• Albator et compagnie : Leiji Matsumoto, l’Axe et la vertueuse mélancolie de l’animation germano-nippone classique



    ✈️ Capitaine Harlock, trains stellaires et cockpits d’acier : l’étoffe noble des récits d’autrefois ? 🎖️

  • Un voyage fait de mémoire et d'honneur,
    promouvant une vision du monde empreinte d’esthétique wagnérienne

    ⁂ Arène des réminiscences stellaires

    Ô lecteur qui connut peut-être l’odeur des VHS mal rembobinées et des génériques aux synthés mélancoliques, prêtez ici votre oreille ! Il fut un temps, non si lointain, où l’animation japonaise savait, sans ostentation ni cosmopolitisme forcé, tisser des récits où l’honneur, le sacrifice et la liberté résonnaient comme des échos d’une éducation virile et d’un imaginaire enraciné.

    Nous parlons d’un maître singulier parti il y a peu : Leiji Matsumoto (1938-2023), artiste dont les œuvres – *Albator, **Galaxy Express 999, ***The Cockpit – portèrent haut les couleurs d’une époque révolue, entre ferveur techniciste, tragique chevaleresque et mélancolie post-impériale. Issu d’une génération née sous les bombes j-américaines, fils d’un pilote de l’armée impériale japonaise, il fit de son crayon un instrument d’exorcisme, dessinant respectivement *tantôt la solitude stoïque du pirate céleste, **tantôt les rails cosmiques d’un train vers la mort, ***tantôt la cabine étroite d’un pilote de la Luftwaffe — désignant l’arme de l’air allemande à partir du XXème siècle, ici en particulier lors de la SGM — en quête de rédemption.

    Que l’on s’y trompe point : Matsumoto ne magnifiait pas la guerre — et tout n’est pas à prendre certes —, il en montrait la densité tragique à travers l’humain, ramenant chair et âme sous les casques d’acier, bien loin des jugements binaires. En cela, il dérange – car il refuse le discours lisse et « correct » post-occidental, notamment de l’animation « culture pop » post-2000, cosmopolite et asphyxiée par son absence de sens spirituel.


    Antenna I.O. Vox Frequencia


    ☧ Lexique de samurai

    HONNEUR, subst. masc. : Sentiment qui porte à faire ce qui est estimé noble et digne ; considération qui en résulte.

    SACRIFICE, subst. masc. : Action de donner volontairement sa vie ou de s’exposer pour autrui ou pour un idéal supérieur.


    ☩ Ancienne école éprouvée

    ✵ Citation attribuée à M. Leiji Matsumoto ✵

    « 世界中の戦死した、その当時の兵士たち、若者たちの中には、生きていれば本当はものすごい人類の文明に貢献した人がいっぱいいたはずなんですよ。それが、大勢死んでいるわけですよ。戦いの中でね。だから、そういうことを思うとつらいですよね。戦争というのは、未来を、自分の未来もつぶすわけです。 »
    — Leiji Matsumoto, entretien accordé à la NHK, 13 août 2018. l nhk.or.jp ニュース・ワーカー2

    Traduction fidèle :
    « Partout dans le monde, parmi les soldats fauchés – ces jeunes gens d’alors –, il y avait sûrement quantité d’esprits qui, s’ils avaient vécu, auraient rendu d’immenses services à la civilisation humaine. Or ils sont morts, nombreux, dans la tourmente des combats. Y penser est douloureux ; la guerre détruit l’avenir, notre propre avenir. »


    ✵ Paroles mémorables de « Galaxy Express 999 » (松本零士) ✵

    « 時間は夢を裏切らない、夢も時間を裏切ってはならない。 »
    — Devise récurrente énoncée par Maetel dans l’arc Eternal, chap. I : « 未来軌道 », Shōgakukan, 1996.
    https://museum.dajya-ranger.com/?130bb2957c=
    https://peoplemonthly.jp/n6719.html (私設松本零士博物館, peoplemonthly.jp)

    Traduction fidèle : « Le Temps ne trahit jamais les Rêves ; les Rêves, de leur côté, ne sauraient trahir le Temps. »

    « 限りある命だから人は精いっぱい頑張るし、思いやりや優しさがそこに生まれるんだ。 »
    — 星野鉄郎, film d’animation Galaxy Express 999, Tōei, 4 août 1979. (アニメとマンガの名言サイト)

    Traduction fidèle : « Parce que la vie est finie, l’homme se dépasse ; et c’est là que surgissent la bonté et la compassion. »

    « 悲しい思い出もなつかしくなる時がくるのよ──みておけばよかったと思う時が… »
    — メーテル, TV-série, ép. 1 « 旅立ち », 14 sept. 1978.
    https://renote.net/articles/76069 (RENOTE [リノート])

