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Publié le par Florian Rouanet
Fondée en 1540 par saint Ignace de Loyola, la Compagnie de Jésus, plus communément baptisée les Jésuites, s’est imposée comme l’un des ordres religieux les plus influents et contestés de l’histoire de l’Église catholique et européenne.
Leur engagement dans l’éducation, leur fidélité intransigeante à la papauté, et leur capacité à influencer les sphères sociales et politiques ont suscité à la fois admiration et hostilité.
Découvrons donc, les controverses majeures liées aux Jésuites, dans leurs rapports avec l’Église romaine, la monarchie française et les bouleversements de la Révolution française.
Sommaire :
Jésuites et Église romaine : relation faite de soutiens et tensions
Jésuites face à la Monarchie française : alliés ou ennemis ?
Jésuites et Révolution française : persécution
Héritage entre controverse et service
Jésuites et Église romaine : relation faite de soutiens et tensions
Dès leur fondation, les Jésuites se sont distingués par une obéissance stricte au Saint-Siège. Leur devise, Ad Majorem Dei Gloriam (« Pour la plus grande gloire de Dieu »), était indissociable de leur serment de fidélité au Pape romain.
Ce lien étroit suscita l’appréciation de nombreux pontifes, mais aussi parfois de tensions, notamment en raison de l’indépendance dont jouissait la Compagnie.Critique des jésuites :
Clément XIV, dans son bref Dominus ac Redemptor de 1773, décréta la suppression de la Compagnie de Jésus. Bien que le document officiel ne contienne pas de condamnation explicite, la décision elle-même reflétait une critique implicite de l’ordre :
« Après une mûre délibération, nous supprimons et abolissons la dite Compagnie. »
Bien que certains membres aient continué à œuvrer discrètement, cette dissolution porta un coup sévère à leur prestige et leur influence.
Cette suppression fut motivée par diverses pressions politiques et accusations portées contre les jésuites à cette époque :
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Influence politique excessive et grand enrichissement
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Accaparement des missions (notamment en Amérique latine)
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Hétérodoxie perçue (flexibilité théologique, pragmatisme moral)
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Rivalités ecclésiastiques (Dominicains et Franciscains, monopole de l'éducation).
Soutien aux jésuites :
Pie VII (1742-1823) est un Pape qui rétablit la Compagnie de Jésus en 1814. Dans le bref « Sollicitudo omnium ecclesiarum », il écrit :
« Nous considérons comme un devoir d’exprimer notre gratitude à Dieu pour avoir suscité, par le moyen de la Compagnie de Jésus, de si grands travaux dans la défense et la propagation de la foi catholique, pour l’instruction de la jeunesse et pour l’enseignement des sciences. C’est pour cela que Nous avons jugé devoir pleinement rétablir cet ordre. »
Au XVIIᵉ siècle, les Jésuites furent impliqués dans des controverses doctrinales, notamment sur le molinisme, une théorie schismatique prônée par Luis de Molina qui cherchait à concilier la grâce divine et le libre arbitre.
Ces débats les opposèrent aux jansénistes (surnaturalistes), soutenus par certains prélats influents au Vatican. Le conflit s’envenima au point de mettre en péril leur relation avec Rome.
Jésuites face à la Monarchie française : alliés ou ennemis ?
En France, les Jésuites jouèrent un rôle central dans l’éducation des élites – notamment à travers l’enseignement des Humanités. À partir du XVIᵉ siècle, leurs collèges se multiplièrent et devinrent des centres d’excellence académique, alliant rigueur intellectuelle et formation morale. Cependant, cette influence leur valut aussi des critiques, notamment de la part des parlementaires et des partisans du gallicanisme, qui voyaient en eux des agents du pouvoir pontifical.
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Gabriel Compayré, historien de l’éducation :
« Le fond de l’enseignement des jésuites est l’étude du grec et du latin »
- Philippe Rocher, spécialiste de l’histoire des jésuites : »Les jésuites font œuvre de culture pour développer en profondeur ce qui fait l’homme, le progrès du savoir devant assurer la probité des mœurs »
- Étienne Fouilloux, historien du catholicisme :
« Les jésuites ont participé d’une histoire du catholicisme français contemporain, et plus particulièrement de la Compagnie de Jésus en son sein »
La fameuse affaire Jean-François Lefebvre de La Barre (1766), sous Louis XV, où un jeune homme fut exécuté pour sacrilège/blasphème, fut exploitée pour accuser les Jésuites d’intolérance religieuse, bien qu’ils n’aient pas été directement impliqués.
L’apogée de leur conflit avec la monarchie survint sous Louis XV, notamment avec l’affaire de la faillite de leur missionnaire, le Père Antoine Lavalette, en Martinique. Cette crise financière déclencha une cascade de procès et conduisit à l’interdiction de la Compagnie en France en 1764.
