• Science holiste, suite et fin – Roberto Fondi



    Révolution organiciste, pour un holisme d’avenir !

  • Cet article est le dernier d’une série à propos de la Révolution organiciste,
    dont voici les précédentes publications, dans l’ordre décroissant :

    Nos pensées organiques et scientifiquesDarwinisme, créationnisme & holisme par R. FondiNouveau né et Systema Naturae par R. FondiLa révolution organiciste par R. FondiPensées organiques et scientifiques par l’introduction de Giovanni Monastra

    TABLE :

    Introduction
    I. Science, scientisme et vision traditionnelle du monde
    II. Le dépassement du mécanisme
    III. Dopo Darwin et la critique de l’évolutionnisme
    IV. La complémentarité ADN-protéines et organisme-milieu
    V. Les formes de la vie
    VI. Le faux problème de la phylogenèse
    VII. Le paradigme alternatif
    VIII. Les racines du monde matériel
    IX. Epistémologie de la physique moderne
    X. Des failles dans l’édifice néodarwinien
    XI. Le «créationnisme»
    XII. Vers une taxologie du Systema Naturae Chronologie de la Terre, avec indication des ères et des époques géologiques
    Index des noms cités

    Les racines du monde matériel :

    p179

    Le contact cerveau-papille tactile-bureau est fondamentalement identique au contact cerveau-œil-rayon de lumière-bureau. Et ceci est très impor-tant. Nous sommes constamment dans une relation étroite avec le milieu extérieur à travers des moyens matériels. Une partie de ces moyens compose notre corps, une autre partie le monde extérieur. Nous parvenons réellement jusqu’à l’endroit où notre corps établit un contact conscient avec les choses. Et de plus, nous avons élargi notre corps grâce aux instruments technico-scientifiques (microscopes, télescopes, cyclotrons, etc.).

    Toute la «civilisation technologique» n’est que le renforcement de notre corps et de nos sens poussé jusqu’à l’exaspération, et c’est pourquoi, de ce point de vue, elle peut légitimement être qualifiée de «titanique».

    p.180

    Ce qui réclame un autre gros effort d’imagination, c’est de penser tous ces systèmes simultanément, dans leur totalité dynamique, afin de comprendre que chaque système n’acquiert de réalité qu’en tant qu’il inter. agit avec tous les autres. Les différents corps que nous voyons et observons

    – tant du macrocosme que du microcosme – ne seraient, en somme, que des espèces de «nœuds d’interférence» sur certains points précis de l’espace-temps ou chronotope, de cet enchevêtrement complexe de relations : nœuds d’interférence qui se manifestent avec des caractéristiques différentes selon le point d’observation que nous choisissons dans l’échelle des grandeurs.

    Ainsi, par exemple, à partir de l’échelle des grandeurs de notre corps et en descendant, nous tombons sur les molécules, les atomes et les particules subatomiques. Avec nos sens – et donc avec tout notre corps – nous ne percevons pas directement les objets, nous percevons les «mouvements» qui constituent les objets.

    Fatalité (déterminisme) et libre-arbitre :

    De même que l’histoire de l’humanité passée et présente a été ce qu’elle a été et est ce qu’elle est, mais aurait pu aussi – dans le cadre du «nuage de probabilités» des comportements permis à la nature humaine – être différente (il suffit de penser, pour ne donner qu’un exemple, combien aurait été différente la situation de l’Europe actuelle si Xerxès, Darius, Hannibal, Napoléon ou Hitler avaient gagné la guerre !), de même le futur doit être considéré comme réel et existant, non en tant que série d’événements particuliers et bien précis, mais seulement comme «nuage de probabilités d’occasions» inscrit dans le chronotope et étroitement dépendant de la structure naturelle de ce «nuage», mais aussi d’actions qui se sont vérifiées dans le passé et qui se vérifient dans le présent?.

    On doit conclure de ce qui précède que l’idée traditionnelle d’une loi universelle présidant à l’ordre cosmique (le fatum des Romains, le rta des Indo-Aryens, etc.) n’annule pas du tout la notion de liberté, mais permet au contraire des facultés de choix et des possibilités d’actions différentes.