    Traduction : « Il viendra un jour où même les souvenirs tristes deviendront chers ; alors seulement on regrettera de ne pas les avoir regardés une dernière fois. »


    ✵ Sentences saillantes de « The Cockpit » / 戦場まんがシリーズ

    « いいか、これは、この世界でいちばんいい銃だ! おれには、これしかないんだ! だから、これがいちばんいいんだ!! »
    — Tireur isolé japonais, « パイロットハンター », 戦場まんがシリーズ, vol. I, Shōnen Gahōsha, 1974.
    https://note.com/nemuro_t/n/n1b4f63020fb6 (note(ノート))

    Traduction : « Écoute ! Ce fusil est le meilleur au monde. Je n’ai que lui ; voilà pourquoi c’est le meilleur ! »

    « われこそは正義の味方と世界中が狂ってわめいとらあ!! »
    — 沖海一飛曹, « 音速雷撃隊 », 戦場まんがシリーズ III : オーロラの牙, Shōnen Gahōsha, 1976.
    https://museum.dajya-ranger.com/?5a1a152afa= (私設松本零士博物館)

    Traduction : « Tous ces forcenés braillent qu’ils sont les champions de la Justice ! »

    « 狂ってる…敵も味方も、みんな狂ってる。 »
    — Capitaine d’un porte-avions U.S., segment « 音速雷撃隊 » (OVA The Cockpit, 1993).
    https://ameblo.jp/tom0602abe/entry-12863740702.html (アメーバブログ(アメブロ))

    Traduction : « Ils sont fous… ennemis comme alliés, tous sans exception ! »


    📽 Documentation audiovisuelle

    📽️ The Cockpit (1993) – OAV complets en version française
    📽️ Rétrospective critique – Vagabond des étoiles


    Σ Plan d’attaque par manche

    💀 I. L’enfant de Kyūshū et la mémoire des bombes
    🚀 II. Trois piliers : Albator, Galaxy Express, The Cockpit
    ⚔️ III. L’éthique germano-nippone sous le pinceau de Matsumoto
    🎨 IV. Pourquoi ces récits résonnent encore, contre la fadeur post-2000
    ⛴ V. Héritage franco-japonais et vitalité persistante du Leijiverse


    💀 I. L’enfant de Kyūshū et la mémoire des bombes

    Né en 1938 à Kurume, sur l’île de Kyūshū — 3ème plus grande du Japon —, Matsumoto grandit sous les bombardements américains et connut, enfant, les abris souterrains, la faim, et l’ombre des B-29. Son père, pilote dans l’armée impériale, rentra vivant mais brisé. De ces réminiscences, il tira une vision tragique de la guerre : non point exclusivement l’exaltation des vaincus, mais la compassion pour les soldats anonymes, écrasés par la machine industrielle.

    Dans les années 1970-90, il publia plus de 150 récits courts baptisés Battlefield Comics, où se croisaient kamikazes en proie au doute, as de la Luftwaffe conscients de piloter vers leur perte, et ingénieurs fanatiques sacrifiant leur vie à des armes inutiles. Son trait oscillait entre précision technique des uniformes germano-nippons impériaux et douceur des visages : un pinceau — qui se reconnait aisément ! — où cohabitent la froideur de l’acier et la chaleur d’une humanité saignée à blanc.


    🚀 II. Trois piliers : Albator, Galaxy Express, The Cockpit

    Matsumoto bâtit son « Leijiverse » en trois œuvres cardinales :

    • Albator (1977) : figure romantique, capitaine solitaire, refusant la mollesse hédoniste d’une Terre corrompue. Harlock incarne l’officier chevaleresque individuel : manteau noir flottant, sabre à la hanche, discipline d’équipage sans faille. Elle est la première œuvre, la plus connue même, mais pas la plus philosophiquement intéressante !
    • Galaxy Express 999 (1977-1981) : odyssée cosmique où un orphelin parcourt les étoiles dans un train intersidéral, voguant entre les planètes. Matsumoto y dénonce déjà le transhumanisme et oppose la chair mortelle – don de soi et incarnation – à la froide immortalité mécanique.
      Cela fait réfléchir sur la vie à travers le rêve mécanique, la pseudo-« immortalité scientifique et heureuse », en même temps qu’une perceptible séparation de classe radicale, entre miséreux et larges riches.
    • The Cockpit (1993) : trois OAV d’une rare intensité. Slipstream suit un pilote allemand de 39-45 escortant un bombardier atomique qu’il renonce à livrer. Sonic Boom Squadron conte la dernière nuit d’un kamikaze, hésitant entre obéissance et conscience. Knight of the Iron Dragon accompagne deux soldats japonais perdus aux Philippines, cherchant à tenir leur promesse jusqu’au bout. Cette oeuvre est celle qui intéressera le plus notre lectorat, et elle est intégralement traduite en français.

