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Publié le par Florian Rouanet
Ou une réflexion entre opposition à Weimar et un mouvement européen de renouveau
Sommaire
I. Révolution conservatrice : définitions des sens étroit et large
II. Penseurs occidentaux autres qu’en Allemagne
III. Focus sur Juan Vázquez de Mella et sa pensée traditionalisteI. Révolution conservatrice : définitions des sens étroit et large
La notion de « révolution conservatrice » est un concept polymorphe, situé parfois au-delà des clivages, qui s’inscrit dans des contextes historico-philosophiques variés.
Au sens strict, elle désigne un courant intellectuel et politique apparu dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, marqué par une opposition résolue à la République de Weimar et à ses principes libéraux-démocratiques. Il y a eu, en effet, parmis eux eux de jeunes royalistes, des pro-prussiens et des racialistes néo-paiens, encore « distincts » des nationaux-socialistes…
Au sens large, ce terme peut aussi s’appliquer à une pensée européenne plus vaste, cherchant à allier tradition et modernité, en privilégiant la conservation de ce qui mérite de l’être : la morale, le patriotisme, l’ordre social et les principes universels du Bien.
1. Sens étroit : l’opposition à Weimar
La révolution conservatrice allemande se développe dans les années 1920-1930 et regroupe de très divers intellectuels, écrivains et penseurs. Opposés au marxisme et au libéralisme, ces hommes ne souhaitent pas un retour pur et simple au passé (comme les réactionnaires et les royalistes), de ne pas conserver la « lettre morte » (Edmund Burke & saint Paul), mais un dépassement créatif des idéologies modernes. Parmi eux, on trouve Ernst Jünger, Arthur Moeller van den Bruck, Oswald Spengler, Carl Schmitt.
Ces figures prônent une refonte spirituelle, nationale et organique de la société, en opposition au matérialisme ambiant. Après guerre, c’est son partisan Armin Mohler qui inventera et promouvra le terme.
2. Sens large : un carrefour entre tradition et modernité en Europe
Dans un cadre élargi, la révolution conservatrice désigne un effort afin de renouer avec une pensée enracinée dans la tradition, mais capable de répondre aux défis posés par ladite modernité. Contrairement à une réaction figée, ce mouvement intègre des éléments nouveaux lorsqu’ils renforcent les piliers moraux et culturels d’une nation et de la civilisation. Il s’agit donc de créer un patrimoine futur digne d’être transmis, fondé sur des principes patriotiques, chrétiens et sociaux.
II. Penseurs occidentaux autres qu’en Allemagne
La Révolution conservatrice, comprise au sens large, et sans contenir le courant de Ronald Regan aux États-Unis, réunit des penseurs européens, occidentaux et « latino-américains », échappant aux dogmes du progressisme ou de la réaction purement passéiste.
Voici quelques-unes de ses figures emblématiques :
1. En Espagne : Juan Vázquez de Mella (1861-1928)
Ce penseur carliste (royaliste viril) est l’un des principaux théoriciens de la tradition espagnole. Il critique le libéralisme destructeur et propose une société chrétienne organique fondée sur le droit naturel, l’autorité morale et le respect des autonomies régionales et des lois de l’Eglise catholique.
2. En Argentine : Nimio de Anquín (1896-1979)
Philosophe et juriste, Nimio de Anquín adapte les principes thomistes et conservateurs à la réalité sud-américaine, en tant que contemporain de son compatriote Abbe Julio Meinvielle ! De constat sédévacantiste presque avant l’heure (!), il plaide aussi pour une synthèse entre catholicisme, hispanité et une critique du rationalisme moderne.
3. En France : Alexis Carrel (1873-1944)
Médecin et essayiste, Alexis Carrel promeut une vision holistique (partant aristotélicienne, avec Roberto Fondi) de l’homme. Dans son ouvrage L’Homme, cet inconnu, comme dans Réflexions sur la conduite de la vie, il appelle à une réforme morale et spirituelle de la civilisation occidentale, tout en insistant sur la nécessité de préserver les traditions ethniques et religieuses.
Ces figures illustrent une pensée conservatrice capable de dialoguer avec son époque, d’être radical et ainsi révolutionnaire, tout en refusant les simplismes et faussetés idéologiques.
III. Juan Vázquez de Mella : théoricien de la tradition hispanique
1. Une vie consacrée à la défense de la tradition
Juan Vázquez de Mella, figure majeure du carlisme espagnol, fut un orateur et un écrivain de premier plan. Né en 1861 dans les Asturies, il consacra sa vie à défendre une Espagne catholique et fédérale, s’opposant fermement au libéralisme centralisateur.
Son œuvre principale repose sur une conception organique de la société. Selon lui, l’ordre politique ne doit pas être imposé par des abstractions idéologiques, mais découler des réalités naturelles et historiques.
« La nation n’est pas un produit artificiel ; elle est le fruit d’une longue maturation historique, unie par la foi, la langue et la culture. »
Discursos parlamentarios (recueil de ses discours).
2. Une vision du politique enracinée dans le droit naturel
Pour Juan Vázquez de Mella y Fanjul (1861-1928), le droit naturel est le socle de toute législation juste. Les lois humaines doivent refléter les principes immuables gravés dans la nature humaine et la loi divine. Il déclare dans la lignée de l’aristotélicme :
« La vraie liberté ne consiste pas à faire ce que l’on veut, mais à se conformer à ce qui est juste et bon. »
La Tradición política española
Son rejet du libéralisme ne le pousse pas à l’immobilisme. Au contraire, il propose une véritable réforme politique fondée sur les autonomies locales (des fueros) et la subsidiarité, une idée éminemment moderne dans son enracinement traditionnel.
3. Une critique du modernisme et un appel au renouveau
Vázquez de Mella critique violemment le modernisme intellectuel, qu’il voit comme une déviation rationaliste et matérialiste. Cependant, il appelle à une adaptation créative des principes chrétiens à l’époque contemporaine :
« La tradition n’est pas un musée de vieilles pierres, mais une source d’inspiration vivante pour bâtir l’avenir. »
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