    De même que les règles bien précises d’un jeu n’interdisent pas à chaque joueur d’exprimer toute son habileté, son intelligence et sa personnalité, de même le fait de vivre au sein d’un organisme n’exclut pas l’autonomie des différentes parties qui le composent. Celles-ci, en effet, peuvent rente plir plus ou moins bien leur fonction naturelle et, à la limite, peuvent même en arriver à se «révolter» contre les règles de l’organisme, au point de le détruire. Mais alors elles se détruisent aussi elles-mêmes, comme dans le cas des cellules cancéreuses chez les êtres vivants.

    Expérience déterministe :

    Les structures des systèmes passés influenceraient les systèmes semblables successifs par une action cumulative qui serait capable de «sauter» des parties d’espace et des périodes de temps très importantes. En somme, l’organisation des systèmes actuels s’expliquerait par le simple fait qu’il existait dans le passé des systèmes semblables’.

    Selon Sheldrake, on peut deduire de cette hypothese un certain nombre de prévisions susceptibles d’être contrôlées sur le plan expérimental. Un seul exemple suffira. Si un animal – disons une souris de laboratoire – parvient à apprendre un nouveau type de comportement, on notera ensuite la tendance, chez chaque souris de laboratoire, a apprendre plus jacile-ment le même type de comportement. On peut même dire que, plus grand sera le nombre de souris qui parviendront à apprendre ce comportement, et plus il sera facile, pour chaque souris qui viendra ensuite, de l’acquérir rapidement. Et ce abstraction faite du lieu et du moment où ces souris devront l’acquérir. (…)

    A ces observations, Fantapple aurait repondu en faisant la même objection qu’au schéma deterministe des phenomènes : «Comment des systèmes passés, qui n’existent plus, peuvent-ils exercer une influence ‘en avant’ dans le temps ?» Et j’imagine que Costa de Beauregard aurait lui aussi bien des choses à objecter.

    Il me semble en effet que la construction théorique de Sheldrake est invalidée surtout par cette erreur fondamentale. Il n’y a aucun obstacle qui empêche d’admettre la possibilité d’actions «diachroniques», qui se vérifient donc à distance dans le temps et sans liaisons intermédiaires, puisque la physique quantique, nous l’avons vu, nous permet tranquillement de le faire avec son principe de non-séparabilité. Mais ce qui ne me convainc pas, c’est l’affirmation de Sheldrake selon laquelle ces actions doivent se dérouler dans une seule direction depuis le passé et manifestent des caractéristiques cumulatives, en se renforçant progressivement au cours du temps dans tous leurs effets. De toute façon, puisque son hypothese a le mérite de pouvoir être testée sur le plan expérimental, il est préférable d’attendre les résultats d’un nombre convenable d’expériences, avant de se prononcer plus clairement sur elle.

    Lesdites vérités scientifiques :

    Toraldo fait en effet remarquer que le concept de réalité prend des sens différents selon les moments traversés par l’histoire de la pensée scientifi-que. C’est donc un concept foncièrement instable et incertain, inexorablement destiné à changer de valeur selon les théories grâce auxquelles nous nous efforcons d’ordonner rationnellement tout ce que nous percevons.

    Alors qu’à l’époque de Newton, par exemple, étaient réputés réels la sépa-rabilité de la matière et le caractère absolu du temps et de l’espace, nous considérons aujourd’hui comme réelles la non-séparabilité de la matière et la relativité de l’espace et du temps. Mais si, au-delà de toute construction théorique possible, il y a vraiment un monde réel, si celui-ci, à supposer qu’il existe, est ordonné ou chaotique – ce sont là des questions, précise Toraldo, qui «n’intéressent guère» les scientifiques.

