• Petite histoire catholique ultramontaine



    Origine militante, promoteurs, mouvements et actualités

  • Ou la Papauté au-delà des monts,
    au-delà des Alpes !

    Introduction (contexte et linguistique)

    En guise de préambule, en culture générale comme pour la droite radicale, précisons que notre démarche se veut d’abord clarificatrice : explorer l’histoire des « ultramontains » pour en tirer un portrait essentiel, rigoureux et utile à la compréhension du combat de la foi catholique comme moteur de justice sociale et du bien commun.

    Nous distinguerons, l’ultramontanisme authentique d’un surnaturalisme désengagé et décadent, de conservateur modéré, lequel aurait cherché à isoler la foi des affaires temporelles, au risque de la rendre étrangère à la justice sociale et à l’action politique.

    Sans exception, l’ultramontain est un catholique militant, car il affirme justement la catholicité et l’incarne : il ne quitte pas la scène politique, il ne se coupe pas de la justice sociale ! L’ultramontanisme ne consiste pas en un désengagement, mais bien en une affirmation de l’autorité spirituelle, éclairant l’ordre politique et moral.

    Nous aborderons ici ses origines, son développement, et ses manifestations dans l’histoire contemporaine, tout en identifiant ses grandes figures, ses mouvements militants.

    L’ultramontanisme tire son nom du latin ultra montes (au-delà des montagnes, référence aux Alpes) et désigne, dès le Moyen Âge, la primauté de l’autorité pontificale romaine sur les Églises locales et défendant le rôle de la juridiction de l’Eglise sur la Cité (contre le gallicanisme français et le type d’abus de pouvoir, telle Philippe Lebel contre Boniface VIII, ou tels les doges lors de la Renaissance vénitienne).

    Quelques citations clés pour introduire et enrichir le propos

    Louis Veuillot : « Nous ne sommes forts qu’autant que nous sommes romains. »

    Cardinal Pie : « Si la société ne se soumet pas à Dieu, elle finira par se soumettre aux hommes. »

    La royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus Christ

    Pie IX : « L’Église est par essence et par institution une société visible ; son chef visible est par institution divine le Pontife Romain. »

    L’Ultramontanisme : origines, figures et héritages

    L’ultramontanisme, parfois caricaturé, mérite une analyse approfondie, tant pour son impact historique que pour les leçons qu’il offre aux temps présents.

    Origines et essor de l’ultramontanisme

    Définition et racines doctrinales
    L’ultramontanisme puise ses fondements dans la primauté du Pape sur l’Église universelle, un principe reconnu dès le Haut Moyen Âge et consolidé par le Concile de Trente (1545-1563). Étymologiquement, ultra montes – « au-delà des montagnes » – désigne le Pape de Rome vu depuis les territoires au nord des Alpes. À cette autorité spirituelle se greffe une fidélité stricte aux dogmes et aux enseignements pontificaux, qu’ils soient religieux ou moraux.

    Contexte contemporain : de la Révolution française au Concile du Vatican

    L’émergence de l’ultramontanisme moderne coïncide avec les bouleversements des Lumières, des révolutions nationales et de la montée du libéralisme. Contre ces menaces, lesquelles pèsent sur l’Église et ses fidèles, les ultramontains réaffirment le rôle du Saint-Siège comme guide spirituel, mais aussi en tant que garant de l’ordre moral. Cette intensification culminera au XIXe siècle, notamment lors du Concile Vatican (1869-1870), avec la définition du dogme de l’Infaillibilité pontificale, déjà admis bien auparavant.

    Les grandes figures ultramontaines

    Le cardinal Pie : ultramontain ou figure distincte ?

    Évêque de Poitiers et théologien influent, le cardinal Pie (1815-1880) s’illustra par son combat pour la royauté sociale du Christ. S’il partage la conception d’une fidélité absolue au Saint-Siège, son approche propose un accent particulier sur la soumission de la société aux lois divines :

    « Ce n’est pas la société qui fait la vérité, mais la vérité qui doit régir la société. »

    Le cardinal Pie peut ainsi être vu comme un allié des ultramontains et sa pensée accompagne ce cadre en insistant sur la dimension proprement politique du règne du Christ-Roi.

