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Publié le par Florian Rouanet
Un certain radicalisme intellectuel français entre MM. Gobineau, Sorel, Péguy, et bien d'autres, ont, en effet, influencé les révolutions fascistes voisines
⁂ 𝔄rène du quadrilatère
ℭher lecteur, approchez, le terrain est miné d’idées, hérissé de joutes doctrinales et de pugilats philosophiques.
Nous allons nous hasarder dans ce champ clos où se croisent deux figures jumelles mais non identiques : le national-socialisme et le fascisme — non pas tels qu’on les rabâche dans des manuels indigents, mais tels qu’ils se déclinèrent à la française, parfois à quelques exceptions prêtes de leurs expressions étrangères.
Car c’est bien la France, quoi qu’en disent ses détracteurs, qui inspira de maintes fois ses voisins — Gobineau et de Lapouge pour l’Allemagne, Maurras pour le Portugal salazariste, Sorel pour l’Italie mussolinienne.
Or l’on accuse ici ou là le nationaliste français d’aimer paradoxalement l’étranger : paradoxe éculé ! Ce n’est point trahir que de voir dans d’autres nations catholiques et européennes des semblables et des alliés naturels.
Patrie d’abord oui, mais le patriotisme véritable, ordonné, enraciné, traditionnel, ne consiste point en haine viscérale de l’extérieur, mais au service du Bien commun national — et par conséquent de la grande civilisation commune, matrice indo-européenne et chrétienne, singulièrement catholique.
Dès lors, que le « Jean patriote en carton » se mette en PLS dans son coin. Son objection se fracasse contre l’évidence : admirer les frères européens qui marchèrent, chacun à sa manière, dans une même lutte contre le nihilisme moderne c’est au contraire raviver la conscience que la France, matrice d’idées, universitaire, reste une source pour l’Europe tout entière.
🎙️ Antenna I.O. Vox Frequencia
📽️ 𝔇ocumentation audiovisuelle

☧ 𝔏exique de cogneur
Formons une sémantique tranchante avec cette petite base roborative :
NATIONAL-SOCIALISME : Doctrine mariant la défense nationale et un socialisme corporatiste, distinct du marxisme, afin d’intégrer le travail au corps de la nation. 🔗 CNRTL – national-socialisme
FASCISME : Système politique autoritaire exaltant l’unité nationale, la hiérarchie et l’incorporation organique des classes. 🔗 CNRTL – fascisme
FRANCE : Nation issue d’un long héritage historique, fruit de la romanité, de la chrétienté et des dynasties capétiennes, affirmant son identité politique et culturelle en Europe. 🔗 CNRTL – France
EUROPE : Continent et civilisation, berceau des nations chrétiennes et des cultures classiques, espace historique de peuples enracinés liés par une mémoire commune. 🔗 CNRTL – Europe
☩ 𝔄ncienne école éprouvée
« Chez nous, bien avant l’avènement du national-socialisme, des hommes ont proclamé la haute prééminence du travail et la nécessité d’un système de communauté permettant à leurs membres de collaborer sans hargne, malgré les diversités des professions et des fonctions.
Allons-nous nous refuser d’appliquer les principes français, parce que d’autres nations s’en sont emparées et les ont mis en œuvre avant nous ? »
— Albert Beugras, novembre 1941.
« L’idée nationale-socialiste de la primauté du travail […] fait partie de notre héritage classique. »
— Philippe Pétain, « La politique sociale de l’avenir », Revue des Deux Mondes, 15 septembre 1940, p. 113-117. (JSTOR, OpenEdition)
« Réformisme, révolutionnarisme, centrisme : de cette terminologie, même les échos se sont éteints, tandis que, dans le grand fleuve du fascisme, vous trouverez les filons qui se détachèrent de Sorel, de Lagardelle du Mouvement Socialiste, de Péguy, et de la cohorte des syndicalistes italiens qui, entre 1904 et 1914, apportèrent une note de nouveauté dans le milieu socialiste italien, déjà dévirilisé et chloroformé par la fornication giolittienne, avec les Pagine libere d’Olivetti, La Lupa d’Orano, le Divenire sociale d’Enrico Leone. »
— Benito Mussolini, « La dottrina del fascismo », Enciclopedia Italiana, 1932 (partie « Dottrina politica e sociale ») https://it.wikisource.org/wiki/La_dottrina_del_fascismo
« Je sens depuis des mois que je glisse du nationalisme au catholicisme. C’est que le nationalisme manque d’infini. »
— Maurice Barrès, Mes Cahiers, t. VII, cahier 23 (juin ou 1ᵉʳ juillet 1909), Paris, Plon (La Palatine), 1933, p. 238. (OpenEdition Journals, Bibliothèque Municipale de Grenoble, Emmanuel Godo, SUDOC)
« Le dépassement du nationalisme, seuls les nationalistes peuvent le faire. Car s’il ne se fait pas par eux, il se fera contre eux, et ce sera une catastrophe pour tout le monde. »
— Maurice Bardèche, L’Œuf de Christophe Colomb. Lettre à un sénateur d’Amérique (1951), éd. Les Sept Couleurs, 1951, p. 138.