    Selon Jauch, en somme, la théorie copernicienne ne pourrait pas être considé rée comme «plus vraie» ou «plus réelle», dans l’absolu, que la théorie ptolémai-que. Etant donné la valeur relative des théories, nous pourrions même soutenir le contraire. Puisqu’un même ensemble de phénomènes peut, en règle générale, être expliqué de manière egalement satisfaisante par des constructions théoriques très différentes, et même opposées entre elles, on serait autorisé à en conclure que ces théories, bien qu’elles énoncent des choses très diverses et même contraires, peuvent toutes être réputées «vraies».

    et un seul exemple suffira à ce sujet. Comme l’a démontré Einstein, un homme enfermé dans une cabine sans fenêtres qui se sentirait tout à coup poussé vers l’une des parois de la cabine pourrait imputer le phénomène soit à un mouvement de la cabine, soit à l’action d’une quelconque masse gravitationnelle agissant de l’extérieur sur la cabine immobile; et les deux interprétations seraient également valables. Puisque la masse gravitationnelle et la masse inertielle sont exactement proportionnelles dans tous les corps materiels, on pourrait construire une theo-rie générale de la relativité qui comprendrait tous les types de mouvement accéléré en les combinant opportunément avec les forces de la gravitation.

    Selon cette théorie, on pourrait alors très bien prendre en considération une description de l’univers avec la Terre immobile : elle serait tout aussi valable et adhérerait tout autant aux phénomènes que n’importe quelle autre théorie, celle de Copernic par exemple. Certes, une description de type copernicien serait incontestablement beaucoup plus simple à utiliser qu’une description de type ptolémaïque; mais dans ce cas, serait-il juste de voir dans la simplicité un critère suffisant pour garantir la réalité d’un phénomène ?

    Déclarer qu’on reste indifférent devant la question de savoir si le monde existe vraiment ou non, cela représente à mon avis une forme de nihilisme culturel qui correspond tout à fait à celui de la philosophie analytique «interne». Cette attitude peut fort bien être adoptée par certains scientifiques qui – pleinement satisfaits dans leur domaine – ont décidé de s’enfermer dans une tour d’ivoire; mais elle ne sera certainement pas adoptée par ceux qui, avant d’être des scientifiques – ou des philosophes, ou encore des artisans, des commerçants, des ouvriers, des chômeurs – se sentent tout d’abord des hommes.

    Holisme, passe présent avenir :

    Passons maintenant à la direction de recherche fondamentaliste de Costa de Beauregard.

    Selon elle, dite «fondamentaliste» parce qu’hostile à l’interprétation «pragmatiste» de l’Ecole de Copenhague, Bohm comme Einstein avaient raison à l’époque de leur controverse : le premier, parce qu’il estimait que les phénomènes microphysiques dépendent étroitement du contexte de l’opération d’observation et de mesure ; le second, parce qu’il refusait l’idée que ces mêmes phénomènes ne sont pas produits par des causes précises, si cachées soient-elles. En effet, la seule variable cachée qu’il faudrait prendre en considération serait de type temporel et résiderait dans les solutions des potentiels anticipés, ressortant – avec celles des potentiels retardés – des équations de la mécanique quantique. Cette dernière serait donc actuellement une théorie incomplète, car n’envisageant pas la part future du réel, représentée précisément par les potentiels «rétroactifs».

    Si l’on admet l’existence des potentiels anticipés – comme l’avait fait Fantappié, avant même Costa de Beauregard -, on se rend compte qu’un processus causal ne peut plus être construit, en règle générale, uniquement

    à partir des données du temps initial, mais doit tenir compte aussi des con. ditions finales. Les notions d’ordre dans le temps comme passé, présent et avenir sont donc directement mises en cause, car passé, présent et ave. nir «existeraient simultanément», tant du point de vue physique que du point de vue mathématique.

    Conséquence immédiate et décisive de tout cela : les propriétés des systè mes microphysiques dépendent directement du contexte d’observation et de mesure avec lequel ils «interagiront» dans l’avenir.


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  • 3 commentaires




    […] matérialiste, remettent en cause, pour la première fois, aussi largement dans l’histoire, l’holisme (logique scientifique, aristotélo-thomiste) du monde antique et médiéval, dans ce qu’ils […]


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    […] Science holiste, suite et fin – Roberto Fondi […]


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    […] la diversification des espèces vivantes par sélection naturelle et adaptation progressive. Ses successeurs annuleront ses doutes, tenteront de répondre à ses questionnements.— […]


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