gagnés aux chimères transhumanistes, tous ces gauchistes ingrats qui jouissent par-dessus tout de cette modernité factice — travestie par les contorsions dialectiques de l’esprit judaïque et ses concupiscences cosmopolitiques et techno-morphiques — mais en crachant dans la soupe avec une hardiesse sans équivalent ; celle dont nos pères, inspirés par le flamboiement de la sagesse christique — seule vraie lumière à rebours de l’anthropocentrisme libéral —, sont les instigateurs.Pour renouveler notre principe au sujet du modernisme réactionnaire :
« C’est un trait caractéristique de notre époque matérialiste que notre enseignement se tourne toujours plus exclusivement vers les disciplines utilitaires : mathématiques, physique, chimie, etc. Certes, ces connaissances sont utiles à une époque où règnent la technique et la chimie, et où la vie quotidienne en fournit les preuves les plus évidentes. Il y aurait pourtant danger à ce que la culture générale d’une nation repose toujours exclusivement sur elles.
Au contraire, cette culture doit toujours tenir compte d’un idéal. Elle doit avoir pour base les « humanités » et fournir seulement les points de départ nécessaires plus tard pour une culture professionnelle plus développée. Sinon l’on fait bon marché de forces qui auront toujours plus d’importance pour l’existence de la nation que toutes connaissances techniques et autres.
En particulier, l’enseignement de l’histoire ne doit pas délaisser l’étude de l’antiquité. L’histoire romaine, si on en possède exactement les grandes lignes, sera toujours le meilleur guide pour le temps présent et pour tous les temps. Nous devons conserver aussi dans toute sa beauté l’idéal grec de civilisation. […]
Il faut faire une distinction très nette entre la culture générale et les connaissances professionnelles. Celles-ci menacent précisément de nos jours de plus en plus de tomber au service du seul Mammon, et la culture générale doit être conservée pour leur faire contre-poids, par son caractère plus idéaliste.
Il faut ici encore s’imprégner profondément de ce principe qu’industrie et technique, commerce et métiers ne sont florissants qu’aussi longtemps qu’une communauté nationale, soutenue par un idéal, leur assure les conditions préalables et nécessaires de développement. Ces conditions ne dépendent pas d’un égoïsme attaché à la matière, mais d’un esprit de sacrifice qui trouve satisfaction dans le renoncement. »
— Adolf Hitler, Mein Kampf, p.221Articles similaires :
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