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Publié le par Florian Rouanet
Ou l'homme raisonné à la lumière de l'Evangile.
Résumé
L’Aquinate, successeur catholique du Stagirites et figure centrale de la scolastique médiévale, a conçu une philosophie synthétisant la pensée aristotélicienne et la théologie chrétienne.
Ses concepts fondamentaux, comme le principe de non-contradiction, l’unicité du corps et de l’âme, ou la distinction entre essence et existence, ont marqué profondément la métaphysique, la morale et la politique chrétienne.
À travers une approche ordonnée et hiérarchique, il a posé les bases d’une philosophie du bien commun, de la hiérarchie, de la loi et des vertus.
Sommaire
I. Le principe de non-contradiction
II. Le bien commun et la négation du bien
III. Raison, nature et foi en société chrétienne
IV. L’unicité du corps et de l’âme
V. Matière et forme, puissance et acte
VI. Univocité et équivocité
VII. La double finalité : bien commun et principe de totalité
VIII. La cité chrétienne : monarchie, aristocratie et peuple
IX. Causes premières et secondes
X. Les lois et les vertus : une articulation morale et politique
XI. Essence et existence
XII. Les cinq preuves de l’existence de Dieu
XIII. Les quatre types de lois
XIV. Le rôle des vertus théologales et cardinales
I. Le principe de non-contradiction
Le principe de non-contradiction, hérité d’Aristote et systématisé par saint Thomas, affirme la chose suivante : « une chose ne peut être et ne pas être en même temps et sous le même rapport ». Cela fonde la logique et toute réflexion rationnelle.
Extrait :
« Il est impossible qu’une chose soit affirmée et niée en même temps, car la contradiction détruit toute vérité. »
Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils, I, 7.
Voilà qui détruit nombre de fausse doctrine, à commencer par la galimatias rabbinique, rabique et talmudique !
II. Le bien commun et la négation du bien
Le dominicain identifie le bien comme ce qui est désirable en soi et comme fin ultime des actions. L’absence de bien, en revanche, ne constitue pas une entité propre, mais une privation, un manque. Le bien commun transcende les intérêts individuels.
Extrait :
« Le bien, en tant qu’il est ce que tous désirent, est également ce par quoi la société atteint sa perfection. »
Thomas d’Aquin, Somme théologique, I-II, q.90, a.2.
Voilà qui ruine entre autres les conceptions biaisées du complotisme, ce dernier étant toujours attiré par l’unique action du Mal, lui donnant plus d’importance qu’il n’en a.
III. Raison, nature et foi en société chrétienne
La foi n’annule pas la raison, mais l’élève. La nature fournit les fondements nécessaires pour comprendre la société humaine, et la grâce divine la couronne en orientant l’homme vers sa fin ultime, Dieu.
Extrait :
« La grâce ne détruit pas la nature, mais la perfectionne. »
Thomas d’Aquin, Somme théologique, I, q.1, a.8.
Il y a toute une litanie thomiste en ce sens, qui annule la fausseté du surnaturalisme, dénoncé par exemple par le cardinal Pie, les Papes Léon XIII et Pie XII. Le thème suivant remet un coup :
IV. L’unicité du corps et de l’âme
Saint Thomas rejette tout dualisme entre le corps et l’âme, qu’il considère comme une seule substance. L’âme est la forme du corps, et ensemble, ils constituent une unité substantielle.
Extrait :
« L’âme est la forme du corps en ce sens qu’elle lui donne l’être et la vie. »
Thomas d’Aquin, De ente et essentia, ch.1.
V. Matière et forme, puissance et acte
La matière et la forme sont les principes premiers des choses corporelles : la matière est ce dont une chose est faite, et la forme ce qui lui donne son identité. De même, la puissance est l’aptitude à recevoir une perfection, et l’acte la réalisation de cette perfection.
Extrait :
« Tout ce qui passe de la puissance à l’acte doit avoir une cause. »
Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils, I, 13.
Ce principe est essentiel pour comprendre la nature des choses, encore faut-il bien le saisir et l’utiliser dans le cadre qu’il comprend.
VI. Univocité et équivocité
Le « docteur commun » rejette l’univocité absolue et l’équivocité totale pour défendre une analogie entre Dieu et les créatures.
Les termes employés pour Dieu et l’homme sont analogiques, reflétant une similitude dans la différence.
Extrait :
« Le même mot peut être dit de Dieu et des créatures, non pas dans le même sens, mais selon une analogie de proportion. »
Thomas d’Aquin, Somme théologique, I, q.13, a.5.
Cela, car l’essence des êtres est l’Être, Dieu lui-même.
VII. La double finalité : bien commun et principe de totalité
Le bien commun, selon Thomas, est supérieur au bien particulier, il s’exprime du haut vers le bas, de Dieu vers l’homme et du gouvernement vers la Cité.
Le principe de totalité exige que l’individu serve l’ensemble, tout en respectant les hiérarchies subsidiaires qui structurent la société, en même temps que de lui permettre de s’epanouir.