    Louis Veuillot et son militantisme journalistique

    Louis Veuillot (1813-1883), directeur du journal L’Univers, fut l’un des principaux artisans de la diffusion des idées ultramontaines. Il n’est pas toujours apprécié des royalistes, voyant la monarchie comme obligatoire voire dogmatique…, sa plume combative s’élevait contre les erreurs modernes et réaffirmait le rôle central du Pape. Il résumait ainsi son engagement :

    « Là où est Pierre, là est l’Église. »

    Veuillot incarne une figure intellectuelle et militante, alliant défense doctrinale et engagement dans les débats de son temps.

    Dom Guéranger : le restaurateur de la liturgie romaine

    Dom Prosper Guéranger (1805-1875), abbé de Solesmes, fut l’une des figures marquantes du renouveau catholique au XIXᵉ siècle, notamment par son combat pour l’unité liturgique autour du rite romain. Convaincu que la liturgie est le cœur de la vie chrétienne, il voyait en elle une arme spirituelle au service de l’Église universelle, et un rempart contre les dérives gallicanes ou jansénistes.

    « La Liturgie n’est donc pas simplement la prière, mais bien la prière considérée à l’état social. […] On peut même dire que la Liturgie est l’expression la plus haute, la plus sainte de la pensée, de l’intelligence ce de l’Église, par cela seul qu’elle est exercée par l’Église en communication directe avec Dieu dans la Confession, la Prière et la Louange. »

    Dom Guéranger, Premier chapitre des Institutions liturgiques

    Ultramontain sur le plan liturgique et fidèle défendeur de la Papauté, Dom Guéranger a restauré l’ordre bénédictin en France, faisant de Solesmes un foyer de spiritualité, de fidélité au Saint-Siège, et de promotion des traditions catholiques millénaires.

    S.S. le Pape Pie IX et le rôle du pontificat

    Pie IX (1846-1878) est une figure incontournable de la consolidation papale. Son pontificat, marqué par des oppositions politiques et la perte des États pontificaux, fut également celui d’une consolidation doctrinale. Sous son règne, le Concile du Vatican proclame en 1870 le dogme de l’Infaillibilité pontificale, acte central de l’ultramontanisme. Pie IX déclarait :

    « L’Église est par essence et par institution une société visible ; son chef visible est par institution divine le Pontife Romain. »

    Groupes militants et manifestations historiques

    Les zouaves pontificaux : la défense armée de la foi

    Le corps des zouaves pontificaux, formé en 1860, constitue une expression saisissante de l’ultramontanisme. Composé de volontaires de divers pays, il défendit les États pontificaux contre les forces révolutionnaires italiennes des Garibaldi, Mazzini et consorts. Ces hommes, souvent animés par une foi ardente, avaient pour cri de guerre : « Vive Pie IX ! ».

    Leur action dépasse le simple militarisme : elle témoigne d’une fidélité totale au Saint-Siège, mais aussi d’un refus de séparer foi et engagement dans la cité terrestre.

    Les cercles catholiques sociaux et ouvriers et la justice sociale

    Fondés par des figures comme Albert de Mun (1841-1914), les cercles catholiques ouvriers illustrent l’extension de l’ultramontanisme au domaine social. Ces organisations cherchaient à évangéliser le monde ouvrier tout en luttant contre les injustices sociales, et en sauvant cette classe sociale des marxistes athées, dans l’esprit de la doctrine sociale de l’Église, dont Leon XIII le Pape et le chantre littéraire ! René de la Tour du Pin s’en inspirera et suivra cette dynamique également, contre les temps tièdes de la fin du XIXe siècle.

    Critères de l’ultramontanisme authentique

    Primauté de Rome et unité de foi

    L’ultramontanisme se définit d’abord par une fidélité totale au Pape en tant que guide spirituel. Cette primauté s’accompagne d’un attachement aux dogmes définis par le Magistère, comme l’Infaillibilité pontificale et la divine constitution de l’Eglise, expressions de l’unité doctrinale de l’Église.

