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Publié le par Florian Rouanet
Un État – chrétien de surcroît – pour la bonne gestion de la Cité, se doit de créer ces Corps Intermédiaires si ceux-ci ont disparus et de les réglementer afin de garantir tant un bon développement des métiers que d’une meilleure protection des travailleurs. L’État doit conduire cette œuvre, tout en ne s’y immisçant pas de manière pernicieuse – dans le moindre détail – pour éviter toute injustice en troublant la vie sociale et en déresponsabilisant le rôle de chaque individu dans la collectivité.
Ce fut la politique du monarchiste et catholique social M. Albert de Mun, répondant à l’appel du Pape Léon XIII. Voici dans ce qui suit l’hommage du cardinal Baudrillard, lui succédant à l’Académie française :
« Le Parlement français avait adopté ou était à la veille d’adopter, lorsque mourut M. de MUN (août 1914), tout ce qu’il avait véritable précurseur, proposé dès les premières années de sa carrière : repos hebdomadaire, limitation des heures de travail, semaine anglaise, protection du travail des femmes à domicile, des femmes et des enfants à l’usine, assurances obligatoires contre les accidents professionnels, les maladies et la vieillesse, retraites ouvrières et paysannes. »
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Extraits corporatifs de Rerum Novarum, lettre encyclique sociale de sa sainteté le Pape Léon XIII :
« Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient pour eux une protection. Les sentiments religieux du passé ont disparu des lois et des institutions publiques et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vu, avec le temps, livrer à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue accroître encore le mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l’Église, elle n’a cessé d’être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d’une insatiable cupidité. À tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns de l’industrie et du commerce devenus le partage d’un petit nombre d’hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires.
Les socialistes, pour guérir ce mal, poussent à la haine jalouse des pauvres contre les riches. Ils prétendent que toute propriété de biens privés doit être supprimée, que les biens d’un chacun doivent être communs à tous, et que leur administration doit revenir aux municipalités ou à l’État. Moyennant ce transfert des propriétés et cette égale répartition entre les citoyens des richesses et de leurs avantages, ils se flattent de porter un remède efficace aux maux présents. (…)
comme en ce qui concerne la journée de travail et les soins de la santé des ouvriers dans les usines, les pouvoirs publics pourraient intervenir inopportunément, vu surtout la variété des circonstances des temps et des lieux. Il sera donc préférable d’en réserver en principe la solution aux corporations ou syndicats dont Nous parlerons plus loin, ou de recourir à quelque autre moyen de sauvegarder les intérêts des ouvriers et d’en appeler même, en cas de besoin, à la protection et à l’appui de l’État. (…)
la première place appartient aux corporations ouvrières qui, en soi, embrassent à peu près toutes les œuvres. Nos ancêtres éprouvèrent longtemps la bienfaisante influence de ces corporations. Elles ont d’abord assuré aux ouvriers des avantages manifestes. De plus, ainsi qu’une foule de monuments le proclament, elles ont été une source de gloire et de progrès pour les arts eux-mêmes. Aujourd’hui, les générations sont plus cultivées, les mœurs plus policées, les exigences de la vie quotidienne plus nombreuses. Il n’est donc pas douteux qu’il faille adapter les corporations à ces conditions nouvelles. Aussi, Nous voyons avec plaisir se former partout des sociétés de ce genre, soit composées des seuls ouvriers, soit mixtes, réunissant à la fois des ouvriers et des patrons. Il est à désirer qu’elles accroissent leur nombre et l’efficacité de leur action. (…)
D’autres s’occupent de fonder des corporations assorties aux divers métiers et d’y faire entrer les ouvriers; ils aident ces derniers de leurs conseils et de leur fortune et pourvoient à ce qu’ils ne manquent jamais d’un travail honnête et fructueux. (…)
Des efforts, si variés et si empressés ont déjà réalisé parmi les peuples un bien très considérable et trop connu pour qu’il soit nécessaire d’en parler en détail. Il est à Nos yeux d’un heureux augure pour l’avenir. Nous Nous promettons de ces corporations les plus heureux fruits, pourvu qu’elles continuent à se développer et que la prudence préside toujours à leur organisation. Que l’État protège ces sociétés fondées selon le droit ; que toutefois il ne s’immisce point dans leur gouvernement intérieur et ne touche point aux ressorts intimes qui leur donnent la vie; car le mouvement vital procède essentiellement d’un principe intérieur et s’éteint très facilement sous l’action d’une cause externe. (…)
A ces corporations, il faut évidemment, pour qu’il y ait unité d’action et accord des volontés, une organisation et une discipline sage et prudente. Si donc, comme il est certain, les citoyens sont libres de s’associer, ils doivent l’être également de se donner les statuts et règlements qui leur paraissent les plus appropriés au but qu’ils poursuivent. Nous ne croyons pas qu’on puisse donner de règles certaines et précises pour déterminer le détail de ces statuts et règlements. Tout dépend du génie de chaque nation, des essais tentés et de l’expérience acquise, du genre de travail, de l’extension du commerce, et d’autres circonstances de choses et de temps qu’il faut peser avec maturité.
