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Publié le par Florian Rouanet
Autorité et démocratie organique (politie aristotélo-thomiste) en perspective !
Sommaire :
1. Les lois et la vertu : fondements d’une société juste
2. La gradation des responsabilités et l’Idée de Politeia
3. Les principes avant les princes (la Sainte Ligue comme exemple historique et nationaliste)+ Tyrannicide
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Introduction
Bien que théologien, la philosophie politique de saint Thomas d’Aquin, imprégnée de réalisme antique et surtout de sagesse chrétienne, met en lumière l’importance des lois pour orienter la société vers la vertu.
Dans une société bien ordonnée, les lois sont un instrument clef pour guider les citoyens. Cependant, lorsque ces lois sont déficientes et immorales (immigrationisme, métissage, avortement, euthanasie etc.), la vertu des individus devient le dernier rempart, subsidiairement, pour préserver un certain ordre et une certaine justice. À travers cette réflexion, nous explorerons le rôle des lois, la gradation des responsabilités dans la Cité, et le devoir de défense de la foi incarné par des mouvements historiques comme la Sainte Ligue.
1. Les lois et la vertu : fondements d’une société juste
Saint Thomas d’Aquin enseigne que les lois humaines, lorsqu’elles sont conformes à la loi naturelle et divine, sont indispensables pour orienter les hommes vers la vertu. Dans la Somme théologique (Ia-IIae, q. 90-97), il explique que la loi est ordonnée au Bien commun, et qu’elle agit comme un pédagogue, incitant les « citoyens » à pratiquer les vertus.
Une loi juste ne se contente pas de réprimer les vices : elle élève les hommes à des comportements vertueux et responsables.
Et l’Aquinate rappelle que les hommes vertueux sont capables de discerner le bien et le mal indépendamment des lois, en s’appuyant sur leur conscience éclairée. Ainsi, un peuple vertueux est plus apte à se « gouverner lui-même » (cela a évidement des limites, surtout pour les grandes sociétés !), car la vertu garantit l’ordre intérieur et la cohésion sociale.
Sans lois justes, les institutions vacillent, mais une société où les vertus sont enracinées dans les âmes demeure plus stable. D’où l’importance d’éduquer la population à la vertu, car elle est la clé d’une cité prospère.
Nous visons la vertu car elle mène au bonheur et à la félicité éternelle :
« La loi humaine a pour but de rendre les hommes vertueux. […] Toute loi instituée a pour but de conduire les hommes à la vertu. Ainsi, la loi est une règle et une mesure des actes humains. »
(Somme théologique, I-II, q. 92, a. 1)Car une loi qui ne poursuit pas ces objectifs n’est pas véritablement une loi mais une “corruption de la loi” (corruptio legis).
Ainsi, une loi foncièrement mauvaise ne se légitime pas en elle-même, elle est à proprement parlé pas une loi, et c’est en cela que l’on est point « désobéissant » en ne la suivant pas !
Chapitre à compléter avec : Thomisme : le principe de totalité, ou le Bien commun
2. La gradation des responsabilités et l’idée de Politeia
« La justice d’un régime politique réside dans le fait que chaque partie du corps politique accomplit sa fonction propre pour le bien de la communauté tout entière. Ainsi, un bon gouvernement est celui où les fonctions sont distribuées en fonction des mérites, et où les chefs gouvernent selon la raison. »
(De Regno, I, 15)Dans une cité restreinte, où les responsabilités sont partagées, saint Thomas reconnaît la possibilité d’un gouvernement plus participatif, ce que la tradition aristotélicienne appelle la politeia. Cette forme de gouvernance, proche d’une démocratie encadrée, repose sur la participation des citoyens vertueux à la gestion des affaires publiques.
Toutefois, la meilleur forme de régime comprend trois volets avec le monarque (chef unique), l’aristocratie (les meilleurs, l’élite) et le peuple. De plus, cette forme de régime dit « démocratique » n’est viable que dans des communautés de petite taille, où les membres se connaissent et partagent des valeurs communes (cependant, la citée intellectuelle d’Athènes était moins forte que Sparte !).
Tout en privilégiant la monarchie comme forme idéale de gouvernement, il est tout à fait possible d’admettre que, dans des cités plus petites et homogènes, un transfert de responsabilités vers le peuple peut renforcer la justice et la cohésion sociale.
Cette vision repose sur une confiance prudente envers les citoyens : plus ils sont vertueux et éduqués, plus ils peuvent assumer des responsabilités, notamment dans la gestion de la cité. Mais sans cette vertu, la participation démocratique risque de dégénérer en désordre, voire en tyrannie de la majorité.
La « politie » ou sa perversion démocratique par Louis Le Carpentier
3. Les principes avant les princes : la Sainte Ligue comme exemple historique nationaliste
L’histoire de France illustre à plusieurs reprises la tension entre la fidélité aux principes catholiques et l’obéissance aux chefs d’État.
La Sainte Ligue, mouvement politico-religieux du XVIe siècle mené par les Guise, a incarné cette résistance, que nous estimons bonne et légitime, au nom de la défense de la foi et de l’Église.
La Ligue soutenait que, si le roi de France – pourtant investi d’une autorité sacrée – trahissait les engagements catholiques, il revenait aux nobles et au peuple de protéger la foi dans la Cité. Ce principe, résumé par l’adage « les principes avant les princes », justifie l’opposition au roi (Henri III en particulier), lorsque celui-ci s’écarte des fondements chrétiens de la monarchie.
Cette perspective rejoint la pensée thomiste : l’autorité politique tire sa légitimité de son orientation vers le bien commun et la justice divine. Si elle s’en éloigne, il devient licite de s’y opposer pour préserver la foi et l’ordre moral. En ce sens, la Sainte Ligue a assumé une responsabilité qu’un roi défaillant ne remplissait plus, en se plaçant à la fois comme protectrice du peuple et de l’aristocratie.
Manifeste politico-religieux de la Ligue catholique

Tyrannicide prudent & Conclusion
Enfin, la scolastique thomiste va jusqu’à légitimer le tyrannicide, dans certains cas, c’est-à-dire tant que l’on trouve une meilleure alternative au tyran :
« Si donc il n’y a pas moyen de procurer la liberté publique autrement qu’en tuant le tyran, celui qui le tue mérite les louanges et les récompenses de la part du peuple, car il délivre ce dernier. »
(De Regno, I, 6)« Il est parfois plus nuisible de renverser le tyran que de le tolérer, car les discordes qui en résultent peuvent être encore plus destructrices que sa tyrannie. »
(De Regno, I, 7)Une cité juste repose sur l’équilibre entre une législation conforme au bien commun et des citoyens formés à la vertu.
Personnalisme contre Bien commun

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