    Engagement dans la cité terrestre

    Loin de prôner un lâche retrait donc, l’ultramontanisme authentique place la foi au cœur de la société (comme dans l’encyclique Quas Primas). Comme le soulignait Pie IX, il ne s’agit pas de réduire l’Église à une dimension spirituelle, mais de l’inscrire dans l’ordre politique pour orienter le monde vers le bien commun.

    De l’ultramontanisme au présent : héritage et perspectives

    Survivance dans les courants traditionalistes

    L’ultramontanisme a laissé une empreinte durable, notamment dans les cercles traditionalistes, dans le giron de l’abbé Georges de Nantes plus que de la FSSPX notamment avec Jean Madiran.

    Cependant, certaines dérives s’éloignent de son essence en adoptant une posture détachée des responsabilités sociales et politiques (acceptant celles familiales tout au plus !).

    Aujourd’hui, cette tendance existe chez certains sedevacantistes (parfois conspirationnistes ou surnaturalistes cependant, type feu Louis-Hubert Rémy) ou chez des « catho concilaire » attachés à l’autorité vaticane, y compris depuis  « Vatican d’eux ».

    Un modèle à redécouvrir dans un monde en crise

    Face à un monde sécularisé, où le judaïsme règne, marqué par la perte des repères chrétiens éclairés, l’ultramontanisme rappelle l’unité nécessaire entre foi, papauté, action et Bien commun.

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    Lire aussi par rapport aux points et apports d’autres courants similaires :

    Ultramontanisme et La Cité catholique de Jean Ousset.

    Communs : Primauté spirituelle, fidélité au Saint-Siège, action militante pour une société chrétienne.
    Distincts : L’ultramontanisme privilégie l’autorité doctrinale et la centralité papale, La Cité catholique insiste sur l’action structurée des laïcs, sans que la proposition ne s’oppose d’ailleurs.

    Ultramontanisme et Sainte Ligue des Guise

    Communs : Défense du catholicisme, opposition aux hérésies (protestantisme), fidélité au pape.
    Distincts : L’ultramontanisme est doctrinal et spirituel, la Sainte Ligue privilégie davantage une lutte politico-militaire interne pour restaurer la monarchie catholique.

    Ultramontanisme et Contre-Révolution

    Communs : Rejet des idées révolutionnaires et libérales, restauration de l’ordre chrétien et conception « théocratique » de la société.
    Distincts : la Contre-Révolution se concentre sur la défense de la monarchie, l’ultramontanisme sur la primauté pontificale.

    Ultramontanisme et fascisme

    Communs : Vision hiérarchique de la société, rejet du libéralisme et de la modernité sécularisée.
    Distincts : L’ultramontanisme subordonne le politique à l’autorité spirituelle, le fascisme a une tendance à faire primer l’État-national.

    Ultramontanisme et Catholicisme Intégral

    Communs : Défense de la doctrine catholique dans sa totalité, primauté de la foi régentant la politique, rejet du libéralo-communisme.
    Distincts : L’ultramontanisme met l’accent sur la centralité du pape, tandis que l’intégralisme, sans nier cet aspect, mais en l’intégrant, insiste davantage sur la restauration d’un ordre politique explicitement catholique, souvent dans un cadre national.

    Ce dernier est entier et n’a pas la faiblesse d’être un terme d’opposition ou de négation comme avec contre-révolutionnaire.

    Guelfes et Gibelins ?

    Même un sujet comme le vieux conflit, contemporain de Dante, des Guelfes et les Gibelins, selon les tendances internes noires et blanches, portent justement sur ces questions éternelles entre primauté du Pape ou de l’Empereur.


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  • 2 commentaires




    […] En outre, en dépit des crises, Henri III tente d’affirmer une royauté plus centralisée. Il cherche à réduire l’influence des grandes maisons aristocratiques, à renforcer l’autorité législative et à imposer une administration plus “moderne”. Cela préfigurera l’absolutisme de ses successeurs, lequel culminera avec Louis XIV, le Roi soleil. Ce centralisme, qui n’a pas tous les défauts, comporte cependant le risque du gallicanisme, excessif en matière tant politique que religieuse (Lignées davidiques du Marquis de la Franquerie, être ultramontain). […]


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    […] Contre-révolution, lato sensu ou catholique ? Petite histoire catholique ultramontaine […]


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