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Publié le par Florian Rouanet
Dans le genre, rappelons de bonnes sources d’inspirations d’engagement dans la Cité, tout en enfonçant des portes fermées : sachons redire que la Justice sociale, absolument pas d’origine communiste, comme le cathechsime de Spirago en ruinerait l’idée, est d’abord « catholique politique ».
En partie 1 : retour à la source Léon XIII, sans royalisme, ni démocratie chrétienne, et, à l’international.
En partie 2 : figures de René de la Tour du Pin et d’Albert de Mun.
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Partie 1
Qu’est-ce que le catholicisme social ?
Une réponse chrétienne à la « question sociale »
Le catholicisme social est un courant doctrinal et pratique né fin XIXe, en réaction aux bouleversements provoqués par l’industrialisation. Face aux injustices du capitalisme et à l’essor des idéologies révolutionnaires, de type socialiste, les catholiques sociaux s’efforcèrent de promouvoir une alternative fondée sur les principes de la charité, de la vertu et de la justice chrétiennes.
Le point de départ absolu de ce mouvement, mais en réalité il préexistait déjà, fut l’encyclique Rerum Novarum (1891), dans laquelle S.S le Pape Léon XIII affirma :
« La richesse et le travail, loin de s’opposer, doivent s’unir dans une fraternité chrétienne » (*RN*, §19).
Ce texte posa les bases de la doctrine sociale de l’Église, insistant sur la dignité de l’homme – non dans un sens « droits de l’homme » et moderniste ! –, les droits des ouvriers et la responsabilité des employeurs, devant Dieu.
Un équilibre harmonieux entre justice et charité
Le catholicisme social s’efforça de dépasser les clivages idéologiques en proposant des solutions concrètes telles que :
– Les syndicats chrétiens, pour protéger les travailleurs sans tomber dans la lutte des classes ;
– Le corporatisme, pour restaurer des structures de solidarité entre classes sociales ;
– La législation sociale, avec des lois sur le travail, la santé et l’éducation.En quoi le catholicisme social se distingue-t-il ?
Face au royalisme : une autre vision de l’autorité
Le catholicisme social partageait avec le royalisme une critique du libéralisme individualiste et une volonté de rétablir l’ordre chrétien. Cependant, là où le royalisme prônait un retour à la forme monarchie du gouvernement, et à l’ordre d’Ancien régime, le catholicisme social s’appuyait sur des réformes adaptatives, s’accommodant d’une république, pourvu qu’elle fut catholique.
René de La Tour du Pin incarna cette tension lorsqu’il affirma en « sens inverse » : « Ce n’est pas à l’État de gouverner la société civile, mais à la société elle-même d’éclairer l’État. » (Vers un ordre social chrétien, 1907).
Face à la démocratie chrétienne : une fidélité au corporatisme
La démocratie chrétienne, née au XXe siècle, s’écarta du catholicisme social en acceptant davantage le système démocratique et l’économie libérale dite régulée.
Si Albert de Mun s’opposait à la lutte des classes, au sens marxiste de l’expression, pour une entente sociale, il restait critique vis-à-vis deux système démocratique, qu’il jugeait trop perméable aux passions populaires. Le catholicisme social différait en ce sens par sa volonté de restaurer des structures communautaires plus organiques, enracinées dans la tradition chrétienne.
Le catholicisme social à l’international, connaît des figures inspirantes
1. Wilhelm Emmanuel von Ketteler (1811-1877) – Allemagne :
Évêque de Mayence, il dénonça les immenses inégalités de la société industrielle et fut l’un des premiers à théoriser la responsabilité sociale de l’Église, influençant jusque Rerum Novarum, avec le concourt du père jésuite Luigi Taparelli.
2. Giuseppe Toniolo (1845-1918) – Italie :
Sociologue et économiste, il milita pour une économie chrétienne, articulant le droit naturel à la justice sociale. Il fut un inspirateur des syndicats chrétiens.
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Partie 2

René de La Tour du Pin : L’aristocrate au service de la justice sociale
Un héritier de la tradition aristocratique chrétienne
René de La Tour du Pin (1834-1924) naquit dans une famille noble enracinée dans la foi chrétienne et les valeurs chevaleresques. Officier dans l’armée française, il assista aux transformations sociales du XIXe siècle, qui lui inspirèrent une réflexion sur les dangers du capitalisme industriel et les injustices qu’il engendrait. Convaincu que la société devait s’ordonner autour du Bien commun, il se dévoua à la restauration des « corps intermédiaires », ces institutions sociales médiévales, détruites par la Révolution française, qu’il voyait comme un rempart contre l’individualisme et l’étatisme.
La critique des dérives modernes, en faveur d’un ordre chrétien
Dans son ouvrage majeur, Vers un ordre social chrétien (1907), La Tour du Pin plaida pour une réforme corporative qui fût à la fois enracinée dans la tradition catholique et adaptée aux défis de son temps. Il écrivit :
« Là où l’homme s’éloigne de Dieu, il s’éloigne aussi de ses frères, et la société se fracture. » (op. cit., p. 56).
Son système corporatiste, fondé sur la solidarité entre classes sociales, devait restaurer l’harmonie entre capital et travail.
Un penseur du possible, marqué par son temps
S’il défendit avec ferveur ses idées, il ne put les voir pleinement réalisées. Les années 1890-1900, dominées par le triomphe de la République maçonnique et laïque, s’opposaient à sa vision de la France enracinée dans ses traditions chrétiennes. Cependant, son influence traversa le XXe siècle, notamment au sein des mouvements de pensée sociale catholique de Jean Ousset.
Albert de Mun : Le tribun des ouvriers et des pauvres
Soldat devenu apôtre de la justice sociale
Albert de Mun (1841-1914), issu de la noblesse bretonne, fit d’abord carrière en tant qu’officier dans l’armée. Témoin également des inégalités sociales exacerbées par la Révolution industrielle, il s’engagea, de sa conviction profonde, à défendre les ouvriers, qu’il considérait comme abandonnés par une société trop absorbée par le progrès matériel, avant celui moral.
Un orateur éloquent au service de l’Église catholique
D’une conviction passionnée, il fonda en 1871 les Cercles catholiques d’ouvriers, conçus pour unir patronat et travailleurs dans une fraternité chrétienne. Voilà l’idée d’entente sociale et organique rappelant, avec ses différences, l’ère du fascisme mussolinien soutenu de Pie XI. Dans ses discours, il dénonçait les excès du libéralisme économique tout en rejetant le socialisme athée. À la Chambre des députés, où il siégea à partir de 1876, il défendit avec brio les lois sociales. Il déclara en 1884 :
« L’ouvrier réclame non pas la pitié, mais la justice. Et cette justice est inscrite dans l’Évangile. »
Le legs d’un visionnaire fidèle au Magistère et à la Tradition
Inspiré par Rerum Novarum (1891), il collabora étroitement avec le Pape Léon XIII et milita pour des réformes sociales concrètes : protection des travailleurs, salaire juste et repos dominical. Toutefois, il affronta les critiques, notamment de républicains laïcistes, qui voyaient en lui une tentative de retour à « une influence cléricale ». Ses idées, bien que modérées, laissèrent un impact durable sur la pensée sociale catholique.
Ces figures, à travers leurs écrits et engagement, illustrent la diversité et l’universalité du catholicisme social, qui demeure un modèle d’espérance face aux tumultes contemporains.
Comme avec Quas Primas de Sa Sainteté le Pape Pie XI, et les rexistes, que vive la Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ !

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