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Publié le par Florian Rouanet
✨ Pour l'esprit, l'âme, mais aussi son temple qu'est le corps ✨
⁂ Arène de combat
Ô lecteur studieux, voici l’évocation pénétrante d’un abîme à la fois doctrinal, politique et charnel : la sécularisation criminelle des sociétés occidentales. En chaque fibre de notre histoire, ce fut bien plus qu’un retrait du sacré, ce fut sa négation. Là où le corps jadis était temple, il ne reste que carcasse marchandée ; là où l’âme chantait, elle s’étouffe désormais sous la cendre du relativisme.
Or, pour qui s’enquiert des origines de cette calamiteuse mutation, il faut débusquer les sophistes de la raison immanente, les tailleurs de lois humaines détachées de Dieu. Paul Hazard dénonça l’avant-garde que formèrent Grotius — avocat protestant hollandais — et Pufendorf — historien, juriste et philosophe allemand —, et allant à l’encontre du trône du Christ. L’esprit se déliait alors du Ciel, et le politique usurpait le médiateur surnaturel. Qu’on lise leurs traités, et l’on y sent l’acide de la désacralisation.
Quand l'Église fut détrônée, l'homme perdit sa lumière
☕ Bandage lexical
SÉCULARISATION : « Processus par lequel des institutions, valeurs ou représentations religieuses perdent leur importance au profit de la sphère profane. »
IUS GENTIUM : Droit des gens, ou droit naturel commun aux nations, fondé dans l’Antiquité sur la loi naturelle, chrétienne en Europe, catholique jusqu’à la Renaissance.
ETSI DEUS NON DARETUR : Formule latine signifiant « comme si Dieu n’existait pas ». Anti-clé de voûte de la construction juridique profane selon Grotius.
☕ Vielle leçon létale
« Demeurer ; éviter tout changement, qui risquerait de détruire un équilibre miraculeux : c’est le souhait de l’âge classique. Elles sont dangereuses, les curiosités qui sollicitent une âme inquiète ; dangereuses et folles, puisque le voyageur qui court jusqu’au bout du monde ne trouve jamais que ce qu’il apporte : son humaine condition. Et quand il trouverait autre chose, il n’en aurait pas moins émietté son âme. Qu’il la concentre, au contraire, pour l’appliquer aux problèmes éternels, qu’on ne résout pas en se dissipant. Sénèque l’a dit : le premier indice d’un esprit bien réglé est de pouvoir s’arrêter, et demeurer avec soi -même ; et Pascal a découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seu le chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre. »
— Paul Hazard, La Crise de la conscience européenne (p.9 PDF)
Σ Plan d’attaque par manche
- 💉 Le poison de Westphalie
- 🔪 La rupture Grotius : un droit sans Dieu ?
- ⛪ Saints Pères et République : prudence et critique
- ⚠️ Corps sécularisé, chair profanée
Église sans foi, cette Europe sécularisée
I. 💉 Le poison de Westphalie
Ce fut en 1648, aux abords du Rhin, que se scella dans les ors diplomatiques la mort officieuse de la Chrétienté. Le traité de Westphalie, en mettant fin aux guerres dites de religion, ne fit point que pacifier des armées : il déposa la Papauté comme puissance politique.
Aucune convocation du Pontife romain, aucun siège pour la Foi. L’ordre naturel de la Chrétienté fut disloqué, chaque prince se proclamant légitime détenteur du sacrum imperium au sein de son État. Le Sacré fut nationalisé, relativisé, humilié. Ce fut un reniement — progressive dans le temps, et criminelle — de la vision catholique de la Respublica Christiana, celle qu’avaient servie Charlemagne, Innocent III ou encore saint Louis.
Le monde politique, désormais autonome, réduisit la religion à un registre privé. C’était la naissance de la laïcité moderne, que protestants, athées et juifs inventèrent, afin d’atténuer diaboliquement la répression à leur égard… L’Église n’était plus mère et reine des nations, mais « tolérée » comme gouvernante vieillissante, reléguée de préférence à la sacristie.
II. 🔪 La rupture Grotius : un droit sans Dieu ?
Hugo Grotius, protestant hollandais au verbe habile — mais non pour faire le souverain Bien —, s’illustra en 1625 par la publication de De Jure Belli ac Pacis. Par son entreprise, il fonda une jurisprudence qui se voulait autonome, purement rationnelle, fondée sur l’idée selon laquelle le droit des gens subsisterait « comme si Dieu n’existait pas » — etsi Deus non daretur.