Extrait :
« L’individu est ordonné à la société comme une partie au tout. »
Thomas d’Aquin, Somme théologique, II-II, q.58, a.7.
VIII. La cité chrétienne : monarchie, aristocratie et peuple
Pour Thomas, la meilleure forme de gouvernement combine monarchie (unité de commandement), aristocratie (sagesse des meilleurs) et démocratie (participation du peuple).
Extrait :
« Le gouvernement doit tendre à l’unité, sans exclure la pluralité des contributions. »
Thomas d’Aquin, De regno, I, 6.
IX. Causes premières et secondes
Dieu est la cause première de tout être. Les causes secondes, elles, sont les instruments par lesquels Dieu agit dans le monde. Nous remontons ainsi à la Cause des causes !
Extrait :
« La cause première agit directement sur les causes secondes, les maintenant dans leur pouvoir. »
Thomas d’Aquin, Somme théologique, I, q.105, a.5.
X. Les lois et les vertus : une articulation morale et politique
Les bonnes lois dirigent les hommes vers le bien commun en les formant à la vertu. La loi des hommes, pour être juste et légitime, doit être conforme à la loi naturelle et à la loi éternelle.
Extrait :
« Une loi qui ne se conforme pas à la raison droite n’est pas une loi, mais une corruption de la loi. »
Thomas d’Aquin, Somme théologique, I-II, q.95, a.2.
Ainsi, une loi comme la permissivité de l’avortement est une non-loi, elle n’a pas pour objet le Bien de la vie devant Dieu.
XI. Essence et existence
Thomas distingue l’essence (ce qu’une chose est) et l’existence (le fait qu’elle est).
• Essence sans existence :
L’idée d’une statue peut exister dans l’esprit du sculpteur. Son essence est donc déterminée, mais elle n’existe pas encore dans la réalité. Elle n’a pas encore reçu l’acte d’exister.
•Essence avec existence :
Lorsque le sculpteur travaille le marbre et crée la statue, il donne à cette essence (la forme imaginée) l’existence dans le monde réel. Cela illustre la distinction que fait saint Thomas : l’existence est un acte ajouté à l’essence pour qu’une chose passe de la potentialité à l’actualité.
Cette distinction s’applique aux créatures et non à Dieu, en qui essence et existence coïncident.
Extrait :
« Dans tout ce qui est composé, l’existence est distincte de l’essence. »
Thomas d’Aquin, De ente et essentia, ch.4.
XII. Les cinq preuves de l’existence de Dieu
1.Mouvement : Tout ce qui est en mouvement suppose un moteur.
2.Causalité : Tout effet a une cause, et on remonte à une cause première.
3.Contingence : Les êtres contingents (accidentels, les hommes) nécessitent un être nécessaire (Dieu).
4.Degrés de perfection : Le bien suppose un être parfaitement bon.
5.Finalité : L’ordre du monde suppose une intelligence ordonnatrice.
Extrait :
« Ce que nous appelons Dieu est ce vers quoi tend toute chose. »
Thomas d’Aquin, Somme théologique, I, q.2, a.3.
XIII. Les quatre types de lois
1.Loi éternelle : Le plan divin de gouvernement de l’univers.
2.Loi naturelle : Participation de la loi éternelle par la raison humaine.
3.Loi humaine : Application concrète de la loi naturelle.
4.Loi divine : Révélation complétant les limites de la raison humaine.
Extrait :
« La loi éternelle est la source et la règle de toutes les autres lois. »
Thomas d’Aquin, Somme théologique, I-II, q.91, a.1.
« La loi naturelle n’est rien d’autre qu’une participation de la créature raisonnable à la loi éternelle. »
(Somme théologique, I-II, q.91, a.2)
3. Loi humaine
« Les lois humaines ne tirent leur force de loi que dans la mesure où elles sont conformes à la loi naturelle. »
(Somme théologique, I-II, q.95, a.2)
4. Loi divine
« La loi divine a été donnée pour conduire l’homme vers une fin supérieure à ses capacités naturelles. »
(Somme théologique, I-II, q.91, a.4)
XIV. Le rôle des vertus théologales et cardinales
Saint Thomas distingue deux catégories de vertus :
•Les vertus théologales (foi, espérance, charité) orientent l’homme vers Dieu, sa fin ultime.
•Les vertus cardinales (prudence, justice, force, tempérance) permettent de bien agir dans la vie terrestre.
Extrait :
« Les vertus cardinales perfectionnent l’homme dans ses actions humaines ; les vertus théologales le dirigent vers le bien divin. »
Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, II-II, q.23, a.1.
Ces concepts illustrent la rigueur de saint Thomas d’Aquin et son souci de concilier foi, raison et réalité concrète. Pour approfondir ces thèmes, vous pourriez consulter directement ses œuvres principales, comme la Somme théologique, la Somme contre les Gentils et le De regno.
Importance des bonnes Lois et de la « Vertu populaire » – Thomisme
Les citations référencées de la conférence sur « les formes gouvernementales »
Matière et Forme 1/2 – Essence, puissance/acte, État/peuple, homme/femme

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