« La Phalange espagnole des J.O.N.S. n’est pas un mouvement fasciste ; elle a avec le fascisme certaines coïncidences sur des points essentiels de valeur universelle ; mais elle se profile chaque jour davantage avec des caractères particuliers et elle est sûre de trouver précisément par cette voie ses possibilités les plus fécondes. »
— José Antonio Primo de Rivera, « Nota publicada en la prensa española » (19 décembre 1934), in Obras completas (éd. A. del Río, Instituto de Estudios Políticos, 1976) https://www.maalla.es/Libros/Obras%20completas%20de%20JA.pdf (https://www.rumbos.net/ocja/prologo.html)
Σ Plan d’attaque par manche
📕 I. Un national-socialisme à la française
📘 II. Un fascisme à la française
📕 I. Un national-socialisme à la française
C’est en France, paradoxalement ou non, que l’expression même de « national-socialisme » fut forgée par Édouard Drumont dans son journal La Libre Parole dès 1892. Dans ses écrits, tels La fin d’un monde (1889), Drumont dénonçait la ploutocratie et la dissolution des corporations par 1793, vantant la paysannerie, la nation et le catholicisme, et voyant dans le principe de totalité chrétien un modèle de justice sociale.
Ce socialisme n’avait rien de marxiste ; il cherchait à unir patrons et ouvriers au sein d’une communauté nationale.De là, Barrès, dans son discours de Nancy (1896), affirme l’alliance nécessaire du national et du social. Et Maurras, plus tard, en appelait à un véritable socialisme « libéré de l’élément cosmopolite ». Autant de jalons doctrinaux, encore bien antérieurs à la version germanique. Loin d’importer servilement une idéologie, l’Allemagne puisa elle-même dans la sève française.
Ainsi, le national-socialisme français se voulait enraciné, catholique, corporatiste. Il rejetait la lutte des classes, cette hydre judéo-rouge, afin de substituer au conflit une communion française et civilisationnelle !
« Je ne crains jamais d’insister […] sur l’union de l’idée socialiste et de l’idée nationaliste. »
— Maurice Barrès, Scènes et doctrines du nationalisme, Paris, Félix Juven, 1902 (recueil où Barrès reprend son discours du 19 juillet 1896).https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56013884« Nationalisme, […] engendre nécessairement socialisme. Nous définissons le socialisme : l’amélioration matérielle et morale de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. »
— Maurice Barrès, Scènes et doctrines du nationalisme, Paris, Félix Juven, 1902 (formule barrésienne reprise dans ce recueil ; la sentence est aussi donnée par les éditeurs des Romans de l’énergie nationale).https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56013884« Il y a opposition, contradiction à angle droit entre le marxisme égalitaire international et la protection de la Nation et de la Patrie. Mais un socialisme libéré de l’élément démocratique et cosmopolite peut aller au nationalisme comme un gant bien fait à une belle main. »
— Charles Maurras, Dictionnaire politique et critique, article « Socialisme », Paris, Cité des Livres / Fayard, 1931-1933.https://books.google.com/books?id=sqHxAAAAMAAJ« Édouard Drumont employa le premier dans son journal La Libre Parole, en 1892, l’expression ‘national-socialisme’ et dans son œuvre se dessine déjà cette synthèse du national et du social qui va être la grande caractéristique des révolutions nationales du XXe siècle. Il avait fort bien distingué que la Bourgeoisie jacobine de 1793 en détruisant les Corporations avait ‘mis ceux qui n’avaient rien à la merci de ceux qui avaient quelque chose’. » Chez Drumont, la révolte de l’instinct national contre les conséquences de la démocratie libérale-capitaliste se réclamait volontiers d’un socialisme non marxiste qui visait à intégrer profondément le monde du travail à la communauté nationale. Il ne pouvait concevoir et admettre la notion communiste de lutte des classes. »
— Jacques Ploncard d’Assac, Doctrines du nationalisme.
📘 II. Un fascisme à la française
Quant au fascisme, nul besoin de le réduire étroitement à une pâle imitation de Mussolini. Paul Sérant, dans Le romantisme fasciste, a montré combien écrivains et penseurs français — de Drieu à Brasillach — développèrent une voie propre, nourrie de Sorel, de Péguy, du syndicalisme révolutionnaire. Mussolini lui-même — cultivé, connaissant jusque Joseph de Maistre sans en faire son maître ! — reconnaissait dans son Enciclopedia Italiana les apports français qui fécondèrent le fascisme italien.
La France, encore une fois, se fit laboratoire. Si l’Italie donna au monde l’image du faisceau et du Duce, l’inspiration théorique se nourrit des remous intellectuels de notre patrie. Drieu la Rochelle, dans sa quête d’une Europe unie et virile, entrevoyait la nécessité d’un ordre continental. Bardèche, plus tard, enfonça le clou dans L’Œuf de Christophe Colomb, insistant sur l’universalité de ces révolutions nationales.