Que signifie cette formule ? Elle n’exclut point Dieu en tant qu’être, mais elle proscrit sa nécessité pour fonder le juste. Le Bien commun devient une variable humaine — sentimentale, ponctuelle —, décidée par des assemblées, sans référence transcendante. Ainsi, à la place de la loi naturelle thomiste, ancrée dans l’éternelle sagesse divine — Que Duns Scot ne remettait pas en cause —, Grotius institue une « loi naturelle déiste », agnostique.
Paul Hazard décrit ce basculement comme la fissuration d’un ordre intellectuel, métaphysique et spirituel sans précédent : les docteurs de la scolastique, jusqu’alors phares de la réflexion politique, furent détrônés par les juristes rationalistes, et ce, bien avant que la révolution-subversion de 1789 ne survienne. C’est ainsi que fut introduit le virus dans le corps étatique : celui d’une « souveraineté« , sans le Christ, et qui allait bientôt laissait place au cosmopolitisme dégénéré.
III. ⛪ Saints Pères et République : prudence et critique
L’on serait tenté, par une lecture biaisée, de faire de saint Augustin ou saint Jérôme des « républicanistes » antiques voire modernes avant la lettre. Il n’en est rien. S’ils rendent justice à certaines vertus civiques, ce n’est que pour mieux les placer dans la lumière éclatante du Christ.
Saint Augustin, dans La Cité de Dieu, distingue la république selon Cicéron, fondée sur la justice, et celle des Romains, souvent vidée de cette même justice. Ici, il salue la rigueur, mais dénonce l’idolâtrie. Saint Jérôme, quant à lui, loue l’art de la rhétorique romaine et les vertus antiques, mais les tient pour vaines si elles ne se récapitulent en Notre Seigneur.
Ainsi, la Tradition comme l’Église, tout en reconnaissant des modèles civiques à l’Antiquité, ne les approuva jamais sans les juger à l’aune de la Vérité chrétienne et du Bien commun.
IV. ⚠️ Corps sécularisé, chair profanée
Ce qui était une âme s’est déchu en marchandise laïque-protestante puis productivité libéralo-marxiste. Ce qui fut temple est devenu salle de dépassement de soi. Le corps humain, qui fut sanctifié par le baptême et reçut l’onction de l’Esprit, se voit désormais traité comme un objet voire une viande parmi d’autres.
Des sciences médicales aux lois sociétales immorales — contraception, promiscuité sexualisée, avortement, euthanasie, mutilation dite de genre, etc. —, l’être de chair n’est plus défini par son orientation vers Dieu, mais par ses usages matériels et prosaïques — manger, faire ses besoins, etc.
Quand la loi ne reconnaît plus la dignité baptismale, elle finit par décider qui vit et qui meurt. Et le monde applaudit, en réclamant plus d’autonomie, c’est-à-dire plus de servitude — envers le péché et les basses inclinations humaines.
Lorsque l'on méprise Dieu, on finit aussi par écraser l'homme — également imago Dei
🔎 Frappe chirurgicale inflige KO
À l’issue de cette fresque de malheur, qu’on ne vienne point dire que la sécularisation fut une douce évolution. Elle fut une entreprise de profanation, un renversement de l’autel, un vol du sacrilège, souvent débattu en milieu politique et battu dans le sang.
Ce processus débuta dans les chancelleries, poursuivit dans les traités juridiques de ces derniers siècles occidentaux, avant de corrompre les chairs elles-mêmes — notamment de façon encore plus visible avec Vatican II. De la désacralisation de la loi, nous sommes parvenus à la liquidation des corps… Ce n’est point une coïncidence, mais une chaîne.
Il incombe aux fils de Carolus Magnus, du glaive et de l’autel, à ceux de Tradition et de Chrétienté, de renouer avec la vraie science/sagesse politique : celle qui se fonde sur l’ordre créé et sur la Royauté sociale de Notre Seigneur. Quand bien même les nations dérogeraient à ce devoir, l’homme intègre, lui, peut encore s’y rallier : car il vaut mieux être courroucer des Nations que par Dieu.
Post-Scriptum :
La « restauration » n’est point une utopie. Elle est le réveil d’un ordre ancien, ne demandant qu’à revenir. Que celui qui a des oreilles entende !Pugiliste lettré
📚 Pour approfondir
- Paul Hazard, La Crise de la conscience européenne (Gallimard, 1935)
- Saint Augustin, La Cité de Dieu.
- Grotius, Du droit de la guerre et de la paix, éd. Dalloz
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