• L’Alsace au XVIᵉ siècle: flambeau ‘humaniste’ et conscience nationale germanique



    Avant-garde d’une règle de vie au nord des Alpes

  • Élévations intellectuelles bien comprises et bienséance à toute épreuve !

    Préambule :

    Au XVIᵉ siècle, l’Alsace occupait une place singulière au sein de l’Europe – elle qui était alors une région, proche du Rhin et encore rattachée au Saint Empire –, affirmant son rôle de foyer intellectuel sans pareil, au nord des Alpes.

    Berceau d’un humanisme puissant, elle incarnait non seulement l’avant-garde de la pensée germanique mais aussi une conscience nationale/ethnique qui s’opposait aux tentatives d’ingérence étrangères.

    Alors que l’Italie pleurait sa déchirure face aux ambitions étrangères, que la France célébrait sa langue comme un rempart contre « l’influence latine », l’Alsace, quant à elle, s’affirmait dans sa germanité avec une vigueur sans égale.

    Le cas de Jacob Wimpheling (1450-1528) illustre cette dynamique. En effet, cet humaniste alsacien dénonçait toute revendication française sur Strasbourg en des termes sans équivoque :

    « Deus offenditur ubi Argentorate a Gallis repetitur. »
    (« Dieu est offensé quand Strasbourg est revendiqué par les Français. »)

    Ce cri du cœur, hélas méconnu, témoigne d’un fait historique rarement étudié : l’humanisme ne fut pas seulement un mouvement universaliste et purement universitaire, mais aussi un ferment de conscience nationale.

    Sommaire :

    I. L’Alsace au XVIᵉ siècle : un foyer intellectuel sans équivalent
    II. Un « humanisme nationaliste » ? L’identité alsacienne face aux velléités extérieures
    III. Jacob Wimpheling : l’humanisme au service de la conscience germanique
    IV. L’Alsace, héritière d’une culture européenne et vecteur de transmission
    ANNEXE NATIONALE-SOCIALISTE

    I. L’Alsace au XVIᵉ siècle : un foyer intellectuel sans équivalent

    Dès la fin du XVᵉ siècle, l’Alsace devint un centre névralgique de la pensée, humaniste singulièrement. Sa situation géographique en faisait un carrefour commercial et culturel où circulaient aussi bien les idées que les hommes des deux rives du Rhin.
    Le rôle de Bâle, qui abritait l’une des plus prestigieuses imprimeries d’Europe, et de Strasbourg, alors ville de savoir et de culture, fut déterminant dans la diffusion des textes antiques redécouverts.

    Le développement des universités et des académies favorisa l’émergence d’une élite intellectuelle, nourrie aux sources gréco-latines et animée par le désir de réformer les structures éducatives et sociétales.
    Des figures comme Sébastien Brant, auteur de La Nef des fous, illustrent ce foisonnement intellectuel propre à l’Alsace, un peu avant le XVIᵉ siècle d’ailleurs !

    II. Un « humanisme nationaliste » ? L’identité alsacienne face aux velléités extérieures

    Contrairement à l’image traditionnelle d’un humanisme strictement universaliste, généralement celui des francs-maçons, force est de constater que ce mouvement porta également en lui des aspirations nationales et ethniques.
    L’exemple de l’Italie est emblématique : les humanistes transalpins, conscients de la fragilité de leur patrie face aux guerres incessantes, pleuraient sur le sort de leur Italia irredenta.
    De même, en France, Joachim du Bellay exaltait la grandeur du français face au latin (se nourrissant donc davantage de la Grèce antique) et au prestige antique, dans son Discours sur la dignité du français.

    En effet, l’expression Italia irredenta signifie littéralement « l’Italie non rachetée » ou « l’Italie inachevée ». Elle désigne un courant nationaliste italien apparu au XIXᵉ siècle, visant à annexer les territoires considérés comme ethniquement ou historiquement italiens mais restant sous domination étrangère.

    Et ici, l’Alsace ne fit pas exception. Alors que cette région se trouvait dans l’orbite du Saint Empire romain germanique, et non loin du Royaume de France, certains de ses penseurs prirent la plume pour défendre son appartenance germanique contre les revendications françaises naissantes.
    L’attachement à la langue allemande, à la communauté germanique alsacienne, ainsi qu’aux structures impériales se renforça au sein de cette élite humaniste, qui voyait dans la France avant tout une menace politique et culturelle.

    III. Jacob Wimpheling : l’humanisme au service de la conscience germanique

    Jacob Wimpheling, figure incontournable de l’humanisme alsacien, incarne cette conscience identitaire propre à l’Alsace du XVIᵉ siècle. Né en 1450 à Sélestat, il s’illustra par ses travaux sur l’éducation et la morale chrétienne, singulièrement catholique, mais également par son engagement en faveur d’un nationalisme germanisant.

