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Publié le par Florian Rouanet
Résumé introductif :
Le docteur angélique, canonisé en 1323 par le Jean XXII, ne fut pas toujours reconnu comme le maître incontesté de la théologie catholique. Condamné par certains milieux cléricaux avant sa canonisation, il fut ensuite célébré par l’Église universelle, notamment dans l’encyclique Studiorum Ducem de Pie XI. Ce texte, à l’occasion du sixième centenaire de sa canonisation, le consacre comme modèle de science et de vertu pour toutes les générations.
Sommaire :
I. Saint Thomas d’Aquin face aux oppositions cléricales avant sa canonisation
II. Saint Albert le Grand et son Influence sur saint Thomas d’Aquin
III. Saint Thomas d’Aquin : modèle éternel de sagesse et de vertu
I. Saint Thomas d’Aquin face aux oppositions cléricales avant sa canonisation
Avant d’être reconnu comme un modèle indépassable de sagesse théologique et canonisé le 18 juillet 1323 par le Pape Jean XXII, saint Thomas d’Aquin fut en effet l’objet de condamnations et de méfiances dans certains milieux ecclésiastiques.
Dès 1277, seulement trois ans après sa mort, l’archevêque de Paris, Étienne Tempier, publia une condamnation de propositions philosophiques et théologiques, dont certaines étaient tirées des écrits thomistes. Ces condamnations visaient notamment l’usage de la philosophie aristotélicienne dans la théologie et une présumée tendance à limiter la toute-puissance divine, notamment par le fait de donner sa place à la raison humaine.
Tempier, appuyé par la faculté de théologie de Paris (la Sorbonne), considérait certaines thèses comme dangereuses pour la foi.
« En interdisant ces propositions, l’archevêque entendait préserver la foi chrétienne de toute confusion avec les philosophies païennes, suspectant saint Thomas d’Aquin d’une trop grande faveur pour la philosophie d’Aristote. »
(Actes de la condamnation de 1277, Paris).Cette condamnation fut suivie par des critiques similaires dans d’autres cercles universitaires, notamment chez les clercs conservateurs qui rejetaient l’idée d’une harmonisation entre la raison humaine et la Révélation divine.
Cependant, avec le temps, les écrits de saint Thomas furent réexaminés et sa doctrine reconnue comme un équilibre parfait entre foi et raison. Comme l’écrira Pie XI dans Studiorum Ducem :
« Ce que les hommes de son temps n’avaient pas compris ou avaient mal interprété, les générations suivantes l’ont vu avec clarté : que le Docteur angélique n’avait rien introduit qui ne fût en parfaite conformité avec la foi catholique. »
Pie XI, Studiorum Ducem (1923), le 29 juin 1923 – Hommage du 6e centenaire de la canonisation de saint Thomas d’Aquin.
II. Saint Albert le Grand et son Influence sur saint Thomas d’Aquin
Saint Thomas d’Aquin (1225-1274) a été formé par Saint Albert le Grand (1200-1280), l’un des plus grands savants de l’époque médievale, à l’Université de Paris et plus tard à Cologne. Sous la direction de Saint Albert, Thomas a approfondi l’étude de la théologie et de la philosophie, notamment à travers l’intégration des œuvres d’Aristote dans la pensée chrétienne. Albert, reconnu pour son érudition et sa défense de l’alliance entre foi et raison, a joué un rôle décisif dans le développement intellectuel de son élève. Canonisé en 1931, Saint Albert le Grand est également honoré comme Docteur de l’Église et saint patron des scientifiques, soulignant son immense contribution à la pensée médiévale et chrétienne.
Et en effet, si les Orientaux ont été au départ davantage « rationnel », par exemple avec Avèroes, la tendance au « naturalisme » et au « surnaturalisme » c’est inversé vers ce XIIIe siècle entre Orient et Occident/Europe.
Tout le raisonnement était déjà présent chez lui.
Foi et raison, nature et grâce, et sience par saint Albert le Grand :« La raison est donnée à l’homme pour qu’il puisse contempler Dieu dans ses œuvres, car à travers elles, nous parvenons à une connaissance de son Créateur. »
De Natura et Origine Animae, chap.« La philosophie cherche la vérité dans l’ordre naturel, la théologie dans l’ordre surnaturel, mais toutes deux viennent de la même source, Dieu. »
Summa de Creaturis, I, Q.« La nature est ordonnée à la grâce, comme l’imparfait au parfait. Ce que la raison peut atteindre par ses propres forces n’est que le seuil du divin. »
Super Ethica, Lib. II, Tract. III, cap.« La foi ne doit pas craindre la raison, car toute vérité, qu’elle soit naturelle ou révélée, trouve son origine en Dieu. »
De Bono, Q.3, a.5.« Ce qui appartient aux sciences naturelles doit être traité selon des causes propres aux choses de la nature. »
(De Mineralibus, Lib. II, Tract. I, cap. 1).
Saint Albert le Grand
III. Modèle éternel de sagesse et de vertu
Autres extraits choisis, beaux et percutants, de l’encyclique Studiorum Ducem :
« Cette union de la doctrine et de la piété, de la science et de la vertu, de la vérité et de la charité, nous la trouvons réalisée à un degré tout à fait exceptionnel chez le Docteur angélique. »
« Dans les écoles catholiques, saint Thomas doit être tenu comme le maître principal. Lui seul, surtout pour l’enseignement de la théologie, a occupé et conserve une autorité si pleine et si universelle qu’il est tenu pour le maître par excellence. »
« C’est qu’en effet, le Docteur angélique a su pénétrer si profondément et développer si harmonieusement les principes fondamentaux de la Révélation divine que sa doctrine reste un rempart invincible de la foi et une arme puissante contre toutes les erreurs. »
« La pratique des vertus prépare à la contemplation de la vérité, et comment à son tour la méditation approfondie de la vérité donne à la vertu son éclat et sa perfection. »
« Ce que saint Thomas a reçu de la divine Providence, il l’a transmis à son tour à l’Église tout entière, éclairant par sa science sublime tous les âges à venir. »
« Nous exhortons donc tous les fidèles du Christ, mais tout spécialement ceux qui s’adonnent aux études sacrées, à s’inspirer des exemples et des enseignements de saint Thomas d’Aquin. »
Pie XI, Studiorum Ducem (1923).Encyclique complète sur La porte latine
Clôture
Par ces mots, et à la suite de Léon XIII dans Æterni Patris – réactivant le thomisme sombrant dans l’oubli après la Révolution française -, Pie XI rend hommage au Docteur commun dont l’autorité et l’enseignement restent, pour l’Église, des piliers inébranlables pour l’étude et la défense de la foi catholique.
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