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Publié le par Florian Rouanet
Il est possible d'être nationaliste, dans son échelle et ordre propre, tout en étant "universaliste", et ce, sans manquer à la bienséance de l'honnête homme, ni même à la catholicité, et cela est même un devoir que de professer ces choses !
Préambule :
Contrairement à l’image moderne d’un humanisme strictement universaliste – abstrait, souvent associé aux Lumières et à la franc-maçonnerie –, il s’avère que ce courant porta surtout, en premier lieu, des aspirations patriotiques et ethniques profondes.
En effet, des figures de la Renaissance jusqu’au XIXᵉ siècle affirmèrent leur attachement à une identité propre, enracinée dans l’histoire et la culture de leur patrie.Cet article se propose d’explorer comment cet humanisme, loin d’être une simple négation des identités locales ou centralisées, fut au contraire un levier pour leur affirmation. En outre, les Humanitas constituent surtout une école de formation exigeante, régentant la vie de l’érudit et de l’homme complet.
La France et l’Italie offrent deux tableaux particulièrement révélateurs de cette dynamique. Nous essayons de donner des clefs de lecture sur cette lente unité nationale qui se construit.

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Sommaire :
I. France et Italie : un humanisme ancré dans les nations
II. Renaissance et XIXᵉ siècle : entre enracinement et conscience civilisationnelle
III. Une unité européenne affirmée à travers les civilisations
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I. France et Italie : un humanisme ancré dans les nations
L’humanisme, loin d’être un projet uniformisateur visant à effacer les particularismes nationaux, permit en réalité l’éveil d’une conscience linguistique, littéraire et culturelle propre à chaque peuple.
L’affirmation d’un humanisme français
En France, l’essor de la période classique des sous Louis XIV, ses compositeurs, son architecture, Molière, Mgr Bossuet et bien d’autres ont contribué à cette édification.
Également, Joachim du Bellay, aux côtés d’autres érudits de la Pléiade, entreprit de magnifier la langue française, en réponse à la domination du latin et au prestige de la Renaissance italienne. Dans son Discours sur la dignité de la langue française, il affirmait ainsi la nécessité de donner au français une place digne parmi les grandes langues de culture, s’inspirant davantage de la Grèce antique que de Rome, afin de contrer l’hégémonie latine.
La Pléiade est un groupe de poètes français du XVIe siècle, composé notamment de Pierre de Ronsard, Joachim du Bellay, Jean-Antoine de Baïf, Étienne Jodelle, Rémy Belleau, Jean Dorat, Jacques Peletier du Mans et Pontus de Tyard. À travers leurs œuvres littéraires et leurs textes théoriques, leur ambition était de renouveler et perfectionner la langue française et de participer à son émancipation du latin.
Cette exaltation de la langue française trouva un écho bien plus tard, au XVIIIᵉ siècle, avec Antoine de Rivarol, auteur du Discours sur l’universalité de la langue française. Paradoxalement, Rivarol, et avec son patriotisme linguistique, se démarquait par des positions contre-révolutionnaires, ce qui était rare dans un contexte où le patriotisme était souvent accaparé par les idéaux révolutionnaires et républicains.
L’Italie et le mythe de l’Italia irredenta
En Italie, un pays qui a connu au Moyen Âge le conflit des Guelfes et des Gibelins, et un Dante pratiquant la langue vernaculaire, l’humanisme fut d’abord marqué par une fragmentation politique qui affaiblit le pays face aux ambitions étrangères. Conscients de cette vulnérabilité, certains intellectuels transalpins en vinrent à nourrir une nostalgie patriotique, cherchant à redonner un souffle unificateur à leur nation éclatée.