    Ces trois récits offrent en outre un continuum thématique : honneur face à la décadence (Albator), chair contre machine (Galaxy Express), sacrifice face à la défaite presque inéluctable (The Cockpit).

    The Cockpit OAV1 — FRA


    ⚔️ III. L’éthique germano-nippone sous le pinceau de Matsumoto

    À travers son dessin, d’un Axe ne s’excusant pas piteusement, Matsumoto fusionna l’esthétique « prussienne » et la rigueur nippone. Harlock, silhouette longiligne au manteau d’officier, évoque à la fois le Leutnant germanique et le samouraï des temps modernes. The Cockpit restitue sans détour les uniformes, insignes et appareils de la Luftwaffe d’époque, ainsi que de la marine impériale japonaise.

    Cette double référence culturelle n’est pas accidentelle : elle traduit un respect pour l’alliance historique, pour les vertus militaires – discipline, fidélité, acceptation du destin –, mais tout en ne validant pas la « propagande d’État ». Pas de manichéisme : ses héros ne sont ni « bons » ni « mauvais » : ils choisissent de mourir debout plutôt que vivre à genoux. Ici, point de cynisme postmoderne, de démocratie-morale prout prout ; seulement une interrogation : que vaut la vie sans honneur ?


    🎨 IV. Pourquoi ces récits résonnent encore, contre la fadeur post-2000

    Car nous le ressentons ainsi : en comparaison des productions actuelles – clinquantes, cosmopolites, dépourvues de sève spirituelle –, Matsumoto propose une animation enracinée :

    • Une esthétique artisanale : traits expressifs, décors peints à la main, atmosphères aux couleurs sourdes, personnages homogènes ;
    • Une densité morale : honneur, liberté intérieure, méditation sur la mort omniprésente ;
    • Une vision tragique à rebours du « happy ending » j-hollywoodien.

    De fait, Albator est une bannière noire plantée contre la société d’abondance, Galaxy Express un memento mori ferroviaire sombre entre l’irréel et le réalisme, et The Cockpit un mausolée animé pour les anonymes tombés, mais de « l’autre côté », du mauvais côté du couteau… Ces œuvres, bien que japonaises, parlent en langage européanisant et universel : celui d’une conscience poussée face au néant.


    ⛴ V. Héritage franco-japonais et vitalité persistante du Leijiverse

    Son univers survit, car en 2021, le dessinateur français Jérôme Alquié publia sous sa supervision une BD Albator chez ABLAZE, renouant avec le style classique. En 2025, le manga Another Story: Ultimate Journey prolongea l’épopée de Galaxy Express 999, preuve que cette vision perdure face aux sirènes uniformisées de l’animation mondiale.

    La France, terre d’accueil d’Albator via le Club Dorothée, demeure commercialement une patrie d’adoption pour Matsumoto. Son imaginaire, où flotte le parfum des airs germano-nippons et la gravité des épopées antiques, continue de séduire ceux qui refusent la fadeur postmoderne et cherchent dans l’animation autre chose qu’un simple divertissement, qu’un loisir non studieux.


    📋 Tableau Récapitulatif

    Titre (FR/EN) Format Nombre d’épisodes
    Albator (Capitan Harlock) Série TV 42
    Galaxy Express 999 Série TV 113
    The Cockpit OVA (anthologie, direct‑vidéo) 3

    🛎 Sentence par KO

    Ainsi donc, Matsumoto demeure une boussole pour qui veut respirer l’air vif de quelques anciennes grandes fresques animées, loin du cosmopolitisme aseptisé et du « jeunisme » criard.

    Ses récits ne sont point une nostalgie vaine : ils invitent à contempler l’âme humaine dans son tragique, à méditer sur la liberté quand tout s’effondre, à comprendre que l’esthétique germano-nippone, la solitude stoïque qui, transposée dans un futur imaginaire, devrait redevenir symbole d’une verticalité perdue.

    NDLR : Nous le confessons sans détour – nous sommes de cette génération qui a connu le pavillon noir d’Albator claquant sur un écran cathodique et qui peine à se retrouver dans les productions cosmopolites actuelles, trop clinquantes et vides de sacré. Revoir Harlock, entendre siffler le 999 ou frissonner devant The Cockpit, c’est renouer avec une animation où l’on pouvait, sans cynisme, parler d’honneur, de mort et de destin.

    Post-Scriptum : que les contempteurs de la « rigueur martiale » passent leur chemin : Matsumoto n’est point un faiseur d’apologie, mais un conteur des hommes que l’Histoire avait jetés dans ses fournaises. À ce titre, son œuvre mérite déférence et revisitation. D’ailleurs, il promeut plutôt une vision antimilitariste, une foi en l’Avenir et dénonciation de la démence guerrière ou guerre destructrice moderne.


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