• L’impossibilité de la théorie d’un « épiscopat diminué »



    Encore une innovation contre laquelle nous nous dressons

  • Ou quand Jean-Tradi s'auto-coupe les bourses ! Citations maestro !

    Préambule :

    Le traditionalisme catholique lato sensu, traversé par des controverses ecclésiologiques nombreuses, est hélas encombré de théories nouvelles/innovatrices qui s’éloignent du véritable enseignement de l’Église. Parmi ces erreurs 2.0, celle de l’« épiscopat diminué », introduite par le dominicain et père Guérard des Lauriers, mais présente également chez les lefebvristes, s’est répandue insidieusement dans divers cercles, y compris parmi ceux qui, pourtant, prétendent restaurer la Tradition.

    Cette théorie, qui prétend dissocier à outrance le pouvoir d’ordre de celui de juridiction dans l’épiscopat catholique, n’est qu’une innovation étrangère à la théologie de toujours. Or, lorsque l’on prend la peine d’étudier les véritables sources théologiques – celles qui précèdent les années 1960 –, force est de constater que toutes les positions des mouvements traditionalistes modernes s’effondrent devant la doctrine immuable de l’Église.

    Nous nous proposons ici d’enfoncer une nouvelle porte fermée, en rappelant les principes catholiques indiscutables concernant la juridiction des évêques légitimes.

    Sommaire :

    I. L’enseignement des Papes : l’évêque, prince de l’Église
    II. L’autorité des conciles : le rôle sacré des évêques
    III. L’enseignement des théologiens : une tradition immuable
    IV. Une erreur persistante à réfuter

    I. L’enseignement des Papes : l’évêque, prince de l’Église

    Dès les premiers siècles du christianisme, il fut établi que l’évêque n’est pas un simple auxiliaire du Pontife romain, mais qu’il possède, par sa consécration même, une autorité propre au sein de l’Église.

    Léon XIII, dans Sapientiae Christianae (10 janvier 1890), rappelle que :

    « Les évêques sont véritablement princes dans la hiérarchie ecclésiastique : et comme chacun d’eux est préposé au gouvernement d’une Église particulière, ils sont, dit saint Thomas, « comme les ouvriers principaux dans la construction de l’édifice spirituel » (…). »

    Plus encore, dans Satis Cognitum (29 juin 1896), il précise :

    « Les évêques, en leur qualité de successeurs des Apôtres, sont les héritiers du pouvoir ordinaire des Apôtres, de telle sorte que l’ordre épiscopal fait nécessairement partie de la constitution intime de l’Église. (…) Ils possèdent une autorité qui leur est propre, et ils portent en toute vérité le nom de prélats ordinaires des peuples qu’ils gouvernent. »

    Pie XII, quant à lui, dans son Allocution au congrès mondial de l’apostolat des laïcs (1951), affirme que :

    « Celui d’enseigner et de gouverner est le propre du Pape et des Évêques. »

    Le pouvoir épiscopal est donc indissociablement lié à la gouvernance des fidèles.

    II. L’autorité des conciles : le rôle sacré des évêques

    Loin d’être une innovation de la papauté médiévale, la reconnaissance du pouvoir des évêques remonte aux sources apostoliques, comme le rappelle le Concile de Trente :

    « Ils [les évêques] ont été posés par le Saint-Esprit pour régir (regere) l’Église de Dieu. »
    (Session XXIII, chapitre 4, Denzinger 960)

    Le concile provincial de Cologne, en 1860, réaffirme également cette vérité :

    « Bien que la puissance épiscopale sur toute l’Église revienne au Pontife Romain, cependant les autres évêques sont participants de la puissance de gouverner l’Église. C’est là la fin même de l’institution de l’épiscopat. »

    Ces définitions conciliaires prouvent l’absurdité d’un prétendu « épiscopat diminué » : jamais l’Église n’a envisagé un épiscopat privé de juridiction, car ce serait nier l’essence même de son rôle.