    Dans ses écrits, il défendait avec ardeur l’identité germanique de l’Alsace et condamnait toute ambition étrangère visant Strasbourg.
    Sa célèbre phrase, susmentionnée, Deus offenditur ubi Argentorate a Gallis repetitur, atteste d’une résistance intellectuelle à l’influence française, que beaucoup ont sous-estimée.

    Contrairement à d’autres humanistes ultérieurs plus enclins à un cosmopolitisme abstrait, Wimpheling voyait dans l’enracinement de l’homme une nécessité spirituelle et politique. Pour lui, la germanité n’était pas une simple appartenance linguistique, mais une mission naturelle et divine inscrite dans l’histoire du Saint Empire.

    IV. L’Alsace, héritière d’une culture européenne et vecteur de transmission

    Si l’Alsace affirma son ancrage germanique, elle n’en demeura pas moins un vecteur essentiel de la transmission des savoirs en Europe.
    Située au final, à la croisée des influences latines et germaniques, elle joua un rôle de pont entre deux mondes, favorisant l’essor des idées humanistes dans l’ensemble du Saint Empire.

    Les grands imprimeurs alsaciens contribuèrent largement à cette diffusion. Johannes Mentelin, installé à Strasbourg dès le XVᵉ siècle, fut un précurseur en matière d’imprimerie. Plus tard, ce fut l’illustre Johann Froben, actif à Bâle, qui collabora avec le controversé Érasme, afin d’éditer les grands textes de l’Antiquité et des Pères de l’Église.

    Σ

    Loin de la caricature d’une Alsace passivement soumise aux influences extérieures, le XVIᵉ siècle révèle une région dynamique, consciente de son identité et à l’avant-garde du mouvement humaniste. Jacob Wimpheling et ses contemporains démontrent que l’humanisme ne fut pas un simple exercice académique, mais aussi un levier de « résistance ethnique et racialiste ».

    Vive l’Alsace, vive l’Europe des Humanitas, vive la transmission du savoir !


    Annexe : Un symbole troublant – la loi sur le parti unique du 14 juillet 1933

    Un dernier élément, quoique d’un autre registre, mérite d’être signalé. Il est saisissant de constater que la loi allemande instaurant le parti unique sous le IIIᵉ Reich, la Gesetz gegen die Neubildung von Parteien, fut promulguée le 14 juillet 1933 soit, à la date de la fête nationale française choisie pour sceller juridiquement la disparition du pluralisme en Allemagne constitue un symbole hautement ironique et sinistre.

    La Révolution française, en proclamant les idéaux de liberté et d’égalité, aboutit paradoxalement à l’un des régimes les plus centralisateurs et autoritaires de l’histoire moderne : voir une dictature s’appuyant sur ce jour pour promulguer une loi liberticide, démontre une étrange continuité entre les formes extrêmes du pouvoir étatique.

    L’Histoire, en ses détours souvent imprévus, n’en finit jamais de nous interpeller !

    Éducation, controverses et conflits – Compagnie de Jésus

    Quelques honnêtes hommes latins ; l’Antiquité et les Humanités

    Ordre Teutonique sous Hermann von Salza : SERG, Église et conquêtes

    L’homme et la femme de la Renaissance italienne (Eugenio Garin)

    « Pour un humanisme helléno-chrétien » Florian Rouanet

    La tradition humaniste française avec Georges Forestier

    Europe unifiée de la Méditerranée au Septentrion – Henri Pirenne

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    Ultramontains : origine et évolution, contre le gallicanisme


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  • 5 commentaires




    La République Française n'a été dictatoriale que par accident, en tant qu'il fût question de mater les contestations réactionnaires afin d'imposer ses assises dans un premier temps, mais elle est en fait la négation de toute autorité. Son totalitarisme n'était (et n'est) que la manifestation sous-jacente d'une liberté terroriste érigée au rang de dogme, déniant à toute valeur transcendante une existence prédéfinie susceptible d'entraver la raison déifiée de l'individu, là où le IIIe Reich s'est affirmé dans l'opposition à l'individualisme, en postulant au primat de la totalité de la communauté populaire comme seule condition de l'épanouissement personnel ; il s'agissait d'un totalitarisme contraire. Concernant le choix de la date susdite par les NS, il faut l'interpréter comme une forme de provocation délibérée visant à contrarier l'évènement fondateur du jacobinisme, en somme une inversion symbolique des idéaux de 89, par l'inauguration d'une révolution en sens opposé, c'est-à-dire la vraie révolution - nationaliste et réactionnaire - qui est en même temps celle du romantisme allemand : « [...] Quand j'évoque l'atrocité de, disons, la Révolution Française, je ne peux que dire : Nous n'avons en tout cas pas installé de guillotines, nous n'avons pas créé de Vendée en Allemagne ! Même les pires éléments, nous les avons simplement séparés de la nation. Malheureusement, le reste du monde ne veut pas nous les enlever des mains ; nous les mettrions volontiers à leur disposition. » (Adolf Hitler, discours du 24 octobre 1933 à Berlin).


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