Le fascisme français — à tout hasard le Francisme de Marcel Bucard d’où vient Pierre Sidos ! —, toutefois, garda son accent propre : une exaltation littéraire, une ferveur spirituelle, et souvent, un lien explicite avec le catholicisme social — Philippe Henriot par exemple. S’il prit des accents étrangers, il demeura marqué du sceau hexagonal également.
« Pour exemple, l’Allemagne national-socialiste s’est référée à Arthur de Gobineau et à Vacher. Le fascisme italien à Georges Sorel, parfois à René Guénon. Et le salazarisme à Charles Maurras. »
« Les fascistes français luttèrent pour la paix : mais dès que la France fut entrée dans la guerre, ils se soumirent à la discipline nationale (Darnand, Doriot, Bucard…). (…) Contrairement à ce qui fut tant de fois répété plus tard, il n’y avait pas d’Internationale fasciste. Les fascistes français souhaitaient un régime inspiré des mêmes principes que les régimes allemand et italien, mais ils croyaient à la primauté du fait national sur l’idéologie. (…) Le fascisme est inséparable du nationalisme : mais les fascistes français furent amenés à se préoccuper d’une entente entre la France et les pays étrangers qui avaient trouvé dans le fascisme la source de leur renouvellement. On a beaucoup reproché aux fascistes français d’avoir méconnu le génie national, en allant demandé leur inspiration aux pays étrangers. Il est plus exact de dire que ce sont les pays étrangers qui ont parfois emprunté à des penseurs français les éléments doctrinaux de leurs révolutions nationales. »
— Paul Sérrant, Le romantisme fasciste.
🛎 𝔖entence par KO
📑 Qu’on ne nous taxe point de paradoxaux amoureux de l’étranger. Le nationaliste français, en vérité, désire le bien commun de sa patrie avant tout, mais ne saurait ignorer la fraternité d’autres nations européennes enracinées dans la même foi et la même civilisation.
On a voulu séparer le national du social, comme si l’âme pouvait se découper en tranches de programme. Mais l’histoire, la vraie, celle des hommes de chair et de sang, a toujours su que l’union des deux est l’armature des renaissances patriotiques.
Barrès l’avait dit : le nationalisme enfante nécessairement le socialisme. Maurras l’avait précisé : à condition de le purifier du poison démocratique et cosmopolite. Mussolini en fit un torrent, Primo de Rivera en fit une flamme, et même Drumont, bien avant eux, avait flairé que l’ennemi était la ploutocratie, ce règne des ventres repus jetant les peuples nus aux chiens de la finance.
Tout le reste n’est que bavardage de philologues libéraux.
Tout le reste n’est que dialectique de fonctionnaires.
Tout le reste n’est que cendre dans la bouche.Le nationalisme sans justice sociale est une morgue bourgeoise.
Le socialisme sans patrie est une putain internationale.C’est pourquoi les révolutions nationales furent la seule tentative sérieuse du XXe siècle pour rendre au peuple sa dignité organique, pour réconcilier le travailleur et le soldat, pour souder dans une même fidélité les mains calleuses et les bras armés.
On appelle cela fascisme pour le maudire ; mais c’était, tout simplement, le refus de choisir entre le pain et l’épée, entre le sol et l’honneur.
Et tant que l’on feindra d’opposer ce que l’histoire a uni, on ne bâtira rien d’autre qu’un cimetière de devises surannées.
📜 Post-scriptum : à propos de fascisme et de national-socialisme, la rengaine des manuels aseptisés voudrait nous faire croire que ces « monstres » germaniques et transalpins auraient jailli ex nihilo, comme un Léviathan d’outre-Rhin ou un Minotaure sorti des catacombes romaines. Erreur d’optique et paresse intellectuelle : ces doctrines puisèrent largement dans un humus bien français.
En effet, la France, notre France, bien plus qu’élève, fut souvent maîtresse. À qui veut la réduire à un rôle d’écho, nous rappelons qu’elle fut source et phare : Gobineau nourrissant le racisme allemand, Maurras inspirant Salazar, Sorel donnant munitions à Mussolini. Dès lors, il n’y a point de contradiction à reconnaître en Espagne, en Italie, au Portugal, des expressions cousines — armée en phalange et non foire d’égos hostiles ! — de ce que nous avions conçu sans forcément les réaliser !
📚 Pour approfondir
- Paul Sérant, Le romantisme fasciste https://nouvelle-librairie.com/boutique/politique/theorie-idees-histoire/le-romantisme-fasciste/
- Maurice Bardèche, L’Œuf de Christophe Colomb https://www.amazon.com/LOeuf-de-Christophe-Colomb/dp/2913044484
- Jacques Ploncard d’Assac, Doctrines du nationalisme https://www.abebooks.com/romantisme-fasciste-Etude-loeuvre-politique-quelques/30781786154/bd
- Édouard Drumont, La fin d’un monde (1889) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5774091p.texteImage
- Arthur de Gobineau par Jeune nation : https://jeune-nation.com/kultur/culture/14-juillet-1816-naissance-darthur-de-gobineau
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