    III. L’enseignement des théologiens : une tradition immuable

    Saint Thomas d’Aquin le résume avec clarté :

    « L’évêque est le principe de tout l’ordre ecclésiastique. »
    (Somme Théologique, III, q.82, art.1, ad 4)

    Le dominicain Guérard des Lauriers lui-même, avant sa dérive conclaviste, écrivait :

    « Un évêque supposé non subordonné à l’Évêque de Rome, c’est RIEN. »
    (Le Cheval de Troie dans la Cité de Dieu, p.19)

    Mais cette affirmation est contredite par son propre écrit quelques pages plus loin :

    « Tout évêque, étant établi immédiatement par le Saint-Esprit, est, en vertu même de la consécration qu’il reçoit personnellement, successeur des Apôtres et membre de droit de la Hiérarchie ecclésiale. »
    (Ibid., p.48)

    Cette contradiction interne dans la pensée de Guérard des Lauriers illustre bien l’incohérence de la théorie de l’« épiscopat diminué ».

    Le père Marie-Dominique Bouix, grand canoniste, établit quant à lui une définition sans ambiguïté :

    « Dans le concept de l’épiscopat, tel que le Christ l’a institué, ces deux choses sont incluses : la plénitude du sacerdoce, et la destination au gouvernement ecclésiastique. »
    (Tractatus de episcopo, Paris, 1889, T.1, p.90)

    Le père Adrien Gréa renchérit :

    « L’ordination légitime confère toujours la communion [épiscopale], parce qu’elle place celui qui la reçoit dans la hiérarchie de l’Église universelle. »
    (De l’Église et de sa divine constitution, 1885, p.111)

    D’anciens évêques français enseignent encore :

    B. PIAULT, Nouvelle Revue Théologique, décembre 1949, p.1042 :
    « Un pouvoir pastoral qui recourt au gouvernement, au sacrifice, à l’enseignement : voilà l’épiscopat, voilà, pouvons-nous conclure, ce que cet ordre suprême confère à l’évêque. »

    M.J. GERLAUD o.p., Revue des Jeunes, L’Ordre, Desclée 1930, p.226 :
    « La consécration sacerdotale, d’un ordre strictement sacramentel, n’exige en elle-même aucune juridiction sur le Corps Mystique, bien qu’elle crée une aptitude à cette juridiction (…) La consécration épiscopale, en revanche, est d’une nature différente de la consécration sacerdotale, car elle confère au Corps Mystique le pouvoir de régence du Christ, et crée une exigence de juridiction. »

    H. BOUESSE o.p., Le sacerdoce chrétien, 1957, p.122 et p.195, note 27 :
    Cet auteur enseigne que « le pouvoir épiscopal… exige que l’évêque possède une juridiction sur un troupeau déterminé, une responsabilité effective d’enseignement et de gouvernement, et non seulement une responsabilité virtuelle. »
    « Le couronnement… ordonne immédiatement de gouverner… le troupeau chrétien. C’est une participation au pouvoir royal de Jésus-Christ. » (L’évêque dans l’Église du Christ, collectif, Postface, DDB, 1963, p.364).

    IV. Une erreur persistante à réfuter

    La théorie de l’« épiscopat diminué » n’est qu’une nouvelle invention visant à justifier une attitude attentiste et quiétiste face à la crise de l’Église. Elle tend à priver les évêques traditionalistes de leur mission de gouvernement, en contradiction flagrante avec la théologie catholique, le magistère et les enseignements des Pères et des théologiens.

    Le grand cardinal Robert Bellarmin le rappelait déjà :

    « L’Église ne manque jamais de dirigeant, parce que le Christ vit toujours et qu’il y a toujours dans l’Église des évêques qui peuvent choisir et créer de nouveaux pasteurs. »
    (De Clericis, lib. I, cap. VII)

    Notre combat est donc clair, plutôt que de réduire l’autorité universelle des évêques proche de zéro : restaurer l’ordre catholique passe par la reconnaissance pleine et entière de la mission des évêques légitimes, sans chercher à atténuer leur rôle par des arguties théologiques modernistes.

    🔗 Source originale (en espagnol) :
    👉 https://ilustraciondivina.wordpress.com/2024/01/25/sobre-el-error-del-episcopado-disminuido/

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    Pour lire l’article plus complet de nos confrères hispaniques :

    Sobre el error del «Episcopado Disminuido»

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