Le Parlement de Paris, influencé par les Lumières, accusa les Jésuites de subversion et de manipulation des consciences – ce qui est fort en café lorsque l’on voit ce que les franc-maçons feront de l’école !
Jésuites et Révolution française : persécution
La Révolution française porta un coup décisif à l’ordre des Jésuites. Considérés comme des symboles de l’Ancien Régime en raison de leur proximité avec la royauté et leur engagement dans l’instruction, ils furent persécutés avec d’autres institutions religieuses. Leurs collèges furent fermés, leurs biens confisqués (les « privilèges », passant de l’aristocratie à la bourgeoisie…), et leurs membres souvent contraints à l’exil ou à la clandestinité.
Cependant, l’esprit ignatien survécut. Après la Révolution, la restauration de la Compagnie de Jésus en 1814 par le pape Pie VII marqua un renouveau de leur influence. Ils revinrent progressivement sur la scène éducative et spirituelle, au XIXe siècle.
Eux qui tenaient les écoles, ont été en priorité subvertis/remplacés par la franc-maçonnerie, au lendemain de la Révolution (notamment à cause de la niaiserie royale).
Mémoire pour servir à l’histoire du jacobinisme est une œuvre antimaçonnique écrite par l’abbé Augustin Barruel, un prêtre jésuite. Publié entre 1797 et 1798 :
« C’est dans les loges maçonniques que l’on forma ce vaste complot contre les autels, contre les trônes, contre toute autorité civile et religieuse. Là s’assemblèrent les apôtres du déisme, les fanatiques de la philosophie, les ennemis de tout culte et de tout gouvernement légitime. Les Loges devinrent le berceau de cette révolution qui devait renverser la société chrétienne et jeter l’univers dans l’abîme de l’anarchie et de l’impiété. »
Héritage entre controverse et service
Les Jésuites, à travers leur histoire, incarnent un paradoxe fascinant. À la fois piliers du catholicisme et cibles privilégiées de critiques, ils ont su traverser les épreuves avec une résilience remarquable.
En définitive, les controverses entourant les Jésuites révèlent la complexité des rapports entre foi, pouvoir et société. Leur histoire illustre la tension constante entre la mission évangélique et les réalités politiques, rappelant que l’œuvre de Dieu, tout en étant divine, se réalise aussi à travers les faiblesses et les forces des hommes.
Autres grands jésuites :
Pour conclure, voyons quelques figures intellectuelles majeures, des missionnaires, scientifiques et explorateurs jésuites :
Saint François Xavier (1506-1552)
- Rôle : Missionnaire extraordinaire, compagnon de saint Ignace de Loyola.
- Impact :
- Voyagea en Inde, au Japon et mourut en route vers la Chine.
- Baptisa des milliers de convertis et développa des approches d’évangélisation adaptées aux cultures locales.
- Considéré comme un modèle de zèle missionnaire, il est cofondateur de la Compagnie de Jésus et saint de l’Église catholique
Saint Jean-Baptiste de La Salle (1651-1719)
- Rôle : Réformateur de l’éducation, fondateur des Frères des Écoles chrétiennes.
- Impact :
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- Bien que non membre de la Compagnie de Jésus, il collabora étroitement avec les Jésuites sur les questions éducatives.
- Inspiré par leur méthodologie, il révolutionna l’éducation populaire, rendant l’instruction accessible aux enfants des classes modestes.
- Canonisé pour son engagement envers l’enseignement et son œuvre durable dans le domaine éducatif.
Saint Robert Bellarmin (1542-1621)
- Rôle : Théologien, cardinal et figure majeure de la Contre-Réforme.
- Impact :
- Auteur des Disputations sur les controverses chrétiennes, une défense intellectuelle du catholicisme face au protestantisme.
- Conseiller des Papes, impliqué dans des débats doctrinaux, notamment sur la souveraineté/autorité papale et ecclésiastique.
- Canonisé pour son dévouement à l’Église et son influence théologique durable.
Luigi Taparelli (1793-1862)
- Rôle : Philosophe jésuite italien, précurseur de la doctrine sociale catholique.
- Impact :
- Défendit l’idée de subsidiarité et de justice sociale, tout en critiquant les idéologies libérales et socialistes.
- Ses travaux ont préparé les bases des encycliques sociales, comme Rerum Novarum de Léon XIII, liant politique et morale catholique.
Francisco Suárez (1548-1617)
- Rôle : Théologien jésuite espagnol, éminent philosophe et juriste.
- Impact :
- Développa une théorie politique fondée sur le consentement des gouvernés, affirmant la primauté spirituelle du pape.
- Influença la pensée politique en Europe, notamment en définissant les relations entre pouvoir civil et autorité religieuse.
- Considéré comme l’un des plus grands théologiens de la tradition scolastique.
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« Humanisme classique et noble instruction » par David Veysseyre aux Écris de Paris

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