• Europe unifiée de la Méditerranée au Septentrion – Henri Pirenne



    Islamisation, Charlemagne et basculement géopolitique

  • « Sans l’islam, l’Empire franc n’aurait sans doute jamais existé, et Charlemagne sans Mahomet serait inconcevable. »
    Que de provocation dans cet aphorisme de l’incontournable historien belge Henri Pirenne (1862-1935)

    Traces de France

    Résumé introductif

    L’œuvre magistrale d’Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne (1922), explore le bouleversement commercial et politique engendré par l’islamisation des rivages méditerranéens au VIIe siècle.
    La fermeture de ce carrefour maritime essentiel a déplacé le centre de gravité économique et politique de l’Europe, de l’Italie vers le nord du continent, marquant l’avènement de l’ère carolingienne sous Charlemagne. l’Empire et l’émergence des nationalismes tourneront davantage autour de France et Allemagne à partir de ce moment là. Ce basculement a durablement redéfini la dynamique européenne et posé les bases de l’Europe moderne.

    Europe et chefs islamiques

    (…) De quand date vraiment la chute de Rome ? Pourquoi passe-t-on de l’Antiquité au Moyen Âge ? À ce vieux débat, Henri Pirenne apporte une réponse révolutionnaire.

    Au VIle siècle, la disparition du monde romain n’est pas le fait des invasions germaniques, mais de l’incursion de l’islam en Méditerranée, un nouveau pouvoir qui interrompt les échanges pluriséculaires entre Orient et Occident. Isolés, la papauté et le monde franc ont été contraints de se recomposer en chrétienté autonome.

    IVe de couverture – Babelio

    Sommaire

    I. Méditerranée antique, axe vital de l’Europe
    II. Rupture islamique et Méditerranée fermée
    III. Charlemagne, unité continentale et nouvel ordre septentrional
    IV. Vers un déplacement durable du centre de gravité européen
    V. Conclusion d’un occitan d’Occident !


    I. Méditerranée antique, axe vital de l’Europe

    Au cours de l’Antiquité, la Méditerranée formait le pivot géopolitique et économique de l’Europe, incarnant la « mer intérieure » de l’Empire romain dit en latin Mare nostrum. Les échanges commerciaux y prospéraient, reliant les provinces européennes aux régions d’Afrique du Nord et du Levant.

    En , dans un discours à Tripoli, Mussolini réutilise l’expression de mare nostrum, avec l’idée d’établir une thalassocratie italienne sur la Méditerranée.

    Wikipedia

    Mussolini comprenait plusieurs actions visant à réaliser cette vision, notamment l’invasion de l’Éthiopie en 1935, après laquelle il déclara : « L’Italie a enfin son Empire—un Empire fasciste. »

    WW2 days

    Les réseaux d’échanges, fondés sur les céréales égyptiennes, les épices orientales et les vins italiens, permettaient une cohésion économique large et unique. L’administration romaine facilitait ce commerce grâce à un contrôle rigoureux des voies maritimes et terrestres.

    Résumé percutant de l’idée d’Henri Pirenne :

    Le commerce maritime liait entre elles toutes les parties du bassin méditerranéen, en créant une civilisation hellenistique, gréco-romaine, sans nier les particularités orientales ou européennes. Cette unité économique reposait sur l’ouverture des routes maritimes et sur une intégration politique et culturelle qui trouvait son cœur en Méditerranée. Le problème, contre la Tour de Babel, est que cela amènera à un cosmopolitisme dans la ville de Rome, vers la fin de l’Empire.

    -*-

    « L’État devrait plutôt être composé d’une seule race, car une seule race est unie dans ses coutumes et ses habitudes, ce qui favorise l’amitié entre les citoyens en raison de leur ressemblance les uns avec les autres. C’est pourquoi les États qui étaient composés de races diverses ont été détruits à cause des dissensions qu’ils avaient entre eux à cause de la diversité de leurs coutumes, car une partie de l’État s’alliait à des ennemis étrangers à cause de la haine qu’elle éprouvait pour l’autre partie. »

    Saint Thomas d’Aquin, Commentaire d’Aristote sur la Politique, Livre III, Ch. II


    II. Rupture islamique et Méditerranée fermée

    Le surgissement de l’islam au VIIe siècle et sa rapide expansion en Afrique du Nord et au Levant bouleversèrent cet équilibre. En quelques décennies, les conquêtes arabo-musulmanes achevèrent de couper l’Europe chrétienne de ses liens commerciaux méditerranéens.
    Ces faits donneront quelques siècles plus tard, la « tentation » des croisades ou encore de la Reconquista !

    La domination musulmane sur les côtes méridionales de la Méditerranée transforma cet espace en une frontière hostile. L’insécurité maritime résultante, accentuée par des razzias – dont la pratique de l’escalavage était effective –, paralysa les échanges traditionnels entre le sud et le nord. Ce phénomène, brillamment analysé par Pirenne, marque un point de bascule civilisationnel,  économique et politique.

    Résumé percuttant de l’idée d’Henri Pirenne :

    Ce n’est pas la chute de Rome elle-même, mais bien l’apparition de l’islam qui brisa l’unité de la Méditerranée et entraîna le déclin de l’économie européenne. L’axe commercial se détourna des routes sud-méditerranéennes pour se replier sur le continent, abandonnant l’Afrique et l’Orient.


    III. Charlemagne et unité continentale, nouvel ordre septentrional

    Privée de ses connexions méditerranéennes, l’Europe se réorganisa autour d’un noyau nordique, septentrional. La dynastie carolingienne, avec Charlemagne en figure centrale, émergea pour combler le vide laissé par la désintégration commerciale et politique.
    Cela constitue un héritage commun entre France et Allemagne, même si l’Empire revenait souvent au second, tandis que l’idée de centralisation nationale et de souveraineté royale était propre au premier.