Tout ce qu’on peut dire en général, c’est qu’on doit prendre pour règle universelle et constante d’organiser et de gouverner les corporations, de façon qu’elles fournissent à chacun de leurs membres les moyens propres à lui faire atteindre, par la voie la plus commode et la plus courte, le but qu’il se propose. Ce but consiste dans l’accroissement le plus grand possible, pour chacun, des biens du corps, de l’esprit et de la fortune.
Mais il est évident qu’il faut viser avant tout à l’objet principal qui est le perfectionnement moral et religieux. C’est surtout cette fin qui doit régler l’économie sociale. Autrement, ces sociétés dégénéreraient bien vite et tomberaient, ou peu s’en faut, au rang des sociétés où la religion ne tient aucune place. Aussi bien, que servirait à l’ouvrier d’avoir trouvé au sein de la corporation l’abondance matérielle, si la disette d’aliments spirituels mettait en péril le salut de son âme ? « Que sert à l’homme de gagner l’univers entier, s’il vient à perdre son âme ? » (44) Voici le caractère auquel Notre Seigneur Jésus-Christ veut qu’on distingue le chrétien d’avec le païen. « Les païens recherchent toutes ces choses… cherchez d’abord le royaume de Dieu, et toutes ces choses vous seront ajoutées par surcroît ». (…)
Ces lois, pourvu qu’elles soient acceptées de bon cœur, suffisent pour assurer aux faibles la subsistance et un certain bien-être. Mais les corporations des catholiques sont appelées encore à apporter leur bonne part à la prospérité générale. Par le passé, nous pouvons juger sans témérité de l’avenir. Un âge fait place à un autre, mais le cours des choses présente de merveilleuses similitudes ménagées par cette Providence qui règle et dirige tout vers la fin que Dieu s’est proposée en créant l’humanité. (…)
Il résultera de là cet autre avantage, que l’espoir et la possibilité d’une vie saine et normale seront abondamment offerts aux ouvriers qui vivent dans le mépris de la foi chrétienne ou dans les habitudes qu’elle réprouve. Ils comprennent d’ordinaire qu’ils ont été le jouet d’espérances trompeuses et d’apparences mensongères. Ils sentent, par les traitements inhumains qu’ils reçoivent de leurs maîtres, qu’ils ne sont guère estimés qu’au poids de l’or produit par leur travail. Quant aux sociétés qui les ont circonvenus, ils voient bien qu’à la place de la charité et de l’amour, ils n’y trouvent que les discordes intestines, ces compagnes inséparables de la pauvreté insolente et incrédule. L’âme brisée, le corps exténué, combien qui voudraient secouer un joug si humiliant ! Mais soit respect humain, soit crainte de l’indigence, ils ne l’osent pas. Eh bien, à tous ces ouvriers, les corporations des catholiques peuvent être d’une merveilleuse utilité, si, hésitants, elles les invitent à venir chercher dans leur sein un remède à tous leurs maux, si, repentants, elles les accueillent avec empressement et leur assurent sauvegarde et protection. »
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Les corps sociaux organiques pour une Cité catholique

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