Ce mouvement de concrétisation national est arrivé bien tardivement, c’est pourquoi Mussolini a voulu se doter dans l’urgence d’un Empire colonial lui permettant de raviver la Rome antique !Et avant la « victoire mutilée » de D’Annunzio, le concept d’Italia irredenta (Italie non rachetée ou inachevée) illustre cette volonté d’unité, car une élite italienne pleurait sur le sort de leur pays. Dès le XIXᵉ siècle, ce mouvement « nationaliste républicain » revendiquait la réunion des territoires italiens sous domination étrangère, certes contre Rome et contre l’Empire catholique – empire austro-hongrois.
Cette quête d’unité, bien que teintée d’un libéralisme maçonnique et bourgeois – des Mazzini, des Victor-Emmanuel II, des Cavour et des Garibaldi –, étranger à nos principes, témoigne néanmoins de la résurgence d’une identité nationale latente.II. Renaissance et XIXᵉ siècle : entre enracinement et conscience civilisationnelle
Si l’affirmation des identités nationales se fit de manière distincte en France et en Italie, et à différents moments, elle ne s’opposa point à la conscience d’un héritage européen commun.
L’essor des États-nations et le maintien d’une mémoire commune
Avec l’émergence progressive des États-nations entre la Renaissance et le XIXᵉ siècle, la consolidation des langues et des cultures particulières fut perçue comme une nécessité et une évidence. Mais cette évolution ne signifiait nullement la rupture avec une idée plus large d’unité civilisationnelle.
L’Europe, en effet, ne se définit pas uniquement par une mosaïque de nations autonomes, mais également par une matrice commune, forgée par l’héritage gréco-romain et l’ordre chrétien.
Effectivement, dès la Renaissance, l’attachement aux textes antiques, à la scolastique médiévale et aux traditions populaires permit de réconcilier l’esprit national avec une vision plus large de la civilisation partagée.De même, au XIXᵉ siècle, si le nationalisme servit d’instrument pour l’unification des États, il ne s’agissait point d’un nationalisme destructeur de l’ordre européen.
Au contraire, des penseurs tels que Johann Herder ou Joseph de Maistre insistaient sur l’interdépendance nationale, soulignant l’importance d’un équilibre entre souveraineté nationale et unité continentale.III. Une unité européenne affirmée à travers les civilisations
L’Europe comme espace de synthèse
Loin de l’universalisme déraciné prôné par certains, suivez notre regard (!), l’Europe historique s’est construite sur une dialectique subtile entre identité provinciale, nationale et européenne. Ce qui liait les nations européennes n’était pas un nivellement artificiel, mais bien un fonds culturel et cultuel commun.
Ainsi, de la Renaissance jusqu’au XIXᵉ siècle, et bien au-delà, la quête d’unité nationale ne fut jamais incompatible avec la conscience d’appartenir à un ensemble plus vaste. Loin d’opposer patriotisme et civilisation européenne, les penseurs de cette époque comprirent que la force d’une nation résidait autant dans son enracinement que dans sa participation à une littérature et à un esprit partagés.
En définitive, la tension entre humanisme et nationalisme, loin d’être une opposition irréconciliable, fut au contraire l’un des moteurs de notre histoire et de celle nos voisins proches forgeant la richesse de notre continent.
Nous voulons : une conscience européenne, affirmée à travers des initiatives nationales tempérées !

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Pour approfondir à titre littéraire !
- Joachim du Bellay, Défense et illustration de la langue française (1549)
- Antoine de Rivarol, Discours sur l’universalité de la langue française (1784)
- Joseph de Maistre, Considérations sur la France (1796)
- Johann Herder, Idées pour la philosophie de l’histoire de l’humanité (1784-1791)
- Dante Alighieri, De vulgari eloquentia (1303-1305) – Réflexion sur la langue italienne et son rôle dans l’unité nationale
- Giuseppe Mazzini, Devoirs de l’homme (1860) – Texte fondateur du nationalisme italien
- Vincenzo Gioberti, Le Primat moral et civil des Italiens (1843) – Vision d’une Italie unie sous une autorité morale
- Gabriele D’Annunzio, Orationi e discorsi (1921) – Discours exaltant l’Italie comme héritière de Rome
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