    Charlemagne entreprit une véritable refondation de l’unité européenne par une expansion territoriale et une intégration éducative, religieuse et culturelle. Il privilégia un modèle économique et administratif centré sur le continent, consolidant les Francs, le nord de l’Europe, comme le nouveau cœur politique et spirituel de la Chrétienté. L’Empire carolingien, couronné par l’onction impériale en 800, réaffirma cette rupture avec la Méditerranée comme espace d’influence.

    Résumé percuttant de l’idée d’Henri Pirenne :

    Tandis que la Méditerranée devenait un lac musulman, Charlemagne imposait une nouvelle unité occidentale, non plus fondée sur le commerce maritime, mais sur le contrôle des terres continentales. Ce tournant marqua l’entrée de l’Europe dans son âge féodal et septentrional.


    IV. Vers un déplacement durable du centre de gravité européen

    Le basculement amorcé au VIIIe siècle se poursuivit bien après la période carolingienne. Au fil des siècles, l’Europe industrielle et moderne s’éloigna toujours davantage des rivages méditerranéens. Ce déplacement géographique et stratégique se manifesta par l’essor des grandes puissances septentrionales, notamment au XIXe siècle : la France (laquelle est mixte), l’Angleterre, et l’Allemagne.

    A contrario, Italie et Espagne tiennent moins le haut du pavé comme on le voit à l’ère de l’Union européenne après-guerre notamment et sortent davantage du concert des nations. Toutefois, lors de la Renaissance, initiée en Italie, l’Europe méditerranéene n’avait pas encore dit son dernier mot !

    Les siècles postérieurs confirmèrent cette tendance : l’industrialisation placèrent l’Europe du Nord au cœur des développements politiques et économiques. La Méditerranée, quant à elle, demeura marginalisée face à l’expansion des puissances atlantiques.

    Résumé percuttant de l’idée d’Henri Pirenne :

    Ainsi, le déplacement du centre de gravité européen, d’abord amorcé par la fermeture méditerranéenne sous l’effet de l’islamisation, s’établit durablement dans une Europe centrée sur son centre, plus au Nord et émergeant, peu à peu, comme la puissance mondiale que nous connaissons – dérivée aujourd’hui aux Etats-unis par ailleurs.

    Mahomet et Charlemagne (ED. Tempus Perrin 2016)


    Conclusion

    Les 2 poumons de l’Europe sont tels, entre le nord et le sud, ou si l’on veut, entre l’Occident et l’Orient – dans le sens, Europe de l’Ouest et de l’Est, issus du monde gréco-romain. Il nous faut étudier ces sujets, comme le fait que : l’Europe médieval ne s’est pas totalement oubliée comme dirait Sylvain Gougheneim, par rapport au Mont Saint-Michel.

    Henri Pirenne démontre que l’avènement de l’islam et la fermeture de la Méditerranée furent des catalyseurs du basculement géopolitique de l’Europe vers son Nord. Charlemagne, en réunifiant le continent sur des bases continentales, germanico-latines et chrétiennes, cristallisa cette transition qui fit de l’Europe du Nord le centre d’une nouvelle ère. À travers cette transformation, se dessina un continent tourné vers l’intérieur, où la Méditerranée cessa d’être le cœur vibrant de la civilisation européenne.

    Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne est à lire avec La crise de la conscience européenne de Paul Hazard !

    POUR APPROFONDIR :

    Alcuin d’York, le Précepteur de Charlemagne

    L’Homme, la Race et l’État Méditerranéen & De l’Orient et de l’Occident

    Aristote au mont Saint-Michel : les racines grecques de l’Europe chrétienne

    La crise de la conscience européenne (1680 – 1715) – Paul Hazard

    Mgr Jean Mayol de Lupé – Église et Reich

    L’homme et la femme de la Renaissance italienne (Eugenio Garin)

    Philippe II d’Espagne : monarque catholique contre protestantisme

    L’Espagne du Califat à la Reconquista : 8 siècles d’espérance et d’adversité

    Richard Cœur de Lion et Saladin : confrontation croisés et croissant

    Les 8 croisades médiévales de l’histoire

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    IIIe Reich, occultisme et compl-autisme- David Veysseyre


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  • 10 commentaires




    Du point de vue hégélien, on peut dire que l'hégémonie musulmane, aussi antagonique qu'elle nous fût, était nécessaire à l'éclosion en acte d'une Europe entendue comme structure civilisationnelle et confédérale, et dont les virtualités de cette unité étaient encore contenues dans les flancs de l'Histoire à mesure que les peuples aryens tendaient à explorer l'Être de leur héritage commun, que les menaces extérieures révélèrent progressivement. Quand un tel péril trouva son apogée à partir du XVIIème siècle, l'expérience du désir résultant des anxiétés et dont suscite l'altérité (l'islam en l'occurrence) était telle qu'elle permit à l'Idée impériale carolingienne - en tant que synthèse de la culture gréco-romaine et du christianisme germanique - de prendre véritablement conscience de soi pour se réaliser pleinement dans son concept. Ainsi naquirent les germes d'une union européenne instillés par l'appartenance à un destin commun en et par lequel les personnalités nationales s'identifiaient et se distinguaient mutuellement d'un même coup. Sans Mahomet, nul Charlemagne, et sans Charlemagne, pas de Saint-Empire Romain Germanique, et donc point d'Adolf Hitler (tous les chemins mènent au grand Reich). :)


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